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Archéologie, diplomatie, et apocalypse

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Lun 13 Mai 2019 - 10:18
HRP:
 

Il nous fallut une journée entière pour rédiger des lettres à l’attention de tous les états. Certains continents n’ayant pas de dirigeant, en tout cas pas unis sous un gouvernement ou un règne, nous fûmes contraintes, la Princesse et moi, de nous adresser à toutes les grandes citées de ces territoires encore anarchiques. Cela ne facilitait guère les choses, mais à force d’efforts, nous arrivâmes au bout de nos peines.

- Je pense que nous pouvons affirmer sans rougir que nous avons fait un excellent travail ! déclara Ätanaelle.
- Oui, j’espère sincèrement que les dirigeants répondront favorablement à notre appel à l’union.
- Ce serait formidable ! Imaginez, Arcaëlle toute entière, réunie contre les forces du mal ! Tous, unis et soudés. Ça n’était pas arrivé depuis… Je ne suis pas sûr que se soit jamais arrivé. Il y a toujours eu des dissensions en Arcaëlle. Mzékils’Han contre Tahora’Han… Empire contre Citées Blanches…
- Et aujourd’hui, Nations contre Nëris Kale Özan… soupirai-je.
- Hé hé… Ne soyez pas triste ni désespérée, Morianne. Les choses sont ainsi faites. Le monde serait-il si intéressant sans les conflits qui l’habitent ?
- Je n’en sais rien… Je préfère ne pas me poser la question. Avec des si on pourrait refaire le monde…
- Vous avez sûrement raison. Très bien, je vais moi-même envoyer ces lettres par corbeaux voyageurs. Encore merci, Morianne, vous avez été d’une grande aide, comme de coutume.

Je haussai vaguement les épaules et souffla un « Y a pas de quoi. » qui du manquer quelque peu d’entrain. Atanaëlle me prit dans ses bras en me caressant doucement la tête. Je me mis à rougir, gênée par cette marque d’affection. D’autant que je pouvais sentir le doux parfum enivrant de la Princesse, ainsi serrée contre elle. Il y avait cette petite pointe de cannelle dans sa chevelure qui me rappelait d’agréable souvenir. Je repoussai doucement Atanaëlle d’un air embarrassé.

- Me… Merci ! Ça ira !

La Princesse me sourit, amusée visiblement par ma gêne du moment et partit finalement d’un pas décidé, probablement vers la volière. Je me demandai alors comment un corbeau pouvait-il traverser tout un océan sans manger à présent. Peut-être étaient-ils magiques ? Ou peut-être avait-elle parlé d’un groupe de messagers qui se faisaient appeler les Corbeaux Voyageurs ? Qui sait ? Je ne savais pas grand choses de la Principauté au final. Hormis mon éducation religieuse, je n’en avais pas vraiment reçu. Je savais seulement lire et écrire, mais très mal, je connaissais les différents cultes, mais plus particulièrement celui de Thaä, quant au reste, j’avais de grandes connaissances dans la nature sauvage, les plantes, et quelques remèdes, mais c’était tout ce que je possédais. Autant dire que la politique, les corps de métiers d’Yban, et tout le reste m’étaient inconnu dans la grande majorité. Je ne faisais qu’improviser pour le reste.

- Morianne !!! Moriaaaanne ! s’exclama alors une voix que je reconnu rapidement comme étant celle de Maya. C’est une catastrophe !!
- Mais qu’est-ce qui se passe, encore ?
- Dans la rue… C’est le chaos !! Des esclavagistes se sont ligués entre eux. Ça ressemble à une véritable guerre civile à l’extérieur ! Tout le monde est à couteaux tirés…
- Bon sang… Et je ne peux rien faire d’ici… J’espère que Sëya est en sécurité… Attends, je vais la contacter avec le collier!

« Sëya ? Tu m’entends ? Es-tu en sécurité ? Apparemment c’est le chaos total dans les rues ! Les esclavagistes ont du tenir tête au Prince... » 
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Morianne
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Mar 14 Mai 2019 - 18:47
En à peine quinze minutes nous fûmes devant chez l’archéologue. Prenant une grande inspiration, je descendis de mon véhicule et fis tinter la cloche pour m’annoncer. Une xen aux cheveux blancs et au regard vert m’ouvrit en souriant. Je me présentais avec humilité et simplicité. M’invitant à entrer, la servante me guida dans la demeure de son maître. L’arcaëllienne m’indiqua que Sir Lhankil était dans la bibliothèque, effectuant des recherches. Nous arrivâmes devant une grande arche sculptée à même la pierre. La xen se racla la gorge et l’archéologue, assit à une table au centre de la pièce, leva la tête. Il me fixa, comme s’il cherchait à savoir qui j’étais.

Dame Nazen, Sir Lhankil.

Il fronça les sourcils et me fit signe d’entrer dans la bibliothèque où devait trôner des milliers d’ouvrages. Il me montra la chaise face à lui et m’indiqua d’un signe de la main de prendre place. Je posais le livre parlant des Nëris Kale Özan juste devant lui. Je le vis blêmir en quelques secondes. Il déglutit avec une difficulté visible.

C’est ce que j’étudie, Dame Nazen. J’ai remarqué que le monde dépérissait depuis quelque temps…
Que savez-vous ? Demandais-je avec crainte.
Eh bien… Autrefois, ces chevaliers de justice étaient des arcaëlliens lambda, mais… Il se pinça l’arête du nez en soupirant avec tristesse. Özan les a... Comment dire ? Elu ? Choisi ? Bref… Ils sont quatre de ce que j’ai pu lire à travers tous ces ouvrages. Il montra les livres étalés sur la table et continua, l’œil inquiet : Il y a Jokaÿ : la famine, Ban : la guerre, Mäalen : la pestilence et la pourriture et enfin Lïrben : la mort. Je ne sais pas vraiment dans quel ordre ils vont se présenter à Arcaëlle… Je dirais, en fonction de ce que j’ai lu, que le chevalier de la mort arrive en dernier. Chaque Nëris a un ou des pouvoirs. Je pense que… Il se frotta le visage. Nëris Jokaÿ est déjà là… De ce que j’ai lu elle fut jadis une xen capable de prendre la forme d’un kalacan, d’un loumez et d’un suda. Déjà de son vivant, elle était puissante. Je ne sais rien de plus sur cette créature… Il faut dire que ça ne fait que quelques jours que j’effectue des recherches sur ces cavaliers apportant la désolation… Par Thaä… Il faudra une sacrée alliance pour venir à bout de ces êtres dévoyés… Il se leva, me tournant le dos. La première fois qu’ils sont venus en nos terres, le monde à bien faillit disparaître… On raconte que même les Dieux sont venus les combattre…
Les Dieux nous aideront peut-être encore…
J’espère me tromper et que ce ne soit que des coïncidences malencontreuses… Mais il faudra prier fort pour s’en sortir.

Il me regarda, le visage fermé et inquiet. Alors que j’allais répondre, je perçus la voix de Morianne. Les esclavagistes se rebellaient contre le Prince… Je répondis d’une voix sereine que j’allais bien et lui indiquais où j’étais.

L’archéologue avait pris mon livre et le feuilletait avec intérêt. Je n’osais pas le déranger et restais silencieuse.
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Dim 19 Mai 2019 - 9:01
Je soupirai de soulagement en sachant que Sëya était en sécurité. Je lui suggérai de rester chez l'archéologue en attendant que les choses se tassent. Je craignais toutefois que cela ne dure un long moment. Les cris au loin se faisaient entendre et on pouvait voir depuis les fenêtres du palais les éclats de lumière produits par les sorts que lançaient les manieurs de fluide. Je restais silencieuse devant ce spectacle lointain qui n'augurait rien de bon.

Maya posa une main sur mon épaule et tenta de me rassurer comme elle pouvait. Les minutes passèrent, puis les heures. Sëya devait probablement attendre que l'archéologue étudie le manuscrit qu'elle lui avait apporté. En tout cas elle n'était pas encore revenue quand le Prince franchit les portes du palais avant de se diriger vers l'infirmerie où je me trouvais actuellement. Il avait l'air de s'être battu, couvert de sang et son armure recouverte d'impacts. Yülhan Mzekils'Han affichait une expression qui se trouvait entre l'agacement et le plaisir sadique d'avoir pu se battre. Il s'approcha de moi, il semblait visiblement vouloir me parler, il n'était pas là pour se faire soigner donc.  

- Vous allez bien, Prince ? Que s'est-il passé ?
- Je voudrais vous parler un moment !
- Vous ne m'avez pas répondu, Prince... lui fis-je remarquer.    
- Excusez-moi... Je manque à mes manières mais ces satanés rebelles m'ont mis les nerfs ! Nous avons réussi à calmer la situation pour le moment, mais les choses risques de s'envenimer et le conflit s'éterniser...
- C'est bien notre veine... avec l'Apocalypse qui approche... Ce n'est pas le moment pour une guerre civile !
- Certes... Mais les choses sont devenues se qu'elles sont, druidesse. Et je ne vous parle même pas des Hayert'Väals qui ont profité de ce conflit pour s'en prendre à nous. C'était un véritable chaos là-bas... On ne savait plus où donner de la tête, mais pour le moment, nous avons le contrôle ! Ça ne va peut-être pas durer... Et pour répondre à votre première question, oui, je vais bien, merci de vous en inquiéter.

Je restai sans voix. Cela ne présageait rien de bon, mais les rues étaient à présent assez sûres pour que Sëya se risque à les emprunter. J'étais quelque peu soulagée par cette nouvelle.

- Mais je ne suis pas venu pour discuter de ça ! Comme vous devez peut-être le savoir, je venais à peine de revenir de voyage ce matin...
- Vous étiez parti, Prince ?  
- Oui, à Balar'Han... Et ce qui s'y est passé... n'était pas du tout de mon goût !
- Comment cela ?
- Je ne rentrerai pas de suite dans les détails, je crois que ce n'est pas vraiment le moment mais j'ai quelque chose de vraiment important à vous annoncer que je n'ai pas eu le temps de faire ce matin...
- Oui... J'imagine qu'entre le fait que j'étais à l'article de la mort et le fait que vous soyez occupé par ces esclavagistes n'a pas aidé.

