La Prophétesse de Scarborou'Gh

 :: Le monde :: Mers et océans Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Mer 31 Jan - 23:21
GALERIE D'IMAGES



Franco Guadalmedina:
 


Wallace, le Second:
 


L'Alvaro de la Marca:
 


Jose, le Maître d'équipage:
 


Samokaab dit Le Profanateur, ancien Seigneur Pirate de Franco:
 


Madame, ancienne Seigneur Pirate de Franco et actuelle Maîtresse de l'Archipel Grande Lagoon:
 


L'île de Scarborou'Gh:
 


Saphyr:
 


Franco Guadalmedina:
 


Avant toute chose, je te renvoie à la fiche perso du personnage. Ou libre à toi de ne pas la lire pour, au contraire, conserver le suspens autour du personnage et l'intensité de la rencontre.



Lorsque les vents de la May'Veal fortifieront nos voiles, nous vous entraînerons en enfer.

Franco Guadalmedina



Dans la pénombre de sa cabine, le Capitaine Franco Guadalmedina entendait les matelots qui s'abîmaient les mains contre les cordages de l'Alvaro de la Marca. La voix grave et sévère du Quartier-Maître de l'Alvaro, Jose, un gaillard taillé comme une armoire et originaire de Grande Lagoon, tout comme lui, retentissait contre le vent :

"Du monde en haut ! Aux bras ! Quarante lieues sous le vent, les gars. Hissez haut !"

Franco Guadalmedina devinait facilement Jose en ce moment, appuyé un genou contre la barricade noire de l'Alvaro, et qui pouvait sentir le Grand Mât trembler doucement contre lui. Franco devinait aussi, depuis sa cabine, les voiles du navire, de même que la coque, qui brillaient comme du verre, durcies par le gel et par le sable de la Passe. Il devinait aussi, à ce qu'il entendait, le claquement de la garcette sur les vergues qui giflait le dos des matelots quand ils traînassaient trop. Ses doigts à lui étaient moites comme une vieille prune, son œil gris fixe, dur et glacé et ses membres raides. Le malheur ferme l'appétit, mais la mer le creuse. Franco trempa son délice de froment dans la rincette de gratte-gosier pour le ramollir. La faim anoblit ce qu'on mange, paraissait-il. C'est à cet instant que Wallace frappa à la porte de sa cabine, avant d'entrer. Un instant, les deux amis -bien plus que des amis, les deux frères comme ils avaient coutume de le dire !- se dévisagèrent. Puis Franco observe son biscuit. Il était chargé de passager clandestins, qui pendouillaient : ils ont creusé quelques galeries gourmandes. Il allait falloir s'y faire.

« Wallace.
- Au rapport, Capitaine.

Le Second ferma la porte derrière lui. D'un geste de la manche, il s'épongea le front. Son visage dégoulinait de sueur.

- Je t'écoute.

Le son des vagues qui se brisaient contre la coque noire de l'Alvaro de la Marca couvrait les beuglements de Jose sur le Gaillard.

- La situation s'empire, Franco. dit Wallace en prenant appui sur le bureau en chêne de ce dernier.

Franco Guadalmedina fouilla dans les tiroirs dudit bureau afin d'en extirper une petite cuillère. Très vite, il frappa des petits coups répétés sur son biscuit avec le manche. Un à un, les vers s'écrasèrent sur le bureau en se tortillant, comme emplis de frustrations. Il faut vaincre et manger pour survivre.

- Je ne vois pas de quoi ils se plaignent, maugréa le Capitaine en renonçant définitivement au biscuit qu'il rangea sur un coin du bureau.
- Toute l'eau potable contenue à bord a tourné, dit Wallace.
- Bwa.
- Trois fois.
- Tu sais comme moi qu'il faut que l'eau tourne trois fois pour redevenir potable.
- Il n'y a plus une goutte de rhum à bord. Les biscuits sont infestés de vers.
- J'ai vu ça. Et après ? Ça ne fait que des protéines en plus !

Le Second passa une main dans sa chevelure après avoir farfouillé dans son épaisse barbe aux senteurs d'iode.

- Jose a suivi tes directives, Franco.
- Ah ! Et donc ?
- Les hommes en ont assez de manger des souliers, des gants, des poches de cuir ou des gaines de couteau.
- Tu as bien précisé au coq de les faire bouillir ?
- Oui.
- Morbleu.
- La graisse de mât et de cordage en a rendu malade la moitié.

Franco se tint la tête à deux mains et allongea son bras afin de se saisir d'une bouteille de vin qu'il porta à ses lèvres.

- Franco, conclut Wallace avec fermeté, les hommes ne tiendront pas une journée de plus.

Le Capitaine Guadalmedina avala une large goulée de vin avant de tout recracher sec ! Le vin avait aigri. C'était du vinaigre.

- Je crois que moi non plus, avoua-t-il.
- Le Maître d'équipage Jose et moi-même avons une suggestion. Une pétition a également circulé à bord, signée par tous les hommes.
- Merde. Encore une pétition.

Le Second tira de sa ceinture le rouleau de papier que Guadalmedina déroula.

- Vous me suggérez de jeter l'ancre à Port Suppure ?
- C'est exact, dit Wallace.
- Port Suppure est sous le contrôle des Araignées. Et à l'autre bout du monde de surcroît !
- Les hommes te font confiance, Franco.
- Et toi ?
- Je suis d'accord avec eux. Mais avant de gagner Port Suppure nous devrons quoi qu'il en soit nous ravitailler.
- D'accord.

Le Capitaine Guadalmedina posa les pieds sur son bureau, écrasant du même coup sous ses bottes les derniers vers qui grouillaient sur ses papiers personnels.

- Tu peux dire à l'équipage que ça sera Scarborou'Gh !

Après un hochement de tête soulagé, Wallace salua son Capitaine à la façon des gens de la mer et se retira. On mit sur l'instant le cap sur l'île neutre de Scarborou'Gh !

~




Les ordres que Wallace avait reçu à bord de l'Alvaro de la Marca étaient clairs. Il devait coûte que coûte garder ses hommes sur le bâtiment. Ils étaient peu nombreux depuis la victoire de la mafia locale à avoir pu fuir l'île de Puerto Blanco, et Franco tenait au peu d'hommes qu'il conservait encore. Il avait entendu dire que sur son île natale, son ancien royaume, Madame alliée à la Caraccapa régnait en maîtresse. Le Profanateur avait trahi également. Ils avaient pu s'en tirer de justesse, lui, Wallace, Jose et les autres. L'Alvaro, comme toujours, avait été son arche.

- À quoi pensez-vous, beau mathurin ?

Allongé sur une natte de coussins et de gaze roses et rouges, Franco Guadalmedina tendit à la jeune fille qui l'observait sa coupe vide. Elle la remplit.

- À rien, la rembourra-t-il.

Et il porta la coupe à ses lèvres, tachant sa moustache pendant qu'il buvait.

- Diable ! jura-t-il. Par Ozän ! Tu es sure que c'est de l'hydromel, ça ?
- C'est de l'arrac de Scarborou'Gh. Une recette spéciale. Buvez doucement, c'est plutôt fort.

Fort d'un esprit de contradiction, le Loup de la Passe se jeta la coupe entière dans le gosier. Il était entièrement nu, le corps relâché, l'esprit légèrement embrumé. Tout autour de lui l'emprisonnaient les murs d'un bordel de Scarborou'Gh. Il avait choisi l'établissement le plus discret et le plus luxueux.

- Cela vous détendrait peut-être si je vous massais, tenta la putain.

Franco sursauta presque. Le masser ? C'était quoi cette connerie Scarborou'Ghaise, encore !

- Tu veux dire "me sucer" plutôt, non ?
- J'ai dis vous masser.
- Tu crois que j'ai payé dix écus la nuit pour que tu me masses ?
- Non, avoua la jeune fille en baissant les yeux sur ses genoux.
- Tu penses que j'en ai quelque chose à foutre, sérieusement, de me faire masser ?
- Je connais des massages spéciaux. Inconvenants pour les Royalistes.
- Mais foutre des Royalistes ! Qu'est-ce qui n'est pas inconvenant pour cette bande de pédales ailées des Cités-Blanches, hein ?

Alors, dans une ultime tentative de plaire, peut-être, la fille demanda :

- Je suis la femme la plus demandée de Scarborou'Gh. Je peux tout faire pour vous contenter.
- Si tu poses ta bouche sur ma queue, ça me contentera tu sais, dit Franco sur un ton gentil.
- Je sais danser, jouer de la musique. Je peux lire l'avenir dans les traits de votre main.
- Mais bordel je viens de te dire que...

Elle posa un doigt aux senteurs enivrantes sur sa bouche.

- Je sais que tu es un pirate, susurra-t-elle à son oreille passant au tutoiement.
- Tu as trouvé ça toute seule ?
- Tu es en fuite. Parce que tu as tout perdu. Tu as l'esprit et le corps ici, mais autre chose, ton cœur, est ailleurs.

Alors il se redressa légèrement sur les coussins. Elle lui remplit une troisième fois sa coupe.

- Putain, tu n'as pas plutôt du rhum ? Ou du vin ?

Mais elle secoua la tête sans s'excuser.

- Comment tu sais tout ça ? demanda Guadalmedina en se perdant dans les yeux bleus profonds de sa concubine.
- Ta main.

Il se l'essuya contre son torse, car il avait la main moite. Elle la lui prit et parut, un instant, l'étudier.

- Allez gamine, arrête de me faire marcher. Dis-moi qui t'a appris toutes ces choses sur moi.
- Je vais te lire les lignes.

