Le forum reprend petit à petit de l'activité.
Allez-vous nous rejoindre ?
Bonne rentrée camarades ♥️

A la croisée des chemins [TERMINÉ]

 :: Le monde :: Kaïl :: Est :: Wared'Fanne Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Ven 1 Fév 2019 - 13:17
« Prophète, dis-je, être de malheur ! Prophète, oui, oiseau ou démon ! Que si le Tentateur t'envoya ou la tempête t'échoua vers ces bords, désolé et encore tout indompté, vers cette déserte terre enchantée – vers ce logis par l'horreur, hanté : dis-moi véritablement, je t'implore. Y a-t-il du baume en Judée ? Dis-moi je t'implore ! » Le Corbeau dit : « Jamais plus ! »

- Edgar Allan Poe -

J'étais enfin de retour à Zaï'Han, le temps était au beau fixe, nous étions encore en période estivale, et tout allait pour le mieux. Je profitais d'un moment de détente auprès de Vÿ, partageant une boisson fraîche et alcoolisée, bien évidemment. Je la trouvais sacrément belle en cette instant, la lueur du soleil se reflétant avec intensité sur ses cheveux blancs comme la neige. J'aurai bien aimé laisser tout ce que nous avions à entreprendre aujourd'hui et la dénuder sur l'instant, pour profiter d'une étreinte chaleureuse et sensuelle avec son corps si parfaitement dessiné. J'avais envie de plonger mes yeux dans les siens et partager ce moment avec elle.

D'un commun accord nous nous séparâmes après ce temps de repos pour vaquer à nos occupations habituelles : elle s'occuper de son école, et moi, former les nouvelles têtes qui avaient rejoint mon clan. Nihil était présent, formant les plus jeunes à l'art du fluide dans lequel il excellait. Pour un humain, il était sacrément doué, et doté d'une puissance exceptionnelle.

- Alors, Nihil ? Comment vont nos jeunes recrues ? Elles progressent ?
- Pas grâce à toi, en tout cas...
- Je te trouve bien insolent, aujourd'hui...
- J'ai toujours été insolent, Tahiri... Pourrais-tu prendre ton statut de chef au sérieux et t'occuper des tâches qui t'incombent ?
- Mais quel sale caractère ! Ok ok ! Je m'en occupe !

Tandis que je m'apprêtai à entrer dans mon bureau, probablement pour y glander un peu avant de prendre les choses au sérieux, j'entends au loin des cloches sonner, les cloches de la ville, celles qui signalent un grand danger. Je rejoignis Nihil et nous sortîmes tous les deux de notre quartier général pour trouver la source du danger... Mon sang se glaça instantanément.

Le ciel était couvert d'un épais nuage noir, si épais que le soleil ne passait quasiment plus à travers. Du ciel, tombait des flocons de neige, du moins, c'est ce que je pensais avant que l'un de me tombe dans la main et que je me rende compte qu'il s'agissait de suie... Les cieux étaient en flammes ! La peur m'envahit rapidement. La peur de perdre des êtres chers. J'ordonnais à tout le monde de me suivre pour se diriger vers l'école de Vÿ ! Ma priorité était de la mettre à l'abri...

Mais l'horreur venait à peine de commencer. De toutes parts, des créatures du néants descendirent des airs pour s'attaquer à toute être vivant dans cette ville. Personne ne fut épargné, civils comme soldats royaux, animaux comme arcaëlliens. L'Apocalypse s'abattait sur nous, emportant de nombreuses vies. Les membres de notre clan tombaient les uns après les autres. Le temps que nous arrivions à l'école, j'avais perdu plus de la moitié des arcaëllien qui le constituaient et la ville était en proie aux flammes ou au gel.

Lorsque je pénétrais dans l'établissement de Vÿ, celle-ci gisait au sol, dans une marre de sang. Je me mis à hurler d'effroi, suppliant que tout ceci ne soit qu'un terrible cauchemar. A peine eus-je le temps de me précipiter vers elle que derrière moi, la patte gigantesque d'un Eugler écrasa tout le reste de mon clan, dont Nihil qui avait la moitié du corps en dehors, tendant mon bras vers moi, me suppliant de l'aider. Il était pourtant déjà trop tard... Sa vie s'échappa aussi vite... fauchée sans la moindre chance que je ne lui vienne en aide. Tout n'était plus que chaos et désolation autour de moi, j'étais impuissante.

~~~

Je me réveillais en sursaut, le visage et le corps couvert de sueur. Je regardais ma main trembler de terreur alors que le soleil filtrait à peine derrière le rideau de ma chambre, ou plutôt celle que je louais actuellement. Encore ce maudit cauchemar...

Ce n'était pas la première fois, et j'avais bien peur que ça ne soit pas la dernière... et il me terrifiait au plus haut point. Tout semblait tellement réel à ce moment là, tant et si bien qu'à chaque fois je me mettais à pleurer, avant de me rassurer sur ce que j'avais vu.

- Juste... Juste un cauchemar et rien d'autre... C'était juste un cauchemar et rien d'autre...

Mais à force de faire sans cesse le même cauchemar, je sentais mes forces me quitter et ma volonté défaillir. J'avais l'impression qu'il ne me restait plus qu'un recours, un seul qui permettrait que je me sorte de là : accepter mon destin, embrasser la voie que Gar'Haz avait tracé pour moi. De savoir que Vÿ pouvait mourir à cause de mon impuissance me terrifiait plus que tout. Je n'avais plus le choix... Je ne me sentais plus la force de refuser à présent. Il fallait que je retrouve ce fameux précepteur, ce fils de May'Veal dont la destinée allait bientôt se mêler à la mienne.

- J'en ai marre... Il faut que je bouge !

J'avais finalement fait mes affaires, enfin le peu que j'en avais, j'avais installé ma nouvelle main au bout de mon bras et parti rapidement de l'auberge. J'avais malencontreusement oublié de payer la note, un détail qui ne me revint que lorsque les soldats lykosims se lancèrent à mes trousses. Par chance, sur le port, à ce moment précis, un bateau prenait à peine le large. Sans hésitation aucune, je courus jusqu'à la jetée et... glissai lamentablement sur le sol pavé, trempé et givré.

Les gardes eurent tôt fait de me saisir et de m'embarquer avec eux. Là, c'était sûr, j'étais bonne pour les geôles. Après un moment à me faire traîner dans les rues, je fus balancée sans ménagement dans la première cellule vide. On me dépouilla de mes armes, de mes effets, mais également de mon bras mécanique. Autrement dit, j'étais à présent coincée dans une cellule humide, sans arme, manchot, et humiliée de surcroît. La joie... Mais ça n'allait pas se passer comme ça !!

- Hééé ! Vous n'avez pas le droit de m'emprisonner !! Je suis la fille de Gar'Haz !!! Vous me devez le respect ! leur gueulai-je dessus.
- C'est ça ! Et moi je suis l'Empereur Morloc ! Ahahahah ! s'esclaffa l'un des gardes. Elle est bien bonne celle là ! Aller, profite du séjour !
- Mécréant !!! J'vous jure que vous allez le regretter !
- Mais ouais, c'est ça ! Aller, bonne nuit ! répondit l'autre garde.
- Bordel... Bon ben au moins je sais où je vais dormir ce soir...

Donc résumons la situation des derniers mois... J'ai été enlevée par des pirates, puis j'ai été emmené jusqu'à Alzbey dans le tentacule d'un poulpe géant dégueu', pour ensuite passer, je devais l'admettre un temps divin à m'occuper de l'éducation d'un jeune Arcaëllien, avant de perdre les pédales, de me retrouver comme par magie dans un bois. Je finis par lutter aux côtés de Grégoire pour libérer la ville d'Ouma'Han de l'emprise d'un... je ne sais pas trop quoi d'ailleurs. Une malédiction d'Özan ? Bref... tout ça pour que j'y perde une main et ma santé mentale. Et il y a eut ensuite cette histoire de lorcq, de manoir avec des créatures sorties tout droit de l'esprit le plus tordu et le plus ravagé que j'ai pu connaître avant de finalement me retrouver là, à Wared'Fanne, parce que mon père avait décidé que j'étais enfin prête à rencontrer mon guide... Super !

Que pouvait-il m'arriver de pire à présent ? Que mon futur mentor me découvre en prison ? Ouais, ça serait une première impression méga positive à lui transmettre, vraiment !!

Je me mis à soupirer et déprimer dans ma cellule. Demain serait un autre jour... un jour où j'espérais être libre... Le sommeil vint cependant très rapidement... un sommeil rempli de cauchemars et de visions d'horreur...
Niveau 5
Tahiri Rösenwand
Je suis dispo pour : 1/1 RP
Expérience : 794

Carnet de bord
Fluide(s)/Compétence(s): Thâ
Groupes: Neutre
Race: Elfe Demi-Déesse Gar'Haz
Voir le profil de l'utilisateur
Niveau 5


Homme, femme... du moment que ça se baise...
Revenir en haut Aller en bas
Ven 1 Fév 2019 - 22:13
Oh ! le martyre est joie et transport, le supplice
Est volupté, les feux du bûcher sont délice,
La souffrance est plaisir, la torture est bonheur ;
Il n'est qu'un malheureux : c'est le méchant, Seigneur.

Hugo



Cela faisait bien longtemps que Dazaën Thelazma avait quitté les Montagnes bleues de l'Elban'Han à présent. Elles étaient loin derrière lui désormais, les montagnes ensorcelées qui avaient failli avoir sa peau. Loin les flots profonds et brumeux de l'est d'Yban. Les superbes et tranquilles horizons de feu, partis. A la fin, il s'était découvert endormi au milieu de cimes, menaçantes comme des crocs gigantesques et qui pointaient le ciel. Endormi sous l'effet d'un sort plusieurs fois millénaires sans doute. Endormi au point de remonter bien vite, d'un pas glacé, une pente pour en redescendre enfin, l'air hagard. Il avait même ce qu'on appelle un filet de sang qui lui coulait du nez, à l'instant où il s'était réveillé. Les cimes blanches tout autour de lui et qui faisaient sa vallée de la perdition, le chant de la mort de la montagne comme l'on disait, gouttaient doucement sous l'ardeur intense du soleil. Le gel qui les couvrait tout entières leur faisait une pellicule d'eau. Au premier coup d'oeil, Dazaën les avait aperçues ruisselantes, et elles semblaient toutes des guerrières en sueur. Il avait failli perdre cette guerre.
Il avait dut ensuite traverser Yban dans tout ce que ses territoires comportaient de largeur. Il était à cheval, il était à l'arrière d'une charrette ; seul, il était à pieds. Son regard vieux et fatiguait ne s'ouvrait quelquefois plus qu'à demi. Il luttait pour sa dernière mission sans perdre de vue son objectif final. Et un nom, un seul, celui de Tahiri Rösenwand ; c'était le pas qui menait à l'accomplissement de sa tâche. Et à sa Fortune. Maintenant que Yban et ses plaines et ses cols, et sa brume et ses bancs de sapins sauvages faisait parti de son passé, avec ses camouflages de crimes politique en crimes de droit commun et toutes ces choses qui faisaient qu'Yban n'était ni Ray'Bauz, ni les Cités ni même Kaïl, mais bel et bien Yban, Dazaën trouva qu'il accomplit un grand voyage. Dans son dos, l'océan austral qui séparait les Montagnes de Kaïl rutilait et, malgré le va-et-vient régulier des vagues, son grondement avait le don d'hypnotiser et d’envoûter l'intensité de son bleu. Avait-il déjà navigué sur ses eaux ? Probablement. Avait-il déjà tué pour le compte d'Ozän ; monté à l'abordage de nuit, assassiné à dextre et à senestre, en silence, chargeant quelques baques de poudre pour les saborder ? Il ne s'en souvenait plus. Depuis sa résurrection, réjouissance ou fardeau, Gar'Haz ne lui parlait plus. Tous les jours, il se passait autour du fils de May'Veal un tas de choses, de drames, qu'il ne pouvait ou ne pouvait pas influencer, et le Dieu demeurait silencieux. Dazaën savait qu'il le regardait d'en haut d'un œil sans doute irrité, impatient très sûrement, qu'il ne songeait pas à tous les malheurs des Hommes et qu'il murmurait à l'oreille de la création et des autres Dieux : "qu'il se dépêche donc !"

Dazaën acheta une barque montées de quelques tonneaux et de quelques voiles et leva un équipage afin de rallier Kaïl. A partir de là, il devrait décider quel chemin emprunter, quelle route suivre. Retrouver une personne dans l'immensité de l'univers, chercher une aiguille dans une botte de foin. Une route menait au Marais des ombres, un océan à Port-Suppure. Cette voie-ci à quelques hameaux, cette voie-là à la Forêt de Zaay. Gar'Haz lui avait mis entre les mains une petite cuillère puis, l'abandonnant à l'immensité d'une plage faite de sable, lui disait : "cherche !" Un grain de sable en particulier. Une goutte dans un océan. Mais la connaissance, avec l'âge entraîne la raison, et Dazaën contempla la clarté et les parfums de ce monde qu'il commençait tout juste à redécouvrir avec l'innocence d'une jeune enfant. Le vent faisait tressaillir au milieu des écueils le pavillon, et les Dieux faisaient tressaillir les tombeaux. Il lui fallait donc trouver la fille du Dieu maintenant, s'écraser aux pieds de Gar'Haz ou saigner à mort pour l'éternité. L'entrée du petit port d'Agar'Tan était en réalité une lagune large de près de trois milles. A une époque, Agar'Tan n'était d'ailleurs rien de plus qu'une succession d'esquifs, de pins, de brins d'herbe et de nids à goélands. Une sorte de terrasse calcaire qui s'inclinait au pieds de l'océan, entre un bois sombre et un ciel toujours bleu. Dazaën avait cartographié tout cela, à l'époque. Avant que tout ne le jette dans un grand précipice. L'Elfe était habité par cette langueur monotone qui tombait sur son front comme tombe l'obscurité dans la nuit, mais avec un regard neuf sur chaque choses. Il s'en allait mourant, mais pas comme meurent les poitrinaires. Il avait l'air d'un malade au milieu de sa dernière promenade, et qui avait tout son temps pour contempler.
Une fois mis à la rade à Agar'Tan, Dazaën choisit de rejoindre un clan d'Elfes d'Amonco, disciples de Daÿl qui évoluaient sous les ombrages d'une forêt de clair de lune. L'Elfe n'étant ni effaré, ni jeune, ni stupide d'étonnement ou de naïveté, il lui fut facile de déjouer tous les obstacles de la forêt afin de déloger, comme un lapin dans son terrier, le clan d'Amonco. Les Elfes Sylvestres, comme on les nommait à l'époque où il les côtoyât, avaient envers lui une dette, cependant Dazaën apprit à ses dépens que les temps avaient bien changés sur Arcaëlle. Pour une fois, il ne donna jamais autant raison à la Dame de l'Elban'Han, Edlengwën : "En cet âge difforme et écartelé, tous les peuples se sont mélangés. La race Elfique est devenue orpheline. La condition des mortels jamais ne les contente car la pire est toujours la présente."
Les Ténèbres renforçaient les multiplications des prophéties, et en ces temps troublés l'obscurité ne mentait pas. Il fut chassé du clan de l'Amonco à coups de flèches trouant son corps, la cause étant qu'il arborait au milieu du visage la marque d'Özan à qui il avait baisé les pieds un demi-siècle. En voulait-ils à ces Elfes-ci qui se prétendaient gardiens du savoir ? Non. Il portait effectivement, comme un nez au milieu du visage, la marque du Dieu maudit sur le front. Il faillit décéder du venin qui imprégnait la pointe des flèches, songea que la race Elfique en ce jour n'était qu'un aspic qui se meurtrissait lui-même de ses piqûres, puis n'y songea plus et reprit sa route. Il songea alors à Zaï'Han, Gar'Haz et sa mère restant toujours muets à ses appels et ses prières. Mais rejoindre Zaï'Han, là où il avait au moins la certitude que Tahiri se trouvait, fut-ce il y a plus d'un an, c'était traverser plus de la moitié du globe. Avait-il le temps ? Les clameurs et les torrents de sang de la guerre étaient partout.

Quatre-cent-douze jours après avoir quitté le continent d'Yban, Dazaën, aussi las qu'une âme pouvait l'être, s'abandonna entre les bras d'une femme qui n'était pas la sienne. Il lui avoua qu'il était marin, qu'il était fils de Dieu et qu'il ne s'occupait pas des instruments mais qu'il naviguait aux astres. Elle l'aima comme si ce fut pour de vrai. Il cauchemardait beaucoup.