Il se pinça l'arrête du nez avec agacement. Je devais sans doute l'insupporter, le fait est qu'il fronça les sourcils et parla d'une voix autoritaire.

- Voulez-vous bien me laisser parler, Druidesse ?
- Oui... Pardon...
- Ce que j'ai à vous dire est extrêmement important ! Il s'agit de votre ami, le Premier Citoyen du Domaine, Grégoire Boisdefer, car il me semble que vous êtes amis, c'est bien cela ?
- Et bien... oui, Grégoire est mon ami ! Mais pourquoi me parler de lui ? Vous étiez à Balar'Han... pas au Domaine, je ne vous suis pas.
- En réalité, Grégoire se trouvait à Balar'Han. Il était venu sur nos terres pour secourir un ami qui avait été enlever par le seigneur qui dirige la ville. Un homme qui avait toute ma confiance d'ailleurs... Aloïs de Balar'Han... Mais il s'est avéré que ce fou dangereux faisait des expérimentations sur les habitants de Balar'Han...
- Des expérimentations, vous dites ?
- Oui... Je ne connais pas les détails, précisément, mais ce fou a transformé des arcaëlliens en... monstre de foire ! Le fait est que l'ami de Grégoire était l'un des prochains sujets d'expérimentation de ce maudit chien ! Et le pire dans tout ça, c'est que ses pauvres âmes ont été victime d'un maléfice lancé par Özan lui même ou bien ses adeptes. Je ne saurais dire... Le fait est que Balar'Han a brûlé...

Le Prince avait pris un ton soudainement grave. Il avait la tête basse et me saisit la main avec amicalité. Je commençai à craindre le pire.

- Écoutez, druidesse, je vous apprécie beaucoup, mais ce que je vais vous dire va sûrement vous faire un choc...
- Et bien quoi ?
- Grégoire Boisdefer, probablement pour protéger ses amis et les habitants de Balar'Han des créatures maléfiques de la nuit... a provoqué un brasier sans précédant. Et il se trouvait précisément à l'épicentre de tout ça. Nous l'avons cherché plusieurs jours en vain... Nous n'avons retrouvé que son pendentif, et ses biens les plus précieux... Je crois malheureusement qu'il me faille vous annoncer que votre ami est...
- Non ! m'écriai-je. Non... répétai-je en baissant le ton, la gorge serrée d'émotion.
- Il est mort, Druidesse Morianne... déclara le Prince d'un air désolé.

Je fixai le Prince avec ahurissement, sentant une larme chaude couler sur ma joue. Qu'est-ce qu'il venait de dire ? Qu'était-il arrivé à Grégoire ? Mort ? C'était impossible... Pas lui... Pas mon ami ! Je me refusai à cette simple idée.

- Non... Non c'est faux ! Il doit probablement être perdu quelque part...
- Nous avons cherché partout... Je suis désolé, druidesse Morianne.
- Non... Non non et non !

Le Prince partit à contrecœur, me laissant à mon chagrin. Maya vint rapidement  à moi pour me consoler mais ma peine était grande. Je me mis à pleurer à chaudes larmes, ne comprenant pas ce qui se passait. Je ne pouvais pas accepter que mon ami soit mort...
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Mer 22 Mai 2019 - 17:21
Suivant les conseils de Morianne, je restais chez l’archéologue qui semblait fasciné par mon ouvrage ancien. Il tournait les pages, le regard avide de connaissances. Il se mordait de temps à autre le bout du pouce, l’air inquiet, soucieux. Qu’était-il écrit dans ce livre ? Je sentais l’angoisse me gagner petit à petit. Que devais-je faire ? Me taire ou le questionner ? Tout en lisant, il faisait les cent pas. Soudain, il leva la tête du bouquin, le regard alerte, et il me fixa sans rien dire. Puis, il se jeta sur la chaise face à moi et tourna le livre vers moi, me montrant un passage. Je lus, comprenant un mot sur cinq.

Je… Je ne maîtrise pas bien l’ancien arcaëllien. Pouvez-vous m’en dire d’avantage ?
Oh ! Pardon, Dame Nazen. Je… Oui, attendez. Il prit l’ouvrage et le tourna vers lui. Il suivit une ligne du bout de l’index et me déclara d’une voix pleine de peur : Il est dit cela : « Ces êtres, ni vivants ni réellement morts, ont été oubliés par le temps et les Dieux. Mais pas par Özan, leur créateur. Ils seront quatre. Chacun portant un fléau abominable et destructeur. » Je le regardais intriguée. Il continua alors : J’en sais également plus sur Jokaÿ : elle a la capacité de ruiner les récolte, créer des climats instables et, malheureusement, apocalyptiques.
Ce qui veut dire ? Demandais-je avec appréhension.
Elle peut créer de forte chaleurs qui assécherons les points d’eau ou, au contraire, faire pleuvoir durant des jours et des jours ce qui donnerait des maladies au plantes tel le mildiou. Par tout ce qui est sacré… Il faut agir.
Vous avez des informations sur les trois autres Nëris ?
Heu... Oui. Attendez. Il parcourut les lignes et fronça les sourcils. IL déclara alors, froidement : Nëris Mäalen, qui, de ce que je lis, arrivera en second, était une elfe. Elle… Par Thaä c’est monstrueux… Ses pouvoirs sont de faire pourrir les chairs, plantes.. En fait tout ce qui vit et peut se flétrir… Elle a le don, si tant est qu’on peut appeler ça comme ça, de propager nombre de maladies et peut également propager les vermines tels les rats, les cafards, entre autre je dirais. Il soupira, se pinçant l’arête du nez. Il continua de parcourir le livre et ajouta : Ah ! Après apparaîtra Nëris Ban, autrefois humain. C’était un grand mage, de ce que je peux comprendre. Mais aussi un guerrier redoutable à l’épée et un puissant stratége. Ses capacités sont de déclencher des conflits même pour une broutille et il peut augmenter la force des soldats d’Özan. Il soupira et écarquilla les yeux. Nëris Lïrben ; comme dit, arrivera en dernière. C’est une ancienne lorcq, elle peut « ressusciter » les morts mais elle les transforme en démons d’Özan… Pas encourageant ça… Elle peut aspirer la vie autour d’elle mais je ne sais pas sur un rayon de combien de kilomètres… C’est, de ce que je lis la plus dangereuse et plus puissante des chevaliers... Elle a le don de contrôler toutes les créatures d’outre-tombe.

J’eus beaucoup de mal à avaler ma salive. Kïllian faisait à nouveau les cent pas. Il s’arrêta soudainement, se tourna vers moi et me demanda de me rendre au temple de Thaä pour converser avec ma mère. Je l’informais que cela ne servirait à rien car elle n’avait pas d’informations à me donner. Il soupira.

Soudain je me sentis triste. Non, pas moi. Morianne. Sachant que je pouvais quitter la demeure de l’archéologue, je lui dis de me tenir informer de l’avancé sur ses recherches et pris congé.

Je traversais la ville dans mon véhicule. Près du palais, il y avait des colonnes de fumée s’élevant haut dans le ciel. Je fis presser le pas au cochet.
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Sëya Nazen
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Archéologie, diplomatie, et apocalypse Zali

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Dim 26 Mai 2019 - 13:18
J'étais accablée de chagrin. L'idée que mon ami soit mort m'était insupportable. La douleur était encore pire que celle du poignard qui m'avait entaillé la chair. Je ne savais plus quoi faire, quoi penser. Je pouvais sentir Sëya tenter de me consoler via le médaillon mais je n'étais pas même prête à l'accepter.

- Il faut... Il faut que je parte... Je dois retrouver Grégoire...
- Mais qu'est-ce que tu racontes ? s'étonna Maya. Morianne, Grégoire est...
- Grégoire sera mort quand j'aurai retrouvé son corps, pas avant ! Et je le sens au fond de moi, il est vivant !
- C'est de la folie ! Tu n'es même pas en état de te lever.

Sëya s'opposa également à l'idée et me supplia mentalement de ne pas bouger, me disant qu'elle arrivait bientôt. Mais je n'écoutais rien ! Grégoire mort ? Impossible ! Il devait sûrement être perdu ! Aucun corps ni reste de lui n'avait été trouvé ! Il était forcément en vie quelque part, j'en étais persuadée. Je ne pouvais pas me résoudre à son passage vers le Royaume des Morts. Non ! Mon ami était en vie et il avait besoin d'aide ! Il fallait que je le retrouve coûte que coûte. Je me levais donc contre l'avis de tous et fis plusieurs pas. Je ne portais sur moi qu'une simple robe que l'on faisait revêtir aux blessés.

- Morianne, tu ne devrais pas te lever ! protesta la jeune tahora.
- Druidesse, mais que faites-vous ? s'étonna l'une des guérisseuses. Vous ne pouvez pas vous lever ! On vient à peine de vous soigner !
- Je m'en moque ! Je dois aller retrouver Grégoire !
- Vous n'y pensez pas ! Et puis la ville et sans dessus-dessous ! Vous allez vous faire tuer si vous vous y baladez comme çà !
- La ferme ! J'ai pas besoin qu'on me dise ce que je dois faire ou ne pas faire ! répondis-je sombrement.

La guérisseuse se précipita vers moi pour me barrer la route. Je malaxai alors mon fluide et lui envoyai un pic de glace qui agrippa sa robe ample et la cloua contre le mur.

- Vous foutez pas sur ma route ou je vous défonce ! hurlai-je avec colère.
- MORIANNE !! cria Maya. Mais tu es complètement folle ou quoi ?
- Druidesse... Maya venez m'aider s'il vous plaît !!
supplia la guérisseuse qui était accrochée au mur.
- Il faut que je l'empêche de sortir ! protesta la tahora.

