Mon nom est Fortune... ou pas.

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Jeu 14 Sep - 11:04

PAN !

Le silence de l'île fut rompu par la détonation d'un tir de pistolet. Les arcaëlliens et arcaëlliennes à bord du Eighth Son se mirent à chercher de toute part d'où provenait ce tir, et pourquoi on avait du en venir à une telle extrémité. Le Black Jack était assis sur un fauteuil, lui même installé sur le pont du navire, un pistolet encore fumant en main. Le corbeau qu'il avait visé, ou plutôt cette chose qui ressemblait à un croisement entre une corneille et un perroquet, avait évité le coup et se mit à crier.

- Braaaaac ! Voler dans les plumes ! Voler dans les plumes !
- Espèce de saleté ! Oui ! Je vais te voler dans les plumes, stupide volatile ! Je vais te transformer en poulet rôti ! Crois-moi, quand je t'aurai truffé de plomb...
- Paix, capitaine ! Paix ! s'exclama alors une voix de femme derrière le lupan.

Il maugréa de plus belle mais, sur ses larges épaules dont l'une était encore endolorie par la blessure qu'il y avait reçu, les douces mains de la jeune femme se posèrent, l'apaisant quelque peu sur le moment. Les yeux brillant comme deux pépites d'or de la douce arcaëllienne fixaient le Black Jack avec une certaine tendresse. Le lupan grommela et rangea le pistolet qu'il avait dans la main.  

- N'empêche que je l'aurai, ce fieffé oiseau de malheur !
- Par Kaliqua, que vous a-t-il fait pour que vous lui juriez ainsi autant de haine, capitaine ?
- Rien... Rien... c'est juste qu'il m'énerve à jacasser tous les jours, toute la foutue journée !! Qu'on m'attrape cet emplumé ! Qu'on me le fasse bouillir et préparer pour mon dîner !
- Allons, allons... Ce n'est qu'un simple corbeau. Inutile de s'énerver pour cette petite chose.

Jack perdait patience et se tourna vers la ravissante femme qui s'adressait à lui depuis tout à l'heure. Elle était richement vêtue, d'une tunique rouge arborant des dentelles, ouverte en haut de tel sorte qu'il laissait entrevoir l'espoir naissant d'un torse ravissant à la vue de tous sans paraître vulgaire. Un long collant montait le long de ses fines jambes enchaussées dans de longues bottes brunes. Elle portait un chapeau tout aussi raffiné que le reste de ses vêtements, posé sur sa charmante tête blonde.

- Je m'énerve parce que j'en ai assez ! Nous perdons notre temps sur cette foutue île ! ET PARCE QUE JE VEUX MON NAVIRE !!! Bordel... Putain j'ai dit bordel... Bordel, j'ai dit putain !!!

Elle se pencha sur lui, appuyant sa poitrine contre son dos, entourant son torse de ses bras. Sa bouche s'approcha de son oreille et le délicat timbre de sa voix vibra dans ses tympans.

- Je sais... Je sais... Tout le monde le sait, Capitain Black. Vous en avez tant bavé pour au final tout perdre en un seul jour. Comme c'est frustrant... Mais regardez ! Le Eighth Son est à vous ! Et bientôt, avec La Noire, vous pourrez vous emparer du Seventh...
- Le Seventh...

La main de Jack trembla de colère et il agrippa fermement l'accoudoir de son siège, y plantant ses griffes.

- L'enfant de catin qui est maître à son bord sera tant humilié par mes soins qu'il suppliera que je l'achève ! Tu sais quoi, Mary ? Je vais même lui faire l'offense de rebaptiser son bâtiment juste devant ses yeux, afin qu'il voit tout ses efforts réduits à néant ! Et ensuite, c'est de mes propres mains que je lui arracherai la peau des c...
- Oui, Cap'tain! On a compris... Cessez de vous emporter ! Vous allez rouvrir cette vilaine plaie... Et quel nom allez-vous donner à ce vaisseau ?

Il resta un moment à regarder dans le vague, le cœur plein de haine et de rancœur. S'il y avait un nom qu'il faudrait pour son nouveau bâtiment, un nom qui signifierait à la fois la chance et la richesse... il devait nommer son navire ainsi :

- Le Fortune...

***

Quelques semaines plus tôt, bien au large de l'île des sirènes elfiques, là où le Eighth mouillait à présent, Le Black Jack s'était réveillé en sursaut, avec une douleur intense dans l'épaule. Il avait hurlé sans émettre aucun bruit, ses poumons cherchant désespérément de l'air. La panique l'avait gagné instantanément et il s'était débattu comme un démon d'Özan pour regagner un semblant de vie. Sa vision était floue, son cœur battait à tout rompre, tentant de reprendre le dessus sur la mort. Le Eighth Son, lui, avait continuer sa route sans personne pour le guider. Par le plus grand des miracles, il avait esquivé toutes les épaves du cimetière qu'il avait quitté. Mais quel miracle...

Alors que les battements de son cœur tambourinaient dans ses oreilles, Jack avait entendu le son de pieds parcourant le pont, se dirigeant vers lui. Des yeux dorés s'étaient fixés sur lui alors qu'il tendait sa main, dans un geste de supplication. La chaîne qu'il avait encore au poignet lui lacéra douloureusement la peau. Une main trempée et nue se posa sur son torse alors que des gouttes d'eau lui tombaient sur le visage.


- Pitié... de l'aide...
- Chuuuut... Là... Ça va aller. Je vais vous sortir de là. Fermez les yeux.

Il y avait comme une odeur de poisson qui émanait de cette personne, mais avant que Jack n'ait pu faire quoique se soit, il perdit à nouveau connaissance. Il cru un instant, apercevoir la silhouette d'une femme complètement nue et trempée.

***

Et à présent, Jack se retrouvait sur cette île, se reposant, récupérant de ses blessures, dorloté par cette étrangère qui avait débarqué de nulle part et à qui il devait apparemment son salut. Tous lui devaient visiblement la vie sur le Eighth Son, aussi personne n'avait émis la moindre objection quant à sa présence sur le navire. Pourtant, tous se demandaient encore d'où venez cette femme si bienveillante et aux yeux brillant d'un éclat irréel.

- Le Fortune... Hum... C'est un excellent choix ! Peut-être devriez-vous cependant l'appeler le « Blessed Mary » ! Vous savez... en référence à mon sauvetage.
- Oui... bien sûr... et pourquoi pas « Goddess Mary » pendant qu'on y est ? soupira le lupan.
- Hum ! Y a de l'idée !
- Plutôt crever !
- Je peux arranger ça...

Le Black Jack soupira. Il sentait une colère froide dans la voix de la jeune femme. Il valait mieux s'excuser et se comporter en gentilhomme.

- Hum... Je m'excuse ! Je ne voulais point vous offenser, chère bienfaitrice. Mais mon choix est déjà fait quant au nom de mon futur navire.
- Soit ! Cela me convient ! De toutes façons, Fortune est mon deuxième prénom.
- Que...

« La garce ! » se dit-il à lui même. Depuis le début, elle le menait en bateau. A moins qu'elle se moquait de lui présentement ? Il n'en savait rien et cela le mettait en rogne. Maudite soit cette arcaëllienne salvatrice ! Il lui devait la vie, et celle de ses hommes, mais son insolence lui tapait sur les nerfs.

- Bah ! Peu importe... Tu m'énerves...
- Oh... pauvre loulou...
- Cesse de jacasser... Si tu veux te rendre utile, chante ! Il n'y a que ça qui puisse me calmer en ce moment...
- Soit... Je peux bien vous concéder cela.

C'est ainsi que la jeune femme entonna un chant, un chant empli d'émotion, qui sonnait d'une bien sinistre façon. Sa voix vibrait dans l'air, comme aucune autre voix n'aurait pu vibrer. Aux oreilles de Jack, la voix de Mary était tout sauf ordinaire, elle ne pouvait être humaine, ni celle d'une lorcq, ni d'une aracnor. Qui était-elle ? Qu'est-ce qu'elle pouvait bien être ? Le lupan songea que cette femme devait venir des profondeurs des océans tant sa voix était aussi envoûtante que celle des sirènes.  



Les paroles de ce chant lui glacèrent les os, et fit frémirent ses poils qui se dressèrent. Il avait l'impression que ce chant parlait d'une personne qu'il connaissait très bien. Une personne dont le « sang du père » avait engendré bien des tourments...

- Je ne connaissais pas ce chant... Où l'as-tu appris ?
- Je ne l'ai pas appris... Je l'ai... improvisé !
- Improvisé, hein ? C'est étrange... j'ai l'impression que ce chant parle de quelqu'un qui m'est familier...

Mary haussa les épaules. Le regard mystérieux qu'elle fixa sur Jack le mit dans le doute.

- Peut-être... Peut-être pas !
- Raaargh ! Même en chantant, tu arrives à m'insupporter !
- Hu hu hu hu ! Très bien, capitaine ! Très bien ! Je vais chanter quelque chose de plus... classique !
- S'il te plaît...

Et elle se remit à chanter.



Mary:
 
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Sam 16 Sep - 19:10
Je sanglote en disant ton nom car nulle année passant après une autre année
ne pourra distraire ma pensée de ta pensée
mon désir de ton désir et ma bouche de ta bouche.

Les draps se saliront sans être froissés
sur le lit où tu aimais dormir
et je crève d’être seul et d’appeler et d’imaginer
à quels outrages te soumettent
les larves immondes que le destin a dressées sur notre chemin.

Desnos



« Le Capitaine Black Jack veut renommer le Seventh Son le "Fortune", sitôt qu'il en aura le commandement.

Phadransie La Noire, dans sa cabine avec La Renarde, profitait de l’intimité qu'offrait cette dernière pour s'exprimer librement. Nue sur sa couchette, sa fidèle Seconde se chargeait de changer les pansements et bandage de sa Capitaine récemment remise sur pied. Étouffant un juron lorsqu'on arracha un énième pansemant, La Noire poursuivit :

- Grand bien lui fasse ! Qu'il le renomme !

Après un regard par delà le hublot, dévoilant un soir fait de rose et de bleu léger, La Renarde passe délicatement sous un tampon d'eau claire la plaie noirâtre qui abîmait la cuisse de La Noire. Une odeur de pourriture émanait d'elle.

- Mary s'occupe du Capitaine, poursuivit d'une voix douce Renarde tout en entreprenant de rincer le corps tuméfié de Phadransie. Vous avez confiance en elle ?

Mais Phadransie La Noire, allongée sur le côté, le visage soutenu par sa main aux ongles noirs, accoudée sur son oreiller ne disait rien. Avec douceur, la canonnière entreprenait de laver ce corps douloureux. Elle trempait régulièrement son éponge dans le baril d'eau tiède et, après avoir changé puis rincé une à une toutes les plaies de son amante, décrassait le reste de peau. Parfois, elle venait déposer sur le sillage de l'eau clair ses lèvres pour y déposer un baiser.

- Je tolère cette salope, expectora La Noire. Ca ne veut pas signifier que je lui fais confiance. Elle périra en même temps que le Poilu.

Alors La Renarde s'était arrêté. Sans un mot, elle avait trempé son éponge dans l'eau, encore une fois, mais pour l'y laisser cette fois.

- Vous comptez tuer Black Jack ? Vous savez sans lui...

Phadransie La Noire s'était retournée, sur son lit, face à Renarde la Rousse. Une jambe pliée, un bras posé sur la jambe, le buste surélevé grâce à son coude, pour la regarder dans les yeux. Un regard noir qui avait coupé sa chique à la Seconde. Néanmoins, elle reprit d'une petite voix, tout en rougissant et en baissant les yeux face à sa noire Capitaine.

- Sans lui, notre entreprise pour nous emparer du Eighth Son aurait été un echec...

Alors, Phadransie avait allongé du bout de son crochet Renarde sur le dos, grimpant sur elle en un même temps. Du bout de son crochet en or, elle entreprit de délacer les lacets de son corsage, puis d'écarter les pans de sa chemise. Caressant de sa main de chair les seins satinés de son amante, piquant du bout de son crochet les mamelons tendus aux couleurs de fraise, elle ajouta, ses lèvres a quelques centimètres de la bouche de sa compagne, Phadransie La Noire psalmodia d'une voix sinistre :

- Ma douce Renarde... Tu imagines sérieusement que je laisserai voguer le Seventh Son sur les mers d'Arcaëlle ? Après tout ce qui s'est passé sur ce vaisseau... Après tout ce que nous avons vécu...

Et tout en parlant, elle avait descendu son crochet entre ses cuisses, son pantalon délacé, dans le but de masturber sa compagne que le rouge au joue dévorait.

- Le Seventh Son est maudit. Tu l'as oublié, Renarde ?

Et elle ajoutait, détachant bien les mots les uns des autres.

- Non parce qu'il est monté par des prêtres d'Ozan. Mais parce que je l'ai maudit, moi, Phadransie La Noire...

Elle avait tordu entre son pouce et son index le bout du sein de Renarde, avant de crier sur elle :

- Donc si Black Jack choisit de conserver ses droits sur lui, il coulera à bord du Seventh Son !
- AAAAAK ! IL COULERA ! AAAAK !
- Nom de...

Phadransie La Noire repéra au dernier moment l'oiseau noir, perché au hublot, et qui venait de s'envoler en un battement d'ailes ! Elle bondit littéralement sur un pantalon et une chemise qu'elle enfila à la hate, sans même prendre le temps de boutonner, avant de bondir sur le pont !

- Si ce fils de pute parle, on est cuites !

Elle vola un pistolet, entre les mains de l'un des marins, et visa la forme sombre qui batifolait entre les vergues !


PAN !!

- Raté ! Par tous les prêtres d'Ozän je vais l'atrophier cet emplumé de merde !!!

Elle balança alors de toutes ses forces le pistolet, qui manqua le piaf d'un cheveux avant de sombrer dans les abysses avec un PLOUF sonore ! Du haut du nid de pie ou il s'était posé, les ailes ebouriffes, l'oiseau de malheur criait de tout son saoul !

- Flibustiers ! Petit dindonneau ! Aaark ! Seventh Son ! Emplumé !

La Noire se tourna alors vers le Lupan, qui traînait sur le pont, en compagnie de cette fameuse "Mary".

- Hé le Poilu. Dans ma cabine, il est temps de se mettre d'accord sur la suite des événements !

Elle ne songea qu'une fois la porte de sa cabine refermée sur le Capitaine Lupan que Renarde était encore nue sur son lit, sortant tout juste de son orgasme, et qu'elle-même portait toujours une chemise déboutonnée. Elle haussa les épaules pour Renarde, songeant que Black Jack ne devait pas être à sa première vision d'une humaine nue, et s'arrangea rapidement. Puis elle invita son interlocuteur à prendre place face à son bureau, et elle servit deux verres de rhum.

- Concrètement, deux options s'offrent désormais à nous. Nous pouvons regagner Port-Suppure, ce que souhaitent nos hommes. Mais rien ne nous garantie que Tarentt, le Gouverneur, nous y accueillera à bras ouverts. Il ne faut pas oublier que nous venons de défier ouvertement son père, le Roi Pirate. Et tuer sa demi soeur.

Elle songea que Black Jack ne lui avait encore rien dit concernant son propre lien de parenté avec ledit Roi Pirate et ladite demi-soeur. Phadransie poursuivit néanmoins, posant ses pieds nus sur la table.

- Seconde option, celle que j'approuve. Nous retournons au cimetière d'épave. Je dois essayer de rencontrer de nouveau ce Gardien. Lamiedo avait l'air de dire que tous les Aracnors, ou du moins les enfants du Roi Pirate, arrivent à communiquer avec lui. C'est pas le biais de ce Gardien que Eighth et Seventh Son étaient en contact, et se transmettaient leurs informations et positions respectives. Si nous voulons le Seventh sans tarder, ou au moins savoir où il se situe, le Gardien est sans doute notre procédé le plus rapide. Le même sang que Léone coule dans mes veines. Rien ne m'empêcherait de réussir à communiquer avec lui.