~



Le garde-chiourme introduisit une vieille clé rouillée dans la cellule de la prison. Dazaën s'avança, sans un mot ni pour le geôlier, ni pour la jeune créature à la chevelure émeraude qui se trouvait enfermée à l'intérieur. A l'intérieur de la prison, on toussait et on crachait du sang. Une partie même du bâtiment avait été réaménagé par la ville en lazaret, afin d'entasser les cadavres victimes de quelques nouvelles épidémies. On ne leur avait pas encore trouvé de petit nom. Le garde, avec l'air d'un homme dur, claqua la porte de la geôle derrière Dazaën en éparpillant un postillon dans les poils drus de sa barbe.

« Vous avez deux minutes.

Dazaën abaissa alors le capuchon colbat qui dissimulait son visage et ses cornes. Dans la nuit, le joyau au milieu de son front, griffe d'Özan sur cet étrange tableau vivant qui fut son oeuvre, ne brillait pas. Mais il faisait encore l'effet d'un rubis, réverbération sans lumière, qui se trouvait à un endroit plutôt insolite.

- Je pense que ton Père t'a mise au courant de ma venue. Tu ne sembles pas surprise de me voir, dit-il de sa voix grave comme un roc déboulant le versant d'une montagne -il paraissait même avoir des gravats sous la langue-. Les Dieux ont été plus cruels avec moi, ils m'ont laissé te chercher. De nous deux, c'est sans doute toi qu'on vénère et moi qu'on hait. Laisse-moi me présenter, mon nom est Dazaën Thelazma.

Il ne parlait pas avec ivresse, ni emportement ou grisé par le plaisir, souriant ou simplement heureux. Il parlait comme un marin placerait l'anspect dans le guindeau pour remonter une ancre. Il y avait là quelque chose de l'ordre du régulier, presque une habitude. Comme l'on dit que l'on mourra bientôt, et que c'est bien ainsi. Ou comme les forêts puissantes condamnées à verdir tous les ans pendant l'éternité.

Comme il était très grand, il s'agenouilla afin d'être à la même hauteur que Tahiri, qui était assise, afin d'annoncer :

- Cela n'a que trop duré. Mettre les morts à table, faire des prophétie en coton, prendre des loups pour des chiens. Je te propose de sortir d'ici sans tarder. On peut bien avoir le nez dans la boue et être capable de s'en laver. Je ne viens pas au-devant de toi pour convoler en grande pompe. »
Niveau 3
Dazaën Thelazma
Je suis dispo pour : Demandez
Identité : Héros Antique Fiche Perso

Fluide : Ka, Mez, Khan et Thâ
Expérience : 15

Carnet de bord
Fluide(s)/Compétence(s): Ka, Mez, Khan et Thâ
Groupes: Neutre
Race: Elfe
Voir le profil de l'utilisateur
Niveau 3




"L'Amour véritable se distingue de l'or et de l'argile en ceci : diviser ce n'est rien enlever."

D.T
Revenir en haut Aller en bas
Sam 9 Fév 2019 - 18:18
Les petites étoiles
Montrent de leur doigt d'or
De quel côté les voiles
Doivent prendre l'essor ;
Sur nos ailes de toiles,
Comme de blancs oiseaux,
Nous effleurons les eaux.

- Téophile Gautier -


Je me réveillai en sueur, encore une nouvelle fois assaillie par d'étranges cauchemars. Le dernier que je venais de faire fut des plus perturbant. Je m'étais retrouvé au fin fond des montagnes, dans le trou le plus paumé du monde, en compagnie d'un étrange elfe cornu à la peau bleue. Là-bas j'y apprenais des choses en compagnie de l'étrange elfe et d'autres de nos congénères. Mais la fin du rêve fut horrible...

En ouvrant les yeux, je remarquai que je me trouvais toujours dans ma geôle. Je me mis à ruminer avant de me lever et de faire le tour de la pièce avant de me rasseoir dans un coin de la pièce. Tout était parfait... Absolument parfait ! La situation ne pouvait pas être meilleure... Alors que je continuais à me réveiller tout doucement, j'entendis des pas dans le couloir. Intriguée, je passais ma tête par l'ouverture de la porte et tenta de regarder, mais les barreaux ne me permettaient pas beaucoup de possibilité de mouvement. Je ne vis donc rien. Je retournai donc au fond de ma cellule pour m'asseoir dans mon petit coin quand j'entendis un cliquetis dans la serrure.

Je tournais mon regard vers la porte qui s'ouvrit sur le geôlier et un homme encapuchonné, très grand et de ce que je pouvais en deviner, bien bâti. Je restais silencieuse. Mon visiteur ôta son capuchon en dévoilant à ma vue l'elfe de mes rêves... non pas celui sur lequel je fantasmais, nan ! Pas ça ! Je parle de celui qui était dans mon rêve précédent, celui avec la peau bleue et les cornes. Je le fixai alors comme si nous étions de vieilles connaissances. Le fait est qu'en sa présence, je sentais une sensation qui m'était familière... La personne que j'avais face à moi était un demi-dieu, je n'en avais pas l'ombre d'un doute. Et à ce moment là, j'aurai mis ma seule main à couper que c'était lui mon futur mentor.

- Je pense que ton Père t'a mise au courant de ma venue. Tu ne sembles pas surprise de me voir, dit-il de sa voix grave. Les Dieux ont été plus cruels avec moi, ils m'ont laissé te chercher. De nous deux, c'est sans doute toi qu'on vénère et moi qu'on hait. Laisse-moi me présenter, mon nom est Dazaën Thelazma.

Je restai encore sans un mot. Je sentais mes nerfs lâcher et j'avais presque envie de rire. Mais quelle idiote... évidement que c'était lui. Je n'en avais pas attendu moins de sa part. C'était cousu de fil blanc. L'homme, ou plutôt l'elfe, ou qu'importe ce qu'il était d'ailleurs, s'agenouilla à mon niveau et reprit la parole.

- Cela n'a que trop duré. Mettre les morts à table, faire des prophétie en coton, prendre des loups pour des chiens. Je te propose de sortir d'ici sans tarder. On peut bien avoir le nez dans la boue et être capable de s'en laver. Je ne viens pas au-devant de toi pour convoler en grande pompe.

C'est à ce moment là que je finis par éclater de rire, un rire sinistre et lugubre, qui n'avait rien de l'amusement en vérité, même mon interlocuteur pouvait facilement le deviner. Mes nerfs avaient fini par lâcher, poussés à leur limite par l'épuisement mental que j'avais subit jusque là. Je me mordis les lèvres avant de le regarder à nouveau pour me mettre à rire encore une fois.

- Ah putain... Excuse-moi... Excuse-moi mais... Ahahah ! C'est trop ! C'est trop, putain... Les merdes qui me sont arrivées, les rêves à la con que je fais et dans lesquels je te vois, et maintenant tu te ramènes... Et... Ahahah ! Non... Juste non... Désolée, je suis vraiment désolée ! Je devrais pas rire comme ça mais... là vraiment, c'est le coup de grâce...

Je soupirai, les larmes aux yeux d'avoir ri ainsi. Il devait sûrement me prendre pour une cinglée à présent. Qu'importe, il devrait bien me supporter, de toutes manières, mon père l'avait décidé, et il n'en serait donc pas autrement. Et son histoire de loups qu'on prend pour des chiens... de prophétie en coton... Oui, c'était précisément ça la réalité. On m'avait prise pour une gentille poire, et c'était sûrement son cas présentement. Mais il avait eut cette façon d'aborder ça... Je n'avais pas pigé ce qu'il avait raconté à la fin, mais il était effectivement temps d'arrêter tout ça. De commencer un nouvel arc dans cette histoire.

- Ouais... C'est vrai ! Je m'attendais à tomber sur toi à un moment ou un autre. Mon père m'avait prévenue... Ah... Et t'as raison ! On s'en balance ! Des détails ! Faisons court : Tahiri Rösenwand, fille de Gar'Haz. Et pour info, je ne compte pas fuir... Cette époque est révolue. Maintenant que les présentations sont terminées, si tu pouvais m'aider à me relever pour qu'on se tire d'ici, je t'en serais reconnaissante. Donnes-moi un coup de main, tu veux ?

Je lui présentai mon bras amputé avant de me mettre à rire à nouveau.

- Oups, mauvaise main, j'avais PRESQUE oublié !

Il resta impassible, ce qui ne m'aida pas à être à l'aise. Je lui tendis l'autre main qu'il tira pour m'aider à me relever. Je le fixai de mon regard fatigué.

- Je sais pas si je suis celle qu'on vénère, mais crois-moi, t'es pas le seule a en avoir pris plein la gueule. Maintenant on est dans le même bateau, toi et moi, alors autant qu'on s'entende bien... On ramasse mes affaires, mon bras de remplacement, et on discute du reste après. J'avoue que j'aimerai pas choper une saloperie qui traîne dans ces geôles sordides, alors autant se barrer d'ici le plus vite possible. Qu'est-ce que t'en dis, le Grand Bleu ?
Niveau 5
Tahiri Rösenwand
Je suis dispo pour : 1/1 RP
Expérience : 794

Carnet de bord
Fluide(s)/Compétence(s): Thâ
Groupes: Neutre
Race: Elfe Demi-Déesse Gar'Haz
Voir le profil de l'utilisateur
Niveau 5


Homme, femme... du moment que ça se baise...
Revenir en haut Aller en bas
Dim 17 Fév 2019 - 12:42
En mer, les hardis écumeurs !
Nous allions de Fez à Catane...
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs.

Hugo






Récupérer les effets d'ordre personnels de Tahiri Rösenwand aurait pu être chose simple, si Arcaëlle ne subissait pas les affres d'une gigantesque tourmente. Les Arcaëlliens avaient peur, perdaient l'esprit, l'on disait que plus aucun lieu n'était sûr, ni les villes, ni les campagnes ; la famine, la folie et le froid sévissaient partout sur Kaïl. Des rumeurs, plus inquiétantes encore, surnageaient sur les vagues et les courants d'air, les morts auraient appris à se relever. Les prêtres, particulièrement, étaient plus agités que jamais. Dans les champs, les villageois brûlaient les individus qu'ils jugeaient responsables du malheur qui frappait le monde, dans les ville, le clergé s'enhardissait et exigeait des sacrifices toujours plus important ou psalmodiaient à qui-mieux-mieux des malédictions. La prison de Wared'Fanne avait été transformée à demi en lazaret. La nuit, les malades et la plupart des prisonniers hurlaient, malades de fièvres. Les gardes-chiourmes, que l'on payait de plus en plus mal et de plus en plus tard, déposaient l'uniforme les uns après les autres. A Wared'Fanne particulièrement, la situation allait mal, et beaucoup d'habitants émigraient davantage vers les terres de l'Est de Kaïl, Allerthan ou Hyd'Zer. Dazaën eut un peu de mal à se faire entendre auprès des gardiens de prison qui refusaient de rendre la bourse de la fille de Gar'Haz en ces temps difficile. Özan aurait sans doute approuvé clore la discussion dans un bain de sang, mais Dazaën n'aspirait pas à cela. L'affaire fut finalement conclue sans démonstration de force, et c'est une Tahiri grommelant que le fils de May'Veal, dissimulé sous son capuchon de toile bleu, amena en pleine nuit boire un verre et manger un morceau dans l'auberge du port. Des lettres rouillées formant les mots "Au Boucan Salé" recouvraient la pancarte branlante du bâtiment. Une vieille femme aux cheveux gris boitait, passant lentement entre chaque tables afin d'accueillir les deux Elfes. Ils étaient seuls dans le Boucan Salé.

« Mettez-nous deux plats du jour. Une miche de pain. Et du vin.

La vieille renifla, et d'un coup, un tic grimaçant qu'elle n'avait pu retenir passa entre ses deux yeux, dans les ténèbres de l'auberge mal éclairée. Elle soufflait avec l'air mourant, comme meurent les poitrinaires.

- L'jour ç'oi-ti d'lspadon, msieur l'Elfe. Mais ti-y en a pus, d'lspadon. Ah, mi j'cause y-ti z'poi va propser ot' chose.

Elle parlait un vieil idiome Wared.

- T-y-en a d'la rasc'sse, ti-p'être ?
- Va pour de la rascasse, dit Dazaën.
- Ah ptain, l'jois 'blié, pus zasc'sse non pus. Pêche m'vaise, ti-y en a l'poisson qui s'fi l'malle d'nos mers. M'Veal tir'l'gueule. Z'ptit soupe p'lmine s'non. Z'ail ?
- D'accord. Mettez-ça.
- Pour l'vin, t-y-en a pus r'sin. l'jois d'la biar'.
- De la bière, d'accord.

Dazaën eut un sérieux doute sur la fraîcheur du poisson qui baignait dans l'ail. Quant à la bière, elle était simplement dégueulasse. Le pain était noir et dur comme du roc, mais ce fut ce qui les nourrit, lui et Tahiri. Il paya une fortune pour le tout, et s'en allèrent dans la nuit, l'estomac à peine plein.

- J'ai un brick qui nous attend sur le port, prenons la mer sans attendre. Tu pourras te reposer à bord.

Il ajouta :

- Nous avons une longue route à faire, et je préfère être sur les mers que sur terre par les temps qui courent.

A cette heure-ci, au beau milieu de la nuit, le port, habituellement grouillant d'activité et de truanderie, était désert. Dazaën tourna à l'intérieur d'une ruelle particulièrement sombre, Tahiri toujours grommelant sur ses talons. Soudain, une silhouette encapuchonnée jaillit des ténèbres dans leur dos ! Ce fut un réflexe vieux de plusieurs siècles qui permit à Dazaën d'esquiver les deux dagues tenues dans chaque mains qui lui lacérèrent cependant l'épaule ! L'individu se réceptionna avec un saut digne d'un saltimbanque, prenant appui sur la paroi d'un mur, puis fonça de nouveau vers lui ! Dazaën esquiva le coup une seconde fois, l'individu repéra Tahiri, bondit de nouveau sur un appui invisible, frappa la jeune femme afin de l'éloigner, se retourna une seconde fois vers Dazaën ! Sa détermination paraissait sans faille ! La patience naturelle de Tahiri Rösenwand, elle, l'était bien moins.


- Bon, ok, tu commences à me chauffer, il est temps de tester mon nouveau joujou !

L'Elfe tendit alors vers sa cible son bras mécanique et tira sur une poignée, actionnant par là un mécanisme. La main se plia ! Se dévoila alors le profil d'un canon de fusil, ingénieusement incorporé dans l'articulation du poignet. L'orifice du canon se mit à luire dans les rayons de la lune, avant de projeter une balle de plomb, parcourue par un fluide électrisé ! Le tir avait ainsi l'allure d'un coup de tonnerre faisant trembler le port de Wared'Fanne !

L'agresseur tomba au sol dans un cri de douleur, son capuchon s'affaissa, révélant une Elfe vêtue de vert, tunique et baudrier de cuir tressé autour de son épaule gauche. Elle gardait toujours ses dagues dans chaque main et se releva douloureusement !

- Tu la connais ? lanca Dazaën.

Tahiri leva alors un sourcil circonspect avant de regarder cet troisième Elfe avec étonnement avant de répondre à Dazaen :

- Non, connais pas !

Elle activa à nouveau la poignée pour remettre sa main mécanique à sa place.

- Mais j'aime pas qu'on vienne me saluer à coup de dagues sans même se présenter...

L'Elfe se releva doucement, l'air visiblement en colère bien qu'elle fut la plus affaiblie des trois ! Son regard pour Tahiri, bien que gris de couleur, était noir de haine !

- Toi, tu es une Elfe. Et une demi-Déesse qui plus est, je me trompe ? cracha-t-elle.

Tahiri s'était mise à regarder l'Elfe avec un air agacé, mêlé d'aucune gravité, ne voyant pas où elle voulait en venir. Elle cracha, comme l'on cracherait la mauvaise surprise d'un grain de raisin au milieu d'une grappe dont on l'aurait crue dépourvue.

- Une discussion, ça se commence par bonjour, et par se présenter, pétasse... Faut pas m'en vouloir de t'avoir tiré dessus, je faisais que me défendre. Et pour répondre à ta question : oui, et oui ! Mais je sais pas ce que ça peut te foutre exactement...  

Dazaën croisa les bras à son tour, l'air serein.

- Je te reconnais, maintenant. Nos chemins se sont croisés il y a de ça plusieurs mois. Tu es du clan d'Amonco, n'est-ce pas ? gronda-t-il de sa voix grave qui était un rugissement. Ceux qui se font appeler, les enfants de la Lune. Les fils de Daÿl.
- Amonco ? Ce sont pas les elfes qui sont potes avec le Domaine ? Sérieux... Grégoire a le chic de choisir ses alliés... Donc c'est bien à Daza que t'en voulais... Je me disais que tu t'acharnai un peu trop sur lui. Mais dommage... J'ai un peu besoin de lui... Faudra faire la queue.