Mais je n'écoutais déjà plus. J'avais franchi les portes de l'infirmerie et me tenais contre le mur pour avancer. J'étais, malgré mon état et les protestations de Sëya, déterminée à aller chercher mon ami. Maya sortit en trombe de la pièce que j'avais quitté et m’interpella alors.

- Morianne ! Stop ! Mais qu'est-ce qui te prends ? Tu as perdu la raison ! Tu ne peux pas sortir dans cet état !
- Vous tous... Vous ne comprenez pas ! C'est mon ami... Je ne peux pas l'abandonner ! Je dois l'aider !
- Tu ne l'aideras pas dans cet état ! Tout ce que tu vas réussir à faire, c'est te tuer ou te faire tuer.

Voyant que je n'écoutais pas et que je continuais à avancer, elle m'attrapa par l'épaule et me tira en arrière. Je frappa du pied sur le sol et provoquai une puissante secousse sismique avec mon fluide khan. Les murs autour de nous se fissurèrent et Maya tomba à la renverse en poussant un petit cri suraiguë.

- Foutez moi la paix ! Je sauverai Grégoire... Je le ramènerai chez lui ! Hurgh...

Mais l'utilisation de mon fluide, dans mon état actuel m'avait totalement vidée de mes forces. Je tombais les genoux à terre avant de m'écrouler à plat ventre. La douleur à mon ventre se réveilla et me fit pousser des gémissements. Pourtant je me trainais au sol, déterminée à aller sauver Grégoire.

- Pas question... que je reste là... Je ne peux pas accepter... Hurgh... Je dois l'aider...

Je me traînais en avant, mais déjà, Maya était en train de se relever et j'entendais les bruits d'armure de la garde venir dans ma direction. J'étais complètement déboussolée, exsangue, et vidée de mon fluide. Malgré tout, lorsque les arcaëlliens de la garde me prirent par les bras, je continuais à me débattre férocement. Ils n'eurent cependant aucun mal à me tirer vers l'infirmerie... Je n'avais plus de force...

- Lâchez-moi... Lâchez-moi ! Je dois... Je dois...

A bout de force, je perdis connaissance dans leurs bras...
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Morianne
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Sam 8 Juin 2019 - 21:04
Je fus submergée par des sentiments forts qui n’étaient pas les miens. Morianne était en proie à une grande détresse… Je sautais hors de la voiture à peine les chevaux stoppés. Je devais savoir ce qui tracassait mon aimée. Courant à moitié et volant à moitié, je sentis un grand vide en moi. Ma mzékils avait dû perdre connaissance. J’étais aux portes du palais princier et je demandais l’autorisation de me rendre à l’infirmerie. Les soldats en faction s’inclinèrent et me firent signe de passer.

Le cœur lourd, je traversais les couloirs, haletante, paniquée. J’entendis des éclats de voix. J’accélérais le pas, volant à demi. J’étais devant l’infirmerie et pus constater que deux gardes l’allongeaient sur sa couche. Elle avait les yeux clos. Je fixais tour à tour chaque personne présente. L’un des soigneurs m’informa de la mort de Sir Boisdefer. Je ne connaissais pas très bien cet arcaëllien. Je savais qu’il était un dirigeant à la poigne de fer et sachant se faire aimer de son peuple. Déglutissant, je pris appui sur le mur et me laissais tomber au sol. Je savais que Morianne était proche de cet humain.

C’est sûr qu’il est mort ? A-t-on trouvé sa dépouille ?

Je me passais une main sur le visage, blafarde et angoissée. Une envie de vomir m’assaillit avec force. Entre les nëris kale Özan, la rébellion des noble d’Yban et la mort d’un souverain il n’allait pas être aisé d’apaiser voire sauver le monde…. Quelle misère…

Je me relevais avec l’aide de Maya. M’approchant de Morianne, je retenais mon envie de pleurer. Saisissant la main de mon adorée, je lui murmurais des mots compatissants, affectueux et doux.
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Sëya Nazen
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Jeu 13 Juin 2019 - 14:55
Deux semaines s'écoulèrent avant que je ne récupère complètement mes forces. Durant ce temps, les choses avaient empiré à la capitale : l'opposition qu'offrirent les esclavagistes contre le pouvoir en place fut plus importante que prévue, largement plus importante. Nombre de magistrats, de commandants d'armée, et d'autres représentant de la Principauté se rallièrent contre le Prince et ses forces. Petit à petit, le mouvement des esclavagistes grossissait et prenait de l'ampleur. J'avais appris de la bouche du Prince que mon oncle s'en était sorti et qu'il avait réussi à fomenter cette petite rébellion.

- Ils finiront bien par s'épuiser ! déclara le Prince. Certes, les effectifs de notre armée ont été réduit par la défection de certains officiers au profit de ces méprisables rebelles, mais nous sommes toujours plus nombreux qu'eux ! Et puis les Enfants de la Liberté nous ont promis d'être de notre côté dans cette lutte. Après tout, je suis le premier dirigeant d'Yban à proclamer l’abolition de l'esclavage. Daryun n'attendait que ça de ma part ! A ce sujet, beaucoup d'esclaves on rejoint l'armée pour défendre leur liberté !
- Espérons que ça dure...

Les semaines passèrent puis les mois. Nous en apprîmes un peu plus sur les Nëris Kale grâce aux traductions de l'archéologue qui avait finalement accepté de venir au Palais. Ce dernier craignait pour sa vie au vu de ce qui se déroulait actuellement dans la capitale. Nous savions à présent qu'ils étaient puissants et possédaient des capacités équivalentes à celles de dieux. Sir Lhankil n'avait toujours pas trouvé la façon de les vaincre ni de les sceller à nouveau dans leurs tombeaux, mais il en était persuadé, la dernière fois que les Nëris Kale avait foulé le sol d'Arcaëlle, les Dieux avaient du intervenir.

C'est pourquoi, chaque jour, je me rendais au temple de Thaä pour y prier contre l'avis général de mes compagnons. La seule qui était réellement enchantée que je m'y risque était Loreleï. En tant que Haute Prêtresse, elle ne pouvait me décourager à prier la divinité créatrice. Depuis que les troubles avaient commencé, le temple s'était en partie transformé en hôpital, où les blessés des conflits venaient se faire soigner, esclavagistes ou pas d'ailleurs. Cependant, la plupart d'entre eux avaient le droit à des sermons de la part de Loreleï qui ne supportait pas ces conflits et qui défendaient que Thaä serait courroucée de leur attitude. Son courroux était surtout adressé aux combattants et bagarreurs.  

Nous approchions de fin Löscen quand les choses empirèrent et que le conflit prit une ampleur que nous n'espérions pas : la famine s'intensifiait depuis déjà quelques semaines et le Prince avait du déclarer le rationnement du peuple et la réquisition des stocks de farine et de denrées alimentaires. Dans le plus grand des secrets, il privilégia les rations pour les armées, afin que les soldats aient la force de se battre contre les esclavagistes. Le conflit explosa alors quand mon oncle, le Comte Glends'Gôl révéla à tous cette décision. Une grande partie du peuple affamé se joignit alors aux esclavagistes pour réclamer de la nourriture au Palais. Sëya et moi nous trouvions à ce moment là devant ses portes. Une foule en colère s'était rassemblée avec des torches, des piques et fourches.

- Affameurs du peuple !!! s'écria un elfin.
- Rendez-nous notre nourriture !!! cria une fermière tahora.
- Vous vous goinfrez sur notre dos !! déclara un tisserande aracnor avec un ton accusateur.  

Les soldats de la garde du Palais s'étaient réunis à l'entrée pour empêcher quiconque d'entrer, menaçant la foule de tirer s'ils ne se dispersaient pas.

- Vous êtes fous, Capitaine ? demandai-je alors au mzékils en charge de la défense. Si vous les menacez de tirer dans la foule, ils seront encore plus furieux !  
- Et qu'est-ce que vous voulez que je fasse, alors ? Que je leur lance du pain pour les calmer ? On n'en a à peine pour nous...
- Je n'en sais rien ! Mais vous ne pouvez pas leur tirer dessus ! Ce ne sont que des citadins !
- Des citadins qui menacent la sécurité du Prince et des autres représentants d'Yban !

Je laissai le Capitaine qui ne voulait rien entendre et me tournai vers ma bien-aimée pour y trouver de l'aide.

- Sëya... On doit faire quelque chose... Si ça continue, on va avoir un massacre sur les bras...
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Ven 14 Juin 2019 - 15:27
Devant cette foule en colère, je me sentais démunie. Ils étaient affamés, cela était une évidence. Comment pouvions-nous remédier à cela ? La grogne montait et je perçus des prémices d’utilisation de fluide. J’implorais humblement Thaä de me venir en aide, de me conseiller. Les yeux ronds, j’observais le peuple se déchaîner verbalement contre nous qui faisions obstacle. Que faire ? Je portais mon pouce vers mes lèvres. Où y avait-il de la nourriture en abondance ? Le monde dépérissait à vue d’œil. Une mort certaine attendait les habitants d’Arcaëlle. À moins que….

Noble peuple, j’entends votre souffrance. La nourriture et l’eau commencent à s’amoindrirent de plus en plus, tout comme vos espoirs. Mais Thaä n’abandonne pas ses enfants !

Je fermais les yeux. Pourquoi n’y avais-je pas pensé avant ? Je levais les bras de façon horizontale. J’allais sûrement m’affaiblir mais qu’importe. Je me devais de soulager mes semblables. Une lumière apparue dans mes paumes tournées vers le sol. Je devais réussir, il en allait de la survie de toutes et tous.

Que… S’exclamèrent certains, surpris.

Au fur et à mesure que je perdais des forces apparaissaient des poissons, des fruits frais, de bons légumes et mêmes de petits mammifères que l’on pouvait manger. Je me sentais pâlir et la tête me tournait fortement. Mais je devais continuer. Il y eut des cris d’allégresse, des chants de remerciement aux Dieux. Puis, l’obscurité m’avala.