Il but un peu. Autour de lui, les contours des murs, les pieds des tables et les assises de la chaise se brouillaient. Ses vêtements, roulés en boule non loin, tanguaient doucement. C'était une sensation d'ivresse qui le gagnait, doucement. Insolite tout-en restant agréable. Déjà, il lui semblait qu'il ne sentait plus du tout le bout de ses doigts et ses orteils. Il se languissait de tomber dans un sommeil réparateur. Mais avant cela, je vais devoir baiser cette pute. Que je viens de payer. Merde, j'ai si sommeil. Je ne m'étais pas rendu compte que j'étais tant fatigué. Faut que j'expédie l'affaire, vite fait.
Déjà, la bordelière avait mêlé au creux de sa main une étrange poudre rose avec un peu de salive, et étudiait ses soi-disant "lignes". Franco s'était aperçu de rien. Pour se donner de la contenance, il but la moitié de son verre d'arrac.

- Tu as une fille, grand pirate. dit la putain.
- Elle s'appelle Camille.

Il avait parlé si bas qu'il se demanda, en clignant des yeux, si sa concubine avait entendu. Mais elle ne releva pas et poursuivit.

- Je la vois. C'est une très belle petite. Elle te ressemblera.
- Du moment qu'elle ne ressemble pas à sa mère, ça me va...

Il avait la bouche pâteuse. Ses jambes lui semblaient lourdes comme du plomb. Son sexe aussi.

- Camille, oui. répéta la pute. Je la vois.
- Dans ma main ?

Elle ne perçut pas la couleur du sarcasme. Pas plus que celle de l'or dont étaient faites les multiples bagues aux doigts du Roi Pirate.

- Dans ta main. Elle est...

Son visage se voila. Elle parut troublée.

- Elle est avec quelqu'un.

Franco eut un soubresaut. Son cœur parut voltiger dans sa poitrine ! Sa fille lui manquait et, toute infirme et paralytique qu'elle était, il s'était surpris à l'aimer.

- Avec qui ?
- Je ne vois pas très bien...
- Avec qui ! répéta-t-il, plus fort. Sa mère ? Myrah ? Ce doit être Myrah !
- C'est un homme...

Franco se sentit alors fiévreux.

- Camille ? Avec un homme ? Ma fille n'a même pas cinq ans !

Il n'était pas sûr de son âge, en vérité.

- J'administrerai un bon quart de bonne lame à ce vaurien ! beugla-t-il.
- C'est quelqu'un de mal intentionné, poursuivait la pute en regardant le creux de sa main.
- Qui ?
- Je ne vois pas très bien...
- Qui !
- Un homme à la peau noire...
- Le Profanateur !

Franco se laissa tomber au milieu de tous ses coussins, ses draps, ses gazes. La chambre tournait comme une toupie. Son visage s'infiltra alors de peine comme un autre se colorerait de sang.

- Samokaab... Le traître...

Il devait avoir sans doute quelques gouttes dans les yeux, car une fine larme coula sur sa joue. Il s'en rendit à peine compte.

- Tu pleures ? dit la pute.
- Je me sens vieux.

Il pleurait ? Vraiment ? Lui ? Franco Guadalmedina, le Roi Pirate et Loup de la Passe d'Arcaëlle ? Et tout ça pour quoi, au fait ? Une putain de petite infirme ! À cet instant précis, il aurait tout sacrifié pour que la jeune femme face à lui soit Phadria Red et qu'elle le prenne dans ses bras aux senteurs de rose et de sable. Il avait besoin de la revoir. Juste une fois.

- Tu n'es pas vieux, professa la prostituée en venant se coller tout contre lui. Il faut que tu boives plus d'arrac.

Elle le resservit.

- De l'arrac...Oui de l'arrac Scarborou'Gh. Cette sombre merde...
- Bois tout. Cul sec ! l'encouragea-t-elle.

Il descendit sa choppe et sombra alors dans une étrange dimension où tous les contours et tous les angles se mélangeaient. Le sol paraissait s'affaisser sous lui, les coussins roses papillotaient sous son dos et sous ses fesses. Il se sentait si fatigué, si désespéré que le temps pour lui sembla ne plus avoir de notion. Il cligna des paupières, et lorsqu'il rouvrit les yeux ce fut pour apercevoir le corps jeune et nu de son amante qui le chevauchait comme un bel étalon. Il ne s'était pas même rendu compte qu'il bandait. Dans un ultime effort, il leva ses deux bras qui lui semblaient lourds, tellement lourds, pour venir malaxer les seins de sa partenaires qui remuait sur lui, toute disposée à être agréable. Il n'avait plus l'habitude de baiser comme ça.

- Au fait, comment tu t'appelles ? demanda-t-il d'une voix pâteuse.

D'une voix de vieillard.

- Saphyr. On m'appelle Saphyr.
- À cause des yeux, c'est ça ?

Dans une lamentation de plaisir, tandis qu'elle cambrait en arrière son dos si jeune, bouche ouverte et gémissante, Franco Guadalmedina dessous elle, elle acquiesça d'un signe de la tête à la question posée. Puis Franco sombra dans un néant qui lui était totalement inconnu.

~




La suite lui sembla irréelle. Franco sombra dans un sommeil profond, trop profond pour être réel et réparateur. La voix de Saphyr qui riait aux complaintes du vent était la seule chose capable de faire palpiter son tombeau d'inanité. Le temps passa sur lui comme une immense roue. Chaque fois qu'il tentait de regarde dans la clarté du jour, un voile d'obscurité, bien trop épais pour être déchiré, tombait sur ses paupières et il sombrait derechef. En même temps, sa léthargie n'avait rien de désagréable. Comme le crépuscule calme et serein du beau soir de sa vie.

- Je sais qui tu es, Franco Guadalmedina.

Mais il dormait et il ne put jamais répondre à la voix mélodieuse de Saphyr. Par moment, il lui sembla même qu'il appelait de sa voix muette la belle Phadria avec qui il avait fait l'amour tant de fois dans sa triste vie de canaille.

Il se réveilla un jour. Combien de temps avait-il dormi ? Il l'ignorait. Il devinait à la clarté filtrant derrière les rideaux de la chambre qu'au moins une autre journée était passée car c'était une clarté rouge et brûlante, crépusculaire. Il fallut du temps au Capitaine de l'Alvaro de la Marca afin que son esprit devine les lourdes cordes qui entravaient ses poignets à un anneau de métal fixé à même le sol. Il était prisonnier. Et la voix suave et chantante de sa geôlière aux yeux bleus lui revenait, bien que lointaine, en mémoire. "Je sais qui tu es, Franco Guadalmedina." Non loin de lui, près de ses vêtements, masse de tissus noirs, reposait la coupe vide à l'intérieur de laquelle la pute lui avait servi de nombreuses fois ce nectar étrange, ce soi-disant "arrac". Il entendait d'ailleurs la voix de Saphyr émanait de derrière les rideaux qui séparait sa chambre du couloir du lupanar. En se concentrant, le Roi Pirate parvint à saisir quelques bribes. La pute était en conversation. Des mots comme "vendu" , "Roi Pirate"  et "Démocratie" lui mirent la puce à l'oreille. Il s'était fait avoir comme un amateur, et maintenant elle le détenait à fond de chambre comme un Amiral Royaliste l'aurait détenu, lui, à fond de cale ! Toujours se méfier des femelles, putain d'Ozän ! Il se dandina tel un asticot, entièrement nu et livré à tout l'inconfort de la position dans laquelle on l'avait mis. La garce, quoi qu'on pouvait dire, savait faire des nœuds ! Guadalmedina avait beau être marin depuis près de quarante ans, il ne réussirait pas à défaire ces liens-là ! Il tenta de rouler sur le ventre mais la corde qui le retenait ne le lui permit pas, et il dut chercher une autre solution. Et une solution rapide de surcroît, car d'après ce qu'il entendait derrière les tentures purpurines, la garce bordelière avait dépêché un bataillon d'officiers Damert'Ban du Continent voisin !
Franco s'aida alors de son talon afin de faire venir jusqu'à lui ses vêtements ! Si sa rapière était trop loin afin qu'il s'en saisisse, il avait néanmoins plus d'un tour dans son sac ! Après tout, il avait presque quarante ans de carrière derrière lui ! Ça n'était certainement pas une gigolas un peu garce des docks de Scarborou'Gh qui le livrerait aux Lykosims fanatisés ! S'aidant de son pied puis de sa bouche, il parvint à récupérer dans la poche intérieure de son justaucorps un petit canif qu'il fit glisser jusqu'à ses doigts et de là entreprit de gratter la corde qui le privait de sa liberté ! Déjà, Franco entendait se presser dans les rues pavées de Scarborou'Gh le pas lourd et cadencé des officiers Damert'Ban venus sans nuls doutes pour lui ! Il jura lorsqu'enfin la corde céda et bondit sur ses pieds ! Quelqu'un venait d'ouvrir au bataillon d'officiers grand les portes du bordel et il les entendait investir l'établissement en masse ! Au claquement de leurs baudriers et de tout l'acier qu'ils transportaient, Guadalmedina devinait qu'ils étaient plus ou moins cinq ou six ! Pas le temps d'enfiler sa veste, ni de mettre sa cape ! Franco sauta dans son pantalon et boucla ses ceinturons ! Les Damert'Bâtards se rapprochaient ! Ils grouillaient au pas de course dans le couloir du bordel comme des rats dans un conduit ! Pas le temps de mettre ses bottes non plus ! Le Loup de la Passe agrippa son épée, les rideaux de la chambre volèrent sous la charge de la cohorte Lykosim et il se mit en garde au moment du choc, prêt à les accueillir !