L'Elfe range ses dagues et se met a regarder Tahiri dans les yeux

- Je tente de préserver le monde du chaos. Ne vois-tu pas qu'Arcaëlle se transforme, loin de la lumière de la Lune ? La foret est malade, les arbres meurent, les feuilles se flétrissent. Quelque chose de sombre croît dans les ténèbres. La nuit, des créatures rôdent et des épidémies frappent les villes et les villages. Les étoiles d'or, légions infinies de Daÿl, parlent à voix basse et disent, en inclinant leurs couronnes de feu que rien ne gouverne et n'arrête ce mal. Les hommes pourrissent alors même qu'ils respirent encore. Daÿl, mon ancêtre, m'avertit par des rêves de ce qu'il va se produire. J'avais prédis sa venue -elle désigne Dazaën du doigt- et il est venu, n'apportant à mon peuple que maléfice, chaos et ténèbres. La foret m'a prédit le retour du mal. Et cet Elfe que tu suivais nonchalamment, aveugle, comme un papillon suit la flamme qui consumera plus tard ses ailes, est un messager du mal. L'héritier d'Özan.

Tahiri tire une tronche de dix pieds de long avant de se masser les tempes, visiblement excédée par ce discours de superstitieuse.

- Blablabla ! J'en ai entendu des centaines de charlatant comme toi qui pensaient détenir la vérité parce qu'ils ont fait un rêve une nuit. Et laisses-moi te dire un truc : Ce n'était que des conneries.

Dazaën entendit un "plouf" à quelques mètres d'eux. Un ivrogne, probablement qui se noyait dans le port. Ou bien un malade qui se suicidait. Autant valait.

-À chaque fois je suis tombé sur des illuminés qui voulaient me faire gober leurs histoires à dormir debout. Alors écoutes moi bien, elfe d'Amonco ! Gar'Haz a décidé que Daza allait m'enseigner des trucs, je sais pas encore  quoi exactement, mais je compte bien, pour une fois, obéir à mon paternel. Tu veux lutter contre Özan ? T'es pas la seule, moi aussi, j'ai bien l'intention de faire leur fête aux suppôts du dieu du chaos. Alors maintenant tu as deux solutions : soit tu t'entêtes à nous déblatérer tes conneries et on finit notre petit combat, soit tu nous laisses accomplir les desseins de Gar'Haz, et on aura peut-être tous une chance de s'en tirer vivants et de contenir le mal qui sévit sur Arcaëlle.

L'Elfe fronça les sourcils froidement, ce qui révéla son opinion quant au discours de la semi-Déesse.

- Quelle impertinence ! Ça t'amuse de soutenir les Ténèbres ? Pour ta gouverne, fille de Gar'Haz, je ne quitterai pas ce village miteux sans avoir rien tenté pour secourir les miens, qui se meurent.

Elle tira soudain un arc long qu'elle pointa sur Dazaen !

- Victimes d'un mal qui est apparu pile avec l'arrivée inopiné de ce fils du Chaos. J'ai manqué de peu votre cœur, annonça-t-elle en le vouvoyant, la dernière fois au sortir de la forêt. Cette fois-ci, je ne faillirai pas.

Tout se passa alors très rapidement. Tahiri se saisit de son sabre en acier. En à peine un battement de cil, elle s'interposa face à la flèche qui filait dans les airs en direction de Dazaën. L'acier de la pointe perfora l'épaule droite de Tahiri. Elle continua cependant sa course. L'elfe eu à peine le temps de s'en étonner qu'elle l'avait déjà rejointe. Son épée se planta dans la chair. Tahiri arborait à présent des cheveux blancs argentés et des iris d'une couleur rouge sanguine. Sa voix aussi, souligna Dazaën, avait muté.

- Mon alter-ego ne t'avait-il point prévenue ? Il est temps qu'à présent la Mort réclame son dû !

D'un geste violent, l'avatar divin retira son épée de l'abdomen de la pauvre elfe d'Amanco, laissant alors couler un flot de sang sur les ruelles trempées et pavées du port.

- Tu oses te dresser contre la volonté du dieu des morts ? Toi qui a pointé sur moi l'acier, tu as bien eu tord ! Il est temps pour toi d'accepter et de faire face à la mort !

Dazaën laissa sa pupille terminer le travail qu'elle venait de commencer. De son côté, il se dirigea vers les quais. Une mauvaise pensée l'avait envahi, et il constata qu'il n'avait pas tort. Son brick avait disparu. Une mutinerie, sans aucun doute, avec l'équipage de malheureux qu'il avait recruté pour naviguer jusqu'à Wared'Fanne. Les bougres s'étaient probablement faits pirates, bien décidés à lutter contre cette apocalypse en s'appropriant sur Arcaëlle les biens et la nourriture des plus riches. Dazaën mit rapidement sur pied une nouvelle solution. Il n'avait jamais vu, en plus de six cents ans d'existence, un port d'une telle taille à ce point désert. Il se rendit alors compte qu'une étrange brume venait de tomber sur Wared'Fanne. Il voulut éviter les hordes de monstres, les hytrens qui, se disaient-ils, erraient en peine sur les quais, dissimulés dans la brume. Tahiri venait de le rejoindre. Elle ne semblait plus qu'à demi-là, le regard dans le vague, les iris révulsés. Elle était couverte de sang. Dazaën se mit en marche :

- Changement de plan, on oublie le navire. Tu vois cette petite barque, amarrée ici ? On va la voler et prendre la mer. May'Veal pourvoira pour le reste.

Dazaën soutint dans ses bras puissants le corps frêle de la jeune Elfe qui s'affaissa. Elle dormait. Alors, comme s'épaississaient les brumes sur Wared'Fanne, Dazaën posa la jeune Elfe à l'arrière du bâtiment. Sa tête reposait sur un vieux filet de pêche rapiécé. Il mit à la voile et se saisit de l'unique rame afin de quitter le port, sans un bruit.

Il n'avait pas pris de vivres.
Il ignorait exactement où aller.
Il n'était pas même armé.

Il dut donc affronter les remontrances de Tahiri au petit matin, lorsqu'elle ouvrit un œil, percutée net par la chiure d'un oiseau de mer qui tournait en cercle dans le ciel sans nuage et gris, au-dessus de leur tête. Dazaën ramait toujours, il prêta à Tahiri son manteau bleu afin qu'elle se protège de la pluie. La journée s'écoula. Leurs ventres commençaient à crier famine. Un vent d'ouest se leva au crépuscule, qui les poussa toute la nuit durant sur les eaux. Enfin, à l'aube de la seconde journée sur la mer, Dazaën repéra d'un œil aguerri un bâtiment, navire de guerre à trois-mâts, qui paraissait encalminé au beau milieu de l'océan. Pas un souffle de vent, comme si May'Veal l'avait posé ici, sur la mer, pour eux. Dazaën et Tahiri Rösenwand allèrent donc là, à bord, à l'aube d'une nouvelle journée, comme au café, simplement. Un nom se lisait, en lettre noires, sur la coque sombre du vaisseau encalminé.

L'Alvaro De La Marca.

Le capitaine qui les accueillit se fit appeler Wallace. Il s'agissait d'un sudiste, un de ceux que les gros mots ne choquaient pas. Il n'était pas très grand, de taille plutôt moyenne mais costaud, charnu, avenant et barbu. Son teint, pâli dans l'obscurité de ce logis privé de vent depuis des jours, luisait comme sous un vernis gras. Une épaisse garniture de cheveux follets, noirs et frisés, entourait son front puis son menton, et lui donnait un aspect puissant qui jurait avec le déplorable état de son manteau. C'était un marin poilu aux mains garnies de grandes bagues en argent. Dazaën mesurait une bonne tête de plus que lui.

- Enchanté Wallace, roula-t-il d'une voix de graviers, je suis fils de May'Veal, mon nom est Dazaën Thelazma. Je commande ce navire, désormais.

L'on était loin d'une quelconque nuance de retenue. Quand le pirate protesta, Dazaën le gratifia d'une gifle qui l'envoya rouler sur le pont.

- Préférez-vous rester ici, encalminé à attendre un souffle de nordet ? N'offense pas ma mère, ta Déesse, Wallace. Je prends le commandement temporairement, je ramène avec moi le vent. Puis je te rendrai le navire. Restons bons camarades.

Le capitaine de l'Alvaro De La Marca se frotta la joue, puis regarda un instant moutonner les flots. L'écume, sur la crête des vagues, faisait dans l'ombre des blancheurs lumineuses. Il comprit vite que Dazaën ne plaisantait pas.

- Nous n'avons plus de provisions, dit le pirate en regardant dans les yeux son successeur forcé.
- Je te ravitaillerai.
- Ca me va. Je reste quand même le maître de mes hommes.
- Si cela te chante.
- Quel est votre objectif...Capitaine Thelazma ?

Dazaën accueillit avec plaisir la brise légère que lui envoyait sa mère, faisant se gonfler la voilure du soixante-canons dont il venait de faire l'acquisition temporaire.

- Cap au nord, nord-est, maître Wallace. Nous allons faire un arrêt sur une île que je connais bien. Et indiquez nous la cabine du capitaine à bord. »
Niveau 3
Dazaën Thelazma
Je suis dispo pour : Demandez
Identité : Héros Antique Fiche Perso

Fluide : Ka, Mez, Khan et Thâ
Expérience : 15

Carnet de bord
Fluide(s)/Compétence(s): Ka, Mez, Khan et Thâ
Groupes: Neutre
Race: Elfe
Voir le profil de l'utilisateur
Niveau 3




"L'Amour véritable se distingue de l'or et de l'argile en ceci : diviser ce n'est rien enlever."

D.T
Revenir en haut Aller en bas
Ven 8 Mar 2019 - 12:58
D'abord une chiure d'oiseau sur la gueule, puis la pluie. La journée avait bien commencé pour moi. J'avais toutefois pu compter sur la galanterie de Dazaën qui m'avait prêté son long manteau bleu qui me faisait passer pour une petite chose fragile tant il était trop grand pour moi. Et pas un truc à manger à l'horizon. J'avais bien tenté de pêcher quelque chose, mais le filet qui se trouvait sur notre embarcation merdique était aussi vétuste que moisi. Il n'y eut donc rien à faire de plus ce jour là que d'attendre que la chance nous sourit, et quelque part, ce fut le cas.

Au lendemain, nous nous retrouvâmes à l'aube face à un navire imposant, totalement immobile au beau milieu de l'océan. Le vent leur avait probablement été défavorable depuis un très long moment. Lorsque nous passâmes devant la coque, je reconnus immédiatement le nom du navire y étant inscrit : L'Alvaro De La Marca.

Je jurais intérieurement. Le destin était vraiment une sale petite garce. Si je pouvais l'avoir en face, je lui dirais bien deux mots à celui là ! Je ne pus cependant m'y opposer et suivit Dazaën pour monter à bord du navire en question. Et voilà que nous sommes accueillis par le gros Wallace. J'espérai en mon for intérieur, en refermant la cape de Dazaën sur moi et en rabattant la capuche qu'il ne me reconnaîtrait pas.

Il y eut alors une entrevue qui me fut des plus appréciables. Dazaën, sans la moindre retenue, gifla le nouveau capitaine de L'Alvaro et pris ainsi possession du bâtiment et de ses hommes. Mon regard à l'égard du fils de May'Veal s'emplit alors d'admiration. Quel homme, quelle classe, quel charisme. Je restai pendue à ses lèvres quand il déclara :

- Cap au nord, nord-est, maître Wallace. Nous allons faire un arrêt sur une île que je connais bien. Et indiquez nous la cabine du capitaine à bord.  

Enfin, ma revanche serait totale ! J'allais prendre la place de cet enfoiré de Francesco sur son propre navire. Je jubilai intérieurement et ne pus me retenir plus longtemps. J’ôtais ma capuche pour me dévoiler aux yeux de Wallace avec un regard triomphal. L'ancien maître d'équipage me regarda avec de grands yeux ébahis.

- Mais... T'es la sale petit pute de...  
- Ah ! Attention, Wallace, vous risqueriez de dire des mots que vous pourriez regretter.  
- Mais comment... ?
- Fu fu fu ! Vous n'avez pas idée à quel point ça a été dur, mais franchement, là... Oh ça valait vraiment le coup d'en chier ! Survivre à tout ça pour finalement me retrouver à nouveau sur ce navire et pouvoir vous narguer ! Pouahahaha ! Aaaaah ! Le destin est vraiment une petite salope, mais là, j'avoue, je l'aime bien ! Aller ! Sans rancune, Wally ! Profitez, c'est pas tout les jours qu'on accueille une invité de marque comme moi !  

Wallace sembla bouillir de l'intérieur, mais il n'avait pas la force de protester, ni le courage de manger une potentielle nouvelle baffe de la part de Dazaën. Je me gaussai sans la moindre retenue, gagnant finalement la piaule de Francis sans aucun complexe. Une fois dans la cabine je me mis à fouiller les placards sous les yeux interrogateurs de Dazaën qui me demanda si c'était la première fois que je venais ici. Il se doutait que je connaissais un peu trop bien les lieux pour que ce soit le contraire. La question était rhétorique. C'est là que je lui comptais toute l'histoire de ma séquestration en ces lieux, à vider des bouteilles d'alcool et à profiter des différents « avantages » de partager la cabine d'un capitaine.

Malheureusement pour moi, les placards étaient à présent vide... Et j'en avais été en partie responsable si j'en croyais l'état des lieux. Personne n'avait pensé à refaire le plein de boisson et j'avouais que c'était plutôt déplorable. Je me saisis alors d'un des livres qui se trouvaient ici et commençai à le feuilleter paisiblement. Je n'avais plus grande chose à faire que ça en attendant d'arriver à notre destination, mais je me doutais que mon mentor verrait cela d'un autre œil. Je pris finalement les devants et reposai l'ouvrage avant de m'intéresser à nouveau à l'elfe cornu.

- Impressionnante tout de même cette démonstration de force de tout à l'heure. Alors, dis moi, Dazaën... Que vas-tu m'apprendre, exactement ? Mon père a-t-il encore de grands desseins fabuleux pour nous deux ? T'a-t-il demandé de me mater pour que je devienne douce et docile comme une brave petite chienne à son service ? Laisses-moi deviner… Je sais ! Il a promis de faire revenir ta sœur d’entre les morts alors tu as accepté son offre ? Je suis désolée pour toi, mais il ne le fera jamais ! Il t’a mentis ! Il n’a jamais d’intérêt pour les vivants. La preuve ! La seule race qu’il ait jamais créée, les lorcqs, sont juste destinés à tuer et tuer encore…

Dazaën tire le fauteuil face au bureau et s'y pose, jambes croisées l'une sur l'autre.

- En réalité jeune Tahiri, je n'ai demandé aucun service à ton père. C'est plutôt lui qui m'a tendu sa main, de là ou je me trouvais. Le purgatoire, avant l'enfer. Nous savons tous deux que les Dieux savent etre soumis à leurs caprices et ont des idées bien arrêtées. Mais votre père m'a offert une faveur. Je suis fils unique, pour votre information. Et je pense que Gar'Haz tient à vous.
- Oui... probablement tient-il à moi comme un forgeron tient à ses outils... On ne pourra pas le blâmer pour ne pas avoir essayé de les entretenir. Le fait est qu'à ses yeux je dois probablement être un outil tordu à redresser ! Bref... ça ne répond pas à ma première question ! Qu'attend-t-il que tu fasses de moi ? Vais-je devoir apprendre la discipline ? A marcher sur des braises les pieds nus ? Danser sur une corde tendue au-dessus du vide.

Dazaen me regarda un instant, l'air étonné.

- Est-ce une coutume chez toi que de marcher pieds nus sur la braise et danser sur une corde ?
- Ça et danser nue au clair de lune, en chantant des chansons elfiques tout en cueillant des framboises ou faisant des tresses aux poneys sauvages...

Voyant que ça n'amusait pas Dazaën, je repris avec le plus de sérieux possible.

- Pas vraiment mon genre, non. Ni celui des enfants de Gar'Haz. Peut-être que feu notre "amie" d'Amonco avait ce genre de pratique, vas savoir... Mais très peu pour moi, merci !
- Si c'est là le sens de ta question, je ne compte pas t'enlever tes souliers ni t'éduquer à coups de fouet Tahiri, comme je le faisais avec mes marins fut un temps. Tu n'es plus une enfant et je ne pense pas qu'on puisse faire ou refaire une éducation à cet âge. Ma mission est plutôt de t'apprendre plusieurs choses. Je vais te conduire entre les murs d'une cité lointaine, dont l'emplacement est seulement connu des habitants. Elle t'enseignera ses valeurs, t'apprendra des choses. Et peut-être comprendras-tu que la mort peut être aussi bénéfique et douce que la vie.