Elle ajouta.

- Mais vu la situation actuelle, il est clair que nous devrons calmer plusieurs rebuffades de la part de nos hommes si nous mettons de nouveau le cap sur le cimetière. Dans tous les cas, une fois le bâtiment restauré, nous nous livrerons sur la route à de la bonne vieille piraterie contre le Royaume et Kaïl. Tu dis quoi, le Plein de Poils ? »
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Dim 17 Sep - 11:15
Alors que Mary chantait, le son d'un coup de feu la stoppa net. Agacé, Jack se tourna pour voir une La Noire, à moitié débraillée, pester sur ce corbeau de malheur et lui jeter son pistolet... qui finit au fond de l'eau. A ce rythme là, ils n'auraient plus aucun pistolet sur leur vaisseau. Il soupira et se rassit en faisant signe à Mary de reprendre, mais la capitaine du Eighth l'interpella.

- Hé le Poilu. Dans ma cabine, il est temps de se mettre d'accord sur la suite des événements !

Le lupan grommela mais quitta tout de même le confort de son fauteuil. Mary les regarda s'éloigner avec un sourire aux lèvres et le corbeau vint se poser sur son épaule.

- Roooooaaaaak ! Le Seventh ! Aaaaaak ! Il coulera !
- Oh ! On dirait que tu en as des choses à raconter... Dis-moi tout mon grand !
- Maudit ! Maudit ! Roak ! Fils de pute !


Ils passèrent la porte de sa cabine pour tomber sur une Renarde, nue et encore haletante de ses ébats. Jack n'en fut pas gêné outre mesure, ce n'était pas la première femme nue qu'il voyait. Il se contenta simplement de s'asseoir au bureau de La Noire. Celle-ci leur servit deux verres de rhum. La peste soit de cet alcool, songea le lupan, mais à dire vrai, il souffrait tellement de son épaule qu'il se permit d'en boire. Il toussota, la gorge brûlée par l'alcool le dérangea un instant.

- Concrètement, deux options s'offrent désormais à nous. Nous pouvons regagner Port-Suppure, ce que souhaitent nos hommes. Mais rien ne nous garantie que Tarentt, le Gouverneur, nous y accueillera à bras ouverts. Il ne faut pas oublier que nous venons de défier ouvertement son père, le Roi Pirate. Et tuer sa demi soeur.

Sur ce point là, Jack était d'accord, il se contenta de hocher la tête. Il songea également qu'il était temps de parler à La Noire de sa filiation et de ce qu'il en pensait. Et ça n'allait pas être du joli joli.

- Seconde option, celle que j'approuve. Nous retournons au cimetière d'épave. Je dois essayer de rencontrer de nouveau ce Gardien. Lamiedo avait l'air de dire que tous les Aracnors, ou du moins les enfants du Roi Pirate, arrivent à communiquer avec lui. C'est par le biais de ce Gardien que Eighth et Seventh Son étaient en contact, et se transmettaient leurs informations et positions respectives. Si nous voulons le Seventh sans tarder, ou au moins savoir où il se situe, le Gardien est sans doute notre procédé le plus rapide. Le même sang que Léone coule dans mes veines. Rien ne m'empêcherait de réussir à communiquer avec lui. Mais vu la situation actuelle, il est clair que nous devrons calmer plusieurs rebuffades de la part de nos hommes si nous mettons de nouveau le cap sur le cimetière. Dans tous les cas, une fois le bâtiment restauré, nous nous livrerons sur la route à de la bonne vieille piraterie contre le Royaume et Kaïl. Tu dis quoi, le Plein de Poils ?

C'était l'heure de vérité ! L'heure d'obtenir des réponses et de faire cracher son sac à La Noire. L'heure aussi de se montrer intelligent.

- T'as pété les plombs ou quoi ? T'as vu ce qu'il a fallu qu'on fasse pour ne serait-ce qu'obtenir ce foutu Eighth ? Tu crois que t'as une chance contre le Seventh ? Alors oui... peut-être que nous avons le Eighth maintenant... Mais c'est pas avec un seul navire qu'on risque de l'emporter ! Mon Royal Rover ! Putain !!! Toutes mes années de piraterie, partie au fond de l'eau ! Aaaah !!! Merde ! J'ai dit putain !! Grrrrr...

Il prit une grande inspiration et tenta de se calmer. Ses yeux lançaient des éclairs et l'on sentait sa colère bouillir en lui.

- Donnes-moi une seule bonne raison de croire en ton plan, La Noire ! Une seule ! Parce que là, actuellement, je suis très loin de pouvoir te faire confiance ! Tu t'es bien gardé de me dire que t'étais l'enfant du Roi Pirate ! Qu'est-ce qui me garanti que tu ne vas pas me vendre à ton foutu père ? Que tout ceci n'était pas qu'une foutue vendetta de famille à la c...

Il s'arrêta un instant, retenant un nouveau juron. Il inspira profondément et trouva enfin un peu de calme en lui. Il but une gorgée de rhum, toussant par la même occasion.

- Je suis d'accord que pour Port-Suppure, c'est pas la peine d'y remettre les pieds ! On en gagnera qu'une jolie corde au cou ! Mais bon sang, La Noire... Ton plan est foireux ! Si tu peux communiquer avec... cette chose ! Tu ne crois pas que quand tu vas lui demander la position du Seventh, elle va, de ce fait, dévoiler notre position ? Tu crois que le capitaine du Septième Fils va nous attendre gentiment et nous inviter sur son navire ? Si tu veux lui voler dans les plumes à cet enfoiré, il va falloir un peu plus que ce plan minable ! Alors oui pour la bonne vieille piraterie ! Mais en ce qui concerne le reste, il nous faut plus que le simple Eighth et ce plan foireux !
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Dim 24 Sep - 14:05
Héritiers impatients, conduisez vos ascendants à la chambre des tonnerres.

Desnos






Les quelques gorgées de vin rouge que buvait le Capitaine Régent du Seventh Son, Henry Tarentt, parvenaient à raviver l'éclat de ses yeux aux pupilles rouges dilatées. Droit sur sa chaise, tout son poids loti au fond de son fauteuil sculpté acajou, l'Aracnor laissait claquer de temps à autre ses deux mandibules positionnées à côté de sa bouche. Bouche qui ne s’entrouvrait que pour laisser passer de temps à autre une gorgée de vin. Une main soutenant son visage d'une pâleur exceptionnelle, contrastant avec le noir de ses habits et de sa chevelure, l'Aracnor butait sur un amas de cartes marines qu'il ne parvenait pas à déchiffrer. Les bougies dispersées autour du bureau commençaient déjà à s'éteindre, doucement. Par le hublot de la cabine, Phadransie Lamiedo, du haut de ses seize ans, voyait se dessiner par delà la vitre les étoiles du soir dans l'azur. Il était tellement tard, qu'il était en fait tôt.

Mais elle restait là. Face à son formateur, son demi-frère, se balançant sur sa chaise, bras croisés. Et son front se pencher, lui, piquer du nez, plus d'une fois, sur les cartes, puis se ressaisir d'un soubresaut ! Vite, reprendre du vin, se tenir éveiller, et buter de nouveau sur les mystérieuses informations qui les mèneraient droit à un mystérieux trésor. Il clignait de plus en plus des paupières et des cils. Il baillait. Elle, demeurait rigide et froide comme la pierre. A eux deux, songea Phadransie tandis que Henry Tarentt manquait encore une fois de piquer du nez, ils avaient dû couper sur les mers et les océans d'Arcaëlle une bonne livres de chair !

Puis le Commandant Terentt, n'y tenant plus, rangea ses cartes. Il voulut porter à ses lèvres son verre de vin, afin de le terminer, mais se rendit compte finalement qu'il l'avait terminé depuis plusieurs minutes. Il bailla.

« Phadransie, je ne tiens plus debout. Il est temps que j'aille me reposer un peu.

Comme elle le voyait à présent titubé, elle s'empressa de bondir de sa chaise afin de soutenir son mentor ! Elle l'aida à passer une main autour de ses épaules comme la fatigue semblait déjà raidir un à un tous les muscles de l'Aracnor. Il bailla encore.

- Trop de complications. Ce travail m'épuise. J'y verrai sans doute plus clair demain.
- Sans doute, oui...

Et Phadransie accompagna jusqu'à sa couchette le quatrième fils du Roi Pirate. Elle l'aida à ôter sa veste et sa chemise. Tarentt dormait presque debout, à ce stade. Alors qu'elle le jetait presque sur son lit, elle entendit au loin, dans la mâture du Seventh Son, la toile faseyer, carguée par les hommes qui devaient être perchés sur les vergues du bâtiment. Tarentt maugréa un "le navire doit continuer sur son erre...jusqu'à Vero Bay..." avant de perdre son combat contre le sommeil et clore ses paupières, emmitouflé dans le drap en toile qui lui tenait lieu de couverture.

Alors un sifflement se fit entendre. Phadransie restait là, stoïque, au pied du lit. Puis en un éclair, deux petits crochets retournés vinrent percer la chair ! Tarentt se réveilla en sursaut ! Une morsure ! Malheureusement, ses sens demeuraient trop affaiblies pour qu'il puisse réagir normalement ! Une seconde morsure, sous l'aisselle ! Il repoussa avec une lenteur presque comique la couverture de son corps ! Deux petits points rouges tachaient de sang sa peau blafarde. Troisième morsure ! Cette fois, le mamba impérial qui partageait le lit de l'Aracnor avait planté ses crochets au niveau du cou ! Henry Tarent le repoussa d'un geste du bras, envoyant le serpent se cogner contre l'un des murs de la cabine ! Haletant, papillonant des paupières, déjà tremblant, il essaya de se lever mais ses muscles ne répondaient plus ! Il tomba au pied de son lit !

Le mamba empereur, qui sifflait et se tortillait dans l'un des angles de la cabine de l'Aracnor, remis du choc, alla se cacher sous l'armoire. Henry Tarentt venait d'être confronté au reptile sans aucun doute le plus mortel d'Arcaëlle ! Déjà, l'Aracnor avait de plus en plus de mal à respirer. Phadransie voyait son visage, d'ordinaire aux traits si paisibles, bien rangés, gonfler et rougeoyer. Il commençait à baver, sa respiration n'était déjà plus qu'une sorte de sifflement guttural qui faisait mal aux oreilles.

- Mam...Mamba...parvint-il de justesse à articuler en levant les yeux vers le visage de sa demi-soeur qu'un rictus impétueux déformait.

Il commençait à cracher en même temps qu'un réseau de galbes noirâtres veineux s'élargissait en partant de son cou ! Ses veines gonflaient excessivement sous sa peau, la douleur le défigurait. Il suait autant qu'un crucifié au milieu de son supplice !

- Mamba Impérial, répondit simplement Phadransie.
- Le...Vin...

Elle haussa les épaules. La raideur de la mort paralysait déjà l'ancien Régent. Son corps entier brûlait traversé de veines noires sous la peau blanche. Il vomit une sorte de coulis sanguinolent, à l'intérieur duquel Phadransie reconnut presque les boyaux de son demi-frère. Puis il ne trouva plus rien à dire, déjà raide.

Derrière la pirate, la porte s'ouvrit à la volée, laissant entrer la Renarde. Les deux jeunes femmes contemplèrent un instant ce spectacle. Ce n'était devant elles plus que le corps de celui qui fut le quatrième fils du Roi Pirate. Baignant dans sa propre sueur, sa salive et sa bile, l'Aracnor était à peine secoué de temps en temps d'un tremblement. Ses yeux vitreux étaient restés ouverts. Mais lui était immobile.

- Débarrasse-toi de ça dans la mer, lâcha Phadransie à l'attention de sa Renarde.

Elle fit pencher la tête du moribond de l'autre côté d'un coup de botte au visage. La Renarde tirait déjà le bloc cadavérique jusqu'au hublot qu'elle venait d'ouvrir. Phadransie se coiffa de son tricorne, passa à sa ceinture son fourreau puis son sabre, et s'en alla sur le gaillard d'arrière.

- Je vais me présenter comme Capitaine à l'équipage. Rejoins-moi dès que tu as finis avec ça. Les hommes seront de bonne compréhension.

Elle ne souriait pas, mais le bonheur et le plaisir vibrait dans tout son être ! Qu'il était grisant de réduire et tourmenter ses propres ennemis ! Elle jeta un ultime regard à sa compagne :

- Au fait Renarde. C'était parfait, le vin.

~


La discussion entre Black Jack et Phadransie La Noire avait très vite monté en intonation et en gestuelle ! Le Poilu ne voulait pas lui faire confiance ? Il lui reprochait quoi au fait, le chien ? Son ascendance ? Le fait de lui avoir caché ? Quelle importance avait cette ascendance dans l'histoire, au juste ! Le pesteux ! Le rat de cale ! Le Galeux ! Et lorsque Phadransie lui avait clairement exprimé sa façon de penser en lui gueulant de baisser d'un ton lorsqu'il lui parlait, la "discussion" avait failli friser le duel ! C'était Renarde qui avait, par un habile jeu de diplomatie, réussit à calmer l'enjeu !
Le Chien lui avait reproché de les avoir fait boire de l'eau de la mare où les morts prenaient leur bain ! Elle lui avait reproché que s'il n'arrivait pas à la digérer, c'est qu'il avait oublié ses couilles quelque part entre Mar'Baal et Zaï'Lou et qu'il aurait dû se faire teleron au lieu de pirate ! Il avait alors rugit en se disant capable de regarder en face pareillement les hommes et les bêtes, tout comme le bien et le mal, et insistait sur le désastre de cette situation ! Un mal, selon lui, qu'avait amené La Noire sur leurs têtes ! Quand il avait conclu sa tirade en lui aboyant dessus qu'elle avait "versé dans des malversations" ! elle avait répliqué, crochet en avant que "si il continuait à ne pas lui donner le respect qu'elle méritait, le tombeau serait désormais le but de chacun de ses pas !" Bien sur, Phadransie n'avait pas omis de préciser qu'ici, faute de tombeau "c'était la mer !"

Au final, les deux Capitaines n'étaient rien arrivés à décider, et s'étaient séparés en se mettant au moins d'accord sur le fait qu'ils ne retourneraient ni à Port-Suppure, ni au Cimetière d’Épaves, et qu'afin de satisfaire leurs hommes et leurs ambitions, maintenant qu'ils détenaient le beau bâtiment qu'était le Eighth Son, il leur fallait au plus vite reprendre la course au long cours !

Fatiguée par tout cela, Phadransie La Noire avait congédié Renarde et, bouteille de rhum en main, s'était allongée sur sa couchette, goulot aux lèvres, espérant prendre un peu de repos. Black Jack et elle avaient convenu de lever l'ancre dès demain. D'ailleurs, cette île lui tapait sur les nerfs ! Elle aurait aimé faire un peu d'exploration, voire péter la gueule à un ou deux indigènes, mais Jack ne souhaitait pas aller plus avant au cœur de cette île étrange. La nuit, des voix étranges parvenaient jusqu'aux oreilles du Eighth.

Un sifflement la tira de ses réflexion !

En un bond, Phadransie s'envola du lit ! Évitant par là la morsure mortelle d'un mamba impérial qui jaillit d'entre ses draps, frappant dans le vide !

- PUTAIN DE FILS DE PUTE !!

Elle se jeta sur cet incompréhensible ennemi et le tailla en pièce du bout de son crochet ! Des filets d'un sang noir tapissèrent bientôt draps, plancher, murs et meubles ! Une fois assurée que la tête du serpent avait bien éclaté sous son talon nu, Phadransie reprit son souffle, reculant un peu. Le mamba n'était au sol plus qu'une purée de peau écrasée.