Entraîné par l'adrénaline et l'ardeur de son âme, Le Roi Pirate repoussa le premier assaillant avec un contre implacable suivi d'un coup de pied dans les côtés ! Il accueillit comme il se devait le second officier et, après un appel, arma un coup en croisé destiné à lui filer quelque boutonnière imprévue dans le pourpoint ! Il changea alors de stratégie, repoussant deux adversaires à la fois ! Attaqua à découvert, par bref assauts de sa rapière d'argent, rompant comme pour porter des coups de taille ou de revers, cherchant le moment d'avancer le pied gauche ou de lier l'épée Démocrate par la garde d'un mouvement parfaitement exécuté ! Il recula, se couvrit de son épée, avança de nouveau et planta sa lame dans le torse d'un des Damert'Ban ! Il renversa alors sur ses adversaires la chaise qui se trouvait dans la chambre et profita de la confusion afin de se tailler un passage vers la sortie du bout de sa rapière ! Il sentit sa lame s'enfoncer dans la gorge d'un homme, l'éclaboussant de sang au passage, puis engagea un coup droit qui trancha net les jarrets d'un autre Démocrate avec le bruit d'un couperet sur le billot d'un boucher ! Il trancha alors net les rideaux qui fermaient la porte de la chambre et emprisonna d'un même coup deux autres officiers sous cette masse d'étoffe colorée ! Il voulut prendre ses jambes à son coup mais une seconde horde de chiens Démocrates enragés vinrent lui aboyer dessus ! Son estimation demeurait complètement faussée, et de six épées il passait à présent à plus d'une dizaine ! Je vaux autant que ça ? se demanda le Roi Pirate en filant comme une flèche à travers le couloir !
Ses pieds nus le menèrent au milieu d'une grande salle qui devait être un cabinet de reception car plusieurs clients se prélassaient sur des coussins, une femme ou deux sous le bras ! Un buffet garni de fruits, de vin, de rhum et de raisins secs trônait au milieu du grand salon. Franco bondit dessus ! A grands coups de talons, il expédiait tantôt à sa gauche tantôt à sa droite les cruches, les calices, les assiettes et les plats de fruits !

- Les enfoirés ! ILS AVAIENT DU RHUM !!!

Il bondit afin d'éviter la lame qui avait pour but de lui percer le mollet et planta profondément la sienne dans le crane d'un autre officier ! Le sang et des débris de cervelle en jaillirent comme d'une fontaine ! Trois autres hommes se jetèrent sur lui, et Franco reconnut en un élan les bougres qu'il avait laissé plusieurs pieds en arrière se démerder avec les rideaux ! Il bondit à l'instant où les rapières Lykosims se croisèrent par-dessus le buffet et sa main baguée d'or s’agrippa au lustre de cristal qu'une main délicate avait dû un jour pendre au plafond de l'établissement !

- En joue ! Tuez-moi ce pirate !

Sur ordre de leur commandant -on sentait en lui s'échauffer une bile !-, l'essaim de gardes Démocrates posèrent genou à terre et calèrent leurs arquebuses sous leurs épaules !

- FEU !!!

Guadalmedina se laissa retomber tandis qu'une volée de balles de mitraille le cerclaient de toutes part ! Et lui il était là à se balancer comme un zouave dans tout le cabinet !

- Voilà bien la chierie gluante de la viande Démocrate qui s'éveille ! les railla Guadalmedina !
- TUEZ-LE ! s'égosilla le commandement, quitte à s'étouffer avec sa propre bile !

Franco accueillit de nouveau une horde de fauves Démocrates enragés qu'il remit tous à leur place, les repoussant à grands renforts de lame !

- Il doit aller sous la terre pour que la Démocratie marche dans le soleil !!! beugla de sa voix de putois le commandant, et Franco, après avoir transpercé la pansé d'un ou deux autres soldats s'offrit pour mission de chatouiller la glotte de ce salaud-ci !

Si la vie d'aventurier n'a pas de trajectoire, songea-t-il tandis que les deux aciers se rencontraient enfin, au moins celle de sa lame en avait-une ! Et Franco avait appris à la tenir ! Il commanda un dégagement, esquiva de peu la lame de son adversaire, para le coup qui lui venait sur sa gauche, d'un autre homme, en faisant sortir hors de son ventre un cordon d'estomac qui se tortilla sur le sol comme un gros ver dans un biscuit ! Il entendit alors distinctement le son d'un chien que l'on armait et eut tout juste le temps de rouler à terre sous le buffet tandis que le pistolet du commandant faisait feu ! CRASH ! Le miroir qui se trouvait derrière Guadalmedina la minute d'avant mangea le coup et se brisa en mille morceaux ! Les soldats encore en vie avaient bien du mal à conduire leur fer et leur poudre dans un tel vacarme au milieu des putes et des clients qui cavalaient en tous sens comme des chevaux fous ! Franco se redressa, il vit qu'on le visait de nouveau, renversa le buffet et les immenses coupes de pommes, de poires et de raisins sur toute la lie Lykosim ! Il se saisit au passage d'un pistolet passé à la ceinture d'un des clients qui déguerpissait sans demander son reste et s'en servit afin d'abattre un soldat de plus ! Il recula de nouveau, orienta son bras différemment ! Une pute qui passait non loin n'échappa pas à sa main et c'est la gueuse qui se reçut à sa place une bonne balle bien rouge entre les deux yeux ! On se jeta une énième fois sur lui ! Le bras fatigué, il repoussa tant bien que mal cet assaut d'enragés ! Revers par-ci ! Sixte ! Coup droit ! Esquive ! Flèche de lame ! Son souffle s'écourtait ! Comme la voix, le bras aussi avait sa tâche virile ! Sa dernière action fut suprême et d'une farouche beauté, envoyant voler haut un faisceau de sang encore chaud qui retapissa les murs et le plafond du bordel ! Guadalmedina se protégea le visage de ses bras et s'enfuit en bondissant par la fenêtre !

Dehors, la nuit était tombée et de nombreux curieux se pressaient autour de l'établissement, attiré par les cris des bottes, du fer, des hommes, des femmes et des morts ! Franco les bouscula, pataugeant pieds nus dans les rues pleines de tourbes de Scarborou'Gh tandis que la horde de soldat se jetaient sur ses talons ! Il tenta coûte que coûte de trouver un échappatoire qui sauverait et sa course et sa vie quand la providence vint lui sourire ! Une ruelle minuscule et baignant d'obscurité, étroite à souhait et qui faisait la perpendiculaire avec une rue adjacente s'offrit à lui et il y plongea ! Dans son bond, il entraîna bien malgré lui une personne qui se trouvait par là et tous deux finirent leurs courses au cœur de la ruelle et de la nuit ! À peine large pour que s'y tienne un homme de face, l'étroit lacet n'avait pas la place d’accueillir épaule contre épaule deux individus ! La meute de Damert'Ban - bien que réduite de sa plus grosse moitié !- passa en trombe dans l'artère principale sans voir la ruelle ! Le Capitaine Franco Guadalmedina tenait plaqué contre le mur la femme qu'il avait emporté dans son sillage. Son cœur battait encore la chamade et le sang courait à l'intérieur de son crane, de l'une à l'autre de ses tempes. D'une main, il empêchait la lame de sa rapière d'argent de buter contre le mur de l'artère minuscule qui l'abritait. De l'autre, il posait un index sur ses lèvres mimant à la Xen qu'il tenait entre lui et le mur de ne pas faire de bruit. Ils étaient collés l'un à l'autre. Lorsque la tumulte s'éloigna au cœur de l'allée principale, Franco s'écarta légèrement. Autant que la ruelle le lui permettait. Il se rendit alors compte qu'il était à demi-nu, les pieds et les jambes maculées de boue et de merde jusqu'aux genoux, le visage dégoulinant de sueur et surtout la poitrine pleine de sang encore chaud. La Xen, mignonne de surcroît, le regardait de ses grands yeux effrayés. Enfin, cessant de harceler la jeune femme sous ses yeux gris acier, le Loup de la Passe abaissa son index de ses lèvres, regagnant une expression sereine.

- Navré si l'élan qui m'a poussé à éloigné mon cou de la corde Démocratique t'a poussé toi aussi, la belle, à l'intérieur de cette ruelle.

Il reprit son souffle, doucement, et passa à son fourreau sa rapière d'argent.

- Ne t'inquiète pas pour le sang que j'ai sur le corps, donzelle. Ça n'est pas le mien ! »
Niveau 2
avatar
Je suis dispo pour : Tout RP
Identité : Fiche Perso
Groupe : Neutre
Race : Humain
Expérience : 71
Voir le profil de l'utilisateur
Niveau 2


Spoiler:
 




" Votre véritable nom, Loup, je ne le dirai pas. Car il est tout-à-fait impossible que l'on vous prenne pour un autre."
Revenir en haut Aller en bas
Ven 2 Fév - 18:18
Qu’est-ce que je fichais là ? Sur cette île étrange et mystérieuse. On m’avait parlé d’Hayert’Vaäl logeant ici mais pour le moment j’avais rien vu. Assise à une table d’une taverne je buvais de l’hydromel. Je savais qu’il y avait des chiens de démocrates servant Özan mais, par malchance, je n’en croisais aucun. Alors je passais mes journées à errer dans la petite ville portuaire. Il y avait quelques bordels et des péripatéticiennes à foison ici. On m’avait fait des demandes indécentes pour mon âge.

La main toujours sur la garde de mon épée, je zonais parmi les boutiques et autres habitations. Alors que je marchais la tête basse, je fus embrigadée par un mâle à demi-nu. Il semblait hors de lui et furibond. Il plaça un doigt sur mes lèvres. Ça y est ! J’allais être indécemment violée par un inconnu. Mon cœur accéléra, la ruelle était trop petite pour que je me transforme en bsurt ou que je dégaine mon épée. Pourtant, par simple réflexe, j’avais la main sur la garde.

Enfin il retira son doigt et s’expliqua. Ouf, il n’allait pas abuser de moi. Je me calmais un peu, lâchant mon arme. Pas son sang ? Etait-il un assassin ? Je remis ma main sur la garde de mon épée. Peut-être était-il un pirate… Espérons qu’il ne soit pas comme Phadransie, cette folle furieuse.

Je tremblais légèrement et dis à l’inconnu, comme si de rien été, que je m’appelais Lilith. Pas besoin de donner le nom de famille. Je replaçais ma robe verte et soupirais. Je lui demandais ensuite s’il allait me tuer. Au pire je me transformais en chat et fuyais le plus loin possible. Je tremblais de peur et de froid. J’étais sortie sans ma cape.