C'était à présent à mon tour d'avoir l'air incrédule.

- Quoi ? C'est ça ? Aller dans une cité cachée, et apprendre à... accepter la mort ? Accepter mon destin de "Faucheuse" ? Tssss... J'aurai du  me douter d'un truc pareil... ça me pendait au nez. Je ne l'apprécie pas, alors papounet m'envoie quelqu'un pour me faire changer d'avis ? Rappelles-moi ce qu'il t'a promis en échange ? La vie ? Il t'a fait revenir d'entre les morts pour ça ? C'est ça, sa faveur ?  

Je me pinçai l'arrête du nez, passablement contrariée et excédée par cette situation. Dazaën quant à lui resta silencieux un moment. Il laissa un instant se passer, puis il s'avança pour s'asseoir sur le lit a coté de moi. Sa présence imposante avait pour moi quelque chose d'étrangement rassurant.

-Tu sais Tahiri, quand les Dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières. J'ai connu un Elfe, il y a des années de ça, qui disaient : "j'entends rire les morts quand on parle des dieux". Ce que Gar'Haz m'a promis, ça n'est pas la vie. C'est la mort. J'arpente ce monde depuis trop longtemps.

Il croisa les bras un instant, le regard las, pris dans un moment de réflexion. Il semblait fatigué, non pas physiquement, mais dans ses yeux je devinai à quel point il était triste et ne désirai plus qu'une chose : se reposer dans le Royaume de mon père.  

- J'imagine que tu passeras ta vie à te dresser contre les desseins de ton père, tout plaisir s'accompagne de peine. Je ne peux rien faire contre cela. Mon intérêt à moi est simplement de t'amener dans les Montagnes de l'Elban'Han. Tu y apprendras sans doute des choses intéressantes. Même si les Elfes sont très conservateurs

Dazaën soupira, il semblait résigné.

- Mais si cela ne te convient pas, tu n'auras qu'à t'enfuir. Je ne suis pas là pour t'enchaîner dans le givre de l'Elban'Han.

Je soupirai à mon tour. Je ne pouvais pas simplement fuir à présent que j'étais au pied du mur. Et puis qu'arriverait-il à cet elfe si je décidai de partir ? Est-ce que mon père lui permettrait d'exaucer son souhait ? Certainement pas... Et encore une fois je serais la cause d'un nouveau malheur, d'un nouveau tourment, peut-être éternel pour celui-ci. Je ne pouvais pas abandonner maintenant...

- Non... J'ai promis d'arrêter de fuir. De toutes façons, Gar'Haz finira par me faire faire ce qu'il veut... d'une manière ou d'une autre. J'ai côtoyé des gens biens, des gens qui m'étaient précieux et beaucoup sont morts à cause de ça. Morts parce que je n'ai pas écouté mon père, morts parce que j'étais simplement là, et que je ne voulais pas accepter mon destin... Alors je vais y aller, dans ces montagnes !  Apprendre des choses, accepter ce que je suis, apprendre à accepter que la mort puisse être "aussi bénéfique et douce que la vie" !

Nouveau soupir.

- Suis-je seulement prête à cela ? Est-ce que cela ne signifiera pas tout simplement la fin de cette vie pour une autre totalement différente ? Plus que la colère, c'est la peur qui me pousse à m'opposer à ce projet...  

Dazaen croisa les bras par-dessus son poitrail, toujours avec cet air sérieux et profond.

- N'est-ce pas étrange, tout cela ? Nous vivons dans un monde peuplé de créatures effrayantes. La famine approche a grands pas. Les morts bougent et se relèvent dans leurs tombes. Des épidémies noires fauchent par milliers les Arcaëlliens sur les continents. Les mers sont infertiles, la terre devient poussière, les montagnes crachent soudain du feu. Et toi, ce qui t' effraie, c'est d'accepter l'enseignement que te propose, ou plutot que veut t'imposer ton père par le biais de professeurs plusieurs fois millénaires.
- Ouais... C'est bizarre, hein ? Faut croire que la fin du monde m'effraie moins que la perspective de me retrouver coincée dans une cité paumée avec des elfes vivants en autarcie totale. A moins que ce ne soit justement la fin du monde qui m'effraie au point d'accepter d'y aller pour embrasser mon destin... C'est sûrement ça, plutôt, oui, définitivement. Il n'empêche que ça me fout les miquettes.
- Une question cependant, m’obsède. Que feras-tu si le fait d'embrasser le destin de Gar'Haz n’empêche pas plus la mort de frapper tes proches qu'en ce moment même ?
- Aucune idée... Je ne me suis pas posée la question. Mais si ça devait arriver... Je crois que je finirai par en avoir marre de la vie, moi aussi... Probablement choisirai-je d'aller affronter tous les démons d'Özan jusqu'à en périr. C'est déjà plus digne que de s'ouvrir les veines ou se pendre. Je n'en sais rien à vrai dire ! Je suis de nature impulsive ! C'est rare que je réfléchisse à l'avance à ce que je vais faire.

A la mention du nom d'Ozan, Dazaen a comme une grimace douloureuse, comme si un flash venait d'exploser devant ses yeux et dans sa tête. Je remarquai alors quelque chose de curieux : le joyau a son front se mit à briller legerement, le temps d'une seconde, puis s’éteint purement et simplement. Après s’être un peu massé les tempes, Dazaen reprit :

- La mort est indissociable de la vie. Mais il y a des sorts bien pires que la mort, crois-moi. En cela ton pere à raison. La mort n'est pas mauvaise. Mais veille à surveiller tes propos. On ne va pas affronter une horde de princes démoniaques en plein cœur de la nuit née du néant par plaisir.
- Je ne crois pas avoir parler d'affronter des fils d'Özan par plaisir, mais plutôt par désespoir... J'ai déjà perdu beaucoup en une si courte vie... enfin courte pour une elfe... Des nouvelles pertes... bordel je ne veux même pas y penser ! Je crois que je deviendrai folle. Mais... Est-ce que je viens de voir ce machin s'allumer ?

Je pointai le joyau que Dazaen avait d'incrusté sur le front. Le fait de le voir briller avait titillé ma curiosité.

- C'est quoi d'ailleurs ? C'est vraiment bizarre, même pour un fils de May'Veal... Est-ce que c'est d'origine ? La peau bleue et les cornes aussi ? J'aime bien tes cornes... Il y a tellement de choses qui me viennent à l'esprit rien qu'en les regardant. Hu hu !
- Heu...d'origine ? Non.

Je plissai les yeux, d'un air suspicieux.

- Maintenant que j'y pense, cette nana d'Amonco a parlé d'héritier d'Özan en te désignant... Bon, elle était cinglée, clairement, mais là... cette pierre sur ton front me semble soudainement bien étrange pour un fils de May'Veal. Non pas que je doute de toi, mais faut avouer qu'elle dégage quelque chose de sinistre.  
- Quelle chose de sinistre ? me demanda Dazaën avec surprise. Cette Elfe d'Amonco désignait probablement mes actes passés. Oui, j'ai servi Özan, quelque temps. Ton père ne t'avait peut-être pas prévenu, je sais.
- Attends... quoi ? Tu... Ok... Donc je me retrouve avec un ancien serviteur d'Özan qui n'est plus serviteur d'Özan, qui est fils de May'Veal et... Non, en fait, tu sais quoi ? Je ne veux même pas savoir ! Si mon père t'a offert une chance pour te racheter, ou je ne sais pas trop quoi, c'est forcément qu'il avait une bonne raison. J'ai bien été sous la servitude du culte de Morloc il fut un temps... Je peux comprendre ! On... On laisse le passé derrière et on se concentre sur le présent. Et pas de question à propos de ça, ni de cette pierre.
- Concentrons-nous sur le présent, oui. Autre chose dont tu voulais parler ? me demanda-t-il.

Il semblait à présent soucieux, comme si quelque chose le dérangeait.

- Et bien à vrai dire...

Il y eut un bruit sourd et soudain provenant du pont qui m'interrompit : un coup de feu. Intrigués, nous nous dirigeâmes tous les deux vers la porte pour quitter la cabine et y voir ce qu’il se passait. Cela ne pouvait être un bon signe... Une fois sur le pont, nous aperçûmes Wallace, pistolet en main, la veste couverte de sang. A ses pieds, gisait le corps d'un de ses matelots, le crâne explosé par le tir et la cervelle dégoulinant sur les planches. Le maître d'équipage affichait un regard horrifié face au cadavre de son marin, quelque chose avait du le perturber, car je ne l'imaginai pas avoir d'état d'âme. Il tourna son visage vers nous avec colère et nous désigna du doigt.

- J'espère que c'est pas un de vos sales tours !
- De quoi vous parlez ? m'étonnai-je.
- Ça ! dit-il en désignant son homme du bout de son canon. Un de mes hommes s'est pointé avec un tronche de déterré et a commencé à vouloir me grignoter les mollets ! Il était complètement fou !
- Fou ? Comment ça, fou ? S'étonna Dazaën.
- Je viens de vous le dire ! Il a essayé de me bouffer, ce dingue ! Il poussait des grognements étranges et ses yeux étaient vides comme ceux d'un mort !
- Un hytrez ? Ce type a du mourir de faim ou d'autre chose, quelque part dans un coin du navire et se changer en hytrez, probablement... suggérai-je.
- Aucun de mes hommes n'est mort récemment ! Les morts, on les jette par dessus bord !
- Alors il a du mourir très récemment... Mais... C'est la première fois que je vois un mort se relever en hytrez aussi vite... Espérons que nous n'ayons pas d'autres incidents similaires jusqu'à notre retour sur la terre ferme. Puisse May'Veal nous pousser assez vite sur les rivages, sinon j'ai bien peur que nous n'ayons de graves problèmes. Mais... Vous avez vu d'où il venait ? Demandai-je avec inquiétude.
- Heu... non ! Il m'est presque arrivé dans le dos. Un peu plus et je n'aurai pas eu le temps de me retourner pour me défendre. Pourquoi ?
- Parce que les hytrez se multiplient ! Une seule morsure et vous devenez l'un d'entre eux ! Il faut s'assurer que personne n'a été mordu !
- Bordel !! Faites sonner la cloche ! Tout le monde sur le pont ! Inspection des hommes ! Beugla Wallace qui comprenait à présent la gravité de la situation.

Je sentais que notre court voyage vers notre prochaine destination allait être malgré tout mouvementé... Si les marins de L'Alvaro se mettaient à mourir de faim les uns après les autres, ou qu'un d'eux commençait à se relever pour mordre les autres, on allait avoir une véritable épidémie de morts-vivants à bord.
Niveau 5
Tahiri Rösenwand
Je suis dispo pour : 1/1 RP
Expérience : 794

Carnet de bord
Fluide(s)/Compétence(s): Thâ
Groupes: Neutre
Race: Elfe Demi-Déesse Gar'Haz
Voir le profil de l'utilisateur
Niveau 5


Homme, femme... du moment que ça se baise...
Revenir en haut Aller en bas
Mer 13 Mar 2019 - 16:01
Je vivais comme tout le monde, regardant la vie avec les yeux ouverts et aveugles de l'homme, sans m'étonner et sans comprendre. Je vivais comme vivent les bêtes, comme nous vivons tous, accomplissant toutes les fonctions de l'existence, examinant et croyant voir, croyant savoir, croyant connaître ce qui m'entoure, quand, un jour, je me suis aperçu que tout est faux.

Dazaën Thelazma.



« La première division ! beugla Wallace les mains en porte-voix depuis le pont de la dunette. Les officiers et les quartiers-maître, tous sur le pont !

Il fallait dire que ce navire qu'était L'Alvaro De La Marca n'avait rien d'un rafiot. Près de cinq-cents âmes, toutes mâles, pouvaient être contenues en tout sur ses deux ponts et dans sa cale. Construit en bois de chêne, ce prince de la mer comptait, par le passé et du temps du capitaine Franco Guadalmedina, soixante canons répartis en batteries sur ses ponts. Dix pièces de neuf livres en bronze de Tak'Nayu et de six en bronze de Kaïl étaient fixées sur les gaillards du bâtiment. Le navire avait cette particularité d'avoir une proue incroyablement haute, de là le surélèvement du gaillard d'arrière ; une claire-voie pour la tempête, une petite tour de guet pour le capitaine. Il avait les caractéristique de la caraque du siècle précédent, avec une coque arrondie et deux hauts châteaux à l'avant et à l'arrière. Deux tours construites directement sur le pont qui permettaient de surplomber l'ennemi en offrant l'avantage de la hauteur. On avait des archers et des fusiliers à bord. Sans parler de la division aérienne, devenu indispensable au cours de ce dernier siècle. Mais surtout, il s'agissait là de bâtiments faits pour l'aventure sur les hautes mers de l'Ouest. Ce n'était pas un bâtiment construit pour convoyer des richesses incroyables et en grand nombre vers les ports de la péninsule. Et donc, assurer le contrôle d'une épidémie magique et mortelle sur près de quatre-cents marins, cela n'était pas chose aisée. C'est pour cela que Wallace fit monter les hommes sur le pont supérieur, au son même de la cloche, et par groupes de vingts ou trente les uns après les autres. José, le gaillard au teint cuivré, portant rattaché en queue sur la tête d'épaisses locks le tout surmontant une barbe noire toute aussi faramineuse, assurait depuis l'enlèvement de Franco le rôle du second. Il était avant Quartier-maître. Avec Wallace, le tout sous l'oeil sévère de Dazaën et cette Tahiri, les deux pirates ordonnèrent aux groupes de marins, les uns après les autres, de se désaper. Comme qu'ils disaient :

- Virez-moi ces nippes tas de bisques ou j'vous fais sauter la cervelle ! Allez ! On se fout à poil tout le monde !
- Mais Capitaine...il y a une femme.
- Et alors, gredin ? J'vous en ficherai moi de la femme !
- Mais...mais on ne peut pas afficher nos...nos...devant cette...
- Vos quoi, bande d'écrevisses des remparts ? Vos grelots ? Vos burettes ? Vos clochettes ? Rassurez-vous les gars, la madame qui est ici n'oubliera pas la soie qui constitue toute sa vie simplement car elle aura vu à bord un peu de cendre. Allez, ôtez-moi ces frusques, putain ! Vous pouvez gardez vos tricots et vos sous-vêtements, cela dit !

Lorsque l'on constata  qu'il n'y avait rien d'alarmant du côté des officiers, ce fut au tour d'un autre groupe d'hommes de monter sur le pont afin de se livrer à l'inspection du capitaine, puis un autre et encore un suivant. Finalement, tous furent inspectés. Et comme il y avait dans le lot un jeune mousse, du nom de Stefano Nenos -surnommés unanimement Nunus- à qui l'on avait grignoté la cheville, le silence tomba à bord comme un linceul. Il s'agissait maintenant de décider quoi faire de ce garçon-là. Le petit n'avait pas même seize ans. Les pirates étaient divisés, jugeant-là que Nunus avait toujours été, bien qu'un petit peu simplet, un bon camarade de voyage et qu'il s'était battu avec la première vaillance lors des abordages. L'assassiner ? Ils ne désiraient pas en arriver à cette extrémité-là ! Le jeter à la mer et prier May'Veal pour le repos de son âme ? Cela restait un assassinat. Finalement, l'on enferma le garçon dans les geôles, vides de L'Alvaro. A sa demande, José le Second de bord lui apporta un peu de pain, un biscuit au gingembre ainsi qu'un verre d'eau plate, car il ne restait plus une goutte d'alcool à bord. Deux marins, Aracnors, étaient chargés de surveiller la geôle. La transformation ne serait pas lente, et cette incarcération de l'un des leurs jetait au plus bas le moral des pirates de L'Alvaro De La Marca. Dazaën hocha néanmoins la tête à l'attention de ce maître de bord, Wallace, en affirmant, comme en guise de réconfort, que lui et ses officiers avaient fait le bon choix. Mieux valait perdre un homme, quoique garçon, plutôt que cent ou deux-cents par la faute d'un sentiment de pitié. Tahiri affirma son accord avec Dazaën. Comme pour en rajouter, le temps qui était jusqu'à présent éclairé, et le ciel dégagé, vira à la pluie ainsi qu'à l'orage. C'était comme jeter une nappe à bord du navire. Sur ordre de Wallace, les marins dénouèrent les ris en se tenant sur les marchepieds branlants du bâtiment, penché en avant, le ventre appuyé à la vergue. Mais le fier Alvaro De La Marca ne cessait de se jouer des vagues avec la désinvolture d'un poulain espiègle.

- Vous nous avez parlé de vivre, maître Dazaën, grogna dans sa barbe suintante Wallace.

Et tous pouvaient remarquer que le forban aux doigts garnis de riches bagues avaient volontairement remplacé le titre de "capitaine Thelazma" par celui de "maître Dazaën". Un mépris mal dissimulé, pouvons-nous songer.