Elle entendit un bruit derrière elle et se retourna, crochet en avant ! Voir Mary derrière elle, un sourire sous le nez, la surprit et l'enerva à la fois ! Elle agrippa la femme par le col de sa veste, la secouant et faisant au passage tomber au sol son tricorne !

- Espèce de chienne ! Tu trouves ça DROLE ?! Hein, salope ? Tu veux crever, dis ? Tu veux que je te crève ?!!
- Quand on domine les araignées et les vents, on n'a pas peur d'un pauvre mamba noir !

Mary se dégagea, ramassa son tricorne. Ses yeux dorés brillaient dans la cabine faiblement éclairée.

- Allons, ça n'était qu'une blague.
- Je ne trouve pas ça drôle ! cracha La Noire. Tu veux quoi ?

De son visage pâle d'un antique poison, Mary répondit d'une voix chantante :

- Te faire une proposition. A l'évidence vous vous retrouvez coincés, Black Jack et toi.
- Je ne vois pas de quoi tu...
- Vous ne savez pas quoi faire avec le Seventh Son.

Phadransie La Noire lui jeta un regard empli de foudre ! Ce qui n'empêcha pas la jeune femme de poursuivre, lui faisant grief de cette attitude :

- Je viens te faire une proposition.
- La seule proposition que je pourrais accepter, rit Phadransie, serait celle qui me permettrait de prendre le Seventh Son.

Mary tira une chaise et vint s'y asseoir, jambes croisées l'une sur l'autre.

- C'est ce que j'allai te proposer.

Pour peu, Phadransie se serait étouffée avec sa propre salive. Elle se demanda d'ailleurs d'où pouvait bien venir cette pute. Ni elle ni Jack ne le savait.

- Je sais où trouver le Seventh Son. Je suis liée à ce navire, plus que toi. Je connais tout le temps sa position sur les mers d'Arcaëlle.
- Comment ?

Mary éluda la question.

- Je peux vous mener jusqu'à lui. Je peux tous nous contenter. Je te mène jusqu'au Seventh Son et te laisse t'en rendre maîtresse.
- Et quel est ton prix ?
- Tu renonces à le détruire. Comme convenu, le Seventh reviendra à Jack.

Phadransie La Noire éclata de rire, cette fois !

- Casse-toi ! Ma décision est prise, je ne renoncerai pas à...
- Je t'offre l'équipage entier du Seventh Son.

Cette fois, l'énervement chez La Noire le disputait à la fascination !

- Et comment ferais-tu ça à toi seule, petite garce ?
- Ne pose pas la question. Je te dis que j'en suis capable. Je te mène au navire que tu convoites, tu renonces à le détruire, et en échange je mettrai à tes pieds l'équipage entier qui le monte. Le navire reviendra ensuite au Black Jack.

Cette fois-ci, ce fut la fascination qui l'emporta sur l'énervement. Phadransie La Noire réfléchit tout bas.

- Et toi ? Que gagnes-tu dans tout cela ?
- Un prix inestimable. Une chose qui te dépasse, et qui ne peut se mesurer en termes d'écus comptants ou de tonneaux.
- Je passerai au fil de l'épée l'équipage entier du Seventh Son, ne te méprends pas ! Tu ne t'interposeras pas ?
- Non. Tu feras ce que tu veux de l'équipage une fois le Seventh Son à toi.
- Comment réussiras-tu l'exploit dont tu te vantes ?
- Cela me regarde. Il faut me faire confiance.
- Si tu me trompes, si tu te fourvoies, je jure que je t'arracherai les tripes du bout de mon crochet pour te les foutre dans le cul !

Mary se leva alors, le regard vers le hublot, vers l'horizon flottant.

- J'ai une seule requête, en échange.
- Parle.
- Une âme.
- Une âme ?
- Toutes les autres du Seventh Son te reviendront et tu en feras ce que tu veux. Mais j'en réclame une. Une seule.
- Et c'est tout ?
- C'est tout.
- Si j'accepte, tu me fourniras un cap ?
- Je prendrai la barre moi-même. Je sais où mouille actuellement le Seventh Son.
- Je ne te fais pas confiance, râla La Noire !

Mary haussa les épaules.

- Tu veux le Seventh Son oui ou non ? Tu sais bien que même avec le Eighth, vous n'êtes pas de taille face au Seventh.
- Une seule âme. Et les trois cents autres sont pour moi.
- Une seule âme. Et tu auras ta vengeance sur le Seventh Son.

La Noire, forte de son nouvel empire, attrapa un tison qui brûlait.

- Tu peux prendre la barre. Je resterai à côté de toi. Et si tu m'as menti...

Elle brandit le tison au visage de Mary.

- Tu brûleras vive ! »
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Lun 25 Sep - 15:51
Cela faisait maintenant plus d'une heure que le Black Jack ruminait sur le pont du navire. Après son entrevue avec La Noire, il avait des envies meurtrières. Il aurait bien pendue cette garce par les pieds et fait appliquer la tradition de Zaï'Lou mais il savait au fond de lui même que ça lui apporterait des ennuis plus qu'autre chose. Au lieu de cela, il n'avait de cesse de gaspiller sa poudre et ses plombs sur le corbeau qui continuait de le narguer.

Pan !

- Roaaaaaaak !!! Raté ! Raté ! Crétiiiiin !
- Va au diable... foutu volatile...
- Capitaine ! s'écria alors une voix derrière lui.

Jack fit volte-face rapidement et pointa son pistolet contre la gorge de Monsieur T. qui haussa un sourcil d'incompréhension.

- Capitaine ?
- Oh... C'est vous, Monsieur T...
- C'est surtout que votre pistolet n'est pas chargé... vous venez de tirer avec...
- Peste soit de ces eaux... et de ces foutues diablesses...
- Vous parlez de La Noire et de La Rousse, capitaine ?

Jack saisit fit signe de baisser le ton, des membres de l'équipage de feu l'Arambaggio passait par là.

- Entre elles et cette sorcière... Je ne sais pas lesquelles détester le plus ! Je commence à croire sérieusement que mon père avait raison à propos des femmes sur les navires...
- C'est le même genre d'homme qui parle des noirs sur les navires... répondit froidement Monsieur T.

Le Black Jack tiqua mais ne pus donner que raison à son second.

- Hum... C'est vrai... Disons que je n'ai rien dit alors...
- Vous devriez prendre du repos, capitaine, au lieu de gaspiller notre poudre et notre plomb.
- Aaaah... Monsieur T... Que ne ferais-je sans vous... ? Un conseil fort avisé ! Prenez le relais, occupez-vous des gars !  Je vais aller prendre du repos... cette foutue blessure recommence à me faire mal.
- Roaaaaak ! Oublié ses couilles ! Roaaaaak !!
- Maudit...

Jack s'empressa de charger son pistolet avant que Monsieur T. ne vienne l'empêcher de tirer une nouvelle fois sur l'oiseau de malheur.

- CAPITAINE !!
- Pffffffff... Oui, je sais... Ça ne sert à rien... Maudit piaf...

Le capitaine Black rejoignit donc sa cabine, il y fit chauffer de l'eau sur un feu fait d'une bougie à grosse mèche. Il attendit simplement qu'elle soit fumante avant de retirer la bouilloire du feu et d'en verser le contenu sur un tissu de coton encore propre. Il se dévêtit, ne gardant que son bas, avant d'appliquer le tissu humide et chaud sur sa plaie pour la nettoyer. Il grimaça de douleur et alla s'asseoir sur son lit. Qu'elle ne fut pas sa surprise quand il y trouva Mary, à moitié nue.

- Hey, Capitaine !
- Mais que... Aaaaaah !!! Bon sang de...
- Quoi ? Vous n'avez jamais vu de poitrine de femme dénudée ?
- Non... heu... je veux dire, SI ! Mais ce n'est pas la question ! Que fichez-vous dans MA cabine et plus précisément dans MON lit ?
- Oh... Et bien comme je n'ai pas ma propre cabine et que je ne savais pas où dormir...
- Vous vous moquez de moi ?
- Pas du tout ! Regardez, le lit est assez grand pour nous deux !
- Au diable la taille du lit ! Je ne vous permets pas de vous faufiler dans ma cabine pour vous y prélasser ! A moitié nue qui plus est... rajouta-t-il, faussement outré.
- Allons, capitaine ! Black... Cela ne vous plaît-il pas qu'une femme prenne soin de vous ?
- Prendre soin de... moi ?

Jack sembla réfléchir un instant avant de comprendre.

- Oh bon sang !!! Par tous les enfants de May'Veal ! Hors de question ! J'ai déjà assez eu de mauvais mots avec La Noire, si en plus ils apprennent, elle et tout l'équipage actuel du Eighth, que je couche avec vous, sorcière, je suis fini !
- Oooooh ! Alleeeez ! Vous n'avez quand même pas peur d'une bande de pirates analphabètes ?
- Analphabètes, peut-être, mais sûrement pas tendre comme des agneaux ! S'ils se rendent compte que je fricote avec... vous... je... Aller oust ! Dehors !!
- Oh non... s'il vous plaît. Au pire nous pouvons passer du bon temps et ensuite vous me jetez en dehors de votre chambre en faisant ce petit numéro.
- Ce petit numéro ?
- Oui ! Vous savez ! Celui où vous me hurlez dessus en me jetant de votre cabine avant de me pointer avec votre canon... et là je parle de celui qui est chargé de poudre et qui est à votre ceinture, pas celui que vous avez entre les jambes.
- Roaaaaaak !!! A poil !!!
- Non mais... NON !!!

Jack se saisit de son pistolet et tira à travers le hublot de sa cabine, ratant de peu le volatile qui s'envola.

- Si je te revois à mon hublot, maudit emplumé, je te... je te...
- Hum... vous avez la gâchette facile. Fu fu fu !

Jack n'avait pas besoin de réfléchir longtemps pour comprendre l'allusion sexuelle. Il se prit la tête dans une main avant de souffler d'impatience et prendre les affaires de Mary pour lui jeter dans les bras. Il la poussa alors vers la porte de la cabine.

- Dehors...
- Non ! S'il vous plaît, Jack, j'avais quelque chose d'important à vous annoncer !
- Et bien, vous m'en parlerez plus tard.
- C'est à propos du Seventh !

Le lupan s'arrêta net et regarda la sorcière aux yeux d'or avec agacement. La garce, elle savait avec quel mot l'amadouer. Il soupira à nouveau et croisa les bras.

- C'est quoi encore cette fois-ci ?
- Je sais comment obtenir le Seventh !
- … QUOI ?
- Je peux vous mener jusqu'à lui. Il y a... quelque chose qui me lie à ce navire. Et je sais exactement où il se trouve et à tout instant.
- Ça ne règle pas le problème et... attends ! Mais d'où savez-vous que nous désirons le...
- Vous n'êtes pas très discrets quand vous vous chamaillez, La Noire et toi...
- Pfff... Oui... Je me doute... Bref... Ça ne change pas le problème ! Avec le Eighth seul, nous ne pouvons rien faire contre le Seventh !
- Moi, si !
- Vous ? Par quelle miracle une simple jouvencelle pourrait-elle convaincre un équipage tout entier d'adorateurs d'Özan de lui céder leur navire ?
- Ah... ça c'est mon petit secret !
- Ouais... Aller dehors !
- Mais...

Le Black Jack s'empara à nouveau de son pistolet et pointa la jeune femme avec.

- Il est vide, Jack... Tu as tiré sur Mini-Jack avec !
- C'est vrai... Merde... que... attends... MINI-JACK ??? C'est l'oiseau que tu as appelé comme ça ???
- Vous vous ressemblez tellement tous les deux, toujours à pousser des jurons sans vous en rendre compte !
- Que... Aller ça suffit ! Fiche le camps ! Je ne veux plus entendre parler du Seventh ! C'est une perte de temps. Et bon sang ! Si j'entends quelqu'un appeler ce volatile Mini-Jack encore une fois...
- Hum... Moi à mon avis, si tu n'as pas envie de te lancer tout de suite à la poursuite du Seventh, c'est par ce que tu aimerais passer plus de temps avec La Noire.
- Hein ? Quoi ? Balivernes !
- Ça expliquerait aussi pourquoi tu ne veux pas coucher avec moi...
- Par Thäa, absolument pas !
- Avoues-le, grand louloup, tu aimerais bien prendre la place de La Rousse dans sa couche ! Hein ? J'ai compris qui tu étais, Jack, tu ne manques pas de courage, ni de folie des grandeurs. Si tu veux retarder la poursuite du Seventh, c'est parce qu'elle te plaît, pas parce que tu as peur. Tu veux passer plus de temps avec elle. Ses cheveux noirs, son œil emplie de noirceur... Elle représente la piraterie personnifiée, et ça t'excite ! Tu la désires plus que tout, je le sens dans tes yeux. Elle est ton rêve, ton idéal... Et c'est entièrement et seulement pour ça que tu as accepté d'entreprendre cette quête insensée ! Et tu sais que lorsque tu obtiendra le Seventh, l'histoire sera finie et vos chemins se sépareront.

Le lupan fixa ses yeux glacials sur la jeune femme. Il voulait tout nier en bloc, absolument tout, mais il savait que face à cette diablesse, il était inutile d'argumenter. Comment faisait-elle ? Par quel démon d'Özan avait-elle ce pouvoir ? Il finit simplement par déclarer :

- Je me moque de La Noire, et de tous ces bons sentiments que j'éprouverai soit-disant pour elle selon toi ! Je ne suis pas un héros, je suis un voyou, un malfrat ! Tout ce qui m'importe c'est la vie de mon équipage et mon navire ! Je veux le Seventh !
- Oh ! Alors tu écouteras ce que j'ai à te dire ?
- Pffff... soit ! Parle !

Mary fit un grand sourire qui fendit son visage. On aurait dit une enfant souriante à qui on donnait la permission de faire toutes les bêtises imaginables et possibles.

- Bien ! Alors je veux ta parole, Black ! Je t'aiderai à obtenir le Seventh, mais je veux une chose en échange.
- Laquelle ?
- Disposer comme il me semble de l'équipage du Seventh !
- Quoi ? L'équipage du... Hors de question ! Je veux trucider Ildezeeth moi-même ! Je veux l'humilier !
- C'est soi le Seventh, soi rien du tout ! A toi de choisir, Jack ! C'est ma petite condition pour t'aider à obtenir ce navire.
- Bord... Très bien... Très bien ! Tu fera ce que tu veux de l'équipage du Seventh ! A vrai dire je m'en moque ! Démerde-toi avec La Noire pour ça ! Mais le navire est à moi !
- C'est ce que je voulais entendre !
- Quel est notre cap ?
- Je prendrai la barre ! C'est moi et moi seule qui vous mènerai au Seventh Son !
- Comment puis-je te faire confiance ? Comment savoir si tu ne mens pas ?
- Je vous ai sauvé, je vous ai conduit jusqu'ici, et tu n'as émis aucune objection. Continue à me faire confiance, c'est tout !
- Mais tout de même... prendre le Seventh ? Quel genre de sorcellerie vas-tu utiliser pour accomplir un tel miracle à toi toute seule ?
- Ça, comme je te l'ai dit, mon cher ami poilu, c'est mon affaire.
- Si tu nous mens... si tu te fous ne serait-ce qu'un seul instant de nous... Je te ferais brûler vive !

La femme aux yeux d'or se mit à rire doucement et regarda le Black Jack avec malice.

- Ah ! Comme c'est amusant ! J'ai l'impression d'avoir entendu vaguement la même chose, quelque part, il n'y a pas si longtemps. Enfin bref... Mais tu sais... ma proposition tiens toujours.
- Ta proposition ? Pour ?

Elle gigota ses deux merveilleux seins, qui n'était pas vraiment de grande taille, mais qui étaient bien formés, et bien fermes devant les yeux du lupan qui se mit à pester avant d'ouvrir en grand la porte et envoyer la jeune femme promener.