J’étais étendue dans une grotte où une simple torche m’éclairait. Personne n’était là. Je me sentais engourdie. Où étais-je ? Je sentais en moi la peur. Il y avait un danger. Je me mis soudainement à hurler et pleurer. Sur la paroi il y avait tous mes amis ainsi que le Prince et son épouse de crucifier. Tous avaient les yeux exorbités, le teint blafard. J’implorais qu’on me vienne en aide. Ma voix ne portait pas, aucun son ne sortait de ma bouche sèche et pâteuse. Où étais-je par tout ce qui est bon !
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Lun 17 Juin 2019 - 10:39
Je restai totalement coite devant ce spectacle invraisemblable. Depuis quand Sëya était-elle capable d'un tel prodige ? La vue d'un tel miracle était tout simplement irréelle. Je fixai la fille de Thaä tandis que ses mains, baignées de lumière, faisaient apparaître de la nourriture en abondance. Jamais je n'avais entendu parler de pareil pouvoir dans toutes les histoires que je connaissais. De mémoire, Arcaëlle n'avait pas vu naître un être capable d'un tel prodige. Alors que quelques instants plutôt, la foule voulait notre tête, et celle du Prince et de toute sa famille, elle chantait les louanges de l'Héroïne de la Nation et remerciait les Dieux pour leur bonté. Je m'aurai volontiers jointe à eux dans leur allégresse si Sëya n'avait pas subitement chancelé. Je la rattrapai dans mes bras tandis qu'elle tombait dans l'inconscience.

Il aurait fallu s'en douter, un tel pouvoir devait forcément être coûteux, surtout dans une situation où la nourriture commençait à nous manquer et que nous ne pouvions nous restaurer complètement. Je serrai ma douce mzékils contre moi et exhortai la garde de m'aider à nous accompagner en lieu sûr. J'étais à la fois pleine de fierté mais aussi très inquiète de l'état de Sëya. Avec l'aide d'un garde, nous la portâmes jusqu'à une chambre inoccupée et l'allongeâmes sur le lit. Je remerciai le soldat et m'assis aux côtés de ma tendre pour m'assurer qu'elle irait bien.

Elle semblait agitée, bien trop pour quelqu'un qui venait de faire un effort considérable. Elle devait probablement rêver et ce rêve n'était pas plaisant à en croire son visage crispé. Je me blottis contre elle tout en essayant de la rassurer, d'abord à l'oral, puis à l'aide du médaillon. Je sentais qu'elle était terrifiée, mais je ne savais par quoi. Le pouvoir de notre artefact avait ses limites. Je tentai alors tant bien que mal d'envoyer des ondes positives à mon aimée par la simple pensée.

« Je suis là, Sëya ! N'aie crainte ! Je suis là ! Tout va bien ! Ce n'est qu'un cauchemar ! Un mauvais rêve ! »

Était-ce d'avoir usé ainsi de son don qui l'avait mise dans cette état ? Ou bien y avait-il un lien avec ces rêves prophétiques dont j'avais entendu parler ? Apparemment ces derniers n'arrivaient qu'aux semi-divinités comme Sëya et étaient des plus terribles. Cela voudrait dire qu'elle était en plein sommeil ? En même temps, après avoir usé d'autant de pouvoir, ce n'était pas très étonnant. Je pressai un peu plus mon aimée contre moi : j'avais peur de la perdre, comme j'avais perdu Grégoire. Peur de ne pas être capable de m'en remettre. Si Sëya ne me revenait pas, je deviendrai complètement folle de tristesse.

Je l'embrassai tendrement sur le front et passai une de mes mains dans ses cheveux pour lui caresser la tête. Je continuais à la rassurer en lui envoyant des pensées positives malgré les miennes qui se brouillaient à cause de mon inquiétude grandissante. Ce miracle avait un prix bien trop lourd à payer. Il faudrait que je lui en parle une fois qu'elle serait réveillée. Elle avait accompli une chose merveilleuse et prodigieuse, mais elle ne pourrait pas toujours se le permettre. Je veillerai à ce quelle ne se mette jamais plus en danger ainsi.

« Je t'aime tellement... Je sais que c'est difficile pour toi, mais essaye de ne pas te mettre autant en danger la prochaine fois. Je suis si fière... J'ai tellement de chance de t'avoir. »
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Mar 25 Juin 2019 - 20:10
Je hurlais en silence, rongée par la peur et aux portes de la folie. Des êtres informes rampaient vers moi, laissant sortir un râle étrange de leurs gorges. La lumière des torches se faisait de plus en plus rare. Un étau se resserrait autour de ma gorge sèche dont les cordes vocales semblaient pétrifiées. Je n’arrivais plus à me mouvoir, l’obscurité prenait de plus en plus d’espace. J’entendais les battements affolés de mon cœur. Quelque chose rampait sur moi puis… En moi. Qu’était-ce ? Étais-je face à la malveillance d’Özan ? Mon corps était immobile, il ne tremblait même pas. Je n’y voyais absolument rien. Alors que l’espoir me quittait petit à petit, une douce chaleur enveloppa mon être. Quelqu’un veillait sur moi. Je reconnus l’aura de mon aimée. Morianne m’appelait, me rassurait. Doucement, il y eut une vive lumière qui éclaira mon tombeau.

NON ! Hurla une voix décharnée.
Je… Ce n’est pas réel !

J’avais réussi à parler, je pouvais de nouveau voir et bouger. J’aperçus un être informe et aux yeux écarlate. J’ignorais ce qu’était cette créature. J’implorais la clémence des Dieux et il y eut un flash violent, aveuglant.

Je me redressais soudainement, hurlant si fort que j’en perdis la voix. Je savais. Oui. J’avais trop forcé… J’étais allée au-delà de mes capacités et je savais que je ne pourrais faire cela tous les jours sans y risquer ma vie. J’ignorais où j’étais sur l’instant. Je ressentais encore la peur de cet horrible cauchemar. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Sûrement que chaque chose à un prix…. Comment savoir ?

Je me laissais tomber en arrière, fermant les yeux un bref instant. J’avais apaisé le peuple pour quelques jours. Et après ?
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Dim 30 Juin 2019 - 21:17
Sëya avait finalement récupéré de son expérience épuisante. Nous étions toutes les deux d'accord pour qu'elle n'use plus autant de son don divin, j'avais eu très peur et elle aussi. Nous fîmes donc ce que nous pûmes pour satisfaire ceux dans le besoin mais ce ne fut jamais assez. C'était donc sans surprise que la colère gagna à nouveau la population, tout du moins une partie. Les dissensions grandirent, même au sein des Enfants de la Liberté et très vite les choses s'envenimèrent d'elle même. La rage était alimentée par la famine mais également par les machinations du Comte Glends'Gôl. Cescan se transforma très vite en champs de bataille opposant « Les Affamés » comme certains les appelés aux sympathisants du Prince.

Mon aimée et moi étions partagées : dans un sens nous compatissions à la colère et à la misère de ces « Affamés », d'un autre côté, nous savions qu'ils étaient manipulés et le Prince comptait également sur nous. Nous avions fait comme nous pouvions pour désenclencher certains conflits, mais arriva un moment où il n'était plus possible de les éviter : la guerre civile allait débuter.

- Et si nous leur parlions de la menace des Cavaliers ? me demanda un jour le Prince. Ils doivent savoir et peut-être que ces idiots arrêteraient de nous en vouloir. Les manipuler serait moins facile pour cet infâme Comte !
- Ils trouveraient toujours quelque chose à redire à vos décisions... Et puis ça serait la panique totale, et pas sûr que les tensions ne se calment. Au contraire, les gens auraient peur, la peur mène à la haine de l'autre, puis irrémédiablement la situation dégénérerait.  
- Mais que faire, alors ? Je ne vais quand même pas ordonner de les faire tous écarteler ? On m'a déjà fait défection, si en plus je passe pour un monstre aux yeux de mes alliés, c'est terminé !
- Ce n'est pas à moi de vous conseiller, Prince.
- Pas à vous ? Mais bon sang, Druidesse, n'êtes vous pas censée entendre la voix des Dieux ? Je m'en remets rarement à eux, mais dans ce cas de figure, on aurait bien besoin d'eux !
- Je... Je n'y peux pas grand chose... Je suis désolée, Prince, mais mes rêves ne se font pas à la demande...  
- Mais Sëya peut au moins consulter Thaä de visu, non ? Elle peut le faire, c'est bien ça ?
- Sëya en fait déjà beaucoup, vous ne trouvez pas ? Laissez la un peu souffler ! Vous lui avez collé ce rôle d'héroïne de la nation...
- Pour vous sauver !
- Parce que vous n'avez pas eu le cran de vous opposer aux esclavagistes ouvertement !

Le Prince me fixa avec un air froid et cruel, mais au fond il savait que j'avais raison. Il n'aimait juste pas que l'on s'oppose à lui et qu'on lui fasse remarquer ses erreurs. Il n'avait que très peu l'habitude qu'on lui mette le nez devant ses torts et j'étais bien la seule à oser m'adresser ainsi à son encontre.

- Vous avez du cran de me parler comme ça... Vous savez que je pourrais vous jeter en pâture au peuple ?
- Mais vous n'en ferrez rien ! N'est-ce pas ?
- Je vous apprécie trop pour ça ! Mais n'allez pas le répéter à qui que se soit ! Je tiens à ma réputation de mzékils cruel ! Et puis vous seriez capable de vous faire des alliés de ces « Affamés » pour venir me casser les pieds !

Les jours passaient et les conflits s'enchaînaient les uns après les autres. Chaque jour, nous étions sur le qui-vive, guettant le moindre mouvement de foule. Lorsque j'avais l'occasion de sortir en ville, je pouvais observer les gens dans des discussions animées.  Souvent, cela finissait par des bagarres, la garde qui débarque, et il y avait parfois des blessés... ou des morts. Il n'était plus très prudent de se balader seule, aussi, Brohmac m'accompagnait régulièrement quand ce n'était pas Sëya ou Scathach.