- Indiquez-moi un cap à tenir, reprit donc Wallace face à Dazaën. Car le vent vient de tomber et à ce rythme nous n'atteindrons pas les côtes Kaïlannes les plus proches, celles de Fang'Ry avant plusieurs semaines. Autant vous dire que nous serons morts de faim d'ici là.
- Rassurez-vous, Wallace. Il y a des îlots sur notre route, garnis en fruits et en crustacés. Ils assureront la transition entre le port de Wared et Fang'Ry. Les contrebandier s'en servent d'ailleurs comme repère.

Le forban cracha par-dessus le bastingage.

- Des confettis sur un ciel de mer, v'là tout ! Un repère, peut-être bien, mais pour qui ? Les araignée, les velus du Roi pirate d'Özan ! Non merci, je bouffe pas de ce pain-là, moi. Je préfère éviter de me mêler des affaires du Roi Pirate, personnellement. Nous sommes libres et indépendants, originaires de Grande Lagoon. Nous désirons en rester là.

Dazaën hocha la tête.

- Je comprends votre point de vue. J'ai une solution intermédiaire qui devrait tous nous satisfaire. En plus de ravitailler votre bâtiment.

Wallace dut juger cela acceptable, car il grommela quelque chose dans sa barbe puis acquiesça, laissant Dazaën barrer L'Alvaro. L'Elfe aggripa les drisses de ce gouvernail-là avec une expertise qui n'était plus à prouver. Lorsque Tahiri, attirée par la curiosité, lui demandé leur cap, Dazaën ne répondit pas. Il renifla l'air, comme pour tester le vent, puis il annonça qu'il mènerait le navire à destination d'ici une vingtaine d'heures. Effectivement, vingts heures plus tard, l'on apercevait une terre à l'horizon, parmi les dernières lueurs du crépuscule.

- Ça ? Un point de ravitaillement ?

Wallac fit non de la tête en passant sa lunette de marine à sa voisine, Tahiri.

- Non non non. Une île déserte, tout au plus. Un oursin posé au beau milieu de l'océan. C'est désert, ça.

Alors Tahiri tourna la tête, d'un air interrogateur, vers Dazaën qui barrait toujours le bâtiment. Mais celui-ci ne se décomposa guère.

- Effectivement, l'îlot hérissé de pics que vous voyez-là est bien désert. Lorsqu'il bruine ou bien à marée haute, il est presque impossible de le distinguer.
- Wallace a raison ? demanda l'Elfe. L'île est-elle inhabitée ?

Sans doute la jeune fille de Gar'Haz s'imaginait-elle déjà courir en folles enjambées afin d'échapper à une horde de sauvages anthropophages en furie jacassant à qui-mieux-mieux. Mais Dazaën lui remit les idées en place.

- L'île est bien déserte, maître Wallace a raison.

La pluie redoublait d'intensité, et c'était à présent bel et bien une averse, encouragée par un tonnerre lointain, qui faisait chavirer avec violence L'Alvaro De La Marca.

- Que gardez-vous entreposé sur cette île, Elfe ? demanda d'une voix lourde de reproche Wallace.

De "Capitaine Thelazma" on était passé à "maître Dazaën" ; de là le tout s'était changé en simple : "Elfe." Les renseignements que voulut offrir Dazaën Thelazma à propos de son "oursin" demeuraient autant incertains que peu nombreux. Incertains, parce que c'était uniquement les propriétés de ses organes de vieux marin, fils de May'Veal, qui déterminent, à la vue, à l'odeur, au goût de l'air marin, l'emplacement de l'île.

Peu nombreux, parce qu'il n'était pas en un grand élan de générosité concernant les indications qu'il possédait et souhaitait partager. Enfin, Dazaën ordonna que les pirates mettent pour lui un canot de rade à la mer.

- Accoster sur ce maudit caillou par un temps pareil ? Mais c'est de la folie ! se récria l'ancien second de Guadalmedina. Attendons plutôt l'aube.

Mais Dazaën n'était pas une âme fragile.

- Je serai de retour bien avant l'aube, promit-il.

Et comme il n'était de l'intérêt de personne à bord de le retenir, on le laissa aller. Avant cependant de descendre l'échelle de corde tendue le long du bastingage, Dazaën intima à Tahiri de l'attendre à bord. Il ne souhaitait visiblement pas sa présence. La fille du Dieu de la Mort y consentit. Satisfait, Dazaën embarqua.

Donc, l'Elfe qui pensait ne pas s'être trompé en trouvant le Connu, mit à la rame en pleine tempête et se dirigea droit vers ce qui était pour Wallace, José, Tahiri et les autres, l'Inconnu.

~



Au beau milieu de l’œil du cyclone, Dazaën ramait. Bien que sa mémoire lui faisait défaut, ses souvenirs vagabondaient. Même lieu, mais autre époque Un hiver en plein océan, le matin, vers six heures, quand le soleil bleu et rajeuni faisait flotter sur cet océan aux gueules noires où rien n'est tranquille cette petite buée glaciale, et versait dans le dos de l'Elfe Noir une bonne épine de saison nouvelle. Devant ses yeux aveuglés par la pluie et le vent, l'îlot, cette sorte d'oursin géant posé sur la mer ; banc de terre noire hérissé de mille épines, grossissait au-fur-et-à-mesure qu'il ramait. A chaque nouveau coup d'éclair, les muscles de ses bras et de son cou saillaient et se tendaient comme des cordes de vieux chevalet. Son itinéraire le conduisit alors droit sur l'île. Dazaën n'était pas un petit marin. Il naviguait depuis plus de six-cents ans. Il avait appris à passer outre les menues colères de sa Mère. L'eau hurlait, bouche pleine de dents, contre l'étrave de son embarcation. Dazaën accomplit alors l'exploit de louvoyer entre les pics rocheux, dressés là hors de la vague, comme des griffes noires et avides. Il profita d'un élan venu des profondeurs de la mer, provoqué seulement par la gueule de la tempête qui crachait, afin de bondir par-dessus la barrière naturelle de dards -à comprendre, de pics rocheux-  qui encadrait l'îlot. Il confectionna de mains habiles un nœud de cabestan afin d'amarrer son embarcation à l'une des dix-milles griffes rocheuses, comme à une bite. Un fossé d'eau enragée, environ un cinquième de lieue, le séparait encore de son objectif : l'oursin rocheux. Dazaën se couvrit le visage de son avant-bras, tenant fermement les filières de son canot de rade tandis qu'une vague, plus salée et plus impétueuse que les autres le submergeait entièrement. Il chavira mais ne coula pas, et remonta à bord. Puis, haut dans sa puissance, le pied sûr dans sa barquette, il ôta manteau, chemise et botte ; à  demi-nu, il plongea.

~



Dazaën voulait hisser à bord de L'Alvaro De La Marca ce squelette de femme Lorcq qu'il ramenait avec lui. Wallace cria tout en leur jetant corde et échelle de chanvre : « Montez. Voulez-vous bien monter. – Allons ! Allez ! » Car la Lorcq hésitait. Dazaën avait déjà commencé à se hisser à la corde. Ses muscles palpitaient sous sa peau bleutée. La femme, dlle s’éloigna de quelques pas de cet Elfe, puis se planta sur son derrière, attendant dans l'embarcation ; puis, dès que Dazaën, toujours à demi-nu -une lame de fond lui avait emporté ses habits- se mit en marche en foulant le pont du navire, elle entreprit de se hisser derrière lui.
Il fit semblant de ne pas voir le regard étonné que lui lançait Tahiri. La Lorcq s’enfuit un peu plus loin sur le pont, avec un grand ballottement de ses hanches flasques. Elle était famélique, ses côtes se comptaient sous sa peau. Elle avait l'odeur de la poussière et de la mer, du sel et de la misère. Sa chevelure, que l'on devinait comme jadis rouge flamboyante, n'était plus qu'un tas de paille à l'allure misérable. Sa peau blanche contrastait avec la nuit que l'on lisait au fond de ses yeux. Sa bouche avait des morsures. Ses pieds nus étaient malformés  à cause des cloques douloureuses qui les tordaient. Alors Wallace, tout pirate qu'il fut, fut pris de pitié et enveloppa de son manteau cette dame là. La Lorcq s’approcha timidement, l’échine pliée en cercle, et toutes les côtes soulevant sa peau. Le regard froid comme le givre du fils de May'Veal caressait ces os saillants avec tristesse. Et Wallace, tout ému par cette misère de femme presque entièrement nue, lui dit : « Allons, venez ». Aussitôt elle remua la paupière, le visage souillé par la crasse, l'iode et le sang,  se sentant accueillie, adoptée, et, au lieu de rester dans les mollets de Dazaën, elle se mit presque à courir devant Wallace. C'est alors que tous l'aperçurent ; le petit. La femme Lorcq n'était pas la seule personne que Dazaën avait ramené de l'île oursin. Un jeune garçon, un enfant Lorcq, était également avec elle. Tellement maigre qu'il paraissait mourant, comme mourraient à Wared'Fanne les lépreux ou les scorbutiques. Il était également nu, maigre à faire pleurer un prêtre de Jurk. On vit alors sur le pont supérieur du navire pirate des forbans de visage inconnu accourir à dix lieues à la ronde afin d'observer et d'aider la jeune Lorcq bien misérable, venue d'on ne savait-ou -seul Dazaën pouvait expliquer cela, mais l'Elfe se taisait !- , vivante on ne savait comment, et qui pleurait doucement. Cependant, elle restait belle dans son malheur. Belle d'une incomparable beauté. Son aura semblait irradier tout L'Alvaro, et l'enfant avait cette lueur au fond des yeux qui ferait pâlir n'importe quel Hayert'Vaäl. On gorgeait son regard de ce corps nu si parfais, mais sans malice. Comment était-ce possible qu'une femme fut à ce point belle dans la détresse, dans la pauvreté, dans la souffrance ? Les pirates lui tendaient la main et la Lorcq, émue et serrant contre son sein lacéré son fils, répétait sans cesse : "Merci...merci...".

Dazaën jeta un coffret dans les bras de Tahiri qui ne trouvait rien à dire, pour une fois, et disparut dans la cabine du Capitaine. Lorsque la jeune Elfe l'ouvrit, elle constata que le coffre de bois était rempli à ras bord d'écus en or, de gemmes précieuses et de perles nacrées que les Cités-Blanches de l'Ouest paieraient une fortune afin de se procurer. L'averse avait une fois encore redoublé d'intensité et l'on dut hurler afin de se faire entendre. Phrase exclamée à l'adresse du tonnerre, du vent et des éléments déchaînés ! Phrase exclamée à l'adresse de cet Elfe aux yeux dorés et aux cornes sur le front dont les yeux venaient de furtivement se fermer :

- Qui est-elle ? demanda Wallace les mains en porte-voix dans la tempête.

L'enfant fut pris soudain d'une pâleur mortelle lorsqu'un éclair déchira le ciel. Dazaën ordonna à ce qu'une cabine soit mise à disposition pour la femme et l'enfant. Les pirates obtempérèrent. Puis, trempé jusqu'aux os, Dazaën et Tahiri regagnèrent leur cabine, laissant Wallace gérer la manoeuvre sur le pont supérieur de L'Alvaro De La Marca. La Lorcq au regard fatigué conservait néanmoins une posture de reine ; l'esclave d'un despote, mais néanmoins sans plus d'autorité sur son âme qu'une idole.

- Sérieusement ? beugla Tahiri entre deux coups de tonnerre. Ils... Ils sortent d'où ? Ils sortent d'où, bordel ? C'est normal ça ? Pourquoi ils sont dans cet état ?

Mais personne ne lui répondit. Personne n'avait en vérité de réponse.

~



Tahiri Rösenwand claqua fermement la porte de la cabine derrière elle lorsqu'elle rejoignit Dazaën. Ce dernier, occupé à se dévêtir entièrement, exception faite de son caleçon de toile, ne l'entendit arriver qu'au dernier moment. Un instant, il crut qu'elle voulut lui crier dessus, puis la vue de ce corps forgé dans les cicatrice parut la troubler quelque peu, puis elle secoua le visage, comme pour se remettre en place les idées, et reprit tandis que Dazaën allumait deux chandelles sur le grand bureau du capitaine.

- Ok ! Il va falloir m'expliquer... C'est quoi ce cirque ? C'est qui cette femme ? Et d'où sort ce coffre ? Oh ! Et puis le gamin... ? Ne me dit pas que c'est le tien...

Elle venait de prendre cette peine, remarqua Dazaën, de lui poser la question alors bien qu'elle savait que la réponse ne pouvait pas plaire.

- Nous n'avons pas discuté duquel de nous deux prendrait le lit, avança Dazaën en désignant d'un geste de la main le grand lit dans la cabine qu'ils occupaient tous deux, mais il va de soi que je te le laisse.

Puis il essora sa chevelure trempée d'eau avant de se laisser tomber, plus que s'asseoir, sur la chaise.

- Tout cela remonte à très longtemps, Tahiri. Et ça ne doit en rien perturber ta mission.

Tahiri se jeta alors sur le lit avant de s'y allonger, posant le coffre juste à côté d'elle. La fille de Gar'Haz ne l'avait pas quitté depuis sa réception, sur le pont supérieur. Elle l'ouvrit et commença alors à admirer les écus et les gemmes qui se trouvaient dedans, une avidité nouvelle dans le regard. Tant d'âmes se seraient damnées afin de posséder un tel coffre.

- Perturber ma mission ? Ah... A part me faire enlever par un tentacule géant, je vois pas ce qui pourrait m'empêcher de continuer... Et merci, tu es l'enfant de May'Veal donc ça ne risque pas de se reproduire de sitôt. Mais ça ne change rien à ma question ! reprit-elle en se redressant tout-à-coup ! Qui sont-ils ? Et pourquoi étaient-ils au beau milieu de nulle part ? En plein océan ? Comment ils ont réussi à survivre ? Oh... A moins que se ne soient des Aassilas ? Donnes moi au moins leurs noms... Soit ça, soit je vais le leur demander.

Dazaën croisa les bras sur son torse nu. D'une voix rocailleuse comme un éboulis de rochers, il répondit à la jeune femme près de lui.

- Leur nom ? Mais je ne les connais pas. Tout ce que je sais de la femme, c'est que c'est une sacrée guerrière. Elle était également prêtresse de Gar'Haz, avant que je ne la fasse constituer ma prisonnière. Ah. Et c'est aussi ta sœur. Disons du moins...ta demi-soeur. Quand au petit… C'est la première fois que je le rencontre.

Tahiri fixa alors Dazaën du regard, avec un léger tic au visage : son sourcil semblait légèrement se plisser à intervalle régulier.

- Prisonnière ? Une prêtresse et une fille de Gar'Haz, prisonnière... sur ce bout de caillou en pleine mer ?

Elle abandonna la contemplation des gemmes et des pièces d'or et s'assit un instant avant de se pincer l'arrête du nez.

- Tu veux dire que... tu as abandonné cette femme qui était ta prisonnière sur cette île, avec un coffre plein d'or et de gemmes, et que depuis elle a réussi à survivre, seule, avec un gosse... Et en plus de ça c'est une fille de Gar'Haz !

Une réponse si peu proche de la réalité...songea Dazaën. Un seul coffre...Pauvre Tahiri. Si elle savait ! Dazaën était plus riche que bien des rois sur Arcaëlle.

- Tahiri, beaucoup de temps s'est passé depuis, et on ne sait quel raisonnement subtil fait que mon esprit me joue des tours et les souvenirs s'effacent. Ainsi pâlissent et pâliront toujours dans l'Histoire d'Arcaëlle les princes qui n'ont pas régné.

Il laissa un temps d'arrêt

- Mais lorsque j'ai amené cette femme qui avait osé me tenir tête comme ma prisonnière sur cette île, qui constitue mon repère principal, je suis certain en revanche qu'il n'y avait pas d'enfant avec elle.

Tahiri était assez intelligente pour tirer les conclusions qu'il faudrait de cette affirmation. La voix de Dazaën paraissait racler contre sa gorge de vieux loup de mer rouillé.
Tahiri haussa légèrement le sourcil, celui qui avait ce tic de se froncer tout seul et déclara :

- Ok... Je vois... Et je suppose que le nouveau Dazaën n'a pas eut le souvenir que cette femme était là, ni le réflexe d'aller la faire quitter son bout de rocher en plein milieu de l'océan...

Elle soupira enfin, et reporta son attention sur le coffre rempli de nombreuses richesses avant de commencer à jouer avec une émeraude de la taille d'une oreille.

- Ouaip... Mieux vaut tard que jamais comme on dit. Mais si elle ne t'a pas arraché les yeux, c'est qu'elle ne t'en veut pas tant que ça... Je suis quand même curieuse de savoir qui est cette prêtresse... Après tout, c'est ma "sor'ca".