- Maudite garce...
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Mer 4 Oct - 14:42
Ce sont des sacs pesants, d'où partent des sanglots.
On verrait, en sondant la mer qui les promène,
Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine... -
La lune était sereine et jouait sur les flots.

Hugo




« Pas maintenant...Pas maintenant...Pas maintenant...

Accroupie derrière un banc de tonneau regroupé sur le pont du Eighth Son, Phadransie La Noire, pistolet en main guettait d'un œil noir l'oiseau qui sautillait sur le pont ! Lorsque l'animal baissa sa petite tête, tentant de picorer le biscuit au sol qu'on avait dû laisser tomber malencontreusement, il ne trouva que le vide. Le biscuit s'était déplacé. Il lâcha un "crôa" et sautilla encore. Une nouvelle fois, il tenta de picorer le biscuit qui le narguait, mais encore une fois il fut tenu en échec ! C'est étrange comme ce biscuit avait l'air de ne pas vouloir se laisser manger. Alors, l'oiseau remarqua le fil qui dépassait du biscuit.

- MAINTENANT ! NOA ! BOUGE TON CUL, NOA ! COUPE ! COUPE ! COUPE CETTE PUTAIN DE CORDE !

Le dénommé Noa trancha net la corde qui retenait en l'air la cage à oiseau ! Cette dernière s'écrasa alors en un BROUF sonore !

- ON L'A EU ! ON L'A EU CE DINDON DE MERDE !

Phadransie La Noire bondit sur ses pieds, heureuse comme après un pillage et se précipita sur la cage ! Vide. Et quelque part sur la grande vergue, l'oiseau aux yeux rouges terminait tranquillement son biscuit !

- Crôa ! Crôôôôôôaaa ! Raté ! Crôôôôôôaaa ! Encore raté ! Aaak ! Dindon ! Fiefféééé salôôpe !

A bout de nerfs, La Noire arracha des mains d'un marin à côté d'elle le flacon d'eau de vie afin de le balancer à la gueule de son plus tenace adversaire ! On ne comptait plus, à bord, les bouteilles de rhum ou d'eau-de-vie et l'argenterie qui avait finis de la sorte par-dessus bord !

- Rââââtééé !
- RAAAAAAAARHHHH ! JE VAIS L'EMBROCHER DANS LE CUL CET ENCULÉ DE SIRESSE !!!
- Élégant...

La Noire se retourna, afin de voir qui avait parlé. Il s'agissait du Black Jack, qui sortait de sa cabine. Phadransie La Noire arrangea avec minutie son tricorne sur sa tête.

- Aye l'ami. Bonne sieste ?

Après un rictus, Black Jack grommela qu'il n'avait pas réussi à fermer l'oeil avec tout ce boucan.

- Je l'aurai un jour ! Je l'aurai !

Et sur ces entrefaites, Phadransie La Noire monta les marches qui l'expédia jusqu'à l'arrière du bâtiment, croisant les bras sur sa poitrine. A coté d'elle, tenant la barre depuis plusieurs jours, Mary couvait un fin sourire sous sa frimousse.

- Qu'est-c'qui t'arrive encore ? cracha La Noire tandis que, en contrebas, Le Poilu commençait à donner des ordres à ses marins concernant la voilure du Eighth.
- Nous le rattrapons, sourit la dénommée Mary.

La Noire grommela.

- Quand est-ce que le navire marche au mieux ? demanda la jeune femme qui avait ses mains passées autour des drisses du gouvernail.
- Lorsqu'il est au plus près, répondit La Noire d'un ton calme.

Et, comme s'il les avait entendu, Black Jack en contrebas avait déjà orienté la voilure afin de serrer au mieux le vent ! En dépit de leurs derniers différents, songea Phadransie, Le Lupan et elle-même formaient un bon duo.

- Comment tu vas t'y prendre, sorcière ?
- Cesse de me poser la question, soupira Mary. Tiens, prends un peu la barre.

Phadransie ne se fit pas prier.

- Tu ne veux toujours pas me dire comment tu feras ?
- Fais-moi confiance.

Mary quittait déjà l'arrière du bâtiment, afin de rejoindre Black Jack. C'était une âme glacée, cette salope ! songeait La Noire du haut de son gaillard. La veille, elle lui avait parlé d'une île qui se détournait à la vue des navires. Deux jours avant, elle avait dit que le Seventh Son courait sus à une Armada Royaliste. Et encore avant, elle avait pour toute réponse affirmée que "on ne pouvait pas blâmer les régicides qui n'avaient pas de roi à assassiner sous la main". Et lorsque La Noire lui avait demandé le rapport, Mary avait sourit de toutes ses dents -la salope !- avant de dire : "cesse de demander, tu verras bien !". Au loin, le soleil couchant éclaboussait toute la surface marine. Bientôt, la nuit tomberait. Mary allait dormir. Lorsque Noire serait fatiguée, Mary, reposée, reprendrait la relève. Puis ça serait au tour du Lupan d'aller dormir, et la rotation continuerait. Cela faisait dix jours que le Eighth Son naviguait sur son erre. Phadransie vit ce dernier, accoudé au bastingage, une lunette marine braqué sous son aisselle, et qui fixait l'horizon. Toujours rien. Elle tint la barre, ainsi, de longues heures. Vint alors se poser sur son épaule, l'air de rien, le corbeau.

Un instant, La Noir et le piaf se dévisagèrent, aussi froids et raides qu'un vieux thon salé. Ne sachant pas si c'était là couenne de lard ou pipe à pétun, La Noire entendit bientôt un "PAN" et le corbeau tomba de son épaule en un nuage de plume ! Le canon du pistolet du Lupan fumait doucement !

- Putain tu l'as eu ! Tu l'as eu ! Et une bouteille de rhum ! ENFIN !

Mais lorsque Noire, Black Jack, et la quasi intégralité des marins occupés sur le pont se penchèrent vers le petit cadavre plumé afin de s'assurer de son trépas, un cri retentit :

- NAVIRE EN VUE ! UNE VOILE A TRIBORD !

Phadransie La Noire grimpa aussitôt dans les haubans ! Black Jack avait repointé sa lunette vers l'horizon !

- Aye ! répéta le Lupan de sa grosse voix. Une voile à deux heures !
- Crôôôôa ! Une vôôôââle ! Une vôôôôôâââââââle !
- Morbleu de merde ! Encore raté !

Phadransie La Noire pointa un index vers Black Jack :

- Réveille l'autre pétasse sans tarder ! Dis lui que nous avons dans notre vision à deux heures un dépravé Elfe pour lequel tout est bon ! »
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Ven 6 Oct - 15:41
- Tsss, hai ! L'heure de la sieste est terminé, on va voir si cette sorcière disait vrai !

Jack s'engouffra dans les entrailles du Eighth Son, accompagné de Monsieur T. On aurait cru voir deux mauvais garçons marchant côte à côte, prêts à faire leur plus mauvais coup. Le lupan frappa à la porte d'une petite cabine que Mary avait réussi à aménager pour son confort personnel. Il y avait comme une odeur, forte et singulière qui émanait de la pièce. Aucune réponse. Jack insista et frappa de plus belle.

- Ouvre, sorcière !!! Le Seventh est en vue !!

Toujours aucune réponse. Le Black Jack recula et fit signe à son second qui n'eut pas besoin de mot pour comprendre. Il inspira grandement et leva la jambe pour fracasser la porte, mais celle-ci s'ouvrit juste un peu avant. Le colosse resta figé devant Mary qui réajustait son couvre chef.

- Et bien, Monsieur T. ? Vous avez une crampe dans la jambe ?
- Heu... non... désolé, m'dame !

Il rabaissa sa jambe et s'écarta. Il sentit l'odeur d'un parfum agréable lorsque Mary passa devant lui. Jack, quant à lui, fronça un sourcil et dévisagea la sorcière.

- Vous avez fini de vous pouponner ? Nous avons des choses bien plus urgentes à régler pour l'heure !
- Je sais ! Le Eighth est tout proche ! Je peux sentir sa présence...
- Alors qu'est-ce que vous attendez ?
- Allons, Capitaine, tu sais, tout comme moi, que les apparences sont importantes ! Toi même, Tu es quelqu'un de très à cheval sur l'hygiène et la présentation... C'est un moment important, il ne faudrait pas que cela soit gâché par un petit détail ! A ce propos, j'ai une demande à vous faire !
- Quoi donc ?
- Il faudrait que vous vous occupiez de l'accueil que je réserve au capitaine du Seventh...

***

Mary prit place sur le pont et observa au loin la silhouette du Seventh. Un sourire se dessina sur ses lèvres avant de rejoindre Phadransie qui était à la barre.

- Je reprends la barre, merci de m'avoir prévenue !
- Ouais, ben t'as intérêt à tenir parole, sinon tu sais ce qui t'attends ! la menaça La Noire en brandissant son crochet.
- Je n'ai pas oublié, ne t'en fais pas ! Je crois que Jack à quelque chose à te dire, tu ferais mieux d'aller le voir à l'intérieur !
- Qu'est-ce qu'il me veut encore, le poilu ? Il croit que c'est le moment ?

Phadransie s'éloigna du pont et s'engouffra à l'intérieur du Eighth. Le sourire de la sorcière s'élargit d'autant plus.

- Une seule âme, La Noire... Si seulement tu savais de quelle âme il s'agissait...

***

Le Seventh avait cargué une partie de ses voiles, lui même ayant repéré la mature du Eighth. Ildezeeth ne s'attendait pas à voir Leone Lamiedo revenir de si tôt vers lui. Que lui voulait-elle ? Il espérait au moins que son oiseau de malheur se tiendrait tranquille cette fois-ci. Il ne supportait pas les oiseaux... Surtout ceux qui avait la particularité de chanter. Le chant était pour lui un rappel bien trop douloureux de ce qu'il avait mis en jeu un jour. Il ne se doutait pas que ce qu'il avait mis en jeu le rattrapait aujourd'hui, à bord du Huitième fils, plein de rancœur et de haine.

Le Eighth s'en approchait doucement à présent, ils n'étaient plus qu'à une demi-mille nautique l'un de l'autre. La vigie se mit alors à hurler.

- Capitaine !!! Ce n'est pas Lamiedo aux commandes !!
- Quoi ?
cracha Ildezeeth de sa voix gutturale.

Il se pencha contre le bastingage et lorgna le pont du Eighth Son de sa longue-vue. Il y vit alors, à la barre, une femme qu'il ne connaissait que trop bien. Il n'en revenait, il resta pétrifié devant ce fait. Il jeta un nouveau regard dans la loupe pour s'assurer que ce qu'il voyait n'était pas le fruit de son imagination. Elle était là, au commande du vaisseau, en chair et en os, le sourire aux lèvres, et le volatile de Leone sur l'épaule.

- Par tous les abysses de May'Veal... Miss Fortune... Ma Miss Fortune !! Je dois délirer !
- Que fait-on, Capitaine ? On ouvre le feu ?
vint demander le second du Capitaine Dazaën.
- Non... Non laissez les venir !
- Mais Capitaine... Vous avez entendu...
- J'ai dit... laissez les venir !
tonitrua l'elfe à son second, les yeux dans les yeux, le regard aussi noir que les abysses.  

***

Le Eighth n'était plus qu'à cinq cents pieds de son aîné, on cargua les voiles à la demande de Mary qui ne se départait pas de son sourire. Le drôle d'oiseau noir était perché sur son épaule, caquant et trépignant. Les deux navires étaient à présent prêts pour s'amarrer à couple. Sur le pont-batterie, Jack regardait par l'un des sabords discrètement ouvert, angoissé.

- Cette maudite sorcière... j'espère qu'elle ne nous a pas dupé, sinon nous sommes tous morts.
- Ouais... J'espère que nous n'avons pas eu tord de lui faire confiance, lâcha La Rousse qui était en charge de l'artillerie. Si elle nous trahit, je jure de lui crever les yeux à cette pute !
- Tu ne lui crèvera rien du tout, si elle nous trahit, on est mort ! Je me demande parfois si il vous reste un semblant de jugeote à l'intérieur de cette jolie tête rousse...

La rouquine lança un regard noir au lupan mais celui-ci n'en sembla pas intimidé le moins du monde. Pour le moment, sa vie était entre les mains d'une sorcière.

***

On déploya un pont entre les deux navires. Les arcaëlliens à bord du Seventh avait tous la main au fusil ou au sabre. Dame Fortune passa sur le pont du Seventh, affichant un sourire désinvolte, Mini-Jack toujours sur l'épaule. Ildezeeth la regardait avec perplexité. Son regard était froid mais en même temps plein de doute, de questions, mais aussi d'espoir. L'espoir que sa Miss Fortune soit belle est bien là, qu'elle soit là pour lui.

- Est-ce bien toi ? Miss Fortune ? demanda-t-il de sa voix rocailleuse.
- Qui d'autre cela pourrait-il être, Dazaën ?
- Cela fait si longtemps... Un temps reculé, et presque oublié de ma mémoire. Presque...
- Presque... répéta-t-elle froidement. Je t'ai manqué ?
- Presque autant que la mer manque à un marin lorsqu'il est à terre.
- Ah... oui... j'avais presque oublié celle que tu as choisi à ma place...
- C'était il y a longtemps, Mary... Tellement longtemps...
- Tu as raison, Ilde.
- Crooooâaaaa ! Ildeezith, fils de...

Mary posa ses deux doigts sur le bec du volatile et lui ferma son caquet. L'elfe regarda tour à tour le volatile et la sorcière, méfiant.

- C'était quoi ça ? grogna-t-il
- Faut croire qu'il a gardé les sales manies qu'il avait avec Leone... Tu sais, elle ne te portait pas vraiment dans son cœur.

Ildezeeth était toujours méfiant, cherchant dans le regard de la sorcière où se trouvait la vérité.

- Oui... A ce sujet, qu'est-ce que tu fais aux commandes de son navire ?

Elle rajusta son couvre-chef et eut un petit sourire mauvais.

- Tu ne devines pas ? Je le lui ai pris...
- Tu le lui as pris ? Comment ?
- Par la force, bien sûr ! Bon... Il est vrai que j'ai du me débarrasser des deux idiots qui ont fait tout le travail à ma place... Mais n'est-ce pas une incroyable et formidable opportunité ?
- Une incroyable opportunité ? Je ne suis pas sûr que le Roi Pirate sera du même avis...
- Ce n'est pas du Roi Pirate que je parle ! C'est de nous, Ilde. Nous deux... Tu n'auras plus à choisir entre l'océan et moi...
- Que... Attends... après tout ce qui s'est passé, tu veux... naviguer à mes côtés ?

Miss Fortune se rapprocha doucement de l'elfe qui fut un jour son amant, qui fut un jour, pour elle, tout ce qui comptait le plus au monde.

- Aaaak ! Il coulera ! Aaaaaaak !! cria l'animal avant de s'envoler.
- Qu'est-ce que cela a de si surprenant, Ilde ? Tu croyais que je t'en voudrais pour m'avoir trahie ? Tu croyais que je t'en voudrais, pour m'avoir abandonnée, seule, sans jamais revenir ? Tu croyais qu'avoir choisi de servir parmi les pirates et préféré l'océan plutôt que moi m'aurait rongé de chagrin et de haine envers toi ?
- Cela serait plutôt normal, tu ne crois pas ?
- Pourquoi ? Cela fait si longtemps... J'ai fini par dépasser ma haine, par passer outre. Mais quand j'ai appris que tu étais le Capitaine du Seventh Son... imagine ce que ça m'a fait ! Je voulais tellement te revoir... Et je me suis dit alors que cela serait impossible si je n'étais pas... Capitaine du Eighth Son par exemple !

L'elfe regardait alors la sorcière avec inquiétude. Il commençait à comprendre certaines choses.