- Vous en avez appris plus sur les Nëris Kale ? me demanda un jour la sorcière tandis que nous allions au temple de Thaä.
- Pas grand chose. L'archéologue qui travaille sur les textes qu'on a trouvé se penche dessus. Il a pu affirmé que ma vision était juste : il faut bien accomplir un rituel dans un temple pour enfermer les Cavaliers... et que ces derniers vont probablement s'en libérer. Mais pour le moment il ne sait pas où ils se trouvent, ni comment il faut procéder aux rituels.
- Je pourrais me renseigner auprès de la Sororité...
- La Sororité ?
- Oui... Je fais partie d'un rassemblement de sorcières... Il nous arrive parfois de nous rencontrer et de discuter de sujets et d'autres. Cela fait un moment que je n'ai pas vu mes sœurs. Je vais organiser un assemblée exceptionnelle, loin d'ici ! Peut-être que certaines en sauront plus sur d'éventuels rituels pour enfermer des esprits aussi puissants !  
- Merci mère !
- Ne me remercie pas tout de suite, si ça se trouve, c'est un coup d'épée dans l'eau.
- Le seul fait d'essayer vaut quand même des remerciements, je pense !

Scathach eu l'air quelque peu embarrassée, se mit à me sourire et me prit finalement dans ses bras.

- Je sais que je ne serais jamais vraiment ta mère à tes yeux... mais je tiens énormément à toi, et à ce monde, ma petite Morianne. Je t'en pries, promets moi de toujours faire attention, d'accord ?

C'était à mon tour d'être surprise et embarrassée. Je ne m'attendais pas à un tel témoignage d'affection venant d'elle. Le désespoir devait vraiment tous nous guetter pour qu'elle en vienne à cela me dis-je. Je passais une main dans son dos avec affection et souris à mon tour.

- J'ai... J'ai de la chance d'avoir deux mamans. Alors oui, je ferais très attention.

Elle écarquilla les yeux et esquissa à nouveau un sourire. Ma mère était ma mère... Ce n'était pas si déplaisant d'en avoir deux.  Scathach n'était plus vraiment une étrangère à mes yeux, la relation que nous avions était loin d'être la même que j'avais avec ma maman, mais je l'appréciai beaucoup, surtout en cette période difficile. Elle avait été la première à venir s'inquiéter du sort de Sëya après son malaise lors de sa démonstration miraculeuse. Scathach s'était montrée plutôt proche de mon aimée, au point même que je me demandai parfois si son instinct maternel ne s'était pas plus tourné vers Sëya que moi. A dire vrai, je pense qu'elle nous aimait autant l'une que l'autre, à sa façon très particulière. La sorcière ne manquait pas de gestes attentionnés toutefois, il lui était même arrivé de nous apporter à boire ou à manger quand nous étions toutes deux occupées, Sëya et moi, à étudier d'anciens textes pour en apprendre plus sur d'éventuels moyens de vaincre les Cavaliers d'Özan.
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Mar 23 Juil 2019 - 16:55
J’étais distraite ces derniers temps, je songeais à tant de choses et, surtout, à ces rêves que je ne cessais de faire chaque nuit. Je n’en saisissais pas tout le sens juste l’arc principal : la fin des temps était plus que proche. Ça me rongeait de l’intérieur, bouffant mon énergie tel un lorcq affamé. Je me sentais de plus en plus faible. Je me questionnais sur comment sortir le peuple de cette famine. Je ne pouvais être sans cesse à les soutenir, je risquais d’en mourir si j’usais trop de mes dons…

Je poussais un énième soupir alors que nous nous rendions au temple de Thaä. Je craignais ses révélations comme on craint une armée d’hytrez. Je portais une cape et un capuchon couvrait ma tête. J’avais choisi de me dissimuler pour ne pas être sollicitée par le peuple famélique et mourant. Je ne pouvais contenter tout le monde, à mon grand regret.

La tête basse, j’implorais les Dieux d’agir. Écoutaient-ils seulement ? Secouant la tête, je me rendis compte que nous étions au temple. Loreleï nous accueillit les bras grands ouverts. Elle me sembla bien amaigrie… Je la saluais et elle nous dirigea vers un petit autel retiré dans le temple. Elle ne parla pas beaucoup. J’observais les statuettes de Thaä posées devant moi. Un mâle et une femelle. J’inclinais la tête, récitant une prière.

Une fois que je fus prête, j’invoquais ma mère. La Divinité ne tarda pas à se matérialisée sous sa forme féminine. Elle posa un regard doux sur moi puis, d’une voix calme, elle clama :

Enfant, la fin des temps est proche, comme tu t’en doutes. Il existe un vieux grimoire menant à la clef pour enfermer de nouveau les nëris. Il te faudra des êtres de confiance pour ce périple. Le livre est entre les mains de mon père, dans un de ses temples cachés sur le continent verdoyant. La clef sera reconnaissable parmi tout ce qui est. Mes messagers vous guideront lors de votre quête. Je veille sur vous, mes enfants.

Je n’eus même pas le temps de questionner ma mère qu’elle disparut. Je me tournais vers Morianne, l’œil inquiet et l’esprit en questionnement.
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Jeu 25 Juil 2019 - 10:43
J'étais aussi interloquée que Sëya. Les mots qu'avait prononcés Thaä étaient à mes yeux énigmatiques. Je ne comprenais tout simplement pas. Je me tournai alors vers Loreleï, pour savoir si cette dernière aurait une idée, mais la Haute Prêtresse était toute pantoise. L'apparition de la divinité l'avait plongée dans une transe d'adoration et elle ne cessait de répéter des prières avec fanatisme.

- Ouais... Bon... On aura pas de réponse d'elle...
- Tu sais, la dernière fois que Thaä est apparue, tu n'étais pas beaucoup mieux, me fit remarquer Sëya.

Je toussais bruyamment et avec embarras. Effectivement, j'avais été en mode adoratrice à ce moment là. Autant dire que je n'avais pas à juger Loreleï.

- Mais j'ai rien compris...
- Moi non plus...
- Le continent verdoyant ? Tu crois qu'elle parlait de Zaay ?
- Oui, sans doute ! Mais Zaay, c'est vaste !
- Ou c'était peut-être de Ray'Bauz... C'est très verdoyant là-bas aussi, beaucoup de forêt... Quoique Tak'Nayu n'est pas mal non plus dans le genre. Et puis, tu te rappelles ? Il y avait un temple d'Özan là bas, dans la Forêt de l’Éveil de Cherby. C'est là où... … … En fait j'espère que ce n'est pas là...

Je repensais soudainement à ma mort, là-bas. Là où j'avais failli devenir une créature d'Özan. Sëya aurait pu y mourir et les choses ne s'étaient réellement pas bien passées. La seule chose positive, c'est que nous y avions rencontré Sazan et nos autres compagnons.

- Ta mère aurait pu être plus claire, quand même... soupirai-je.
- Que faire ? me demanda-t-elle. On ne peut pas y aller au hasard !
- Non... Elle a dit que des messagers nous aideraient... On n'a plus qu'à attendre leur venue, et ils nous guideront sur le bon chemin. Mais bon... Un vieux grimoire menant à la clef... Il va falloir que l'archéologue nous aide encore sur ce coup là. On doit en savoir plus.

Sëya fit oui de la tête. Elle semblait tout comme moi perplexe et un peu dépitée de ne pas avoir plus d'informations. Nous étions d'accord là dessus, Thaä aurait pu être plus claire sur ce qu'elle nous avait dit. Ce qui m'inquiétait, moi, c'est de savoir que le livre en question était entre les mains d'Özan...

- Et puis cette histoire de grimoire entre les mains d'Özan... Ce n'est pas très rassurant. Que va-t-on encore devoir affronter ?

Le jours s'écoulèrent à nouveau, pendant lesquels nous cherchâmes des informations sur le fameux livre. Il nous fallait nous armer de patience. Peut-être que les messagers de Thaä se montreraient d'eux même. En attendant, toute information était bonne à prendre. Scathach était partie rejoindre ses sœurs sorcières, Amalia continuait ses propres recherches dans les possessions de sa famille : de très vieux documents que ses ancêtres avaient amassé durant plusieurs générations. Maïa était toujours collée à nous, prenant soin qu'on ne manque pas trop de rien, même si c'était difficile d'être toujours contenté avec le peu qu'on avait. La tahora avait la déplaisante manie de nous épier, même lors des moments intimes. Sazan arrivait parfois pour l'arracher de son voyeurisme, à notre grand soulagement. Quant à Brohmac... Cela faisait longtemps qu'on ne l'avait pas vu, jusqu'au jour où il entra au palais. Il avait la mine sombre, le visage à moitié caché sous son capuchon. Il faillit nous passer à côté sans faire attention.

- Brohmac ?
- Oh... Morianne, Sëya... Je... Je ne vous avais pas vu...
- Tu as l'air de sombre humeur...
- Hmm... Je n'ai pas que des bonnes nouvelles, quoique celle-ci pourrait jouer en notre faveur...
- Hein ?

Brohmac regarda autour de nous, comme pour s'assurer que personne ne les écoutait. Suspicieux, il nous tira par les bras, pour nous mener jusqu'à la salle du trône. Nous fûmes bien obligées de le suivre, le lorcq était particulièrement fort et nous n'envisagions pas tellement de lui dire non. Une fois arrivés, nous constatâmes la présence du Prince, sans doute voulait-il lui faire part à lui aussi de sa découverte.