- Je lui ai donné le choix, elle pourra débarquer au point de notre prochaine destination, et jamais plus elle n'entendra parler de moi ; ou bien parcourir la route avec nous, jusqu'au repère de l'Elban'Han. Elle pourra s'y réfugier et enfin apaiser son âme dans la paix.
- Un point pour toi ! accorda Tahiri qui lançait la gemme en l'air en la rattrapant.

Visiblement, remarqua L'Elfe Noir, elle s'entraînait à saisir un objet avec son bras mécanique.  

- Espérons juste qu'elle n'ait pas préparé à l'avance un plan de vengeance machiavélique qui mettrait en péril notre mission.  

Un nouveau silence. A présent, le silence s'enfonçait dans l'improbable, emportant avec lui la sûreté de l'instant. Puis Dazaën soupira, avant de le briser :

- Le plan n'a rien de machiavélique. Elle tentera de me tuer, cela ne fait aucun doute. Peut-être y parviendra-t-elle. Si Gar'Haz a eu à mon égard un moment de pitié, il n'aura sans doute pas oublié ce que j'ai pu faire subir à son peuple et à sa fille.


Dazaën ouvrit alors sa large main aux doigts délicats, qu'il avait gardé fermée jusqu'à maintenant. A l'intérieur, Tahiri pouvait apercevoir luir une sorte de minuscule flacon en verre. Il semblait contenir l'essence d'un liquide noir, à l'image de l'encre bien familière aux imprimeurs.

- J'ai fais en sorte, plus jeune, de conserver quelques souvenirs. Les années mettent notre mémoire à l'épreuve. Arrivé à l'âge adulte, nous perdons quelques-unes des images de notre enfance. Lorsque l'on dépasse le premier siècle, elles disparaissent totalement, comme effacées. Parfois nous pouvons mettre le doigt dessus dans un rare moment de lucidité, mais rien n'est plus net. Passé deux-cents ans, Tahiri, ce sont carrément des pans entiers de notre existence, des instants complets qui disparaissent, définitivement de nos souvenirs. On oublie l'enfant qu'on a été. On oublie l'adolescent de nos premières années. Plus rien ne reste. Toi qui est une Elfe de la race des Immortels, tu comprendras vite cela. Alors, nous autres, les Premiers Elfes, avons créé des artefacts magie, les touts premiers, afin de conserver ses souvenirs qui nous quittent, siècle après siècle.

Il se lèva alors, et se saisit d'une écuelle, sorte de soucoupe en argent qui se trouvait dans l'armoire de l'ancien capitaine de L'Alvaro. Il versa d'un geste solennel, presque religieux, de l'eau au fond, puis le contenu du flacon. Enfin le tout, comme de l'encre qui se dilue, se colora doucement de fils noirs. Dazaën fit signe à Tahiri d'approcher, ce que l'Elfe aux yeux verts-de-gris fit d'un geste soudain troublé.

- Rien n'est excusable Tahiri, mais puisses-tu être témoin de ce souvenir-ci, qui me déserte. Il n'est plus temps de te cacher mon identité. Pas plus qu'à ton père que j'ai manipulé également. J'ai refais mon visage et mon nom, mais rien ne se perd dans l'Eternité. Il te faudra cependant de la force, pour regarder et subir ce que je te montrerai. Ainsi comprendras-tu, j'espère, que la Mort peut être une délivrance et une fin heureuse, en soi. Car l'Amour, comme l'Ombre, double chaque pas que l'on fait.

Lorsque Tahiri se plongea au-dessus ce miroir improvisé, elle se sentit comme aspirée par cet étrange sortilège. L'eau des sens lui montra alors ce que l'infini dissimulait depuis des années. Son cœur à présent, loin dans cet océan d'images qui n'en était pas un, battait la chamade.

~



Ildezzeeth:
 



A la croisée des chemins [TERMINÉ]  06022410



On connaissait le Capitaine Elfe comme étant le Septième Fils Adopté du Roi Pirate Lamiedo. Ildezzeeth avait un visage anguleux, en lame de couteau. Une torse large comme un bouclier, aussi solide qu'un bloc de granit à l'image du personnage qu'il était. Ses yeux, sombres globes dorés étaient sans cesse pliés sur le mariage horizontale de la mer et du ciel. Sa peau avait brunie sous le soleil d'Arcaëlle et ses lèvres s'étaient défrichées sous l'écume. Autour de lui, le vent mort puait. C'était comme une source vive mais impure où apaiser sa soif dévorante. Le défi dans les yeux, le juron entre les dents, bras croisés sur sa poitrine que recouvrait un large plastron d'armure, le Capitaine du Seventh Son, Ildezzeeth, observait d'un air sévère l'île du Cap Boa qui se profilait devant sa proue. C'était une bête étrange et sombre, cet Ildezzeeth. Mais les femmes, peut-être, aimaient cela. Cependant, même vu sous ce jour, celui-là ne valait pas la peine qu'on l'apprivoisât. L'obscurité enserrait le navire si près qu'il semblait qu'en allongeant la main par-dessus bord on pourrait toucher quelque substance surnaturelle. L'Elfe fit carguer la misaine, ordonnant que l'on marche uniquement avec les huniers et les perroquets. Ildezzeeth ne souriait jamais, mais il savait quelquefois plaisanter bien qu'avec cynisme.

« Messieurs, dit-il de sa voix graveleuse comme sortie des entrailles de la terre, cette nuit si notre cravate est blanche, elle sera de corde.

Quelques-uns des flibustiers qu'il commandaient rirent sous cape. Tous étaient près. Le Septième Fils se découvrit, entama une prière pour Özan puis les Hayert'Väal lancèrent la prise de Cap Boa. Le Seventh Son fit trembler ses bouches à feu.

Très vite l'enfer se déchaîna sur l'île. L'infanterie, la volière et la cavalerie mise en branle par le Gouverneur de Cap Boa finit déchirée sous l'alliance du fer, du fluide et du feu des pirates. Le port vola en éclat, suspendant définitivement toute son activité ! Les bâtiments indépendants amarrés le long des quais plièrent l'échine avant de sombrer, définitivement eux-aussi. Partout résonnaient le cri d'explosions qui déchiraient des ailes ou faisaient s'envoler haut des non-ailés. Pressés en groupe derrière leur chef, les Hayert'Vaäl tiraient leur fer ou leur mousqueterie sur les soldats et les civils que le feu n'avait pas détruit. Ils frappaient à chaque fois de façon à ce que l'autre ne se relève plus. Derrière l'Adopté la flibuste savait qu'elle n'avait rien à craindre car l'Elfe Noir valait bien dix fois chacun d'entre eux. L'Elfe traînait dans son sillage de véritables tourbillons de flammes, prenant l'éternité pour lui et ne laissant à ses ennemis que la mort ! Quiconque n'était pas disposé à le laisser passer dans Cap Boa périssait car il employait sa force ! Tour à tour, des tourbillons de flammes, des maelströms de foudre et des fossés de fiel surgissaient à chacun de ses pas ou au bout de ses doigts et toute la défense de l'île fut réduite à néant !
Ildezzeeth, sans un mot, sans que son visage ne trahisse aucune émotion, fit sauter les portes du Fort de Boa afin d'espérer recevoir la reddition du Gouverneur. Mais alors, tandis que volaient en éclat les lourdes portes d'ébènes, une nouvelle délégations de soldats fondit sur eux, invoquant le nom de Gar'Haz ! La flibuste répliqua en agitant un Joly Roger à la couleur du Roi Pirate tandis qu'ils criaient le nom "d'Ozän" ! Et les deux camps se percutèrent dans un effroyable tintamarre d'acier, de foudre, de fluide et de force !

- Si il y a bien une chose en Arcaëlle qui me fait horreur, dit alors le commandant en chef de cette escouade qui portait un large heaume lui couvrant le visage, ce sont les pirates et les araignées.

Ildezzeeth prit ces mots comme un défi et fit face à l'homme, presque aussi large et aussi grand que lui, qui dégaina en son honneur deux sabres. L'Elfe n'était pas bavard, aussi ne répondit-il pas à la bravade de son adversaire. Deux yeux rouges brillaient, étincelaient avec audace sous le heaume sombre qui lui mangeait le visage. Ildezzeeth ne se décomposa pas, il arma son bras tandis qu'un éclair, illuminant la nature tout entière, tombait littéralement du ciel sur sa cible ! Mais l'autre avait des réflexes et, avant que l'Elfe n'ait pu comprendre ce qu'il venait de se passer, il était amené à porter à sa poitrine douloureuse ses deux mains encore tremblantes du fluide qu'il venait d'utiliser !

- Un Lorcq.

La femme -car c'était une femme- jeta alors au sol son heaume et, étincelante dans son armure rubigineuse lança au forban un regard empli de haine.

- Tes aventures s'arrêtent ici, suppôt du Roi Pirate !

Ildezzeeth songea qu'il saurait jouir de l'impuissance de cette Lorcq fort bien faite lorsqu'il la tiendrait entre ses cuisses par les cheveux. Si il ne pouvait utiliser le fluide en sa présence, car les Lorcqs savaient drainer le fluide comme les vampires le sang, il ne craignait pas de manier un peu de fer. Dégainant son sabre d'abordage, l'Elfe Noir s'élança vers cette adversaire jumelée et les deux lames s’entrechoquèrent en une gerbe d'étincelles qui les obligea tous deux à reculer !

- Retournez d'où vous venez, Hayert' ! Retournez au néant !

Seuls les idiots prenaient la peine de parler durant un combat décisif, et Ildezzeeth le savait ! Il ne répondait pas, se contentant de parer et placer ses bottes du bout de sa lame, comme le maître qu'il était à ce jeu ! Il ferait très vite de cette terre peuplée une immense nécropole infernale à la gloire d'Özan ! La Lorcq l’aiguillonnait du bout de sa lame comme un taureau par un banderilleros mais l'Elfe savait conserver son sang-froid ! Il attaquait à la tête, fit comme s'il rompait pour couvrir son flanc, revint promptement à la garde contraire et, rapide comme un épervier, lui porta un coup de revers en bas qui, au craquement qu'il entendit, dut lui couper les tendons d'un jarret ! La Lorcq laissa échapper un cri de douleur mais sa force mentale était telle que le corps ne s'écroula pas ! Il y a eu action simultanée qui obligea l'Elfe à rompre, et le combat reprit ! Il para une riposte et engagea contre-riposte d'un mouvement de poignet ! Finalement, au bout de quelques minutes, blessées de toutes parts, la Lorcq perdit l'appui de ses pieds et chavira. Le Septième Fils en profita pour la désarmer, faisant voler dans l'air son arme avant de pointer le bout de la sienne sous son menton. Alors, pour la première fois, la Lorcq de Cap Boa put entendre la voix sinistre, graveleuse de Septième Fils du Roi Pirate :

- Je te monterai avant l'aube, femelle. Vaincue et soumise. »

Il l'assomma d'un coup de genou en plein visage qui lui emporta la mâchoire puis retourna à ses affaires. Moins d'une heure plus tard, l'île de Cap Boa tomba aux mains du Septième Fils et Ildezzeeth déposa sur une table la reddition marquée du sceau de son règne. Il additionnait les victoires sur Arcaëlle ces dernières années. La nuit qui suivit fut celle de ripaille, bombance et orgie. Les forbans forcèrent les serrures tout comme les femmes, et les enfants survivants furent embarqués de force pour être menés à Port-Suppure en tant qu'esclaves. Il avait désormais le temps plus à propos de tenir sa promesse faite à la belle Lorcq. Elle serait son trophée personnel.


~




Autre lieu. Autre époque. Autre souvenir. Le Capitaine Ildezzeeth fait s'abattre la barque qui le portait en carène sur la plage de rocs noirs. D'un signe de la tête, il fait ensuite signe à ses sbires de l'attendre derrière. Il ne devrait pas être très long. S'étant fait mécène de nombreuses expéditions, au nom du Roi Pirate Lamiedo, le Capitaine Ildezzeeth, le Septième Fils, met enfin un pied à terre. Nulle vie autour de l’îlot rocailleux qui le porte, nulle vie dans les prés, dans les bois, sous les trous et sous les cieux et la terre noire qui le soutient. Le regard haut, le visage arrogant et l'air fier, il laisse derrière lui les marins du Seventh Son sous son autorité et avance d'un pas assuré le long de la plage de sable brun. Il porte sur son épaule un coffret de bois qui lui semble ne rien peser tant son corps n'est fait que de poigne et de muscles. Devant les deux yeux gris couleur or se profile une profonde cavité rocheuse que les ténèbres avaient envahi. Une grotte. L'Adopté Ildezzeeth, son coffre toujours sur l'épaule, solidement campé entre sa paume et sa nuque d'acier, pénètre alors plus avant. Sa vision nocturne elfique se déclenche sur ces entrefaits, et ses yeux distinguent très vite le pourquoi du comment. Il n'a pas ordonné au Seventh Son une halte en cet endroit, îlot perdu au milieu de l'océan, sans une raison valable.
L'Elfe possède une sacrée tronche de fripouille à cet instant présent, et même de fripouille lugubre. Un meurtrier. Seul, il dépasse sans sourciller les soutènements naturels de roche noire pour pénétrer à l'intérieur de la grotte qui s'élève sur la plage de l'îlot. Alors se dessinent sous son regard une véritable cache au trésor. Une cavité rocheuse qu'illumine les milles et une pierres précieuses, écus et joyaux que contiennent la cache. L'Elfe Ildezzeeth laisse tomber sur le sol, BROUF, parmi les écus dorés et les colliers de perle le coffre qu'il portait, et celui-ci s'écrase entre les griffes rocheuses de la grotte en un bruit sonore. Un coffre parmi tant d'autres. Et l'île est si petite.

- Aujourd'hui je tiens un bonne prise. Qu'en penses-tu, femme ?

Face à lui, une créature aux longs cheveux roux se recroqueville sur elle-même, au fond de cette caverne au trésor. Ildezzeeth se sent malgré lui s'affermir sous son armure de cuir. Il avance donc, d'un pas allongé, dur mais certain, vers sa cible misérable. La Lorcq de Cap Boa se recroqueville sur elle-même à la vue de son détracteur. Il faut dire que l'Elfe Noir est large et haut, et sa fierté lui fait comme un masque. Il a tout d'un mâle dominateur, et ces derniers temps ses victoires s'enchaînent les unes les autres ! Cela fait des mois à présent, qu'il l'a vaincue en combat singulier sur l'île de Boa. Un instant, l'Elfe semi-Dieu a une pensée pour cet itinéraire de vie qui l'avait conduit aujourd'huy jusque dans les bras de la flibuste. Son regard, brûlant comme un tison chauffé aux flammes de l'enfer, se pose sur sa proie. Depuis qu'il a vaincu cette Lorcq en combat singulier sur l'île qu'il avait annexé au nom du Roi Pirate, le Capitaine Ildezzeeth en a fait sa chose. Souvent, lorsqu'il a la possibilité de revenir d'une course, il fait faire au Seventh Son un détour en ces eaux ; ni vu ni connu de Lamiedo, afin d'y déposer un coffret d'or et de pierreries. Et pour le Capitaine Ildezzeeth à cette époque, les femmes, au même titre que l'or et les pierres précieuses, sont des trophées qui appartiennent aux vainqueurs. Alors, une fois qu'il laisse tomber au sol son coffre de bois lourd d'écus et de bijoux, l'Elfe s'avance d'un pas sûr vers la Lorcq, véritable cauchemar muet mais qui sait psalmodier. Il l'a vaincue et soumise, cela fait des mois à présent. La captive, habituée à ses genre de visites au pied levée, se contorsionne en position fœtale. Elle reste entièrement nue et le duvet de poils roux entre ses cuisses paraît la seule chose qu'Ildezzeeth remarque en cet instant présent. C'est même là une pensée quasi-quotidienne et qui n'a jamais encore empourpré sa joue. Lorsque la Lorcq, jadis fière commandante en chef du régiment de garde de Cap Boa, tente de l'arrêter, il la maîtrise d'un tour de main, comme si elle n'a jamais été rien d'autre qu'un fétus de paille. Il ne voit plus qu'en esprit toutes ces promesses orales et ces formes humaines. Et son esprit à lui est toujours hanté par le vertige et la luxure. Sous l'ombre de son imposante domination, Ildezzeeth agrippe alors sa prisonnière Lorcq fermement, et entreprent de la monter comme il en avait pris l'habitude depuis sa dernière victoire. Comme une chienne. Après tout, comme il le dit si bien, les vaincus ne pouvent qu'appartenir aux vainqueurs. Et le vainqueur, c'est lui. L'entrejambe de la Lorcq livrée à sa nudité, blond comme un soleil de Ray'Bauz, parait briller comme une montagne de feu au sein de cette caverne perdue au milieu de l'océan. Sa proie se débat, comme toujours, mais l'Elfe Noir est habitué. Au contraire, il aime même cela. Faire sentir à ses propres adversaires l'ampleur de leur impuissance l'excite plus que tout. Pour lui, les larmes d'affaissement de ses victimes demeurent un véritable poison. Il en a toujours abusé car raffolé. Mais, tandis qu'il met sa Lorcq profond, prêt à se vider le corps comme l'esprit dans cet acte abominable, celle-ci trouve la force de se soustraire à son étreinte, et l'Elfe se redresse très vite frustré, le torse gouttant de sueur.