- Qu'est-ce que tu as fait, Mary ?
- Et bien j'ai fait en sorte que des pirates tuent Leone pour moi, pour pouvoir prendre son navire et te rejoindre ! Ce n'est pas ce que font les pirates ? En tuer d'autres pour prendre leur place ? C'est bien ce que toi tu as fait, non ?
- Quoi ?
- Oh... J'ai oublié de te dire ! Les pirates dont je me suis servi... il y a une certaine Phadransie Lamiedo parmi eux. Ça a été facile de la convaincre de récupérer le Eighth pour affronter le Seventh... si tu savais comme elle te déteste. Ah ah ah !

Le capitaine du Seventh fronça les sourcils et regarda la femme face à lui avec appréhension. Son équipage commençait à être à cran. Qu'est-ce que leur capitaine attendait pour la tuer, si c'est bien elle qui avait attaqué la capitaine du Eighth ?

- Elle est encore en vie ?
- Ahein ! Oui ! Et bien en colère... Elle a pas trop apprécié que tu prennes sa place.
- Tsss... Écoute... si j'ai fait ça c'est uniquement parce qu'elle n'était pas capable ! Cette sale gosse n'était pas foutu de diriger correctement ce navire ! Elle n'a eu que ce qu'elle méritait, la garce, fille du Roi Pirate ou non !
- Dans un sens, si j'ai réussi à vaincre Leone, c'est qu'elle non plus ne méritait pas le Eighth Son.

L'elfe sembla réfléchir un instant. La logique était imparable. Si Leone Lamiedo s'était faite avoir par Phadransie... elle ne devait pas valoir grand chose. Mais que valait Mary dans ce cas ? Sûrement plus que ces deux là puisqu'elle s'en était débarrassée. Il n'arrivait cependant pas à croire que Miss Fortune lui pardonne pour ce qu'il avait fait des années plus tôt... plus d'un siècle même. Il l'avait abandonnée pour partir en mer et ne jamais revenir. Quelle femme serait assez sage pour pardonner un tel acte ?

- Tu marques un point... Mais je n'arrive toujours pas à imaginer... à imaginer que toi, tu arrives à me pardonner !
- J'ai si souvent pensé à toi, Ilde, si souvent... Si tu savais combien de temps j'ai pleuré en espérant te revoir un jour... Et tu es là, devant moi, malgré tout ce qui nous a séparé ! Ne trouves-tu pas cela formidable ?

Elle tendit une main vers le visage de l'elfe qui s'en saisit aussitôt, toujours nerveux et sur le qui-vive. Les pirates du Seventh avaient pointé leurs armes sur elle, et ceux du Eighth sur eux.

- Je trouve cela très étrange, en fait...
- Laisses-moi te montrer quelque chose, d'accord ?

Il resta silencieux un long moment, gardant ses yeux froids sur la sorcière qui lui souriait et lui jetais un regard presque implorant. Il finit par lâcher sa main et Mary la plongea dans une sacoche. Elle en sortit un précieux collier, en forme de coquillage, fait d'or blanc. Ildezeeth ne semblait pas en revenir, il se tourna vers son équipage et hurla de sa voix caverneuse.

- Baissez vos armes ! Baissez les ! C'est un ordre !

Il se tourna à nouveau vers son ancienne amante et la regarda droit dans les yeux.

- Après tout ce temps ? Tu l'as gardé ?
- Comment aurai-je pu m'en séparer ? Mes sentiments sont si forts pour toi... Ils l'ont toujours été.
- Je dois rêver... C'est sûrement un foutu rêve... OU un cauchemar... Je ne saurais le dire.
- Est-ce que tu as toujours des sentiments pour moi ? l'interrogea la sorcière.
- Ça fait si longtemps... Je ne suis plus vraiment le même homme. Et mes gars et moi... On fait pas vraiment dans le sentimental.
- Qu'importe... Laisses-moi rêver, et... peut-être qu'à mon tour... je pourrais te faire rêver, répondit-elle d'une voix suave et aguicheuse.

Elle s'approcha de l'elfe et lui passa la main sur son entre-jambe. Elle lui fit un clin d'œil et passa sa langue sur ses lèvres.

- On pourrait rattraper le temps perdu...
- Ooooh... Si... Si c'est comme ça que tu vois les choses... Oui... On peut peut-être... conclure un nouveau partenariat.  
- Oui... Oh ! D'ailleurs, à ce propos, j'ai quelque chose pour toi ! Dans la cale du Eighth ! Phadransie... encore en vie !
- Non ? Vraiment ? Tu me la livres ?
- Oui... elle est toute à toi ! Tu n'as qu'à emmener quelques uns de tes hommes... t'amuser un peu avec elle en ma compagnie... avant de la tuer de tes propres mains. Comme ça on sera sûrs qu'elle ne reviendra plus.
- Tu me fais marcher ? Ma Miss Fortune n'était pas comme ça...
- Et bien, je me suis dit que je devais devenir celle dont tu rêvais pour me retrouver à nouveau à tes côtés.

Ildezeeth eut un petit sourire mauvais et regarda Mary comme s'il la voyait pour la première fois.

- Je crois que la nouvelle Miss Fortune va me plaire.
- Le nouveau monsieur Dazaën n'est pas mal non plus.
- Capitaine ! rectifia-t-il.
- Oh... Capitaine... oui... c'est encore mieux.

Il se mit à rire et se tourna alors vers son équipage.

- Les gars ! Y a notre ancien jouet qui semble pas avoir rendu l'âme ! Phadransie Lamiedo... Ah ! Ça vous dit de jouer une petite dernière fois avec cette garce ? Alors grouillez-vous de rappliquer, y en aura pas pour tout le monde !

Une partie de l'équipage du Seventh se pressa pour suivre son capitaine et Mary. Les autres furent contraints à rester sur le navire. La troupe descendit dans les cales du Eighth Son, là où se trouvaient les geôles. Ils y trouvèrent la captive, roulé en boule, avec sa tignasse noire très distinctive. Se réjouissant déjà de pouvoir corriger le tort qu'il avait eu de ne pas la tuer quand il en avait l'occasion, Ildezeeth se jeta sur elle. Sous cette tignasse noir, un homme barbu et à moitié édenté lui sourit et parti en éclat de rire.

- Ahahahah ! Tu t'es fait avoir !
- Que...


De tous les côtés, les membre du Eighth débarquèrent, dont un Black Jack toutes dents dehors, un sourire mauvais déformant ses mâchoires féroces. Il pointa son pistolet sur la tempe de l'elfe qui regardait alors Mary avec fureur.

- Bien le bonjour, Capitaine Dazaën ! C'est une belle journée pour crever, non ?  
- Salope... SALOPE !!! Traîtresse ! Comment as-tu pu ???
- C'est toi qui m'a trahi en premier lieux, Ilde... Et tu sais quoi... Jamais... Jamais je n'ai oublié la douleur que ça a été ! JAMAIS je ne te pardonnerai ! Et... et en plus tu es à moi maintenant ! Toi et tout ton équipage... Mais... Je ne sais pas trop quoi faire d'eux... alors... Et bien je vais les laisser aux grands soins d'une amie qu'on a en commun.

C'est alors que sortie de l'ombre, La Noire apparut aux yeux de l'elfe.

- Voilà ! Ils sont tous à toi ! Mais lui par contre... Lui... il est à moi ! déclara Mary avec un sourire mauvais.
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Lun 23 Oct - 22:23
Toi qui, pour consoler l'homme frêle qui souffre,
Nous appris à mêler le salpêtre et le soufre,
Toi qui mets dans les yeux et dans le coeur des filles
Le culte de la plaie et l'amour des guenilles,
Bâton des exilés, lampe des inventeurs,
Confesseur des pendus et des conspirateurs,

Baudelaire







« J'aurai donné mille fois le Seventh Son, j'aurai sacrifié mille fois ma vie, j'aurai vendu mille fois mon âme à Ozän pour avoir un jour cette chance de te torturer...

Phadransie La Noire porta le flambeau qu'elle tenait à bout de main à son socle, cloué sur l'un des murs de la cabine à l'intérieur de laquelle elle se trouvait à bord du Eighth Son. Même à présent que le Seventh Son lui appartenait -ou appartenait du moins à Black Jack- ce vaisseau la répugnait. Elle se refusait d'y mettre les pieds pour un autre motif que le saborder. Phadransie reprit, tout en essuyant sa main et son crochet tâché de sang frais dans une serviette :

- Mais j'ai pris congé de tous mes souhaits, l'Elfe. Car il semble que la providence m'ait enfin souris...

Et elle balança la serviette, par-dessus son épaule ! D'un pas lent, ponctué du "tac-tac" du talon de ses bottes sur le plancher du Eighth Son, elle se jeta un verre de rhum au fond du gosier. Face à elle, la respiration de son prisonnier était presque étouffée par les gémissements et l’essoufflement.

- Je dois tout de même te féliciter ! clama alors La Noire en pointant Ildezzeeth de son crochet ! J'ai connu de beaux adelantado de la Principauté qui tenaient moins bien la torture que toi !

Elle tira alors une chaise et vint s'y asseoir à califourchon, son verre de rhum en main. Un instant, elle tint discours à son prisonnier, maintenu à plusieurs dizaines de centimètres au-dessus du plancher à l'aide de solides chaînes qui le tenaient. Son corps, meurtri de toutes parts, appelait au répit quand sa bouche demeurait close. En fait, elle ne s'ouvrait que pour hurler. Phadransie La Noire avait usé de son prisonnier toute la nuit. Un instant, elle croisa les bras sur le dossier de la chaise, faisant jouer son crochet sur son bras, observant son ancien bourreau, sans rien dire. L'Elfe avait le visage tant tuméfié qu'il peinait à garder les yeux ouverts. Sous lui, une flaque de sang grandissante.

- J'ai entendu dire, reprit La Noire en repoussant son verre loin d'elle sur la petite table, qu'à La Suppure le rhum de Batavia Bay se vendait deux écus le gallon ! Une aubaine, n'est-ce pas ? J'en boirai à mon retour !

Elle tendit alors la tête vers son captif, exagérant les gestes, une main autour de son oreille comme pour mieux intercepter les sons.

- Quoi ? Et bien ! Que dis-tu ? Je ne t'entends vraiment pas. Parle plus fort, foi de siresse ! Deux gallons un brun de Batavia ! Deux putains d'enculés de gallons ! C'est une aubaine ça !  Tu ne penses pas, l'Elfe ?

Il cracha du sang, expectorant une glaire noire de sa bouche ensanglantée. L'on entendait plus que le bruit des vagues contre la coque et la quille du Huitième Fils, mêlé aux raclement des chaînes qui suspendaient le prisonnier. Phadransie se releva soudainement, avec tant de rapidité qu'elle renversa la chaise derrière elle !

- Merde quoi ! Tu ne dis plus rien ? Tu es déjà fatigué ? Je t'ai connu plus vif que ça, Elfe, lorsque tu secondais le Seventh Son ! Ne me dis pas que j'ai eu la main -ou plutôt devrais-je dire le crochet !- trop dure avec toi ? Si ? Vraiment ? Ohlala mon pauvre ! Et moi qui venait juste de te complimenter pour ta résistance !

Elle lâcha alors un "tttt" entre ses lèvres, dépassant la table, le tison et la série d'instruments de tortures posés à l'évidence sur le bois sombre et tâché lui-aussi de sang. La cabine empestait le sang, d'ailleurs.

- Nous ne sommes pas si différents, nous deux...chuchotait Phadransie La Noire tandis qu'elle approchait tout doucement de l'ancien Capitaine. Enflé de vilenies jusqu'à l'implosion...

Elle approcha alors, dangereusement, son crochet des yeux du prisonnier jusqu'à titiller la caroncule. A bout de souffle, Ildezzeeth tiltait à peine. Phadransie jouissait de tant d'impuissance de la part de sa victime !

- Je penserai à toi, chuchota-t-elle près du visage du captif pendu au-dessus du sol. Je penserai à toi lorsque je boirai ce rhum à deux écus le gallon... Ce rhum dans la force de l'âge qui a vu se couper sur les Grand'Eaux une livre de chair... Ce rhum qui a vu les forçats de Batavia passer des geôles jusqu'au gibet...Ce rhum qui a assisté les suppliciés dans leur dernière épreuve.. Ce rhum en feu qui descendra jusque dans mes flancs, pulsera dans mes veines. Je penserai à toi, fils de pute, en buvant cette liqueur des Dieux. Ce rhum qui m'endormira, et qui m'éblouira encore mieux qu'un soleil à l'heure du réveil. Je penserai à toi, car moi je serai en vie. Et toi tu seras mort. Et probablement en plusieurs morceaux, dispersé ça et là...

Et elle alla cacher son crochet derrière un sillon sanglant sur le flanc de sa victime. Bel esprit, La Noire prit plaisir à recueillir sur sa langue la sang chaud de son plus grand ennemi. Mais comme ce dernier ne réagissait plus, ni en cri, ni en gémissement, elle leva alors le bras, prête à lui emporter l'un après l'autre les yeux !

- Capitaine !

Phadransie se retourna. La porte venait de s'ouvrir, laissant apparaître la sorcière. Son crochet retomba alors.

- Tu me veux quoi ?

La prénommée Mary croisa les bras sur sa poitrine, après un regard pour le prisonnier.

- L'aube se lève. Je prends la relève.

À force de mobiliser toute son énergie pour retenir ses larmes et ses cris, La Noire ne pensait pas qu'Ildezeeth soit encore en état de parler. Visiblement, cette dernière se trompait.

- Mi..Miss ?

La Noire devait se rendre à l'évidence. Mary avait accepté de lui céder l'Elfe qu'à la condition qu'elles soient deux à user de lui. Ainsi, le supplicié n'avait nul répit. La nuit, Phadransie La Noire le mettait à l'épreuve. Le jour, c'était à la sorcière de prélever son quota de chair. Et entre deux séances, si l'on remarquait que l'Elfe faiblissait trop, Phadransie et la sorcière s'étaient mises d'accord pour faire appel à l'un des pirates usant du fluide. On le soignerait afin que se prolonge indéfiniment son calvaire.

- Qu'as-tu à m'annoncer ? demanda la nouvellement entrée dans la cabine.

La Noire lécha son crochet.

- Bois sous les ongles. Mutilations partielles. Brûlures. Cordes enflammées autour des poignets. Clous dans les os. Coups au visage.
-Hmmm. Je vois ça, je vois ça...sourit la prénommé Mary.


Elle paraissait contente de la mine épuisée de son prisonnier. Phadransie tapota l'une des cuisses de l'Elfe, comme s'il était un bon animal docile.

- Quelques os brisés. Scarifications. J'ai surtout utilisé le crochet.

La sorcière lui fit un geste évasif de la main.

- Si tu espères me laisser à court de procédés tu te trompes. J'ai encore de très grands projets pour le "fils" adoptif du Roi Pirate..
- Tu sais ce que fous le Lupan ? demanda La Noire passant du coq à l'âne.
- Il se pavane à bord du Seventh Son. Le navire lui revient comme de droit.

La pirate grommela.

- L'équipage ?
- À fond de cale comme tu l'as ordonné. Je crois que le Capitaine Black Jack attend tes ordres pour leur brûler la cervelle.
- J'y vais de ce pas ! On les keelhaul tous !

Mary hocha la tête, observant d'un œil aiguisé la série d'instruments de tortures posés sur la table. La Noire désigna d'un geste du menton le chat à neuf, embelli de morceaux de verre et de tessons, en se souvenant du jour où, môme, elle avait obligé l'Elfe à fouetter jusqu'au sang ses propres hommes à bord du Seventh Son. Puis elle ajusta son tricorne sur son front transpirant avant de quitter la pièce :

- Je ne l'ai privé ni de ses yeux ni de sa langue. Mais tu peux les lui arracher si le cœur t'en dis. Rien de ce qu'il n'aurait à dire ne m’intéresse !