Pouvons-nous quitter ce bouge et aller dans une auberge afin que vous fassiez une toilette ?
Niveau 5
avatar
Je suis dispo pour : 1 rp / 2
Expérience : 17

Carnet de bord
Fluide(s)/Compétence(s): Mez, Ka, Thâ
Groupes: Royaume
Race: Xen
Voir le profil de l'utilisateur https://www.scribay.com/text/1635591925/arcaelle/chapter/159559
Niveau 5


Épaulette du lion:
 




J'écris en #336666
Revenir en haut Aller en bas
Mer 14 Fév - 13:28
Le frisson de notre lambeau,
L'hymne instinctif ou volontaire,
L'explication du mystère
Et l'ouverture du tombeau !

Hugo



Alors que la Xen lui suggérait comme si de rien n'était de quitter la ruelle merdeuse dans laquelle ils pataugeaient tous deux, Franco entendit le bruit de la cavale Lykosim se perdre au loin, dans les allées et les alcôves de Scarborou'Gh. Un instant, le Capitaine de l'Alvaro de la Marca jugea son interlocutrice presque aussi dévêtue que lui. Elle devait se geler. La température de l'île n'était pas élevée et déjà une brume algide descendait du ciel grisâtre se mêler à la tourbe des pavés. Aller dans une auberge afin de faire une toilette ? Cette gamine n'avait pas entendu la cavalerie Damert'Ban dépêchée probablement de Kaïl ? A moins qu'elle ne lui préparait un mauvais coup. De toutes évidence, songea Franco Guadalmedina que le sang et la tourbe tâchait, il n'allait pas rester indéfiniment caché ici. Il valait mieux bouger, se mêler à la foule dense et compacte, encore surprise, trouver un endroit où se décrasser puis tenter de gagner l'Alvaro de la Marca. Une pensée s'insinua dans son esprit : il ne devait pas oublier pourquoi il avait fait le trajet jusqu'à Scarborou'Gh. Si il avait ordonné à son cher Wallace, à Jose et à l'équipage de rester bien gentiment à bord de l'Alvaro, dissimulé dans une baie non loin, ça n'était pas pour rien.

Le Capitaine Guadalmedina, sa rapière en main, entreprit donc de suivre la Xen. D'un autre côté, il ne la perdait pas de vue et préparait une prise d'otage anticipée si jamais la belle personne envisageait de le tromper, le livrer aux Damert'Ban ou autre.

« Tu es d'ici, la Xen ?

Il avait rangé sa rapière afin de ne pas passer pour l'ennemi publique numéro un à Scarborou'Gh. La brume était une véritable aubaine pour lui, songea-t-il. D'un autre côté, réfléchissait Franco tandis que la foule s'écartait sur son passage sans trop se rendre compte de la petite fortune que valait sa tête aux yeux de Kaïl, prendre la gamine, la Xen en otage contre le rapt de Scarborou'Gh n'avait une chance de fonctionner que si cette dernière était une native ou bien une personne importante de l'endroit.

- Je.. Non du tout. Je viens d'une île mais pas de celle-ci. répondit la jeune femme que les yeux de givre de Franco paraissait déstabiliser.

Et merde. Peut-être a-t-elle des liens avec le Gouverneur de Scarborou'Gh.

- Tu connais un peu Scarborou'Gh quand même ?
- Heu, non je me suis perdue ici il y a quelques jours car on m'a dit qu'il y avait nombre d'adorateurs d'Özan.

Franco Guadalmedina se demanda alors dans quel pétrin venait-il de se fourrer. Ils marchaient tous deux côte à côte, lui et elle, et le régiment Damert'Ban était loin. Mais en dépit du brouillard qui était tombé d'un coup d'un seul sur Scarborou'Gh, il ne se sentait pas en sécurité pour autant. D'autant plus qu'il était nus pieds et que le fin bordel local comptait toujours entre ses murs sa cape, son justaucorps, sa chemise, ses ceinturons et, plus grave, sa seconde rapière et son pistolet à crosse d'ivoire. Il n'était pas dit que Scarborou'Gh aurait dépouillé le Capitaine Franco Guadalmedina ! La jeune Xen tourna alors à gauche. Elle avait le regard levé sur les panneaux en bois des échoppes, sans doute à la recherche d'une auberge.

- Özan...ce profanateur des sept mers. Tu m'en diras tant ! dit le Roi Pirate en comblant le vide.

Il pensait ce disant à l'autre Roi Pirate, celui de Port-Suppure et de tout l'Est d'Arcaëlle. L'Aracnor. Les mers appartenaient depuis des années aux Araignées.

- Je suis une chasseuse d'Hayert'Vaäl. ça rapporte pas beaucoup mais ça défoule.
- Je vois. Et moi ? Tu sais qui je suis ? tenta-t-il.

Avec l'agitation qui régnait dans Scarborou'Gh, la foule en alerte et les cohortes de Lykosim qui retournaient l'île, il était difficile de ne pas deviner ce qu'il se passait.

- Non, Sir. J'ignore votre identité.

Il voulut ajouter quelque chose, mais la Xen indiqua : "Ah, c'est là." et poussa la porte d'une auberge. Lorsqu'ils refermèrent la porte derrière eux, la nuit était tombée sur Scarborou'Gh et le souffle de la brume baignait terre et mer d'une haleine de givre. Il y avait peu de monde au rez-de-chaussée de l'auberge, essentiellement des joueurs de cartes et de dés. La Xen et Guadalmedina s'avancèrent jusqu'à l'aubergiste afin de demander une chambre. Ce dernier, un Virenpien occupé à nettoyer une tasse qui avait dû être blanche dans une autre vie observa un instant Franco, à demi-nu et aussi crasseux qu'un équarrisseur d'Iri Läa. Franco avait également laissé sa bourse aux mains -griffues !- de la belle Saphyr et ce fut donc la jeune femme qui régla la chambre. Elle n'ajouta pas de pourboire aux pattes du Virenpien pour son silence. Franco gravit donc les escaliers menant à l'étage de l'auberge avec la ferme sensation qu'il n'allait pas beaucoup se reposer cette nuit. D'ici quelques minutes, voire quelques heures, l'aubergiste ou un autre type, peut-être l'un de ceux qui était occupé à tirer les dés, allait le dénoncer à la troupe Démocrate de Kaïl, et il devrait de nouveau bouliner du poignet et tirer l'acier.

On leur monta bientôt une bassine d'eau claire, et le Loup de la Passe entreprit de se débarbouiller le visage. L'eau était trouble et puait au fond du baril. Ainsi, son acolyte ailée put détailler, tandis qu'il se décrassait sous le récipient, le visage de cet étrange personnage aux yeux couleur de l'acier et qui courrait toujours sur l'horizon. La régularité de ses traits, des quelques rides qui commençaient à courir ça et là sur son visage, les poches sous ses yeux. L'oreille droite à demi-arrachée des mois plus tôt lors d'un duel avec un sauvage anthropophage de la Passe. Le lobe manquant. L'épaisse cicatrice qui barrait la partie supérieure de son corps, partant du bas de l'épaule afin de s'achever au niveau de l'aine du côté opposé. Les deux coups de poignards plantés dans le gras de son épaule opposée et qui avaient laissé là des stigmates indélébiles. Ses mains grandes aux multiples coupures, ses doigts richement ornés et brillants aux couleurs de rubis, d'obsidienne et de diamant. Conscient que la jeune Xen, sans doute intimidée, l'observait sans rien dire, légèrement en retrait dans la chambre, il délaissa enfin son baril d'eau croupie. Au moins, il était propre. L'eau avait également décrassé ses pieds et le premier Damert venu ne pouvait plus le suivre à la trace sur les pavés des ruelles Scarnorou'Gh.

- Je suis le Roi Pirate Franco Guadalmedina, Capitaine du trois-mâts à hunes l'Alvaro de la Marca ancré non loin d'ici. Et je suis là pour m'emparer de Scarborou'Gh, et la piller. »
Niveau 2
avatar
Je suis dispo pour : Tout RP
Identité : Fiche Perso
Groupe : Neutre
Race : Humain
Expérience : 71
Voir le profil de l'utilisateur
Niveau 2


Spoiler:
 




" Votre véritable nom, Loup, je ne le dirai pas. Car il est tout-à-fait impossible que l'on vous prenne pour un autre."
Revenir en haut Aller en bas
Mer 14 Fév - 15:52
Une fois dans la chambre avec une bassine, il se décrassa. Je ne pipais mot pendant son débarbouillage. Je ne sais pourquoi, je me méfiais de lui. Il avait la tête de quelqu’un préparant un sale coup. Je soupirais et m’assis sur le lit. La pièce était petite. Il y avait deux lits simples, une commode et un miroir. Alors que j’étais dans mes pensées il déclara :

Je suis le Roi Pirate Franco Guadalmedina, Capitaine du trois-mâts à hunes l'Alvaro de la Marca ancré non loin d'ici. Et je suis là pour m'emparer de Scarborou'Gh, et la piller.

Génial ! Encore un pirate. N’en avais-je pas eu assez avec Phadransie la folle furieuse ? Je soupirais et me levais. Lissant ma robe je dis d’une voix calme et posée :

Rien que ça… Ce n’est pas ma juridiction donc je n’attenterais pas à votre vie du moment que vous n’essayez pas de me tuer. Mais, cette question occupe mon esprit, pourquoi cette île en particulier ? Elle n’est pas exceptionnelle. Je dirais même qu’elle est morne…

Je haussais les épaules et ajoutais que tout cela n’était pas mon problème. J’ouvris la commode et en sortis des vêtements de pauvre hère. Je les tandis au roi pirate et lui intimais d’une voix aimable de se vêtir. Se balader à moitié nu dans la ville ne ferais qu’accroitre la curiosité des gens.