- Je déverserai l'enfer sur votre tête ! crie alors la Lorcq en secouant énergiquement sa crinière rousse !

Ô bête indomptée et toujours rebelle ! Il la reprend, la cogne, la tient fermement par les reines, les paumes brûlantes contre ses flancs, prêt à lui éclater le bassin si elle résiste trop.

- Je fais de la victoire aveugle mon étendard, répond de sa voix gravissime l'Elfe, et il plaque le visage de sa victime contre la roche humide et noire, lui ouvrant ferme les gencives.

Mais elle se débat encore.

- Mon âme est hors de votre portée ! crie la Lorcq.

Un instant, Ildezzeeth se questionne quant-au-fait de répondre à sa prisonnière. Il n'a qu'une envie : se vider. Il prend néanmoins son mal en patience, conscient que ce petit jeu amuse en dépit de tout son désir. Les femmes pour lui sont comme le vin, meilleures après quinze ans en cave !

- Je n'ai pas d'âme, répond-il en crachant sa haine.
- Vous en aviez une, pourtant !

Il la gifle avec une force de boeuf et ses mains gigantesques se referment sur son col, menu et mouillé. De ses doigts habiles, il l'enserre et commença à étrangler sa victime. De son autre main, Ildezzeeth dénoue complètement les ceinturons de son armure qui emprisonnent encore le reste de son corps. Il se met nu. Puis il la frappe sans pitié avec la sangle de sa ceinture. Néanmoins les coups répétés ne font pas taire la guerrière de Cap Boa et, en dépit de sa bouche crachant du sang frais, elle poursuit, sentant son tortionnaire se glisser avec violence, une autre fois, entre ses cuisses :

- Vous ne savez pas qui je suis !

Ildezzeeth se fiche de qui elle est.

- Tu es mienne, lui dit-il en la reniflant impudiquement.
- J'étais prêtresse de Gar'Haz sur Cap Boa ! crie alors sa prisonnière à l'encolure rousse.

L'Elfe s'en fout pas mal. Pour l'heure, il désire juste jouir d'elle. Par l'avant, par l'arrière, par la bouche, peu lui importait. Il dépose son coffre, il viole sa prisonnière puis il se rembarque et reprend la mer sous le pavillon de l'Araignée. Mais la Lorcq de Cap Boa ne semble pas être de cet avis et, encore une fois, elle lui résiste telle une vipère prise au piège d'in trappeur :

- J'étais prêtresse de Gar'Har ! répète-t-elle plus fort en sentant la puissance de l'Elfe maudit tout contre ses cuisses.
- Je ne crains pas les Dieux, répond Ildezzeeth.
- Pourtant vous devriez ! Je ne nomme jamais le démon par son nom mais je sais le reconnaître !
- Je n'ai pas besoin que tu nommes quoi que ce soit. Tiens-toi tranquille, ça ne sera pas long !

Alors la Lorcq crie une phrase que l'Elfe maudit n'oubliera jamais de toute son existence :

- Je suis fille de Gar'Haz ! Tout comme toi, tu es le fils de May'Veal !

Quelle fatalité tient donc la race mortelle, ce grain de poussière ? se demande Ildezzeeth.

- Qui t'a dit cela ? glapit-il en agrippant le visage sale de la jeune femme entre ses doigts crochus !
- Je suis fille de Gar'Haz ! répéta la Lorcq ! Ca fait de moi une demi-déesse !
- Mensonge !

Encore une fois, il la gifle ! Mais il met cette fois tant de force dans la gestuelle que la jeune guerrière parait assommée l'espace de quelques secondes. Néanmoins, elle reprent bien vite ses esprit, invincible. C'est cependant trop tard, car l'Adopté Ildezzeeth est en train de la violer.

- Je ne crains que le tonnerre, le blasphème et le visage des morts...pleure la jeune Lorcq impuissante pendant que l'Elfe la transperce.
- Qui t'a dit que j'étais le fils de May'Veal ? rugit l'Elfe de sa voix d'outre-tombe.
- Je suis semi-déesse...Je sais reconnaître un autre semi-dieu lorsque j'en vois un.

Il se venge soudainement en la labourant plus profond encore. La Lorcq se mord les lèvres afin de ne pas crier de douleur, du sang suinte de ses gencives brisées et de sa joue déchirée. Alors Ildezeeth referme sa poigne, poigne mâle, poile de tyran, sur son visage féminin.

- Alors tu diras à ton divin Père lorsque tu le verras que c'est moi le responsable. Je t'ai baisé hier. Je te baiserai demain. Et je n'ai pas encore finis de te baiser aujourd'huy !

La peau de la Lorcq était calleuse de coups de ceinture et de fouet récréatif, on aurait pu monter à l'assaut en y enfonçant un croc de boucher. Si l'amour provoquait les tensions, songea l'Elfe, le sexe au moins pouvait les apaiser.


~



- Nous nous noyons souvent dans le chaudron de nos états d'âme. Ta haine envers moi et justifiée à présent Tahiri. Mais ne te sens pas obligée de me punir pour mes actes. Özan l'a déjà fais. Le corps qui s'est trop débattu n'a plus la force de mourir. Or, même la mort demeure un sort trop juste pour mes actes passés. Lorsque mes ennemis m'ont privé de la seule chose qui comptait à mes yeux, la seule personne, ces cornes sont apparues ; mon apparence a changé. Je suis mort en même temps que Mary, ma bien- aimée. Gar'Haz, ton père, a cru bon et juste de me livrer au Néant d'Özan afin que j'expire mes fautes passées. Mais même ton père, le bon Dieu de la Mort, n'a aucune emprise sur mon âme. J'ai passé un marché avec Özan dans ma jeunesse, Tahiri.  Frappé par la rage Divine, cible de la colère de ma Mère pleine de jalousie, je demeurais injustement attaché au nid de pie de mon propre navire, condamné jour après jours à être dévoré vivant par un albatros, et jusqu'à ce que mon âme ne cesse de s'étonner de se trouver loin de ma Fortune. Alors, tous les jours, à l'aube, l'oiseau venait et faisait durer mes tourments de supplicié. Et tous les soirs, au crépuscule, l'on envoyait depuis le pont principal un marin afin de guérir mes plaies pour que puisse s'accomplir la volonté divine le lendemain. Et chaque matin, lorsque j'offrait mon poitrail à l'albatros qui arrivait, je criais le nom de Fortune. Ce martyre dura ainsi plus de cent ans, car tout le monde sait que les Dieux sont d'un orgueil intraitable. Jusqu'à ce qu'arrive Özan. J'entendis parler du Seigneur maudit pour la toute première fois il y a maintenant une centaine d'années. Özan offrit de me libérer du châtiment de ma mère, mais le prix à payer était terrible. Chaque jour, je devrais tuer une âme pour lui. C'est à ce seul prix que le joyau de sang que je porte aujourd'hui au front s'illuminerait, et me dissimulerait ainsi aux foudres de May'Veal. Mais cela n'était pas suffisant pour Özan. Il exigea une autre chose de moi. Mon âme. Ce que l'on connait comme une Éternité de servitude, sur la Terre comme dans les Ténèbres. Tahiri, cela fait des années que je ne m'appartiens plus.

Dazaën soupira, puis baissa un peu le regard. Comme s'il cherchait un peu de terre sous ses pieds nus.

- Lorsqu'une part de mon âme s'offrit à la mort, en même temps que Mary Fortune, Özan est venu récupéré son dû. Voilà pourquoi le joyau de sang ne fit plus qu'un avec moi et mon apparence changea de la sorte. J'ignore pourquoi, cependant, je lui résistai et lui échappai. En reniant mon serment passé avec le Seigneur des Ténèbres un demi-siècle plus tôt, je parvins à échapper à son emprise. Mais Gar'Haz me rattrapa vite, et je mourus une seconde fois, dans un combat qui faisait la défense de la ville de Shin'Taï. Gar'Haz, ton père, ordonna que je fus jugé puis envoyé dans le lac de feu et le Néant d'Özan afin d'expier mes fautes mais je marchandai avec lui. Il me renvoya alors sur la Terre, dans le but de t'éclairer et te conduire jusqu'aux Montagnes et au sanctuaires de l'Elban'Han. En échange, Gar'Haz m'a promis de me réunir avec ma Fortune, que j'appelle et je pleure depuis tout ce temps. Mais la vérité est bien plus difficile et bien plus douloureuse à assimiler. Car ce que je marchandai avec ton père depuis les plans supérieurs : mon âme, ne m'appartient plus depuis longtemps. Özan est furieux que j'ai renié ainsi mes vœux. Mais un serment est un serment, et rien ne peut le briser. Mon âme, à ma mort, lui reviendra toute entière pour une éternité de services. Et le Seigneur des Ténèbres se délectera, soit des hurlements et du martyres de pauvres âmes que je faucherai pour lui, soit des miens. Il me fera payer ma trahison, Gar'Haz ne peut s'y opposer. Quoi qu'il en soit, ton Père lui-même ne peut rien pour moi. Une fois que l'on a tendu sa main à Özan, et qu'il l'a lui-même serré, votre âme lui appartient. J'espère juste offrir à Ma Fortune le repos qu'elle mérite. Et voir une dernière fois son visage pour qui mon cœur n'a cessé de battre, avant que mes obligations ne me rattrapent dans l'enfer éternel. Car éternel, personne ne l'est, sinon les Dieux. Ceci est une vie qui ne nous appartient pas. Ceci est ce qui nous démasque.

Dazaën désigna de son index la marque, et Tahiri pouvait bien l'apercevoir à présent, qui trônait sur son front à lui. La marque d'Özan.

- Sache une dernière chose, Tahiri. Rares sont les Hayert'Vaäl qui marchandent l'Éternité avec le Seigneur du Chaos. Nous ne sommes qu'une minorité. Mais une fois morts, une fois lâchés sur Archaëlle en tant que Démons et Serviteurs du Mal suprême, une fois notre âme arrachée de notre poitrine par Özan, absolument tout sur notre passage est destiné à périr. Tout n'est plus que souffrance, flammes et destruction. C'est parce qu'il y a un vrai danger, de vrais échecs, une vraie damnation éternelle, que les mots de victoire, de mort ou de joie ont un sens. »
Niveau 3
Dazaën Thelazma
Je suis dispo pour : Demandez
Identité : Héros Antique Fiche Perso

Fluide : Ka, Mez, Khan et Thâ
Expérience : 15

Carnet de bord
Fluide(s)/Compétence(s): Ka, Mez, Khan et Thâ
Groupes: Neutre
Race: Elfe
Voir le profil de l'utilisateur
Niveau 3




"L'Amour véritable se distingue de l'or et de l'argile en ceci : diviser ce n'est rien enlever."

D.T
Revenir en haut Aller en bas
Sam 23 Mar 2019 - 9:22
Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de ressentiment contre les enfants de ton peuple; mais tu aimeras ton prochain comme toi-même. – Lévitique 19 : 18

Je restais complètement silencieuse devant le spectacle de ce souvenir qui se rejouait devant moi avec force détails. Malgré ces désolantes révélations, malgré cet horrible passé empli d’errance et de méfaits, je restais impassible jusqu’à ce que le demi-dieu, fils de May’Veal, en ait fini. Je ne laissai alors transparaître aucun mépris sur mon visage, ni aucune forme de jugement. Tout ce qui emplissait à présent mon cœur n’était que pitié. Pitié pour l’âme de ce pauvre dément, pitié pour tout ses actes passés, pour ceux qu’il avait blessés, dont il faisait lui même partie, pitié pour ce qu’il avait enduré par le sort funeste de sa destinée. Qu’il la mérite ou non, j’avais pitié pour lui et pour ceux qui avaient été dans son sillage.

- Je comprends mieux pourquoi mon père t’a désigné pour cette tâche…

Je le fixai alors dans les yeux, aussi fixement que le sage regarde l’infini.

- Et je vois ce qu’il attend de moi, aussi clairement que je te vois devant moi.

C’était clair à présent, aussi clair que le jour. Si Dazaën fut destiné à m’accompagner vers ma nouvelle vie, j’étais quand à moi destinée à l’accompagner dans sa nouvelle mort. A nouveau, je devrais être celle qui apporte la mort, celle qui aide à accepter la mort et le sot funeste qui attendent ceux qui vont mourir, ou ceux qui le doivent. Allais-je devoir libérer cette Fortune de sa non-mort ? Assurément. En tant que fille de Gar’Haz, en tant que sa messagère, sa Faucheuse… A la grande surprise du demi-dieu, je l’enserrai dans mes bras, non comme une amante ou une fille de joie enlacerait un homme, mais comme une mère à son enfant, comme les ailes noires de la mort se refermant sur le mourant.

- Puisse la compassion de Gar’Haz soulager les tourments dans l’enfer qui t’attend.

Je relâchai Dazaën doucement avant de le laisser derrière moi. Il me fallait à présent m’occuper d’une nouvelle tâche qui m’incombait.

- Maintenant, excuses-moi, mais je dois m’occuper de quelque chose. Tu viens de me faire penser que j’ai un devoir à remplir. Tu peux prendre le lit, si tu veux. Je ferais sans.

Je quittai finalement la pièce sous le regard intrigué du demi-dieu, une lanterne à la main. L’obscurité que provoquait le mauvais temps et la nuit tombante avait plongé le pont dans une ambiance des plus sordides. Je tins bon la rampe pour m’extraire jusqu’au reste du navire et gagner ses entrailles. Je croisais alors Wallace qui me dévisagea un moment avant de faire comme si je n’étais pas là. Il avait sûrement d’autres chats à fouetter, mais je ne le voyais pas de cet œil. Après m’être renseigné auprès de lui, luttant contre sa mauvaise humeur pour lui tirer les vers du nez, je finis par gagner la cabine où avait été installée la femme lorcq et son enfant.

Je frappais alors à la porte, espérant que la fille de Gar’Haz vienne m’ouvrir. Au lieu de cela, j’entendis sa voix affaibli par la faim et la fatigue.

- Qui est là ?
- La femme elfe que vous avez vu tout à l’heure ! Je me nomme Tahiri Rösenwand !
- Allez-vous-en !Je n’ai rien à vous dire !
- Pas même à une autre fille de Gar’Haz ?

Il y eut un long moment de silence, puis finalement il y eut le son d’un déclic et la porte s’entrouvrit sur le visage terriblement fatigué de la lorcq.

- Vous êtes vraiment fille de Gar’Haz ?
- Non, je suis Haute-Prêtresse de Gar’Haz et j’attends ma sœur…

La porte se referma brutalement à ma grande stupéfaction.

- Non, mais je plaisantai !
- Je ne suis pas d’humeur à ça ! Rétorqua la vois de l’autre côté de la porte.
- Non, mais ouvrez… Allez… C’’est important !
- Qu’est-ce que vous voulez ? Si c’est pour me convaincre que ce démon d’Özan mérite mon pardon…
- Non ! Pas du tout ! De toutes façons son âme est perdue, et il le sait ! Et il sera mille fois damné pour ça ! En plus d’être encore en vie, ce qui n’est pas vraiment un cadeau pour lui. Ce n’est pas pour lui que je viens, c’est pour vous !

Nouveau moment de silence. La lorcq resta muette jusqu’à ce qu’elle ouvre à nouveau la porte. A la regarder entièrement à présent, et de près, je la trouvai belle, belle à en mourir malgré son aspect fatigué et famélique. Elle était de ces femmes qui sont magnifiques en toutes circonstances, pour lesquelles on se damnerait. La pitié que j’éprouvais à son égard n’en était que plus grande encore. Elle m’invita à entrer, visiblement confiante dans le fait que je fus fille de Gar’Haz et que j’étais venue avec de bonnes intentions. Au fond de la pièce, l’enfant était recroquevillé sur le lit, et me fixait de ses yeux d’or. Lui aussi était incroyablement beau malgré son état sauvage et pitoyable.

- Alors que me voulez-vous ?
- Vous aider… Et essayer de vous apporter la paix. En tant que ma demi-sœur, votre sort ne m’est pas indifférent.