Phadransie La Noire claqua derrière elle la porte. Enfin parut cet instant, tellement attendu, où celle que l'on connaissait sous le pseudonyme de Mary allait pouvoir se repaître des cris de l'Elfe déchu.

~



La sorcière prit le temps de contourner le prisonnier, d'un pas lent. Elle s'attarda ainsi sur les longues chaînes qui suspendaient l'Elfe au-dessus du sol. Passés sous ses aisselles et autour de son cou, il était maintenu ainsi par l'aptitude de ces lourdes chaînes qui encerclaient son poitrail à la façon d'un licol. Un simple coup d’œil suffit à sa tortionnaire afin de se rendre compte que les doigts avaient tous été écrasés. Sous l'effet d'un marteau ou d'une masse, sans doute. Les mains, de surcroît, ainsi que les poignets, avaient subi le supplice des flammes. Les ongles avaient été, pour certains arrachés. Parsemant son corps musclé, des centaines de plaies laissées par le sillage du crochet. La Noire s'était faite plaisir apparemment. En témoignait certaines muscles et certains tendons, mis à vif. Déjà, et le diable seul savait comment, de grosses mouches noires tournaient autour du prisonnier. Mary sourit. Ildezzeeth était résistant. Il luttait pour garder les yeux ouvert et pour parler, mais il n'était pas près de mourir ce jour. De toutes manières, l'Elfin qui maîtrisait le fluide avait reçu pour ordre de s'assurer que la vie de l'Elfe ne file pas entre les doigts de sa geôlière. Mary tira la chaise après avoir caressé du bout des doigts le corps nu de son futur jouet. Elle resta là un instant, à le contempler. Il était à demi-nu, la peau légèrement hâlée dans le soleil, de longs cheveux bruns, des yeux clairs que couvraient des paupières lourdes d'un sang séché. Mary avait été amoureuse de ce corps-là. De cet esprit-là. Tout en muscle et en nerfs, Ildezzeeth si il n'y avait eu tout ce sang, n'avait rien perdu de sa beauté. Même après toutes ses années.
La sorcière se souvint alors de la frustration qu'elle avait décelé dans la voix de La Noire. La pirate n'avait pas réussi à obtenir ce qu'elle désirait de l'Elfe. Et pourtant, elle avait travaillé dur toute la nuit ! En témoignaient les nombreux instruments de tortures disposés à la qui-le-voulait-bien sur la petite table en bois !

- Mi..Miss F..Fortune.

Elle croisa les bras au-dessus de sa poitrine. Ce qui restait des vêtements de l'Elfe et Capitaine du Seventh étaient en véritables lambeaux.

- For...tune

Elle esquissa un sourire, puis sortit de sa housse son luth. Elle le cala ensuite sous son aisselle, confortablement installée face à son Elfe, avant de jouer un morceau de sa voix mélodieuse :



Les siècles vengeurs ont maudit ma mémoire,
Et ce n'est qu'en léguant des forfaits à l'histoire
Que ton règne échappe à l'oubli.
Vendu au tyran qui t'opprime,
Qu'une tourbe docile implore le mépris !
Exempt de la faveur du crime,
Je marche sans contrainte, et n'attends point de prix.
On ne me verra point mendier l'esclavage,
Et payer d'un coupable hommage,
Une lâche célébrité.



Mary était aussi immobile que l'Elfe, et fort rouge. Elle abandonna alors son luth et se leva de la chaise, approchant les divers instruments. Une voix faible la fit presque sursauter lorsqu'elle agrippait d'une poigne ferme un marteau.

- Je mérite l'effroi...Fortune...pour avoir ta haine...

Il sembla à la jeune femme que l'Elfe venait de cracher là ses dernières paroles. Le marteau en main, elle se dirigea vers le foyer dans l'angle de la cabine et raviva le feu. Une marmite d'eau bouillait par-dessus.

-Je ne serai pas aussi tendre que Noire, Ilde.
- Pitié...

Elle songea là que ce devait être son premier "pitié". Et La Noire ne l'avait pas eu.

- Pitié...Ne m'appelle..pas comme ça...
- J'ai cru comprendre que c'était là ton nouveau nom, dit Mary d'un visage déformé par la haine.

Il y eut un silence. L'on aurait dit que l'Elfe expirait. Puis un soubresaut le prit et il haleta un long moment.

- C'est...un nom...d'emprunt...
- La honte t'embarrassait à ce point ! railla Mary en se détournant du feu pour avancer vers l'Elfe mutilé.
- J'ai..un cœur..assez vaillant..pour supporter toutes les..tortures de l'univers...Fortune. Mais où trouverais-je..le..courage..de..te..voir me haïr..
- Tu me fais rire avec tes belles phrases, "Ildezzeeth" ! Tu penses vraiment t'en sortir comme ça ? En m'attendrissant ? Tu me fais vomir ! Où étais-tu ces derniers siècles, Dazäen ?
- Fortune..

Il releva alors le visage.

- Pour..calculer mes..m..maux, il faudrait savoir..à quel point...je t'aime..Et tu as..oublié..qui j'étais...Tu as..oublié mon nom...

Elle lui expédia un coup de poing en plein plexus qui firent tinter les chaînes dans les airs !

- Sale menteur ! Tu voudrais peut-être que je te caresse d'une main et que je frappe de l'autre, hein ?!

Elle le vit alors lever vers le ciel de grands yeux fatigués et cléments.

- Ecoute juste..mon histoire... Après...Après je te laisserai..me réduire..au silence..En m'arrachant la langue...ou en me tuant..

Elle lui rit au nez, raillant sa démence sans toutefois le contredire ! Puis elle s'adossa au mur, face-à-lui et, un brin amusée, le marteau toujours en main, l'invita à parler !

- Toujours aussi retors...La voix aussi chaude que le nid du rouge-gorge ! Aaah ces Elfes ! Quelle engeance vous faîtes ! Mais soit, Ilde. Parle. J'écouterai.

~



Que sait-on à ce jour de celui qui se nommait Dazaën Thelazma ? C'était un jeune Elfe au caractère intrépide venu tout droit d'un âge si lointain que seuls les Dieux s'en souviennent encore. Son père était un corsaire Elfe, chasseur de pirates ailés de renom. Les Hommes, démunis face aux raids de leurs détracteurs, devaient leur verser tous les mois un impôts pour qu'ils cessent leurs attaques sur les rivages de ce qui allait devenir le continent de Tak'Nayu. Il mena ainsi une entreprise destructrice sur les mers d'Arcaëlle, ayant pour but de délivrer les peuples opprimés. La fougue et le succès d'une telle guerre, l'efficacité d'une flotte Elfique de cette ampleur fit tellement parler d'elle qu'elle monta ainsi jusqu'aux Dieux. C'est ainsi que la Déesse, May'Veal, entendit parler de ce Commodore Elfe de prestige, qui brillait depuis des siècles sur les eaux de ce monde. Curieuse, elle prit l'apparence d'une créature Aässilanne afin de faire un jour sa rencontre. Mais ce que la Déesse n'avait pas prévu, c'était que ce qui fut à l'origine un simple divertissement pour elle eut très vite des répercussions. Elle tomba enceinte et mis au monde parmi les vagues et le vent un fils.
Ce fils, c'était le semi-Elfe Dazaën. Lorsqu'il naquit, elle le trouva très vite frêle et braillard et songea d'abord à se débarrasser de ce brin d'homme qui n'avait rien de l'essence divine en nourrissant l'un de ses maelstroms. Il ne lui plaisait point, d'autant plus qu'il venait d'une union passagère et déjà regrettée. Néanmoins, sachant qu'à tout dévot les Dieux gardent une largesse, la Déesse eut pitié pour ce bout de chair et de sang, et le confia alors à son père avant de se retirer sans un mot et sans une bénédiction pour l'enfant.

Dazaën grandit sur les eaux et s'épanouit parmi les siens qu'étaient les Elfes. Rapidement, il marcha sur les trace de son père, son ascendance divine dont il ignorait tout le prédisposant aux métiers de la mer. Durant plusieurs siècles, infatigable, le fils de May'Veal écuma les mers et les océans d'Arcaëlle, remontant les fleuves, doublant les caps, améliorant les progressions navales, poursuivit les reliques turquoises... Ainsi, sa force physique, la beauté de son visage, son courage et sa vaillance lui valut un beau jour la visite de sa mère dont il ignorait l'identité. Se sentant honoré par son ascendance semi-divine, le jeune Dazaën jura à sa mère biologique fidélité, amour et assujettissement éternel. Satisfaite de ce fils qu'elle commençait à apprécier, May'Veal chargea alors le jeune Capitaine d'écumer les mers au cours de collectes et de demandes diverses et variées. D'un naturel pacifique, Dazaën s'était fait le bras armé de sa mère, et parcourait le monde de long en large sur un ordre ou un mot d'elle, n'hésitant cependant pas à interrompre son odyssée pour venir en aide aux Humains ou aux races plus faibles qui demandaient la protection du peuple Elfique. May'Vea souriait à son fils et demeurait patiente car au cours des années, puis des siècles, Dazaën ne l'avait jamais décue.

Puis vint un beau jour où l'Elfe eut besoin d'arrêter sa flotte sur une île non répertoriée qu'il voulait cartographier. Son grand mât avait été abattu lors d'une précédente guerre, touché au-dessus de la rousture, et de nombreux autres bâtiments avaient besoin de réparation et de caréner. Il s'avère cependant que cette île invisible sur les quelques cartes présentes à l'époque appartenait à un peuple d'Aässila paisibles et ignorants des conflits qui commençaient à ébranler le reste du monde. Sur cette île, un temple gigantesque, orné de pierres précieuses était érigé pour la Déesse. Et à l'intérieur de ce temple se trouvait...

Elle se prénommait Fortune et le temple était à la fois sa prison, son sanctuaire et sa maison. Les cheveux blonds comme les blés, des yeux d'or et une bouche aux rougeurs de fraise. Bien accueillis parmi les Aässilans, les Elfes furent traités comme des frères et leur arrêt se prolongea. Dazaën et Fortune devinrent très vite amants.

Mais l'île avait des règles, et les Aässilans étaient inflexibles. Fortune était une prêtresse de la Déesse, et en tant que telle n'avait donc pas le droit de prendre ni d'époux ni d'amant. Se sentant perdu devant de si beaux yeux, ayant l'infini pour lui, Dazaën se fixa finalement sur l'île, voyant son amour dans le secret. Les années passèrent et rapidement les Elfes et les Aässilans ne firent plus qu'un seul et même peuple. Dazaën ne chômait pas. Il travaillait petit-à-petit à changer les lois sur l'île. Il lui fallut attendre plus de cent ans avant d'arriver à ce résultat. Les Aässilans, qui considéraient l'Elfe Semi-Dieu comme l'un de leurs Princes, autorisèrent Fortune à le prendre pour époux. Le mariage était un événement très attendu, et tout l'île demeurait en liesse ! Tous s'accordaient à dire que les mains des deux amants, en se joignant faisaient de la lumière, et qu'il aurait été infiniment cruel de s'opposer à tant d'amour ! Eux qui avaient attendus tant d'années l'heure dorée !

Mais May'Veal n'était pas de cet avis ! Elle apparut ainsi à son fils quelques heures avant la cérémonie. Furibonde, la Déesse attendit de lui qu'il tienne le serment qu'il lui avait fait, des années plus tôt, et retourne à son interminable odyssée ! Dazaën fit, une fois n'est pas coutume, montre de rigidité envers sa mère. Pour lui, rien n'importait plus que le mariage auquel tous le préparait ! Mais sa mère insista, lui rappelant ses serments ! Voilà plus de cent ans qu'elle se montrait patiente, envoyant plusieurs signes à son fils, dans les coquillages, dans l'écume ou dans les vagues, et jamais il n'avait voulu les regarder. Elle insista pour qu'il parte sur l'heure en abandonnant tout derrière lui. Irrité par une telle demande, Dazaën osa renverser une coupe d'hydromel au visage de sa mère ! Alors la Déesse se fâcha et le maudit !

"Fils indigne, pour m'avoir versé cette coupe au visage, je t'enleverai celle que tu aimes. Je t'enlèverais tout. Tu perdras jusqu'à ton nom, tu perdras tes navires, tu t'abaisseras à servir les Hommes. Tu deviendras le premier Elfe Noir de ta race, tu seras la déchéance de tout un peuple, condamné aux tourments de l'âme pour l'éternité, enchaîné par un cœur de glace, et rien ne pourra te libérer de ma malédiction jusqu'à ce que tu pleures un jour des larmes de sang !"

Alors la Déesse ordonne aux plus fidèles amis de Dazaën, ceux qui formaient son équipage des années plus tôt, lorsqu'il accosta sur l'île, de préparer le navire et de repartir immédiatement à la poursuite de l'horizon !

" Volez loin de ce monde ! Volez loin de cette île ! La confusion de vos deux races ne fait qu'irriter mes projets ! Elle a enclin mon propre fils à se retourner contre moi en dépit des promesses et des serments qu'il m'avait jurée ! C'est devenu un pauvre Elfe loin de la raison qui a oublié comment naviguer ! Pour cela, je le condamne, et jusqu'à ce qu'il renie sa Fortune, à être lié vif en haut du plus grand des mâts de ce navire ! Tous les jours un albatros viendra et il prélèvera sur lui sa livre de chair ! Qu'il en soit ainsi, car ainsi en ai-je décidé ! "

Effectivement, cela se déroula ainsi ! Apeurés par la colère de la Déesse, les marins mirent immédiatement à la voile ! Et au sommet de la plus haute tour du temple, Miss Fortune assistait au départ de son aimé... Pleurant et hurlant de rage, accusant les Elfes de tous les maux, la prêtresse Aässila demanda à la Déesse de placer à jamais son île loin de tout le mal que pourraient y faire les races de la surface ! Cédant aux lamentations de sa prêtresse, la Reine des Océans dans toute sa suprématie, invoqua un raz-de-marrée gigantesque et engloutit en quelques heures la cité des Aässila...

Dazaën pour sa part, frappé par la rage Divine, demeurait attaché au nid de pie de son propre navire, condamné jour après jours à être mangé par un albatros jusqu'à ce que son âme cesse d'implorer celle de sa Miss Fortune ! Tous les jours, à l'aube, l'oiseau venait et faisait durer les tourments du supplicié. Et tous les soirs, au crépuscule, l'on envoyait depuis le pont principal un marin guérir Dazaën de ses plaies afin que puisse s'accomplir la volonté divine. Et chaque matin, lorsque l'Elfe offrait son poitrail à l'albatros qui arrivait, il criait le nom de Fortune. Son martyre dura ainsi plus de cent ans car tout le monde sait que les Dieux sont d'un orgueil intraitable.

Un beau jour, il y a quarante années de ça, alors que grimpait dans les huniers un jeune Aracnor qui maîtrisait le fluide et devait soigner l'infortuné amant, ce dernier offrit de mettre fin à son supplice. L'Elfe Dazaën entendit parler du Dieu maudit Ozän pour la toute première fois. Jour après jour, le jeune mousse lui vantait la toute-puissance d'Ozän, lui promettant que le Dieu maudit pourrait le libérer de ce fardeau injuste que la Déesse de la mer avait élevé sur lui ! Convaincu, fatigué, Dazaën accepta un beau jour la proposition de sa mère. Il renia Miss Fortune, accepta de reprendre le commandement, son odyssée, et alors l'albatros ne revint jamais plus lui rendre visite. Pour le cas où il mentirait, la Déesse, qui n'était pas stupide envoya alors l'un de ses monstres marins avec la tâche de surveiller son fils Elfe. Le triton ainsi désigné, digne des pires abominations qui roulent sous les flots, suivait Dazaën partout où il allait ! Mais un beau jour, tandis que le monstre se nourrissait de carcasses de poisson, l'Elfe lui asséna un coup de son sabre sur le sommet du crâne, l'assommant net ! Dazaën renia alors May'Veal, en plus de tous ses serments, et s'en alla offrir son âme à Ozän ! Ce dernier, toujours prêt à accueillir en son sein de nouveaux fidèles, ne put que se réjouir face à une âme aussi précieuse et aussi âgée que celle de l'Elfe maudit ! Le Dieu fit alors don à ce nouveau disciple d'un cristal de sang. De la forme d'un petit losange, Dazaën portait le cristal de sang comme pendentif et ce dernier permettait de le cacher aux yeux de sa mère. Mais les services d'Ozän n'étaient pas gratuits. Afin d'échapper à la vengeance de May'Veal, Ozän attendait de Dazaën qu'il tue tout les jours pour lui, afin d'alimenter le cristal. Les meurtres devaient être sanglants et il ne pouvait pas cumuler les âmes. Chaque âme que Dazaën envoyait à Ozän ajoutait vingt-quatre heures supplémentaires à l'action du cristal de sang.