- Prince Yülhan... dit-il de sa voix grave en s'agenouillant devant lui.
- Ah ! Brohmac ! Et... Oh Dame Sëya et Druidesse Morianne. Que me vaut votre visite à tous les trois ?
- J'ai des nouvelles importantes pour vous ! Vous vous questionniez du fait que le Comte Glends'Gôl possèdent une force armée capable de tenir la moitié de la ville, alors comme vous le souhaitiez, j'ai enquêté.
- Oh ! Parfait parfait ! Vous avez donc des bonnes nouvelles ?
- Bonnes, cela dépend de ce que nous en ferons... J'ai pu glaner quelques informations, et il semblerait qu'une grande part des nobles le soutienne... et particulièrement le Comte de Niamed. En fait, l'approvisionnement en esclave et en armes, viennent principalement de Niamed, votre Altesse.
- Niamed ?? m'exclamai-je avec stupeur.
- Oui... Si nous voulons avoir une chance de faire cesser le Comte Glends'Gôl dans ses activités, frapper un grand coup à Niamed serait le premier pas vers une victoire.
- Je vois... Mais Niamed est une ville très bien défendue... Mais cela ne m'étonnes guère qu'ils soutiennent Glends'Gôl... Ils sont plutôt conservateurs... concéda le Prince. Bien... En ce cas, je vais devoir envoyer une flotte pour couper le ravitaillement de nos opposants. Merci pour ces informations, Brohmac.
- J'y vais !
- Que... Pardon ?
- J'y vais ! répétai-je. Je dois y aller, Prince ! Niamed... Si je peux faire quoique se soit pour stopper mon oncle, il faut que j'y aille !
- Mais... C'est dangereux ! Vous êtes sûre de vouloir y a aller, Druidesse ?
- Il le faut ! Tant que mon oncle ne sera pas stoppé, je ne serais pas tranquille ! Enfin...

Je me tournai vers Sëya. A son regard, je sentais qu'elle n'était pas très enthousiaste à l'idée que je parte pour me mettre en danger. La laisser seule ici ne me rassurait pas non plus, mais elle était bien plus forte que moi, je savais qu'elle pourrait s'en tirer sans moi. Et puis il y avait les autres. Elle ne risquait que peu de choses ici. Cependant, être séparées nous était toujours aussi désagréable, et que je comprenais que ma volonté de partir ne l'enchantait pas.

- Enfin si Sëya est d'accord... Je sais que nous devrions nous concentrer sur les recherches pour combattre les cavaliers d'Özan et l'Apocalypse qui approche... Mais je dois le faire ! C'est important pour moi.
- Si elle y va, j'irai aussi ! intervint Brohmac. Sëya, je te promets de protéger Morianne quoiqu'il arrive. Il ne lui arrivera rien.
- Alors c'est d'accord ? Tu... Tu me laisserais y aller ?
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Mar 30 Juil 2019 - 14:46

J’étais déconcertée, j’avais peur, je doutais, j’avais envie de pleurer, de rire aussi. Le monde était si chamboulé, si sombre. Je n’avais pas envie d’être séparée de mon aimée. Même peu de temps. J’avais confiance en Brohmac et elle, c’était certain. Mais j’avais si peur d’apprendre leur mort, leur capture ou que sais-je… Prenant une grande inspiration, je posais mon doux regard sur Morianne, je ne voulais pas la retenir. Je ne voulais pas être possessive, envahissante. Soudain, je me rendis compte qu’elle devait ressentir ce que je pensais avec notre artefact.

Tout ira bien Morianne. S’il veille sur toi, alors je te sais en sécurité. De plus, tu n’es pas sans défense. Alors, va et reviens vite auprès de moi.

Je m’approchais d’elle et l’enlaçais avant de l’embrasser avec délicatesse et passion. Nous nous regardâmes, elle hocha la tête. Je fis apparaître un loup noir aux yeux rouges. Un puissant allié, si le besoin s’en faisait sentir.

Lui vous gardera du mal. Son nom est Üahal, il est dévoué à ceux qu’il doit protéger. En l’occurrence, vous.

Je passais ma main sur la joue si douce de Morianne. Les adieux c’était toujours déchirants. Je hochais la tête, priant pour qu’ils arrivent à accomplir leur devoir. Je regardais le Prince, lui fis un sourire triste et las. Il fallait ramener le calme dans le pays. Sinon… Eh bien, je ne donne pas cher de notre peau ! Qu’importe, Thaä saura guider ses enfants. Enfin, je crois…

Fixant Morianne, je sentais sa douleur intense et profonde de partir sans moi. Grâce au collier, je lui fis sentir que tout irait pour le mieux et qu’elle pouvait voyager sereine. Ne sachant que dire, je commençais à quitter la pièce.
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Mer 31 Juil 2019 - 17:41
Sëya quitta la pièce en me laissant avec Üahal qui me fixait avec ses beaux yeux rouges. Je ne pouvais pas... Encore une fois, Sëya s'était servie de ses pouvoirs pour nous... pour moi. Cela ne pouvait pas se passer ainsi.

- Excusez-moi, Prince, je me retire également. Merci d'avoir accepté que je participe à cette expédition.
- Mais attendez, Morianne ! Heu... Druidesse ! Je n'ai pas terminé ! Mais... Attendez enfin !

Je partis en trombe et laissais la salle du trône derrière moi. Je rattrapai Sëya et la pris dans mes bras. Je ne voulais pas être séparée d'elle, je ne voulais pas tellement partir, mais en même temps, il fallait que j'en finisse avec mon oncle. Et puis je ne pouvais pas y aller avec Üahal, pas quand Sëya en avait plus besoin que moi. Tout ceci, elle l'entendit dans mon esprit, sans que je n'ai rien à dire. Je n'avais pas besoin de lui expliquer pourquoi je ne voulais pas du loup. Elle avait usé de son don, s'était encore fatiguée pour moi. Encore un risque qu'elle avait pris pour nous mettre en sécurité.

- Il te sera plus utile qu'à moi... lui dis-je dans un murmure. Mais il est très beau, et je te suis tellement reconnaissante de l'avoir... heu... invoqué. Promis, on en prendra soin quand je serais de retour, en attendant je le laisse veiller sur toi. Il me remplacera comme ça. Hi hi !  

Évidemment, elle me fit remarquer que personne ne pouvait me remplacer et on se mit toutes les deux à rire. Je l'enlaçais encore une fois, humant son parfum. Je soupirai de bonheur avant de la relâcher pour nous remettre aux tâches qui nous incombaient.

Quelques jours plus tard, après que les préparatifs furent terminés, il fut temps de partir. J'étais inquiète pour Sëya mais néanmoins rassurée de savoir qu'elle était aussi bien entourée et protégée. L'expédition punitive pour Niamed allait débuter...

HRP:
 


J'avais finalement conquis Niamed par la foi en Thaä, la foi que la violence et la force brute n'était pas la seule solution à ce conflit. Je pouvais le faire, je pouvais combattre et vaincre sans faire couler le sang de toute une nation. Je savais que la victoire ne s'obtiendrait pas toujours ainsi, mais je devais continuer à y croire malgré tout, me dire que parfois, il était possible de faire triompher le bien. J'étais remplie à nouveau d'espoir malgré les heures sombres que vivait Arcaëlle.

Le navire qui me ramena à Cescan était sur le point de rentrer à port quand une pensée me traversa l'esprit : Est-ce que Sëya avait trouvé quelque chose en mon absence concernant notre destination prochaine pour trouver ce maudit grimoire ? Avait-elle rencontré un des messagers de Thaä pour que l'on soit guidée vers notre objectif ? L'archéologue avait peut-être avancé dans ses recherches. En tout cas, mon arrivée était attendue, car sur les quais se trouvaient le Prince, mes compagnons, et surtout : Sëya. Je ne pus m'empêcher d'exulter de joie, et sans attendre que le navire finisse de s'amarrer, je dépliais mes ailes et quittai son bord. Je tombais dans les bras de ma bien-aimée, sans même avoir le moindre égard pour les autres, pas même le Prince qui eut une légère moue d'agacement.  

- Je suis contente de te revoir !!! m'écriai-je avec une joie non dissimulée avant de l'embrasser longuement.

J'avais hâte de tout lui raconter, même si par notre lien télépathique, elle devait probablement déjà être au courant de ce qui s'était passé à Niamed. J'avais également quelque idée de ce qui s'était déroulé ici, mais je voulais l'entendre de sa bouche. Ce n'était pas la même chose de se parler face à face et par la pensée.
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Morianne
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Dim 25 Aoû 2019 - 11:50

Morianne était partie et j’occupais mon temps à faire des recherches diverses pour renvoyer les chevaliers d’Özan chez eux avant que le monde n’en souffre d’avantage. J’avais parcouru tant de livres dans la bibliothèque princières, celle de l’académie d’histoire, celle de l’archéologue et celle du temple de ma mère, Thaä. Rien. Absolument rien. Où devais-je porter mon regard pour obtenir une réponse ? J’étais à moitié allongée sur la table, la tête enfouie dans mes bouquins. J’avais envie d’appeler ma génitrice mais je ne voulais pas la déranger. Un bruit me fit lever la tête et j’aperçus un septënn aux mille et une couleurs sur la table où j’étais installée. Je tendis la main vers le messager de Thaä. Il commença à se promener sur ma pile de livres et s’arrêta sur l’un d’eux à la couverture noirâtre avec des touches de rouge. Je pris le manuscrit qui semblait très ancien.

Y aurait-il une réponse là-dedans, petit messager ?

Il me sembla qu’il hocha la tête avant de disparaître dans une fumée bleutée. J’ouvris le livre et commençais à le parcourir avec intérêt. Les pages étaient jaunies par le temps cependant leur épaisseur avait permis de conserver les écrits à l’intérieur. Évidemment, je ne comprenais rien car tout était en ancien arcaëllien. Je pestais et décidais d’aller voir notre camarade archéologue. Par chance, il apparut soudainement, passant l’arche qui menait à la bibliothèque du temple de Thaä.

Bonjour, Dame Nazen. Dit-il avec un sourire.
Bonjour. Répondis-je avec douceur. J’ai de nouveau besoin de vos services, mon ami. Je brandissais l’ouvrage indiqué par le messager et murmurais : Tout est en ancien arcaëllien.
Je vais y jeter un œil.

Il se saisit du manuscrit, passa un doigt sur la couverture de cuir et ouvrit le livre avec avidité. Cet arcaëllien avait la passion d’apprendre et cela était un bien fait pour nous en ces temps troublés. Je le vis froncer les sourcils à maintes reprises avant qu’il ne se dresse d’un bond en poussant un cri de satisfaction.