Elle ne dit rien. Elle n’avait visiblement plus l’habitude de parler. Peut-être se méfiait-elle de moi, et à raison. Seul un fou ne serait pas sur ses gardes dans une situation pareille. Je ne lui en tenais donc pas rigueur mais son silence avait quelque chose de particulièrement gênant.

- J’ai… appris pour votre captivité… à l’instant même…
- Le remord aurait-il rongé ce monstre ? Quel mensonge cette créature sans cœur vous a-t-il raconté ?
- Aucun, seulement la vérité. Et comme je vous l’ai dit, ce n’est pas pour lui que je viens, mais pour vous.
- Vous vous sentez coupable de traîner avec ce serviteur d’Özan.
- Je n’ai aucun remord à être en compagnie d’un mort…
- Un mort ? s’étonna la lorcq.
- Un mort, oui… Dazaën l’est, ou en tout cas, il est destiné à l’être dans peu de temps… Il en a pour un an, tout au plus. Et vous savez tout comme moi ce qui l’attend après.
- Un éternité de souffrance ! Ce sera peu cher pour ce qu’il m’a fait endurer ! grogna-t-elle.

J’avançais en silence dans la pièce et finis par m’asseoir au bout du lit où se trouvait le petit être qui y était niché. Il se recroquevilla d’autant plus, intimidé par ma présence.

- Comment s’appelle-t-il ?
- Kaleyu…
- Vraiment ? Kaleyu ?
- Oui… Vous vous attendiez à quoi ?
- Kaleyu… autrement dit, arracher la justice… autrement dit… la vengeance !
- Et alors ?
- Rien… C’est finalement normal vu la situation… Et vous ? Comment vous appelez-vous ?
- Je ne m’appelle pas… Je ne m’appelle plus… Je n’ai plus de nom… Trop de temps s’est écoulé, tant et si bien que je l’ai oublié.
- Mais vous n’avez pas oublié que vous êtes fille de Gar’Haz, n’est-ce pas ?
- Comment l’oublié quand tous les jours j’ai prié pour qu’il ait pitié de moi et en finisse…

Je déglutis douloureusement. Cette femme avait prié notre père pour qu’il vienne mettre un terme à ses souffrance mais jamais il n’avait répondu. C’était parfaitement injuste d’une certaine manière… Probablement avait-elle survécu en aspirant la vie des êtres qui passaient par là, le peu de créature marine qui puisse s’aventurer jusque sur son bout de rocher. J’avais encore plus pitié d’elle à présent.

- Puis-je faire quoique se soit pour apaiser votre tourmente ? Demandai-je après un temps d’hésitation. Votre enfant n’a pas l’air bien… Et vous non plus. Je doute que ce qu’il reste de nourriture ici vous suffise à vous sustenter correctement, surtout dans votre état. Si je peux être d’une quelconque aide…
- Et vous suggérez quoi ? Me donner votre seul bras encore valide à manger ?
- Non… Mais contrairement à vous, j’ai mangé à ma faim dernièrement. J’ai quelques réserves. Alors je vous en pries, servez-vous.
- Vous êtes complètement folle… Pas étonnant que vous suiviez ce serviteur d’Özan.
- EX-serviteur d’Özan ! précisai-je. Quant à savoir pour quelle raison je le suis, je vous la donnerai si vous acceptez mon offrande. Un peu de fluide, ça ne vous ferait pas de mal.

Elle me fusilla du regard, la bouche plissée dans un rictus d’agacement. Visiblement elle me prenait vraiment pour une folle.

- Savez-vous seulement ce qu’est la faim pour un lorcq ? Savez-vous seulement ce que vous risquez en vous offrant à moi ? Je pourrais vous laisser complètement sans vie… poussée par une faim inassouvie.
- Je prend le risque, et puis après tout… Je suis fille de Gar’Haz.
- Je vous préviens… Mon don divin risque également de se manifester…
- Heu… Votre don divin ? Qu’est-ce que c’est ?
- Au toucher, je révèle la véritable nature des gens. J’espère que vous êtes prête…
- Bouah... Ahahaha ! La véritable nature des gens… Vous allez faire quoi ? Révéler que je suis une obsédée sexuelle ou un truc comme ça ? Ah ! Comme si je le cachais…

Elle me saisit alors le bras et je sentis mon fluide passer de mon corps au sien. C’était une sensation particulièrement désagréable, comme si on aspirait toute la force que vous aviez en vous. Je me sentis rapidement affaiblie, de plus en plus. C’est au moment où je vis blanchir ma chevelure que je me mis à craindre le pire. Mais que se passait-il ? Je me mis à crier de stupeur.

- Aaaaaaaaah ! Mais c’est quoi ce bordel !?
- Je vous avais prévenu…
- Mais que…

C’est alors que je sentis le processus s’accélérer. Je me tournais en arrière et remarquais que le petit d’homme était aussi en train de me ponctionner du fluide. Malheur, les deux étaient des lorcqs. J’aurai parié que le gamin aurait pu hérité de la nature elfique de son géniteur présumé, mais j’avais visiblement perdu mon paris.

-Et merde…

Prise de vertige, je tombais en arrière. Je sentis qu’on me rattrapais, que ma tête ne heurta pas le sol, mais bien vite, je perdis connaissance. Cette inconscience me sembla alors si douce, si reposante, comme si plus rien n’avait d’importance. J’étais à présent bercée par les remous du navire sur les vagues. Mais plus que ça, c’est le fait d’avoir accompli une action qui me semblait juste qui m’étreignit tout entière. Un acte pour une fois totalement désintéressé… J’avais pour une fois l’impression de suivre le droit chemin, le bon chemin. Était-ce folie que cela ? Probablement… Mais quelle douce folie…

Je restai un moment sans aucune conscience de mon environnement, sans savoir ce qui se passait autour de moi, ni dans le monde entier. Enivrante béatitude dans un océan de misère et de tristesse. La vie était-elle un cauchemar ? Devrais-je finalement accueillir la mort comme une amie ? Comme une bénédiction de l’âme ? Elle me sembla soudain être un rêve parfait, un repos sans fin qui me bercerait pour l’éternité. C’est cela que tu voulais me faire comprendre, père ? Est-ce cela que tu voulais m’apprendre ? Et si j’acceptai ton Royaume ? Et si je me faisais la messagère de ton nom, de ta volonté et du repos que tu apportes ? Devrai-je me réjouir de la mort plutôt que de la craindre ?

Je me revoyais à présent enfant, implorant ton nom. De tout mon cœur, de toute mon âme, je priais pour que mère soit à tes côtés, que tu ais pris soin d’elle en ton Royaume éternel. Les larmes coulèrent sur mes joues à ce souvenir, non de tristesse mais de joie, car je savais au fond de moi qu’elle serait en sécurité, avec toi, à jamais. Avais-je libéré ma sœur de ses tourments en abrégeant sa vie ? Avais-je en ton nom et ta volonté, finis par éviter à Oliry le parjure d’une croyance infondée ? Devrai-je croire en toi, mon père ? Devrai-je laisser la mort être ma compagne dans cette vie ? Tant de question dont les réponses me semblaient encore dures à accepter. Il me fallait y songer, y réfléchir… Mais pour la première fois, dans toute mon existence, je te considérais comme un père, un vrai. Pour une fois, la mort ne me sembla plus si tragique, au contraire. Elle était heureuse et pleine de grâce, douce et délicate. Reposante…

***

Je me réveillais, l’esprit étrangement clair malgré la paresse de mon corps. J’étais vidé d’énergie, et pourtant si sereine. A côté de moi se trouvait l’enfant, endormi avec une tête de bien heureux. Et plus loin, dans un fauteuil, la lorcq dont je ne connaissais toujours pas le nom me regardait avec une pointe de soulagement.

- Père soit loué, tu es en vie.
- Et plus sereine que jamais… étrangement. Je me sens… différente.
- Je t’avais prévenue, je révèle la véritable nature des gens au toucher.
- C’est… ma vraie nature ?
- Je ne sais ce que tu as ressenti, ni ce qui se passe en toi, mais la vérité sur ta nature a été révélée.

Je restais silencieuse et me saisis d’une mèche de mes cheveux. Je n’avais pas rêvé, et visiblement ce n’était pas temporaire : une partie de mes cheveux avaient pris une teinte blanche argentée. Je restais légèrement interdite face à ce changement, mais n’en portai pas plus d’importance. Le changement le plus incroyable avait été celui de mon être intérieur. Mais des questions s’imposaient alors à moi.

- Toi qui est lorcq, et qui en plus, possède ce pouvoir divin, n’as-tu jamais essayé de t’échapper ? De vider de son fluide Ildezeeth et avoir ainsi ta revanche ?
- Son maudit médaillon empêchait cela… Un lorcq ne peut décemment se nourrir d’un fluide corrompu sans craindre de l’être à son tour. Et quant à mon pouvoir divin… on dirait qu’il a fonctionné finalement. Peut-être est-ce suite au fait que son médaillon ait été brisé, ou peut-être pas… En tout cas sa vraie nature est révélée à présent !
- Ah… oui, la peau bleue, les cornes, tout ça… Ouais ouais… C’est bien possible…

Je me laissai un temps à la réflexion avant d’engager un autre sujet :

- Je crois que je suis prête, à présent… Prête à accepter mon destin.
- Ton destin ?
- Être la fille de Gar’Haz, accomplir sa volonté. Tu m’as ouvert les yeux… Je suis prête à recevoir l’enseignement qui m’attend.

Elle resta silencieuse face à cette déclaration, me regardant avec un air tant étonné que passablement énervé. On aurait dit qu’intérieurement, elle maudissait les dieux. C’était l’un de ces regards empli de colère, non bien au-dessus même de cela, du dégoût, de la frustration, du mépris envers le destin. Ce fut à cette occasion que je remarquais son visage rajeuni. Avoir puiser mon fluide avait visiblement redonné vie et santé à cette lorcq, assez en tout cas pour que le changement soit notable. Ses cheveux et son visage étaient moins ternes, ses yeux brillaient à présent d’une nouvelle force. Elle était magnifique, encore plus qu’avant. Seuls ses vêtements en piteux état dénotaient de sa détresse et aussi cette étincelle en elle qui faisait nous sentir ce gouffre en elle, ce gouffre à jamais ouvert.

- Je ne crois pas que tu étais destinée à attendre sur ce rocher pour que l’on se rencontre et que tu m’aides à réaliser ce que je ne voyais pas, mais au moins une chose de particulièrement bonne en est ressortie, renchéris-je.
- Hum… Peut-être est-ce bien ainsi, alors, souffla-t-elle de dépit.
- Merci, sor’ca.
- Sor’ca ?
- C’est un nom en elfique qui signifie demi-sœur. Car notre père est Gar’Haz.
- Hum… Sûrement. J’imagine en ce cas que tu vas me demander d’épargner ton guide ?
- Non ! Je ne te le demanderai pas ! Ce serait t’insulter que de te demander d’épargner quelqu’un qui t’a causé autant de tort, non. J’aimerai te demander plutôt d’oublier ta vengeance, et de penser à toi et à ton enfant plutôt qu’à assouvir ce désir destructeur. Dazaën est à jamais damné de toutes manières, tout ce que tu lui destine ne sera rien en comparaison de ce qu’il vivra dans l’enfer d’Özan ! Il y est préparé, et tout ce que tu pourra lui faire dans cette vie lui est bien égal. Ne gâche pas ton temps à la vengeance, tu en as déjà perdu assez à cause de lui. Pense à vivre à présent, pense à tout ce qu’il t’es possible d’accomplir.
- Comment pourrai-je vivre ? Ce monstre m’a tout arraché !
- Alors ne le laisse pas t’arracher ce qu’il te reste de vie ! Je t’en supplie… Donne un autre nom à ton enfant, oublie cette vie là et entames-en une autre. Je te donnerai assez d’or pour refaire une vie. Il y a tant de choses à voir encore en ce monde.
- Rien qui ne m’apportera la paix !
- Je crois que si, au contraire ! Car de toutes manières, c’est moi qui le tuerai…

Elle resta silencieuse et me regarda avec suspicion. Elle se demandait sûrement si je n’étais pas en train de me jouer d’elle.

- C’est sa destinée… Il est voué à mourir, et je suis vouée quant à moi à devenir une Faucheuse. Nos destins sont ainsi faits… Il mourra très prochainement, sois-en certaine. Alors ne gâches ni ton temps, ni celui de cet enfant dans cette entreprise qui ne t’apportera rien.

A sa grande surprise, je me levais, chancelante et pantelante, jusqu’à elle. Je la pris dans mes bras pour la serrer contre moi, avec toute la compassion qui était en moi.

- Je ne peux pas mentir, c’est toi-même qui l’a dit… Tu as révélé ma véritable nature, et encore maintenant c’est le cas, puisque je te touche. Là est ma véritable nature… Alors je t’en pries, oublie cette vie, oublie la vengeance, et saisis cette chance.
- Tu es une idiote, Tahiri Rösenwand… Une enfant dans l’esprit, qui ne grandira jamais. Crois-tu que cela sera si simple ?
- Oui… Si tu y crois, ça peut l’être. Si tu y crois, tu peux aspirer à une vie nouvelle… Je l’ai fait… Je l’ai fait ! Tout… Tout ce que j’avais a été détruit, une fois, dans ma vie… j’ai tout perdu. Et pourtant… et pourtant je suis là.

J’avais les larmes aux yeux. Je repensais à la morte de ma mère, à celle de ma sœur que j’avais moi-même provoqué, à toutes ces vies derrière moi que j’avais laissé. Et pourtant j’étais là, oui. J’étais là.

- Je suis là… répétai-je.

Elle resta muette. Elle n’osait plus rien dire. Envisageait-elle enfin les choses comme je les envisageai ? Je n’en avais aucune idée, mais elle semblait avoir besoin de sommeil. Je la laissai donc seule avec son enfant et quittai la pièce, les larmes aux yeux. Je descendis jusqu’à la cale avec ma lampe, là où se trouvait les geôles. En arrivant dans les prisons de L’Alvaro, je croisais le geôlier qui me reconnu rapidement.

- C’est vous… Je… Je crois que vous tombez bien. C’est Nunus… Il… C’est terrible… Il fait des grognements… des…
- Où est-il ?
- Je vais vous montrer…

Il m’accompagna au fond de la cale et me montra alors le malheureux susnommé. Le marin avait les yeux révulsés et poussait des grognements horribles. De toutes évidences, il avait succombait au mal et était devenu un de ces morts qui marchaient. Je me saisis alors de mon sabre et le dégainait. Doucement, ma chevelure devint d’un blanc d’argent et mes yeux changèrent de couleur, chose à peine perceptible dans l’obscurité quasi omniprésente, c’est pourquoi l’homme à côté de moi ne réagit pas, d’autant que son attention était accaparée par la vue de son ancien camarade devenu cette chose ni vivante, ni morte.

- Je suis là… dis-je comme pour porter écho à ce que j’avais dit plus tôt.

Ma lame s’enfonça dans le crâne du marin et acheva ses souffrances.

- Je suis là… tout va bien… susurra mon alter-ego divin avec qui je ne faisais plus qu’un à ce moment là. C’est fini…

Le geôlier baissa la tête, visiblement attristé, mais soulagé que tout cela soit terminé. Le pauvre Nunus avait subit le martyr avant de se transformer en cette chose répugnante. Me voir lui octroyer une mort rapide avait rassuré ce vieux marin barbu qui versait des larmes.

- Pauv’ gamin… Si jeune… C’est pas juste… non vraiment, c’est pas juste… soupira le marin.

Je rangeais ma lame et repris mon aspect normal avant de me tourner vers le marin et lui poser une main sur l’épaule.

- Gar’Haz, mon père, l’accueillera en son royaume, soyez-en certain. Pirate ou non, il ne s’est jamais parjuré, il trouvera la paix.
- Merci, m’dame, vous êtes bien bonne. J’promets de jamais voler dans un temple, ça non, juré !
- Les pirates… soupirai-je.

Je gagnai finalement la cabine du capitaine, totalement assommée par toute l’énergie que j’avais consommé en si peu de temps. Sans faire attention si mon compagnon de chambre avait ou non décidé de s’accaparer le lit, je m’effondrais dessus. Ça ne ferait qu’une situation gênante de plus parmi tant d’autres.
Niveau 5
Tahiri Rösenwand
Je suis dispo pour : 1/1 RP
Expérience : 794

Carnet de bord
Fluide(s)/Compétence(s): Thâ
Groupes: Neutre
Race: Elfe Demi-Déesse Gar'Haz
Voir le profil de l'utilisateur
Niveau 5


Homme, femme... du moment que ça se baise...
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
Page 1 sur 1
Sauter vers :

Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'Aube des Mondes :: Le monde :: Kaïl :: Est :: Wared'Fanne-