C'est ainsi que, durant quelques années encore, Dazaën se sépara de son équipage et ne daigna plus, même en pensée, se préoccuper des affaires des Dieux communs et du bien universel. Un beau jour, un Aracnor vint le trouver. Cet Aracnor, c'était le jeune mousse qui lui avait parlé d'Ozän, quarante années plus tôt. Et ce jeune mousse adorateur du Dieu interdit, c'était le Roi Pirate. Le Roi Pirate fit à Dazaën la proposition suivante : il le voulait comme son premier Lieutenant. Il désirait que l'Elfe, puissant et sage comme il l'était, serve de précepteurs à ses enfants et qu'ensemble, ils règnent un jour sur les eaux d'Arcaëlle ! Mais Dazaën, las de tout, refusa le proposition du Roi Pirate. Ce dernier lui offrit néanmoins un vaisseau de ligne et un poste de Second auprès de l'un de ses fils : Henry Tarrentt. Le navire se prénommait le Seventh Son et Dazaën prit le nom d'Ildezzeeth.

La suite est connue de tous. Henry Tarrentt était chargé par son père et maître de former la dernière fille du Roi Pirate, Phadransie Lamiedo. Mais lorsque cette dernière, du haut de ses seize ans, avait pris la liberté de faire assassiner son propre frère, les affaires du Seventh Son dégringolèrent. Moins d'une année plus tard, Dazaën reprenait en main le commandement du bâtiment, faisant de Phadransie sa propre prisonnière, avant de la laisser mourir sur les rivages perdus d'une île, confetti au milieu d'un immense océan.

Le Roi Pirate charmé, avait fait d'Ildezzeeth le Septième Fils. L'Adopté. Amusant procédé, lorsqu'on songe que le fils a en réalité plus de dix fois l'âge du Père. Mais Dazaën demeurait trop lassé pour s'opposer à quoi que ce soit. Il ne démentait plus rien, se contentant de maugréer et de jurer comme un marsouin, d'un air qui devenait de moins en moins vivant...

~



Les yeux or de Mary laissaient filtrer quelque chose de bien singulier. Petit à petit, une larme coula, inondant ses cils blonds, tâchant ses joues jadis roses, maintenant pâles comme la mort. L'éclat de ses pleurs brillaient au fond de la geôle comme des lanternes sur des ruines. Tout, même la joie de la vengeance, lui paraissait désormais tourner à l'horreur.

- Tout ce temps...murmura-t-elle en étouffant les mots dans sa main tremblante. Pourquoi ne pas m'avoir cherchée..?
- Je l'ai fais..répondit Ildezzeeth. Le cristal de sang m'a permis, des années après, plus d'un siècle a..après, de retourner à l'endroit où..se trouvait l'île des Aässila. Mais je n'y ai trouvé que la..mer.
- Qu'as-tu fais ensuite..?
- J'ai pensé à..me donner la mort. Plus...d'une fois je..me suis jeté..dans..l'océan, une masse de..rocs..liée à la cheville.
- Daz...
- Mais Ozän n'avait..pas pactisé avec moi..pour que je me suicide. J'avais pactisé..avec le perfide..je devais honorer mon..engagement.
- Par les Dieux. Dazaën.. Pourquoi...Pourquoi ne pas avoir résisté, lorsque La Noire t'a torturé ? Pourquoi n'avoir rien dis quand nous t'avons capturé et enchaîné ?
- J'ai vécu toute ma vie dans l'espoir..que nous nous retrouvions un jour...pour nous aimer, Miss Fortune.. Si tu devais me rejeter aujourd'hui...je ne voyais aucun intérêt à vivre...
- Dazaën...
- Ma main n'est faite..que pour aller dans la tienne...
- Dazaën...Mes Dieux..
- Aucun incendie n'aurait assez de feux pour notre Amour...Fortune. J'ai récolté..des plaies pour t'avoir trop aimé...
- DAZAËN !!!

En pleurs, Mary se laissa alors tomber sur le sol, sentant petit-à-petit les dernières forces quitter son amant !

- Laisse-moi..mourir à présent...Fortune..Je suis fatigué.
- Non, Dazaën, non ! Je vais te sortir de là ! Tu verras, nous avons encore de belles années ensemble !
- Fortune...Miss Fortune...Je suis si vieux...

Sourd à ses suppliques, Mary s'accrocha alors à son Elfe, entourant son ventre de ses deux bras, frottant sa joue en pleurs contre son coeur !

- Non Dazaën ! Non ! Je ne...


SPLASH !


Une gerbe de sang. Mary s'écroula alors. Morte. Derrière elle, Phadransie La Noire retira son crochet du crâne de la victime, non sans mal ! L’œil plein d'éclairs, la pirate cracha sur le cadavre encore chaud à ses bottes !

- La pute ! Ah la salope ! Elle a cru que je partagerai mon Elfe ! J'ai bien fais d'écouter à la porte ! Votre petite discussion à tous les deux étaient très émouvante, vraiment ! J'en pleure presque, tu vois !

Elle mima alors une larme, du bout de son index faisant mine de se l'essuyer ! Alors elle brandit son crochet en avant, haletant comme une damnée !

- Mais tu sais quoi, fils de pute ? Je suis une femme noire et de mauvaise mine ! Et tes petites histoires, moi, ça ne m'impressionne pas ! Je voulais simplement apprendre pourquoi cette pute t'en voulais autant ! Et bien ! On peut dire que j'en ai eu pour mes oreilles ! Ta petite histoire manquait juste d'un bon feu dans l'âtre et d'une grog au miel ! Pfft ! Sans déconner ! Imagine un peu si cette salope de sorcière t'avait détaché ! On se s'rait trouvé dans la merde, le Poilu et moi-même ! Heureusement qu'elle est morte maintenant ! Ha ha ha !
- Morte...Fortune...M..orte ?

Alors se produisit quelque chose à laquelle Phadransie La Noire ne s'attendait nullement ! Tandis qu'une larme rouge comme le sang coulait sur la joue de l'Elfe supplicié, une sorte de vent brûlant s'engouffra à l'intérieur de la cabine !

- F..Fortune...M..a..For..tune...Morte ? Morte !

L'intensité du fluide qui tournoyait autour d'Ildezzeeth était si fort qu'elle dû se jeter au sol afin de ne pas finir écorchée, brûlée ou les Dieux savaient quoi d'autre ! L'un après l'autre, tous les maillons des chaînes qui retenaient l'Elfe cédèrent ! Une onde de choc gigantesque balaye La Noir, détruisant la coque du Eighth Son ! Autour d'elle, tout s'enflamma ! L'enfer se déchaîna ! Il n'y avait ni haut, ni bas ! Le tonnerre rugissait et les flammes se mêlaient aux tourbillons de la mer ! Le Eighth démâta sur l'instant tandis que les marins tentaient de réduire les voies d'eau dans la coque !

- AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !!!

Du bord de sinistres ravines des éclairs bleus, rouges et blancs jaillissaient ! De nombreux pirates ailés, foudroyés, tombaient à l'eau et se noyaient ! La houle ruait !

- Putain de morbleu de merde ! C'est quoi ça encore ?!

Phadransie La Noire à plat ventre sur le pont supérieur du Eighth balloté comme une feuille au vent entendait non loin Black Jack à bord du Seventh qui beuglait lui aussi !

-Putain mais qu'est-ce que vous avez foutu ?! C'est trop compliqué de garder un prisonnier enchaîné ?!

Si La Noire n'était pas occupé à se maintenir à bord du mieux qu'elle le pouvait, en égard aux rafales de vent, aux vagues gigantesques, aux éclairs et à la foudre qui hurlaient autour d'eux, elle aurait bien gueulé au Lupan d'aller royalement se faire foutre ! Alors, s'élevant dans les cieux, au cœur d'un maelstrom de flammes et d'ondes, Ildezzeeth hurlait ! Ses poings crachaient du fluide en cascade et il devenait dangereux pour quiconque de rester à bord des deux navires ! La peau de l'Elfe, naturellement ambrée, avait pris des teintes pâles, puis bleutées et ses yeux s'étaient révulsés !

- TUEZ-LE !!! gueula La Noire ! Le laissez-pas continuer son truc putain de merde !!! BUTEZ-LE !!! IMMEDIATEMENT !!! »

Une pluie de flèches et de fluide vola alors vers l'Elfe en lévitation, cible de tous, mais à cet instant il hurla encore plus fort, exalté, physiquement méconnaissable, et une onde de choc d'une ampleur inouïe balaya le Seventh et le Eighth Son comme si les deux navires ne pesaient rien !



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Mer 1 Nov - 11:52
Il était enfin à lui, le Septième Fils, le navire qu'on lui avait promis. Bien plus grand que le Royal Rover, possédant bien plus de canons, le bâtiment en avait finalement valu la peine. Voilà qui réconfortait le cœur du lupan qui n'avait à présent que faire des affaires de La Noire et Mary. Qu'elles torturent ce foutu Ildezeeth, il n'en avait que faire.

Mes chers amis ! clama-t-il à son auditoire. Ce jour est béni, et marqué d'une croix rouge, celle de notre accomplissement ! Un futur radieux nous attend à présent à bord de ce fabuleux navire ! Le Seventh Son, le trois mats  du fils adoptif de ce mécréant de Roi Pirate, est à présent entre nos mains. Je sais que ça n'a pas été très simple de se l'approprié, qu'il y a eut des sacrifices faits en son nom. Mais je vous l'assure, vous aurez votre part du butin, et ce butin sera bien plus conséquent que jamais ! Aujourd'hui, nous célébrerons notre victoire comme il se doit ! Exceptionnellement, mes chers loups de mer, nous trinquerons avec le rhum de nos ennemis !!!

Il y eut une incroyable ovation. Les arcaëlliens sous les ordres du Capitaine Black n'avaient que rarement l'occasion de boire sur le navire, pour ainsi dire jamais en vérité. La règle était bien clair, le Black Jack ne voulait pas de marin ivre sur son navire, la sobriété était de rigueur, et l'ivresse punie sévèrement selon son humeur. Mais pour une fois, Jack ce dit qu'il serait bon que les forbans sous ses ordres puissent boire pour fêter une telle victoire, il s'offrit même le luxe d'un verre de rhum et trinqua avec Monsieur T.

- A votre santé, Monsieur T. Pour une fois, je pense que l'on peut fête dignement cette victoire avec un verre de délicieux rhum ! Il en est d'autant plus savoureux qu'il s'agit ici de celui de l'ancien capitaine de ce bâtiment ! Ahahah !
- Vous avez raison, Capitaine ! C'est une sacrée bonne idée de laisser l'équipage trinquer à notre triomphe ! Je pense qu'on en a tous besoin ! On en a sacrément bavé pour en arriver là !
- Je ne vous le fais pas dire, Monsieur T. Mais vous savez ce qu'il manque ? De la musique, sacré bon sang de bois !
- C'est drôle que vous disiez cela, Capitaine ! Les gars et moi, on avait une surprise pour vous !
- Vraiment ?
- Les gars ! C'est le moment !!!

Un groupe de pirates sorti de l'intérieur du navire et s'installa sur le pont, munis d'instruments de musique. Le Black Jack s'étonna.

- Par May'Veal ! C'est sur le Seventh que vous avez trouvé ça ?
- Haï, Capitaine ! Encore en bon état !
- Formidable ! Alors jouons, chantons et buvons mes bons !
- Allez les gars ! Donnez de la voix !!!

Et ce fut la célébration. L'on joua de l'instrument, l'on chanta et l'on but à la gloire du Capitaine, au courage de son équipage, et à la bonne grâce de May'Veal. Jack leva son verre et le but avec parcimonie. Bon sang, ce qu'il était bon. Voilà comment l'on appréciait vraiment un rhum selon lui, en une occasion exceptionnelle, il n'en avait que meilleur goût.

La nuit fut longue et joyeuse pour l'équipage du Seventh. Et le lendemain leur sembla encore plus radieux. Jack annonça que le Seventh changeait enfin de nom pour se faire appeler le Fortune, ainsi l'avait-il voulu. Le futur ne sembla jamais plus prospère au Capitaine Jack. Le navire fut nettoyé de fond en comble, on arrangea les affaires comme le souhaitait le capitaine, et l'on jeta toutes les affaires qui avait trait au culte d'Özan sans la moindre vergogne.

- Cela fera quelques présents pour May'Veal ! Elle nous sera reconnaissante d'avoir défait un groupe de croyants de ce maudit dieu ! assura le Black Jack.

Il regretta ces mots le lendemain matin, alors que des cris étaient poussés depuis le Eighth Son. Il eut à peine le temps de sortir de sa cabine ce matin là, avant d'apercevoir ce qui se tramait. Le vent souffla violemment, le nouvellement nommé Fortune grinça de tout son corps et Jack ordonna qu'on targue les voiles au plus vite. Ce fut la folie sur le navire, on essaya tant bien que mal de préparer le trois-mâts à une tempête, mais le Black Jack constata avec effroi que ce qui les attendait était bien pire que ça. Dans les airs, l'ancien capitaine du Seventh Son hurlait de rage et lançait des éclairs. Jack n'en revenait pas...

- Putain, mais qu'est-ce que vous avez foutu ?! C'est trop compliqué de garder un prisonnier enchaîné ?! s'emporta-t-il.
- Capitaine ! Il faut pas rester là !!! On va se faire pulvériser ! s'écria Monsieur T.
- Feu !!! Feu bande de rats de fond de cale !! Tirez-lui dessus !! Achevez-moi ce démon ! Coulez-le par le fond !!!

Et l'on tira, l'on envoya du plomb et des flèches, mais en vain. Le vent était trop violent, les projectiles déviaient de leur trajectoire et rien ne pouvait atteindre Ildezeeth, s'il en restait encore quelque chose, car il ne ressemblait guère à un elfe dorénavant. Qu'était-il en réalité ? Comment se faisait-il qu'il puisse ainsi invoquer la tempête ? Par tous les diables... Et Le Fortune qui ne tenait plus. Tout sembla alors sans dessus-dessous. La houle, les vagues, le ciel noir de nuages... tout s'entremêla et l'obscurité gagna Jack. Le capitaine fut propulsé hors de son navire... et sombra. Il sentit la morsure froide de l'océan et ses bras glacials l'emporter vers les abysses. La fortune l'avait abandonné.

***

C'était comme se réveiller d'un cauchemar, ou peut-être y rester pour toujours dans ce cas là. Jack ouvrit les yeux, et à sa plus grande surprise, il se retrouvait sur la terre ferme. Que s'était-il passé exactement ? Où était-il ? Où était son navire ? Il était encore trempé jusqu'aux os, cela ne devait pas faire bien longtemps qu'il se trouvait sur cette plage visiblement déserte.

- Non... Non... Mon vaisseau ! Mon navire ! Mon FORTUNE !!! NOOOOON !!! Teu heu euh euuuuurgh !!!