Une fois qu’il fut vêtu convenablement car, par chance, tout était à sa taille, nous descendîmes dans la salle du bas. Je commandais de l’hydromel pour moi et, si ma mémoire est bonne les pirates aiment ça, du rhum pour Franco.
Niveau 5
avatar
Je suis dispo pour : 1 rp / 2
Expérience : 17

Carnet de bord
Fluide(s)/Compétence(s): Mez, Ka, Thâ
Groupes: Royaume
Race: Xen
Voir le profil de l'utilisateur https://www.scribay.com/text/1635591925/arcaelle/chapter/159559
Niveau 5


Épaulette du lion:
 




J'écris en #336666
Revenir en haut Aller en bas
Jeu 15 Fév - 19:59
Les draps se saliront sans être froissés
sur le lit où tu aimais dormir
et je crève d’être seul et d’appeler et d’imaginer
à quels outrages te soumettent
les larves immondes que le destin a dressées sur notre chemin.

Desnos



Le Général Lykosim Alorrän:
 



Sans qu'un soucis ne l'oppresse, Lilith la jeune Xen commanda à boire pour eux deux. Elle lui avait avancé le prix de la chambre ainsi que celui de la boisson. Cela ne fit pas maugréer le Roi Pirate qui avait encore sous la langue le goût amer du soi-disant arac de Scarborou'Gh. Aussi, il s'en débarrassa rapidement et sans demander son reste, descendant dans sa gorge le rhum brûlant avant même que la donzelle face à lui n'ait eu le temps de tremper la langue dans son hydromel. Autour d'eux, à présent que le Capitaine Guadalmedina était décrassé et vêtu, l'on se réfugiait soit dans la boisson pour les uns, soit dans le jeu pour les autres. On misait, on gagnait, on perdait. Dehors, un oiseau de nuit hulula. Derrière les murs, les clameurs et agitations semblaient s'être amoindries. Franco restait néanmoins surpris par le calme olympien de la jeune femme en face de lui. Il ne mettait pas en doute ses capacités de combat. La voila, cette Lilith, jaillit d'on-ne-savait-ou et qui, à travers la brume et la tourbe lui payait un verre de rhum ! En plus de le cacher aux autorités Lykosim. Guadalmedina ne perdait pas une miette du serveur Virenpien dont l'écaille verdâtre soulignait un œil jaune un peu trop luisant au regard du Capitaine de l'Alvaro de la Marca. Il était incapable de dire si oui ou non le lézard avait vendu sa tête à la Demert'Ban. La soif lui ayant creusé l'estomac, Franco demanda à la Xen si elle pouvait lui avancer le manger en plus du boire.

« Je te rembourserai, c'est promis. dit-il avec un geste évasif de la main.

Il ne serait pas dit que le Loup de la Passe ferait un pirate dont la condition serait de mourir de faim ! Ainsi, ils purent tous deux mordre à pleines dents dans deux jours. Un instant, alors que le Roi Pirate croisait le regard sombre et profond de la Xen, comme un puits, il se remémora la prophétesse bordelière, cette Saphyr, et se jura de la pendre en haut de son Artimon sitôt qu'il mettra la main sur elle. Si le Roi Pirate mangeait avec appétit et ne perdait pas une miette de ce que lui racontait -ou ne lui racontait pas- la donze, il avait clairement des pensées qui l'occupaient sans cesse, même au milieu de la conversation. Alors, il lui sembla être sûr. Au-dehors, l'agitation avait repris. On avait crié, deux fois, et sonné les cloches de Scarborou'Gh. C'était une manière d'avertir la population qu'un criminel  notoire et dangereux avait trouvé asile entre les murs de la ville. Autour d'eux à présent, on n'avait arrêté de jouer et lancer les dés, et l'on murmurait. Franco savait ce qu'il se disait. Les clients de l'aubergiste mesuraient tout l'intérêt qu'ils auraient à aller le dénoncer à Kaïl. Lilith voyait qu'il était perturbé.
Alors l'un des groupes de joueur, au troisième timbre des cloches, qui annonçait la troisième heure de la nuit, se leva, rempocha leurs cartes et leurs dés, vidèrent leurs dernières choppes de bière et bol de punch, rajustèrent manteaux et chapeaux et quittèrent la table, se dirigeant sur la porte. L'on entendait presque voler les mouches à présent que les cloches s'étaient tues. Franco voyait distinctement les majeurs et les index courir sur la garde des couteaux et des épées passées sous les ceintures de cuir et de toile. Il se leva alors, en un bond :

- Excusez-moi de m'excuser, commença-t-il en rebroussant sa moustache sous son nez et en se plaçant juste au-devant de la porte. Mais où allez-vous ?

Face à lui, il s'adressait à un Humain, un Elfin et deux Aracnors. Des sacrés mines de fripouilles, songea le Loup de la Passe. Un instant, le quatuor resta déconcentré face à tant de zèle de la part de cet inconnu qui était entré quérir une chambre nus pieds et tâché de sang. Guadalmedina pensa que ces quatre là auraient pu être sur Arcaëlle l'effigie de la trahison incarnée. Le visage de l'Elfin était partiellement mangé par le souvenir mordant de la petite vérole, ce qui accentuait son air de barbare métis.

- A part si tu veux mettre sur notre table une chopine, répondit finalement l'Elfin, on a assez bu. On se tire.

Ils avancèrent d'un pas et Franco s'avança également. D'un pas vers la porte. A présent, il leur bloquait totalement le passage.

- Allons, nous n'étions pas bien là ? En si bonne compagnie ? Mmh ?

Il prit la Xen à témoin mais cette dernière ne trouva pas la répartie, trop subjuguée par le cours des événements, sans doute.

- Restez, je suis sure qu'on va s'amuser. poursuivit le pirate.
- On s'en va, insista l'Elfin en le pressant légèrement.

Alors tout se passa en une seconde, et les lames furent dégainés ! Franco, qui bénéficiait de la plus longue, put pointer le bout de sa rapière sur la glotte de l'un des deux Aracnor dont les mandibules velues claquaient contre sa mâchoire carrée :

- J'insiste.
- Écarte-toi étranger, le menaça alors l'Humain. Tu n'as pas entendu les cloches ?
- Oui, fit-il d'un air sinistre.
- Elles annoncent un ministre de rapine à Scarborou'Gh.
- Et alors ?
- Et alors, termina l'Elfin, on s'en va retrouver nos femmes pour les protéger de ce coquin-là. Au moins le temps que Kaïl et la Démocratie mette la main dessus !

Franco abaissa légèrement sa lame. En face, l'on fit de même. Ils passèrent alors, le frôlant au niveau de chacune de ses épaules, ouvrirent la porte et quittèrent l'auberge. Le Virenpien cracha dans une tasse pour la nettoyer avant de maugréer, d'une voix rauque :

- Si leur compagnie vous est odieuse, restez-donc loin d'eux !

Guadalmedina ne releva pas et reprit sa place à la table de Lilith, avec un "bwa" et en recommandant du rhum, négligeant totalement le fait qu'il n'avait plus un sou au fond de ses poches.

- Ils risquent d'aller vous vendre aux gardes Démocrates, lui dit d'une petite voix la jeune femme.

Bravo, t'es futée gamine ! Franco ne répondit pas. Ou plutôt, il répondit à la Xen en changeant de sujet.

- Crains-tu les fantômes, petite ?

Elle secoua la tête, d'une façon que le Roi Pirate trouva fort charmante.

- Non. Ils ne peuvent rien nous faire.

Il hocha la tête tandis qu'elle revenait à la charge :

- Et vous, vous craignez les fers et la corde ?

Décidément, cette garce a de l'humour ! Guadalmedina leva un index triomphant en réceptionnant sa chope de rhum, puis répondit :

- Je ne crains qu'une chose : le fantôme d'une gloire dont nul ne se souvient !

Il se pencha alors vers la Xen au-dessus de la table, légèrement, soudain pris d'un inexplicable strabisme de l’œil droit qui l'amena à se jeter droit dans l'échancrure fort bien faite de la petite garce.

- Tu vas porter un message pour moi, la belle. Tu porteras ce message au Gouverneur de Scarborou'Gh, dont j'ignore l'identité. Ecoute-moi très attentivement, car je veux que tu lui répètes mot pour mot ce que je te dis.

Alors il se lança :

- Les cloches de Scarborou'Gh disent que la Démocratie traquerait apparemment un indigne, que dis-je, un indignissime coquin ! Les Lykosim devraient se méfier des lardus cul terreux, car il se peut que très vite, ça soit moi qui les traque. Je suis venu ici pour m'emparer de Scarborou'Gh, car mon Alvaro a besoin de ravitailler en tonneaux, en bétail, en pitance et en eau potable. Très vite, mes hommes déferleront sur cette île, et ça sera comme une meute de loup sur un agneau. La pointe de la rapière Lykosim s'arrêtera net sur un os, crois-moi. Le Gouverneur de l'île n'est pas le dernier des coquins non plus, et il doit savoir que tout est à portée de main si l'on a volé assez pour avoir de quoi payer. Je lui fais donc une proposition. Qu'il accepte de me remettre ce que je recherche ! Les denrées et l'eau nécessaire à notre galop sur la Passe d'Arcaëlle. Nous n'exigeons rien de plus. Nous chargerons l'Alvaro, puis nous repartirons avec la marée. Pas d'effusion de sang, pas de tripes au sol, pas de viols. On fait les choses proprement. Ah oui, autre chose ! Une pute qui se donne des airs de marquise, de princesse ou de prophétesse reste une pute quand même. Je veux aussi qu'il me livre personnellement l'établissement au sein duquel je me suis arrêté hier. Ou avant-hier. Ou avant avant hier, je ne sais plus trop... L'établissement avec les filles dedans, ça va de soi. Et la petite Saphyr sera pour moi.

Tandis que son interlocutrice roulait de grands yeux peu rassurés, il conclut en vidant son deuxieme verre de rhum :

- Scarborou'Gh se verra alors épargner les premiers émois d'une nature excessive !