Je sais où se trouve le fameux temple d’Özan où il doit y avoir la clef. Enfin théoriquement.
Comment ça : théoriquement ?
Hé bien avec les siècles qui se sont écoulés, quelqu’un peut avoir volé cet artéfact. Quoi qu’il en soit il serait dans le sud de la forêt de Zaay dans une clairière où il n’y a de vie, où le silence est maître du temps. Si ce que je lis est exact il est dit aussi qu’Özan fixe les feux de Kaliqua pour indiquer le lieu où repose la clef qu’il détient. Il ne lâchera cet artéfact qu’en échange d’une offrande digne de lui. Cette offrande ne devra être ni morte ni vivante, ni bonne ni mauvaise. L’offrande est cachée au creux des mains de Daÿl qui surveille les nuits de pleine lune Özan.
Hm… Je vais prendre note de tout cela. Merci pour votre aide.

Il inclina la tête et continua de parcourir le vieux bouquin alors que je partais vers ma chambre afin de me reposer et de réfléchir à ces mots étranges. Nous avions une destination, c’était certain. Il me faudrait, une fois mon amour rentrée, monter une équipe. Une fois fait il nous faudrait prendre la mer.

Le temps passa et mon aimée fut de retour. Nous nous retrouvions avec plaisir et soulagement. Nous parlâmes chacune notre tour des derniers évènements nous étant arrivés. Je lui fis part de l’énigme sans lui donner mes déductions. Je voulais avant qu’elle me donne les siennes. Je lui avais donné le parchemin où j’avais traçais la traduction de l’archéologue. Je patientais pendant qu’elle lisait.
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Sëya Nazen
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Mar 27 Aoû 2019 - 9:20
Nous regagnâmes tous le Palais. Sur le chemin, je contais à Sëya, au Prince, et à qui voulait bien l'entendre parmi nos compagnons ce que j'avais vécu à Niamed. Yülhan sembla satisfait de mes actes là bas, il salua le fait que j'ai réussi à vaincre avec le moins de morts possible.

Nous arrivâmes bien vite au Palais et nous gagnâmes la salle du trône. Après le récit de mes exploits, ce fut à Sëya de me parler de ce qu'elle avait fait pendant mon absence. C'est là qu'elle me présenta une énigme concernant la fameuse clé que nous cherchions. Avait-elle trouvé le grimoire ? Mais je pensais qu'il était ailleurs ? Je la regardai intriguée mais passa rapidement à la lecture de l'énigme après lui avoir expliqué mon étonnement.

« Dans le sein d'une clairière sans vie, au cœur des forêts méridionales... »

- Méridi... quoi ? m'interrogeai-je.
- Méridionales, Morianne, méridionales ! Ça veut dire au Sud ! me déclara Scathach.
- Oh ! Heu... oui, bien sûr... Le sud méridinal !
- MériDIOnal, rectifia-t-elle, exaspérée que je ne connaisse pas ce terme.
- Mériodinal ? essayai-je.
- Dio ! Dional ! Méridional !
- Oui... bon... ben le sud quoi ! soupirai-je avec agacement.

« Dans le sein d'une clairière sans vie, au cœur des forêts méridionales, où en maître règne le silence, un sombre et noir temple comme son dieu se dresse. Özan, du feu de Kaliqua, en surveille les lieux où la clef qui est sienne repose. A la divinité tu feras digne offrande, ni vivante ni morte, ni bonne ni mauvaise. Au creux des mains de Daÿl qui, les nuits de pleine lune, Özan surveille, l'objet tant convoité du Dieu tu trouveras. »

Je me mis à réfléchir intensément. Il devait bien y avoir une signification à tout ce charabia. Je n'étais pas spécialement experte en énigme mais il y avait quelques indices intéressants.

- Les forêt miridinales...
- Méridionales... corrigea Sazan.
- Du feu de Kaliqua, en surveille les lieux... Hmm...

Je devais faire une tête très bizarre car Maya se mit à pouffer de rire en me regardant réfléchir. A moins que ce ne fut pour ma mauvaise compréhension du terme « méridiniale ». En tout cas une idée me traversa soudain l'esprit.

- Le feu de Kaliqua... C'est le volcan de Kaliqua, non ? La clef se trouve à Zaay ?  

Sëya me fit oui de la tête, elle était arrivée à la même conclusion avec le traducteur. Donc, en prenant ça en compte et la forêt « miridinale », cela voulait dire qu'il fallait aller au sud du volcan, dans la forêt et trouver une clairière où se trouvait le temple d'Özan. Mais il nous manquait l'offrande... La fameuse offrande.

- Au creux des mains de Daÿl... les nuits de pleine lune... surveille Özan... hum... Là je ne vois pas ! C'est sans doute le grimoire dont parlait Thaä... Un livre n'est ni vivant, ni mort, c'est un objet ! Ça ne peut pas être considéré comme vivant ou mort, non ? Je ne sais pas... Mais je ne vois pas du tout où chercher ! Daÿl... au creux des mains...
- Daÿl est la déesse de la sagesse ! précisa Maya.
- Oui, je sais... Hum... Peut-être que notre offrande se trouve dans un lieu de savoir. Une bibliothèque ? Ça expliquerait le coup du grimoire. Mais pourquoi Özan serait-il intéressé par un livre ? Je vois difficilement ce que... Hé ! Mais attendez, Daÿl est aussi la déesse qui a donné naissance aux elfes ! Et si... Ce n'était pas une bibliothèque, notre destination, mais un domaine elfique ? Ça pourrait bien se trouver au cœur de la forêt des elfes d'Amonco !
- Ou bien à l'Elban'Han... proposa Scathach.
- L'Elban'Han ? demandai-je, intriguée.
- Un peuple d'elfes y réside, caché du reste du monde, reclus sur eux même. Une sœur sorcière était originaire de là-bas. Depuis un temps maintenant, elle n'en ressort plus. Probablement a-t-elle décidé d'y rester pour toujours. En tout cas c'est une toute petite communauté d'anciens elfes. Il ne serait pas étonnant d'y trouver un artefact convoité par Özan.
- Hum... Ça nous donne plusieurs possibilités dans ce cas. Qu'en penses-tu Sëya ? J'imagine que tu as du y réfléchir un moment...
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Morianne
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Mer 4 Sep 2019 - 14:08
Je regardais d’un air songeur Morianne faire des déductions. Moi-même j’avais le cerveau en ébullition. Il était certain que l’offrande pour Özan était un objet mais, je doutais que ce ne soit qu’un simple livre. Thaä avait dit cela :

Le livre est entre les mains de mon père, dans un de ses temples cachés sur le continent verdoyant. La clef sera reconnaissable parmi tout ce qui est.

Donc chez Daÿl nous devions trouver autre chose. Il me parut certain que ce n’était pas un livre. Alors, qu’était-ce ? Je posais un doigt sur mes lèvres, faisant les cent pas. Mais oui !

L’offrande est cachée au creux des mains de Daÿl qui surveille les nuits de pleine lune Özan. M’écriais-je en levant le doigt. Les elfes d’Amonco on un vieux temple en ruine, si ma mémoire est bonne, d’Özan. IL date des temps noirs. À côté des ruines a été érigée une statue de cinq mètres de haut de Daÿl. Et, si je ne dis pas de bêtises, elle tient une sphère qui représente la lune dans sa main droite et une torche dans la gauche. L’offrande est l’un de ces objets. Enfin, je pense.

Je fixais chaque personne tour à tour, essayant de lire dans leur tête une quelconque réponse. Je sentis alors une présence. Cherchant d’où cela venait je finis par apercevoir un corbeau multicolore. Un messager de ma mère. Avais-je visé juste ?

Je croisais mes bras sur ma poitrine et dirigeais mon pouce vers mes lèvres afin de me mordiller l’ongle. Ça ne pouvait être si simple. Özan n’était pas un Dieu qui aime faciliter la vie. j’avais un parchemin donné par notre ami archéologue. Je m’en saisis et lus en diagonale. La statue était plus ou moins cité en ces mots que j’énonçais à haute voix :

Daÿl berce ses gardiens de lumière qui les rendent insaisissable la nuit. Lorsque le soleil brille sur la tête de la déesse, les gardiens dorment. Je tapotais ma bouche. MAIS OUI ! Un – ou des – loumez – gardent l’offrande ! Je continuais de lire. Je fis un ‘ha’ convaincu Lorsque la lune se couche, s’éveillent alors les cousins gigantesques se lèvent. Je pris le temps de réfléchir. Par Thaä ! Des bsurts !

Je fixais tout le monde. Ils semblaient tous surpris, interrogateurs. Je sentais que Morianne se triturait l’esprit. Je m’approchais d’elle et posais une main délicate sur sa joue puis lui tendis le parchemin en lui demandant ce qu’elle en pensait.
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Sëya Nazen
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Mer 4 Sep 2019 - 21:52
J’alternai les expressions de surprise, de compréhension, suivies à nouveau d’incompréhension puis d’étonnement. Il m’arriva à un moment de croire que j’avais compris, mais cette impression s’envola très vite. Sëya allait vite dans son raisonnement, et moi, je ne pigeai rien à rien. Comment savait-elle tout ça d’ailleurs ? Pour la statue, je veux dire… Il me semblait que seuls les elfes d’Amonco avaient le droit d’entrer dans cette forêt. Alors comment savait-elle qu’il y avait cette statue ? Je n’avais pas souvenir que Sëya m’eut raconté être partie en voyage à Amonco.