Il se mit à vomir de l'eau salée et à s'étouffer à moitié. Il était dans un piteux état. Comment ce faisait-il que l'océan ne l'ai pas englouti ? Il était perdu, sans équipage, sans navire. Il ne lui restait de capitaine que les vêtements. Il entendit des bruits de pas derrière lui et sentit la lame d'un glaive se glisser près de son cou. Une voix familière mais plus sombre qu'habituellement résonna alors à ses oreilles.

- Jack, Jack, Jack... Mon petit lupan... Tournes-toi que je puisse admirer ta jolie trogne de chien mouillé...

Le Black Jack se tourna lentement vers sa locutrice, Mary Fortune et vit avec horreur ses yeux d'un blanc laiteux. Elle n'avait plus rien de la douce et tendre chanteuse, il n'y avait plus que la sorcière des océans face à lui. Son visage était aussi livide que celui d'une morte, ses veines bleues ressortait sur sa peau de nacre, et son corps entier, nu à l'instant, ne semblait plus du tout vivant.

- Bon sang, Mary ? Mais que vous êtes-il donc...
- Tais-toi !! Tais-toi, Jack ! Tu veux savoir qui m'a fait ça ??? Tu veux le savoir ?

Elle se mit à rire comme une démente avant de pointer à nouveau son glaive vers le museau du lupan.

- La Noire ! Cette foutue La Noire ! Elle est maudiiiiite !!! MAUDITE !!!
- Mary... Je vous en pries... Calmez-vous...

Elle fixa sur le Black Jack un regard courroucé, qui était d'autant plus effrayant que ses yeux étaient vides de vie. Elle montra ses dents qui semblaient comme celles d'un requin.

- Maudite... Tout ce qu'elle touche est détruit, Jack ! Tout ce qu'elle croise... C'est la malédiction qu'elle apporte avec elle ! Parce qu'elle est la fille de ce foutu Roi Pirate !

Jack ne savait pas quoi répondre. Il était terrorisé. C'était la première fois qu'il voyait un tel spectacle, une telle aberration. Il pouvait voir les branchies de l'arcaëllienne palpiter sur son cou.

- Il m'aimait encore, Jack... Il m'aimait encore !!! C'est May'Veal qui me l'a arraché !!! Si je l'avais su... Si je l'avais seulement su...
- Qui ça ? De quoi parlez-vous ? Je ne comprends rien !

Elle se mit à pousser un hurlement, un cri strident si puissant que le lupan cru qu'il allait en perdre l'audition. Il se boucha les oreilles, mais la violence des ondes étaient telles qu'il en resta pétrifié et sentit son cœur s'arrêter de battre un instant.

- Mon Dazaën... Mon amour... mon cœur venu de l'autre bout de l'océan !!
- Ildezeeth ?
- NE L'APPELLE PAS COMME CA !!!
- Aaaargh... A... Arrêtes de hurler ! Tu va me percer les tympans, maudite sorcière !!
- Tu vas m'aider... Tu vas m'aider, Jack... Je dois le retrouver... Mon Dazaën... J'entends son cœur saigner mais battre encore... Et tu vas m'aider à le retrouver, Jack ! Oh oui !

Elle pleura tout en souriant comme une démente. Ses dents comme des rasoirs, brillaient à la lueur pâle du soleil couchant. « Quelle était donc cette créature infâme qu'elle était devenue ? » songea le Black Jack. Il était hors de question que le lupan obéisse à cette maudite chose, peu importe ce qu'elle soit.

- Retourne dans les abysses d'où tu viens, créature infernale ! Je ne serais pas le jouet de tes dessins !

Elle se mit à nouveau à pousser ce cri horrible, et Jack se plia en quatre, les griffes sur les oreilles, hurlant de douleur.

- Arrêtes ça !!! Arrêtes !
- Alors jure le moi !!! Jure moi que tu vas m'aider à le retrouver !!! Jure moi que tu vas m'y aider ! Jure-moi que tu vas arracher le cœur à cette maudite La Noire !!!
- Vas en enfer...

A nouveau, les tympans du Black Jack se vrillèrent, et il se tortilla de douleur sous l'influence du hurlement de la sorcière.

- Ok !! OK ! C'est ce que tu veux ?? C'est vraiment ce que tu veux, maudite sorcière ?
- C'est pour ça que je tiens encore debout, Jack !!! cracha-t-elle. C'est encore pour ça que je ne suis pas morte au fond de l'océan !! Je la veux morte ! Et... surtout... Je veux mon amant !! Je le veux !!! Il m'a été arraché, mais je ne laisserai plus cela arriver !!! Par delà la mort, Jack !! Nous sommes liés lui et moi par delà la mort ! Et toi... toi petit louveteau... Toi... Tu seras mon serviteur, mon bras armé...
- Sinon quoi ? Tu vas me percer les tympans à mort ?
- Oh non... Oh non je ferais bien pire que cela, Jack... Je ferais bien pire !! Je te lierai à moi par delà la mort !

Jack le sentait, elle en était capable. Cette démone des abysses avait bien plus de pouvoir qu'elle n'en eut de son vivant. Pouvait-il seulement refuser à présent ? Il n'avait pas vraiment envie de finir comme elle, une créature ni morte ni vivante.

- Tu comptes faire comment pour les retrouver ? Je n'ai même plus de navire !!! Regarde autour de toi !!! Tu vois la moindre voile en vue ?
- Tu t'attaches beaucoup trop aux détails, mon petit lupan ! Nous arrangerons cela bientôt !! BIENTÔT !!!
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Dim 5 Nov - 19:59
C’est l’anathème et l’insulte et le juron
C’est le tombeau violé les morts à la voirie
La vérole promise à trois générations
Et c’est le vitriol jeté sur les soieries

Desnos



Spoiler:
 



Phadransie La Noire eut l'impression que tous ses membres venaient d'être tordus et brisés par un psychopathe sadofurieux. La tête lui tournait effroyablement. Elle comprit qu'elle venait tout juste d'ouvrir les yeux et de se réveiller. Autour d'elle, l'obscurité était totale, et elle n'entendait aucun bruit sinon celui des vagues venant rouler puis se briser contre la coque du navire. Mais quel navire ? Encore une fois, l'obscurité était entière. Alors les souvenirs lui revinrent petit à petit. Le Eighth Son. La dernière fille. Black Jack. Le Seventh Son. La sorcière. Ildezzeeth...

« Ildezzeeth...fils de pute...

La Noire se massa la tempe, doucement, tandis que ses souvenirs raffluaient. Elle se souvenait tout-à-fait, maintenant ! L'exaltation de l'Elfe, la tragédie d'amour à deux écus cinq sous en même temps, le nom de Dazaën, le tsunami de magie qui avait tout balayé sur son passage... Les vagues en frappant la coque du navire sur lequel elle était, et rapprochant le moment décisif où Phadransie La Noire devrait se lever et marcher voir si tous ses muscles fonctionnaient encore, firent accélérer les battements de son coeur. Enfin, comme convenu, elle se leva et avança. Tous ses muscles la faisaient souffrir, mais elle ne semblait rien avoir de trop cassé. En revanche, en passant une main tuméfiée sur son visage, elle put sentir du sang séché au niveau de son arcade.
La pirate s'empressa de gagner l'air libre. Elle avait atterri en réalité sous le pont principal de Eighth Son, quelque part sous l'écoutille entre les bois du faux-pont, là où l'on stockait les tonneaux et les denrées utiles pour les voyages. En regagnant l'air libre, Phadransie constata que bon nombre de voiles du bâtiment étaient arrachées et manquantes. Heureusement, le Eighth n'avait pas démâté.
Le pont était désert, les agrès, dont bons nombres rompus, claquaient au vent. Les pièces roulaient de gros yeux sur les flancs du bâtiment, encastrées sous le bastingage. Alors La Noire percuta : Elle n'était pas à bord du Eighth, mais du Seventh Son ! Son oeil s'habitua vite à l'obscurité et vint appuyer cette découverte. Effectivement, c'était le pont du Septième Fils qu'elle foulait là aux bottes. Et son Capitaine, le Black Jack, paraissait être absent. Vers le ciel nocturne et étoilé, où son oeil distinguait une lune pleine derrière les nuages, La Noire tenta de s'orienter du mieux qu'elle le put. Ainsi donc, la déflagration de magie de ce cuistre d'Ildezzeeth avait tout balayé sur son passage ? Elle. La Renarde. Black Jack. La sorcière. Le Eitghth Son. Et par un caprice de la providence, elle avait atterri, les Dieux seuls savaient comment, sous le pont du Seventh, ce bâtiment qu'elle répugnait plus que tout. Le Seventh Son était, par ailleurs, échoué sur les rivages ensablés de ce qui paraissait être une toute petite île.

Il manquait de l'eau à Phadransie afin qu'elle prenne complètement possession de ses esprits ! Ainsi, elle arpenta, la tête lourde, les différents ponts et cabines du Seventh Son, à la recherche d'éventuels survivants et de barils d'eau. Bons nombres de tonneaux avaient été éventrés. Enfin, elle trouva un quintaut entier et but s'abreuser, se remettre les idées en place ! Le Seventh Son paraissait désert, tout comme l'île sur lequel il s'était éventré. Phadransie La Noire connaissait ce vaisseau, bâtiment de cauchemar, comme sa poche, mais elle éprouva néanmoins, le dégoût fort mal dissimulé, le besoin de poursuivre sa recherche. Elle découvrit alors plusieurs corps prisonniers du noir vaisseaux. Deux Elfins, dont elle ignorait jusqu'au visage, et qui faisaient sûrement parti de l'équipage damné du navire, demeuraient également à bord, morts. L'erruption de magie, d'éclairs noirs, de feu tombant du ciel, d'ondes de choc et de déflagration ne les avait pas loupé. En poursuivant toujours plus avant sa recherche, la flibustière découvrit, outre plusieurs brèches au niveau de la coque, une demi trentaine de marins, en vie également car parqués au milieu des cellules de la cale du vaisseau.

Aussi décontenancés qu'elle lorsqu'elle venait d'ouvrir les yeux, ces anciens hommes d'Ildezzeeth ne virent ni le crochet qui se planta dans leur carotide, ni le pistolet que La Noire braqua au niveau de leur tempe avant de faire feu.

Tous étaient d'anciens compagnons de l'Elfe. Ainsi, elle les tua tous, un-à-un et profitant de leur malaise. Elle maudit intérieurement le Lupan de ne pas l'avoir fait quand il en avait encore l'occasion, au lieu de les garder enfermés à fond de cale. Ainsi, le navire fantôme abritait à présent plusieurs corps inertes, baignant dans la vase, les algues et leur propre sang, toujours enfermés dans les geôles.

Phadransie La Noire se décida enfin à mettre pied à terre ! La plage était faite de rocs et de sable tranchant comme du verre, et il n'était pas facile de la gagner. De l'eau jusqu'aux épaules, La Noire dut batailler contre l'écume, l'eau glacée et les hauts-fonds afin de rejoindre la plage. Vu qu'elle n'aperçut aucun feu au loin et aucun indigène ou marin sur la berge, elle en déduisit que l'explosion (ou l'implosion ?) l'avait sans doute projetée sur quelques rivages déserts. Elle repéra, au loin, d'immenses palmiers garnis de noix de coco. La Noire cracha et jura. Certes, elle se retrouvait dans une situation fort déplaisante ! Naufragée sur une île à priori déserte, en pleine nuit et trempée jusqu'aux eaux, seule maîtresse d'un gigantesque navire qui rendait de l'eau et dont la quille abritait plus d'une dizaine de cadavres encore chauds. Mais surtout, surtout, Ildezzeeth lui avait échappée ! Elle devait retrouver ce fils de pute et lui régler son compte !

Tandis que Phadransie La Noire, habituée des naufrages, retournait au navire afin d'y récupérer une ou deux bouteilles, elle songea à sa chère Renarde. Elle n'était pas à bord, c'était un fait. Toutes deux, ainsi que cette Mary Fortune, étaient à bord du Eighth Son avant l'explosion. Renarde La Rousse était-elle prisonnière sur quelque îlet désert en compagnie du Eighth tout comme elle-même l'était en compagnie de cette engeance de Seventh Son ? Il se pouvait aussi que, tout comme le Lupan, La Rousse et le Eitght aient péri corps et biens. Phadransie La Noire, à peine remplie de ses pensées, débusqua une bouteille de rhum intacte à bord du Seventh Son (Ô miracle !) et repartit, goulot aux lèvres, sur la plage ! Si quelques personnes avaient, tout comme elle et les malheureux dans les cellules du Seventh Son, réussis à survivre au cataclysme, peut-être s'étaient-elles échouées un peu plus loin sur les rivages ? Dans tous les cas, trempée comme elle était et sans soleil dans le ciel, elle ne pouvait compter que sur un bon feu afin de se réchauffer.

Phadransie La Noire, crochet en avant dans la nuit voilée, âme solitaire, inspecta alors son environnement. Si May'Veal était avec elle, qui sait, elle pourrait même y retrouver ce fils de pute d'Ildezzeeth et passer la fin de sa nuit à jouir de ses cris de souffrance. Cette pensée lui peignit en beau sa condition et rendit même à son âme tranquillité ! Dès que le jour se lèverait, elle essaierait de réparer le Seventh Son. Seule, elle ne pourrait jamais le manœuvrer bien sûr,  mais la marée pouvait se charger de remettre ce prince des mers damné à flots. Elle détruirait le bâtiment de l'Elfe une autre fois.

Pour l'heure, il était probablement son seul espoir de quitter peut-être rapidement cette île sur laquelle elle venait de s'échouer. Le Lupan et la sorcière avait dû périr, tant pis, conclut-elle. Où plutôt, tant mieux ! Elle faisait confiance à sa Renarde pour la retrouver à Port-Suppure si d'ordinaire cette dernière avait survécu. Ensemble, elles feraient l'amour jouissant l'une de l'autre sous une lune de fiel. Quant à Ildezzeeth, ce "Dazaën"... Phadransie La Noire jura devant May'Veal qu'il valut mieux pour lui que son âme malade ait été engloutie définitivement par les vagues. Tandis que l'onde murmurait des incantations étranges au flot sonore, La Noire maudit l'Elfe qui lui avait ravi sa victoire, pourtant au bout du crochet ! Le cri d'un oiseau nocturne au loin lui inspira de bien noirs sacrifices et son pied buta alors sur une pierre étrange ! En se penchant de plus près, La Noire vit qu'il ne s'agissait non-là de pierres, mais d'un tas d'os et d'écailles. Et ses os, agencés dans la manière dont ils l'étaient, formaient un corps. Nulle chair, nulle décomposition, nul sang. Juste un squelette aux orbites vides, d'un grand tout devenu un grand rien, une espère de statue de fléau. Alors Phadransie La Noire la reconnut.

La sorcière.

Ainsi, cette Miss Fortune était belle et bien morte. Au loin, un ouragan rugissait, et La Noire laissa là le squelette afin de s'abriter à bord du Seventh Son. Elle espérait que le vent et les vagues ne l'obligeraient pas à abandonner le vaisseau prêt au naufrage afin de sauver sa vie.

D'un pas pourtant tranquille, le souffle du vent sauvage dans sa longue crinière brune emmêlée, La Noire chanta tranquillement, sirotant son rhum noir sur le chemin du retour :

"Je navigue sous le noir, yo ho ho et une bouteille de rhum !
Au milieu des mers, personne me donne la loi !
Le temps est venu une fois de plus de boire notre douleur.
La nuit est noire, la tempête est jeune.
Nous trouverons un repère à l'abri des vents de mer.
Nous y compterons notre argent, nos morts et nos survivants.
Et puis on repartira, quand la marée le voudra !
Pourquoi si tant pleurer ?
À prendre un ris dans les basses voiles !
À prendre un ris dans les huniers !
Chaque homme à bord aurait égorgé son frère pour une bouteille de rhum !
Yo ho ho, oui ! Une bouteille de rhum !
Pourquoi si tant pleurer ?"
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