Il y eut un silence. Franco avait parlé d'une voix basse, très basse, et son haleine sentait le rhum.

- Et..Et c'est tout ? demanda la Xen.
- C'est tout ?
- Le Gouverneur vous remet la nourriture et l'eau et vous quitterez Scarborou'Gh ?
- Ah non ! Ça n'est pas tout, tu fais bien de le signaler ! rit le Roi pirate.

Au loin, la nuit dansait avec le brouillard, comme la muraille immense et blanche d'une tombe.

- Je m'engage à faire preuve de clémence envers Scarborou'Gh mais en échange...

Un grondement tintinnabulant venant de l'extérieur de l'auberge monta alors aux oreilles du Capitaine.

- ...tu diras bien au Gouverneur qu'il vienne me tirer des griffes de la Demert'Ban !

Et il dégaina sa rapière pour la seconde fois ! La porte de l'auberge claqua sur ses gonds ! Ce qu'il restait de l'armée Lykosim investit l'établissement ! La table se renversa sur les genoux de la jeune femme face à lui ! Guadalmedina bondit par-dessus et, en un instant, il glissa un "désolé poupée" à l'oreille de la Xen avant de la serrer tout contre lui, la menaçant de sa rapière ! En un éclair, une demi dizaine de pistolets et de tromblons Démocrates de toute première facture se retrouvèrent braqués sur sa personne !

- Baissez vos armes ! glapit Franco à la troupe Démocrate. Ou bien je la tue !

Alors s'avança au-devant ses hommes celui qui était le chef de l'escouade. Guadalmedina reconnut le Général qui avait gueulé comme un putois un peu plus tôt dans la soirée, au milieu de la salle de réception du bordel. De longs cheveux blancs flexueux tombaient sur ses épaules, encadrant un uniforme de Général Démocrate.

- Tue-la, pirate ! lança-t-il afin de le provoquer.

La poigne de Guadalmedina autour du cou de la Xen se fit plus puissant !

- Je ne déconne pas, les midinette ! rugit le Loup de la Passe. Ecartez-vous ! Je dois parler avec le Gouverneur !

Bien sûr, les soldats conservèrent leurs positions et aucune des noires bouches à feu des pistolets Lykosim ne s'affaissa. Le Général esquissa un fin sourire en rabattant une mèche de cheveux derrière son oreille. Il n'avait pas même dégainé sa rapière.

- Tue-la, Guadalmedina ! reprit-il. Que veux-tu que cela nous fasse ? Ta Xen n'est pas des nôtres !

L'écharpe de soie autour de la taille du Général était aux symboles de la Démocratie. Le Général portait également veste et culotte de velours, encadrant des bas à soie brodés en plus de bottes à boucles et d'un gilet de soie. Trois fins pistolets, richement ornementés, étaient passés à ses ceinturons, en plus de sa rapière.

- Tue cette jeune personne qui a fait l'erreur de te couvrir dans ta fuite, reprit le Général Démocrate, et je veillerai personnellement à ce que la corde qui te pendra soit bâillante. La mort sera bien plus longue à venir !
- Hum...

Après une hésitation, Guadalmedina relâcha légèrement son étreinte autour de la Xen qui ne se le fit pas dire deux fois. En deux bonds, la charmante jeune femme avait fui hors des griffes du Loup !

- Général Alorrän ? demanda l'un des soldats. On fait feu ?
- Non. Je le capture vivant ! tonna ce dernier.

Franco Guadalmedina eut une dernière pensée pour son Alvaro de la Marca qui attendait son retour, non loin, tranquille et somnolant sur ses ancres. Puis il passa à l'attaque ! En une seconde, tous les soldats avaient rangés leurs armes à feu au profit de leurs lames ! Mais l'homme que le Loup de la Passe devait véritablement craindre en cet instant, c'était le Général Damert'Ban Alorrän ! Il s'écarta légèrement du combat qui faisait rage et tendit le bras, aussi calme que s'il dégustait une tasse de thé. Alors, au fur et à mesure que les cris de l'acier s'entrechoquant résonnaient, que basculaient les tables et les chaises et que Franco enchaînait parades, estocs et contre, il se sentit défaillir. La vérité lui sauta aux yeux lorsqu'il se mangea un coup de lame dans le gras de l'épaule suivi d'un coup de poing sous la pommette ! Le Général Alorrän était un Lorq. Pendant que ses hommes distrayaient le Roi Pirate, ce dernier s'était simplement contenté de vampiriser son fluide. Astucieux ! A terre, tandis qu'on le lardait de coups de pieds dans les côtes, lui coupant le souffle, le Capitaine de l'Alvaro de la Marca se maudit de ne pas s'être davantage méfié ! On lui lia les poignets dans le dos avec une épaisse corde. Score : un à un, songea-t-il tandis qu'on le relevait comme une poupée de chiffon. On l'emmena. Alors le commandant Damert'Ban Alorrän tendit à la jeune Xen une bourse de cuir d'un très bon poids qu'un lacet doré attachait.

- La Démocratie n'oublie pas de récompenser comme il se doit ses associés. La tête du Roi Pirate vaut son pesant d'or. En tout cas sur les eaux de la Passe.

Et le Lorq se retira avec ses derniers mots :

- Qu'il souffre. Qu'il souffre au moins jusqu'au gibet ! Et l'Alpha s'en réjouira. »
Niveau 2
avatar
Je suis dispo pour : Tout RP
Identité : Fiche Perso
Groupe : Neutre
Race : Humain
Expérience : 71
Voir le profil de l'utilisateur
Niveau 2


Spoiler:
 




" Votre véritable nom, Loup, je ne le dirai pas. Car il est tout-à-fait impossible que l'on vous prenne pour un autre."
Revenir en haut Aller en bas
Lun 19 Fév - 16:33
A qui devais-je donner ma confiance ? Le pirate ou les démocrates qui frayaient avec les adorateurs d’Özan ?  Je regardais la petite troupe passer la porte. Je secouais la tête. Je ne pouvais laisser ce pirate être pendu haut et court. Je montais quatre à quatre les marches menant aux chambrées. J’ouvris la mienne, déposais la bourse dans la commode et me déshabillais. Une fois nue, je sortie de la pièce et descendis. Confiant ma clef au tenancier je pris la forme d’un chat blanc.

J’avais vite rattrapé la milice et leur prisonnier. Je me mis à miauler et à feuler. Me frottant aux jambes du flibustier je ronronnais. Sans prévenir, en tant qu’arme vivante, je devins bsurt. Je montrais les crocs et la troupe s’arrêta.

Abattez le !

Hurla le chef de faction. Je me ruais sur l’un des soldats, ouvrit la gueule et lui arrachais la tête. Il y eu des cris de stupeur. Les gardes se reculèrent laissant Franco seul. De la tête je lui fis signe de monter sur mon dos. Il ne sembla pas comprendre.

Les soldats avaient repris leurs esprits. L’un d’eux sortit un pistolet à gemme mez. Il me tira dessus mais, en bondissant vers lui, j’esquivais le feu. Je mis tout mon poids sur sa cage thoracique qui céda dans un craquement sinistre et qui fit hurler l’arcaëllien. Je lui donnais un coup de patte griffu au niveau du cou. Il saigna abondamment, émettant des gargouillis écœurant.

Je me mis derrière le pirate et lui arraché la corde qui tenait ses mains liées. Je ramassais le pistolet à gemme mez et lui envoyais. Soudain je me sentis faible. Il y avait un lorcq ! Je me retournais le cherchant. C’était le capitaine. Je redevins moi, nue. Il devait être puissant car la majorité des lorcqs devaient toucher leur proie pour se nourrir. J’attrapais une épée et me jetais sur lui. Ma lame fut arrêtée sans effort.

je suis Lilith, ancienne arme vivante et, aujourd’hui, chasseuse de vos alliés les Hayert’Vaäl.
Petite sotte ! Je vais te tuer !

Je ris doucement et me ruais sur lui. Nous échangeâmes quelques coups et je parvins à y trouver une faille. Lorsqu’il aspirait mon fluide il ne faisait que parer. Et, sur la gauche, il y avait une ouverture. Ma lame pénétra sa faille. Ses yeux s’écarquillèrent de surprise et de douleur. Il lâcha son épée et tomba à genoux sur le sol terreux. J’enfonçais un peu plus ma lame dans ses côtes et tournais mon arme dans la plaie, lui arrachant un cri. Il m’insulta de tous les noms d’oiseaux qu’il connaissait. J’arrachais ma lame de son corps et il tomba sur le dos.
Niveau 5
avatar
Je suis dispo pour : 1 rp / 2
Expérience : 17

Carnet de bord
Fluide(s)/Compétence(s): Mez, Ka, Thâ
Groupes: Royaume
Race: Xen
Voir le profil de l'utilisateur https://www.scribay.com/text/1635591925/arcaelle/chapter/159559
Niveau 5


Épaulette du lion:
 




J'écris en #336666
Revenir en haut Aller en bas
Mer 28 Fév - 19:24
J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre, 
Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer, 
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre, 
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Baudelaire



« On raconte qu'un jour un pirate des plus grands, -après avoir forcé autant les coffres que les cœurs;- après les avoir dépossédés tous deux de leurs richesses, disparut sans laisser de traces à bord d'un vaisseau fantôme, quelque part entre Hytraz et Tak'Nayu. Et tandis que se déployaient sous l'horizon les voiles noires, la nue étalait au ciel de Scarborou'Gh ses pourpres et ses cuivres. Le Roi Pirate plein de mâts frissonnants qui sombrent dans la nuit laisse derrière lui des continents couverts de fumée et de bruit où, deux torches aux mains, rugit la cannonnade infâme, où toujours quelque part fume une ville en flamme, où se heurtent sanglants les peuples furieux...

Wallace leva les yeux du rouleau de papier qu'il venait de consulter. Ses yeux croisèrent ceux de son Capitaine, Franco.