Même en partageant nos pensées, je ne comprenais toujours pas où elle voulait en venir. Pour le livre non plus. J’étais pourtant persuadée qu’il y avait une histoire de livre. Mais du coup que venait-il faire là ? S’il n’y avait besoin que d’un objet enchâssé dans la statue de Daÿl… à quoi servait le livre alors ? Et puis si la statue de Daÿl faisait cinq mètres de haut, la sphère et la torche n’allaient-elles pas être immenses ? Trop lourdes à porter pour nous ? Toutes ces interrogations me prirent sérieusement la tête. Et je ne compris qu’à peine ces histoires de gardiens. Je plissais les yeux, me frottais le menton avec une main, pour prendre un air de réflexion qui, si j’en croyais la réaction de Maya, me donnait un air d’idiote. Sëya me tendit le parchemin, je le relis une fois et finalement :

- J’ai rien compris… avouai-je.
- Oh ! Mais si voyons ! s’écria le Prince. C’est pourtant évident ! Et je dirais même que j’ai découvert un indice intéressant. Enfin, je pense savoir ! « ...au creux des mains de Daÿl qui surveille, les nuits de pleine lune, Özan ! »
- Et ben quoi ?
- Et bien les nuits de pleine lune !! Si vous voulez savoir quel est le véritable objet à obtenir, il faut y aller une nuit de pleine lune !
- Ah bon ? m’étonnai-je. Vous êtes sûr là ?
- Ça me paraît évident.
- Heu… Si vous le dites…
- Vous n’êtes pas douée en énigme, n’est-ce pas ?
- J’ai été éduquée par des nomades et une bsurt sauvage… Donc, non, je ne suis pas douée pour les énigmes !

Scathach soupira devant mon manque total de culture et mon incapacité à résoudre cette énigme. Cependant, elle accorda à Sëya sa remarquable perspicacité. Encore une fois, ma propre mère faisait des louanges à ma douce et pas à moi. J’allais finir par devenir jalouse à force. Je fis tout de même remarquer quelque chose.

- Ok ! Admettons, vous avez raison ! Mais la statue, elle fait cinq mètres de haut ! Du coup la torche ou la sphère, elles sont grandes aussi, non ? Comment on va transporter un machin pareil ? Puis j’imagine que ça sera des objets en métal… Donc hyper lourds !
- Hum… Là, elle n’a pas tout à fait tort, m’accorda le Prince. J’espère que ce sera autre chose que ces objets-là !
- Un livre caché dans la statue ? osais-je proposer.
- Non, toujours pas…
- Mais alors il sert à quoi ce livre dans l’histoire ? On le trouve où et quand ? Je pige rien moi ! dis-je d’un air boudeur.  
- Quel manque de patience… s’exaspéra Scathach.
- Il faut peut-être le livre et l’offrande pour obtenir la clef ? suggéra le Prince.
- Oui, peut-être qu’un rituel est nécessaire, et que le livre décris précisément ce rituel, proposa Loreleï.
- Ah… Oui ça semblerait logique… Ou alors, l’offrande, c’est pour obtenir la clef, et la clef ouvre le livre qui nous permet d’apprendre le rituel pour enfermer à nouveau les Neris Käle ? me demandai-je.
- Ou alors, la clef n’est pas à prendre au sens propre mais figuré ! Ça peut être la clef pour déchiffrer le livre par exemple ! Ça ferait sens ! s’exclama le Prince
- Hein ? La clef pour déchiffrer le livre ? Mais quel livre du coup ? J’en ai marre… soupirai-je. Sëya, tu as l’air de mieux t’en sortir que nous. Une idée ?
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Lun 9 Sep 2019 - 13:58
Un objet permettant de déchiffrer le livre qui lui serait la clef ? Je me grattais la tête, cela semblait bien trop facile. Extrêmement facile. Ça ne pouvait être ça. Définitivement non. La sphère que tenait Daÿl… Pouvait-elle être creuse et contenir quelque chose ? Je me frottais le menton puis plissais les yeux. J’avais eu des leçons d’histoire là-dessus, je devais me remémorer ce que les précepteurs m’avaient enseigné. Je pris un parchemin et un fusain puis me mis à dessiner la statue telle que me l’avait présenté. La lune était scindée en deux par une rangée de « boutons » qui ressortaient.

Bien sûr ! M’exclamais-je en levant un poing victorieux. Si ma mémoire ne se trompe pas, la sphère s’ouvre grâce à un mécanisme – qui m’est inconnu – et dedans se cache.. Heu…. Quoi déjà ? Je gromelais, forçant mon esprit à retrouver ce qui se cachait dans cette statue. C’était un précepteur, elfe d’Amonco de plus de huit-cent ans, qui m’avait fait la confidence. Qu’était-ce… OUI ! Ça y est ! Dans la sphère il y a une autre sphère en diamant brut qui, si on la brise en deux parties égale, forme des espèces de lunettes permettant de déchiffrer ce qui est caché. Devant les mines perplexe, j’ajoutais La clef est bien le livre mais il est écrit en une encre – sûrement – invisible à l’oeil arcaëllien et, peut-être, divin. Le seul souci c’est... J’eus un sourire contrit Je ne me souviens plus du tout de la combinaison pour ouvrir la lune de Daÿl… Il faudra demandait de l’aide aux elfes.

Le prince me fixa avec, je crois, de l’admiration. Je devins rouge de gène. Je regardais, tour à tour, chaque personne présente dans la pièce. J’entendis alors trois notes joyeuse d’un Geais qui était de mille et une couleurs. Un messager de ma mère. Nous approchions de la vérité. Je claquais mes mains l’une contre l’autre et dis d’une voix sûre :

Il va falloir affréter un navire pour Kaïl. Se procurer montures et vivres. Mon Prince, si cela vous conviens, il me faudrait une vingtaines de soldats dont au moins cinq mages.
Cela vous sera préparé. Répondit le prince avec cérémonie.
Merci bien. Je m’inclinais. Nous avons deux semaines pour tout préparer. Je compte sur vous, mes compagnons d’armes !

Il nous fallait éradiquer ce mal et vite ! Si nous n’agissions pas rapidement, la fin des temps se rapprocherait telle l’ombre d’un dragon voulant dévorer un village. Je regardais Morianne et lui souris. Je lui dis mentalement que nous allions réussir. Ça ne faisait aucun doute.
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Sëya Nazen
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Mar 10 Sep 2019 - 9:51
Nous étions tous à nouveau pantois d’admiration et à la fois d’incrédulité. Mais comment savait-elle tout ça ? Même Scathach devait admettre qu’elle n’en connaissait pas autant. En tout cas le Prince semblait satisfait et envoya l’ordre pour faire préparer une expédition sans attendre. Il trouvait les explications de Sëya pleinement satisfaisantes.

- Mais comment tu sais tout ça ? demandai-je alors à ma bien-aimée qui se contenta de rire et m’embrasser sur le front.

Elle m’expliqua par la pensée qu’elle avait juste eu beaucoup de chance d’avoir une mère qui tenait particulièrement à ce qu’elle soit cultivée et aventurière. La réponse me suffisait. Mais maintenant nous devions régler un détail essentiel : Où allions-nous nous amarrer ? Il fut évident que nous choisirions un port sous le contrôle du Domaine, il serait plus facile, et moins dangereux, d’y obtenir une autorisation de passage, et peut-être même de l’aide des dirigeants actuels. Je repensais alors à Grégoire… Mon moral chuta subitement.

- Il nous faudrait nous amarrer à Kaïl… Sans doute à Juier, nous pourrions ainsi demander l’aide du Domaine pour atteindre la forêt des elfes en toute sûreté. Enfin… Tout est relatif maintenant, quand on parle de sûreté. Il faudrait peut-être s’adresser au nouveau dirigeant du Domaine.
- Le nouveau dirigeant ? s’étonna le Prince.
- Et bien… oui ! Il y a forcément quelqu’un qui a pris la relève de Grégoire, non ? dis-je avec une boule à l’estomac.
- Oh… C’est vrai, vous êtes partis à Niamed, donc vous n’êtes pas au courant !
- Au courant de quoi ?
- Il se pourrait que votre ami ne soit pas mort en réalité. Nous avons reçu un courrier du Domaine nous remerciant des informations que nous leur avons communiqué… Il était signé de la main du Premier Citoyen, Grégoire Boisdefer !

Je fis de grands yeux étonnés. Le Prince afficha un sourire complice. Je me mis à sauter de joie dans tous les sens. Grégoire était en vie ! Il fallait à présent préparer nos affaires pour partir… encore ! Je n’avais même pas eu le temps de respirer que déjà, je reprenais la mer. Mais ce n’était pas grave, j’allais revoir un ami que je croyais mort. Il faudrait évidement du temps pour préparer le nécessaire à l’expédition, mais cela ne traînerait sans doute pas au vu du caractère urgent de la situation. J’étais si heureuse d’apprendre une telle nouvelle.

Je pris la main de Sëya, et nous nous dirigeâmes insouciamment jusqu’à la sortie du Palais. Il fallait rassembler certaines affaires qui se trouvaient à notre demeure. J’étais tellement impatiente de repartir à l’aventure avec ma douce et tendre, et notre équipe, de revoir Grégoire en vie, que je ne faisais plus tant attention à là où je mettais les pieds. Sëya me répéta plusieurs fois de faire attention, mais j’étais trop admirative de sa beauté, et trop enthousiaste d’aller au Domaine que j’oubliai bien vite ses conseils. C’est finalement en descendant les marches du Palais que la nécessité de regarder devant moi me percuta de plein fouet. Je me cognais contre quelqu’un et nous tombâmes tous deux sur le cul, ou plutôt toutes les deux.

- Je t’avais dit de faire attention, s’exclama une voix de femme.

Je soupirai et pestai tout en me relevant. Sëya me fit la même remarque que la femme à son amie que j’avais percuté. C’est en leur jetant un regard que je m’aperçus de l’identité de la personne que j’avais bousculé. C’était une femme aux cheveux blancs et aux yeux roses. Je la reconnus immédiatement, car on ne croise pas tous les jours une arcaëllienne avec des tels traits, si particuliers.  

- Vÿdareen ? Vÿdareen Loumez ? m’étonnai-je.
- Sëya !? s’exclama l’autre femme, une elfe avec la chevelure blanche et aux yeux verts.


Fin et suite au prochain épisode !

La suite
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