- Ce petit a du talent, reconnut Guadalmedina. Rappelle-moi son nom ?
- Artiaga Onward, répondit le Second Wallace. Ou Oward. Je ne sais plus trop. Quelque chose qui sonne comme ceci, Da. Il est à bord.
- C'est donc sa manière à lui de narrer ce qu'il s'est passé à Scarborou'Gh.
- La prise de l'île, oui. Le démentèlement du Fort. La soumission des populations. Et la capture du Lykosim, le Général Alorrän. Mais je t'ai lu qu'un extrait de son journal. Il écrit encore.

Franco Guadalmedina, assis et accoudé à son bureau, dans sa cabine, à l'intérieur de l'Alvaro de la Marca appuya son menton sur sa main.

- Le recueil de ce petit intéréssant a déjà commencé à se diffuser sur Arcaëlle.

Wallace hocha la tête en croisant les bras sur son torse.

- Aye. J'imagine que l'on contera bientôt tes exploits jusque dans les grands salons de la Royaliste Ailée.
- J'aurai deux fois plus de Généraux Démocrates à mes basques, ronchonna le Roi Pirate.
- Ton nom sera deux fois plus craint.
- Je ne suis pas encore résolu à me faire hâcher en deux fois plus de morceaux par les Cités Blanches.
- Les Cités-Blanches consomment deux fois moins de viande que tous les autres Continents réunis. Et leurs bourgeoises sont deux fois plus belles !
- Des femmes deux fois plus venimeuses ! Et qui mordent. Certifia Franco en levant un index devant les yeux clairs de son ami.
- Personne ne nous oblige à aller nous frotter à leurs crocs ! Il y a en Hytraz deux fois plus de blanches fesses à conquérir. Des fesses qui aiment brûler toutes les étapes !
- Wallace allons, tu es inconvenant. Répondit Guadalmedina en portant à ses lèvres un bol de chocolat chaud qu'il venait de sucrer avec du miel et de couper avec de l'eau.
- Surtout pour toi, continuait le Second de l'Alvaro. Depuis que le garçon a fait publier son premier Volume et que tes faits d'armes sonnent dans les bibliothèques Damert'Ban et Royalistes comme des hauts-faits héroïques, l'Aristocratie Ailée du beau sexe ne rêve en secret que de te baiser la gueule.
- Bwa...

Ce fut la seule réponse que Wallace obtint de son frère d'armes. Le Capitaine Guadalmedina entreprit de terminer de lapper son chocolat, lentement, sans s'en tâcher la moustache. Ils avaient beau faire semblant, Wallace et lui-même, et parler des charmes défendus de l'Aristocratie Ailée Lykosim ou Royaliste, deux noms restaient obstinément sous silence et pourtant suspendus à leurs lèvres. Celui d'Ewa pour Wallace et de Phadria Red pour Franco. La première était peut-être encore en vie, peut-être ne l'était-elle plus, quelque part sur l'île native de Franco, Puerto Blanco, sous la domination de Madame et du Profanateur. La seconde s'était réfugiée loin des griffes du Loup, foulant aux pieds la seule terre que le Roi Pirate ne pouvait conquérir : Punta Arrenaäs, où tous ceux qui possédaient tous droits et pouvoirs d'Amirauté ne se consacraient qu'à une chose : la capture du Roi Pirate qui les avait si scélératement humilié, il y avait des années.
Mais pour l'heure, l'Alvaro de la Marca dormait dans la brume entourant Scarborou'Gh, tranquille. La buée embaumait les écoutilles et voilait les aiguilles des sextants sur le bureau de Franco. Finalement, ca avait été une victoire pour eux et Scarborou'Gh avait été contrainte de céder aux pirates. Après que le régiment de renom Lykosim eût été vaincu grâce à l'aide inopinée de Lilith, la jeune Xen, Guadalmedina avait pu s'imposer sur l'île. Il était allé trouver de lui-même, et comme si de rien n'était, le Gouverneur de l'île pour lui faire part de sa proposition. Il s'engageait à ne pas toucher à la noblesse de l'île, à se contenter de simples pillages sur le peuple, sans bavures quelconques, à ne pas répendre de sang inutile. L'Alvaro se chargerait de ce dont l'équipage avait besoin pour la suite de leur périple sur les mers d'Arcaëlle, puis ils quitteraient Scarborou'Gh sans tarder. Personne ne serait emmené comme esclaves. Aucun prêtre ne sera massacré. Aucune femme ne serait violée. Et lorsque le Gouverneur de Scarborou'Gh avait pointé sur le Loup un pistolet de très bonne facture, ce dernier, vif comme un scorpion, avait fait de même :

- Scarborou'Gh n'aura pas à faire le choix d'une quelconque reddittion, avait dit le Gouverneur au pirate, si je vous tue ici et maintenant !
- Mes hommes ont leurs ordres, avait répondu l'intéréssé. Tuez-moi et la meute s'abattra sur votre île en un tourbillon d'acier, de sang et de fiel. Soyez raisonnable ! Vous pouvez sauver votre île et vos populations, ou alors prendre le risque de tout perdre. Ici et maintenant, avait-il ajouté. Encore faudrait-il que vous soyez plus adroit au tir que moi !

La reddittion de Scarborou'Gh avait donc été un succès. Le Loup de la Passe tombait mal sur Scarborou'Gh, la faute à la Démocratie qui avait pour ambition de racheter l'île. Mais il avait suffit à Franco Guadalmedina de rappeller au Gouverneur que pour l'heure, la Démocratie était de l'autre côté de l'horizon et que son émissaire, le Général Lorq Alorrän, croupissait dans les cellules de l'Alvaro de la Marca. Un dernier argument qui avait porté à la décision finale un coup décisif. Quelques heures plus tard, le noir Alvaro pointait le bout de son nez à l'horizon. Ses bouches à feu étaient restées silencieuses à la vue du drapeau blanc qui battait le vent en haut du Fort. ; Les pirates étaient dessendus sur Scarborou'Gh, les armes à la main tandis que chacun, pêcheur, commerçant, artisan, esclave, noble, s'était retranché chez lui. Guadalmedina tint sa promesse et, en effet, les quartiers et les habitations aristocratiques furent épargnées. Il n'était pas temps de mettre Scarborou'Gh à feu et à sang en lui suçant tout ce qu'elle pouvait contenir d'or, mais simplement de ravitailler le navire en provision. Le butin serait maigre, quoique suffisant, mais Franco ne souffrirait aucune pertes. Alors, pendant plus de trois jours et de trois nuits, l'île de Scarborou'Gh fut râtissée par les griffes des Loups qui écumaient les mers. Dépossédés de leur île, Puerto Blanco, par l'alliance des Seigneurs-Pirates de Guadalmedina qui avaient trahis, ces derniers avaient sur Scarborou'Gh la ferme intention de déposséder à leur tour les habitants ! Comme un tyran gorgé de viande et de vin, Guadalmedina s'était invité en la demeure du Gouverneur, où il buvait et déjeunait midi et soir, les bottes posées sur la table, devant tous tanqué comme une cible, et il riait, entouré de son Second, de son Quartier-Maître et de ses plus proches forbans. « En tête à tête avec vos crimes » comme lui avait dit Monsieur le Gouverneur, et Guadalmedina s'en était gaussé. En effet, l'on entendait à l'extérieur du pavillon les cris des habitants que l'on spoliait de leurs biens sans douceur, de ceux que l'on torturait car ils étaient soupçonnés d'avoir dissimulés l'argenterie ou les parures, des prêtres qui assistaient impuissants au pillage de leur temple et le rire des pirates. Il y avait rats de terre et rats d'eau. Et ceux-ci, non des rats mais des loups, faisaient s'envoler la gouaillerie de tous les visages. Les tonneaux du Fort avaient été encloués par José, les gabions abbattus, les affûts et les culasses rompus puis brûlés afin que l'Alvaro puisse quitter Scarborou'Gh paisiblement, sans craindre un coup de couteau dans le dos de la part du Gouverneur. Les trois jours et les trois nuits qui suivirent s'accompagnèrent d'une file de mules, de bidets ou de chevaux que l'on chargeait en provision, à la tête d'un convoi de bétail qui avait pour destination finale les cales de l'Alvaro de la Marca. Car il fallait les nourrir, ces trois-cents flibustiers noirs qui écumaient les mers et prêts à tout sauf à mourir misérables dans leur lit ! Une fois l'Alvaro réapprovisionné et capable de reprendre la mer, il s'avéra que Franco manqua à sa promesse. Les pirates, peu pressés de repartir, auraient pu battre tous les records de la lenteur concernant les ultimes préparatifs de départ. Avec ça, les hommes de Guadalmedina allaient aux filles comme les limaçons aux fraises. Comme il l'avait convenu avec le Gouverneur, le Capitaine de l'Alvaro, s'il avait renoncé aux quartiers aristocratiques et à forcer les filles, n'avait pas renoncé aux établissements de luxure. Les deux bordels de l'île étaient donc tombés entre ses griffes et les pirates s'étaient très vite organisés pour prendre du bon temps après le pillage. Pour becqueter le fruit interdit, les oiseaux volent au verger. Les loups de Franco Guadalmedina aux bordels. Organisés, disciplinés, ils faisaient ainsi montre de patience devant chaque chambre, les uns derrière les autres, souvent une bouteille à la main et la pipe à la bouche. Ils pouvaient attendre toute une après-midi ainsi, jusqu'à ce que leur « tour arrive » et que la « demoiselle veuille bien les recevoir ». Ils la payaient ensuite, la besognaient et s'en allaient prendre du repos dans l'une ou l'autre des maisonnées qu'ils avaient précédement pillée et investie. Les forbans appelaient ça un commerce équitable, ou bien la permission des vainqueurs. Les habitants de l'île nommaient ça un viol. La lumière, les promesses jusque là tenues, la discipline des forbans faisait place aux ombres de la nuit. Les prêtresses furent enlevées et menées hors de la ville par des régiment d'hommes portant le sabre, la poudre et le rhum. Le Gouverneur en avertit Franco Guadalmedina, mettant du soin à lui rappeller ses paroles. Ce dernier eut pour toute réponse : ''C'est moi qui ait affronté la délégation Damert'Ban sans frémir, est-ce à vous de gémir ? ''.  Le sang que le Loup aspirait à verser fut versé. Le temple dédié aux Dieux Jumeaux, aux feux de l'Amour, Saän et Kaän, fut entièrement pillé et, sur ordre du Capitaine, l'on en spolia même les meubles, l'encens et les parfums qui servirent à redécorer sa cabine. Alors au bout du septième jour, devant l'impatience languissante des habitants à voir les hommes de Franco repartir d'où ils venaient, ce dernier exigea un tribut en échange de leur départ immédiat. Toute la noblesse ayant été épargnée, il ne fut pas long et difficile de réunir l'or exigé par Guadalmedina pour quitter définitivement l'île. Mais le vent soufflait plein Ouest, et il ne permettait pas de lever l'ancre. Les pirates investirent donc l'île une journée de plus. Guadalmedina était résolu à ne point tant tarder, craignant une délégation de renom venant droit de Kaïl, étant sans nouvelle du Général Alorrän.

- Si Kaïl vous tombe dessus, forban ! avait dit à Franco le Gouverneur désormais démuni, vous l'aurez bien mérité ! Uoc'Thuy vous damne !

Le Capitaine Guadalmedina en versant du rhum par-dessus une cuillérée de sucre avait répondu avec une pointe d'énervement dans la gorge :

- Si je vous brûle la cervelle Gouverneur, vous en supporterez seul la responsabilité. Uoc'Thuy vous damne !

La voile noire était sortie. Franco Guadalmedina allait, venait, dormait sous le regard obscur et humilié de Scarborou'Gh. Le jeune Artiaga Oward écrivait, dissimulé entre les poutres de l'Alvaro. Guadalmedina, de nouveau en possession de ses effets, observait du haut du Fort ou du balcon de la demeure de son hôte, Scarborou'Gh et sa légion d'âmes qui lui était asservie. Mais au fond de lui résonnait toujours cette petite voix, douce, ferme et tranchante, la beauté, la pureté envolée dans l'azur : ''La chaîne de l'enfer reste liée à ton pied.'' Il savait se composer de très jolis airs. Après le coup d'état sur Puerto Blanco qui lui avait écrasé la gueule dans la poussière, sous le talon de la mafia locale, Franco Guadalmedina n'avait plus le droit à l'erreur. Il avait conscience que la fidélité de ses hommes était pour lui un atoût inestimable.

Ainsi donc, le Roi Pirate descendit au bordel le dernier jour d'occupation de l'île. Il y restait là plus grand monde, la plupart des flibustiers préférant user les prêtresses enlevées aux bois ou les filles toutes neuves des familles locales aux putes épuisées par des journées et des nuits entières de dur labeur entre les mains calleuses des marins. Il restait néanmoins un jeune garçon, d'une quinzaine d'année, posté là devant les rideaux teintés menant à l'une des chambres. Guadalmedina, le chapeau bien enfoncé sur les oreilles, salua le marin d'un hochement de tête et, bras croisés sur sa poitrine, entreprit d'attendre également son tour. Un instant, il songea au Général Alorrän qui croupissait dans ses geôles. Blessé, il avait assisté lui-même à la cautérisation des plaies avec du tafia et une flambée de poudre à canon. Il venait tout juste de terminer la rédaction, ce matin même, de la demande de rançon. Un volontaire avait pris la mer afin de la mener jusqu'à Kaïl. Il traitait ainsi avec la Démocratie, sachant pertinemment qu'il plaisait à cette dernière d'avoir des compagnons cueillis à bout de corde. Mais Guadalmedina n'avait point pour ambition de finir sa carrière sous le chanvre.
Enfin, le client qui besognait écarta les tentures de gaze qui protégaient l'intimité de la pièce et sortit. Il repéra Franco, le salua à la façon de la flibuste, d'un hochement de tête, main sur le front : ''Aye Cap'taine.'' Guadalmedina dépassa le gamin, une main sur l'épaule de ce dernier. Il lui lança pour toute réponse un écu d'or que le jeune matelot de l'Alvaro intercepta en roulant des yeux de merlan frit.

- Ça sera pour ton tour, dit Guadalmedina en se pliant afin de passer entre les rideaux purpurins.

Il laissa derrière lui le matelot. La femme qui le vit entrer couvra sa nudité d'un voile transparant qui ne couvrait en fin de compte pas grand chose. Mais Franco n'en avait cure. Enfin, ils se retrouvèrent face à face.

- Capitaine Guadalmedina.

Il vit sous ses cils passer un éclat d'effroi et ne releva pas. D'un pas lourd, haute silhouette vêtue de noir, Franco s'avança vers elle et arracha le drap qui la couvrait, l'envoyant voler à l'autre bout de la chambre.

- J'ai finis par prendre sur le mauvais sort une éclatante revanche, tu ne crois pas ? rugit-il entre ses dents serrées.
- Vous n'avez pas vaincu le Général Damert'Ban tout seul. lui dit Saphyr d'une voix que l'aplomb maintenait ferme.

Guadalmedina haussa les épaules. Sa cape noire derrière son dos remplissait tout le fond de la pièce de son ombre.

- Quelle importance ? J'ai vaincu. Et tu as perdu.

Alors il l'aggripa par les cheveux, la tira comme si elle n'était qu'un fétus de paille, la frotta contre le sol !

- Tous m'envient ! Tous m'acclament ! Tout m'enivre ! Si le corset en dentelle emprisonne tes flancs, il te faudra désormais glaner ton souper dans nos merdes ! Tu n'es pas une princesse. Tu n'es pas une marquise. Tu n'es pas une duchesse. Tu es une pute. Rien qu'une pute. Rien d'autre qu'une petite putain de bas étage pleine de l'attirance du gouffre ! Répète-le !

La jeune femme tenta de se soustraire de cette étreinte, mais Guadalmedina avait une poigne de fer. Il ne la lâcha pas, au contraire la secouait avec toujours plus de force.

- Tu n'es pas prophétesse de Scarborou'Gh !
- Je peux lire l'avenir dans les lignes ! gémit la jeune femme que Franco tenait par la chevelure.
- Tu ne peux rien lire du tout ! Tout ce que tu as fais c'est me livrer à la Démocratie et à ce fils de pute d'Alorrän !
- Me suis-je fourvoyée pour autant lorsque j'ai lu dans vos lignes ?

Alors il la lâcha. Elle tomba lourdement sur le sol, le corps envahi d'ecchymoses et violacé des coups subis ces huit derniers jours.

- Tu n'es qu'une pourvoyeuse de potence.
- Je suis du culte de Thäa... Depuis ma naissance la Déesse Mère m'a offert le don de la lecture.
- Arrête de me prendre pour un con, petite sotte. Dis-moi plutôt qui t'a appris tout ce que tu sais sur moi ?
- Personne. Je le jure.

La dénommée Saphyr dont la condition était de plaire leva alors vers Guadalmedina ses yeux de vif argent, et il se perdit un instant en son regard. L'espace d'une seconde, il adora la détresse et la beauté qu'il lisait dans ses yeux-là. Elle paraissait accumuler les outrages depuis si longtemps que son corps, auparavant lisse et ferme demeurait ce jour douloureux et fiévreux. Mais dans ses yeux, un feu éternel semblait brûler. Des flammes qui vinrent à l'assaut de Franco comme une horde de fantômes. Il se surprit à songer près de ce corps vendu.

- Personne. Je le jure...répéta la prophétesse.

Alors Franco Guadalmedina tira de sa ceinture son pistolet à crosse d'ivoire. Il arma le chien en un ''clic'' sonore et pointa le canon vers sa bordelière prostrée et nue sur le sol.

- Je ne suis pas un homme patient, petite...  Et je ne sais lire que le roulement familier du flot montant.
- Alors tuez-moi. Car je ne peux rien vous apprendre de plus.

Ces derniers mots, brigués avec tant d'audace firent abaisser son bras à Franco. Un instant, la prophétesse et le pirate se dévisagèrent, sans un mot. Le beau corps nu de Saphyr était plein de frissonnements, et Franco plein d'hésitation. Alors le Roi Pirate baissa la tête et l'expression de la douleur la plus sincère vint troubler les traits de son visage que son chef recouvrait d'ombre.

- Je ne suis pas venue te tuer, avoua-t-il. Je suis venue te demander ton aide. La plus mauvaise des cartes ne peut rien m'oter d'autre que la vie.

La blessure à vif que le Roi Pirate tenait secrète parut refleurir. Il reprit :

- Mais ma fille est bien trop jeune pour souffrir à cause des erreurs faites par son père. Aide-moi à la sauver. Aide-moi à sauver Camille, prisonnière sur Puerto Blanco. Prisonnière de mes anciens alliés. Aide-moi à me venger du Profanateur, de la Caraccapa, de Madame qui les gouverne tous. Aide-moi à sauver Camille, et je te couvrirai d'or.

D'un geste déséspéré, la prophétesse de Scarborou'Gh tendit ses mains vers celle du Loup de la Passe.

- Rien ne se perd jamais Franco Guadalmedina, sussura-t-elle avec son accent du Sud aux mille parfums.
- Quoi ?
- C'est tout ce que je peux te dire. Mais n'oublie jamais ces paroles, si tu veux sauver ta fille. Rien ne se perd jamais. J'ai la lèvre humide et je sais la science de perdre au fond d'un lit l'antique conscience. J'abandonne aux morsures mon buste, je m'avance à l'attaque, je grimpe aux baisers ; et les Dieux impuissants se damneraient pour moi.
- Tu sers Özan ?
- Rien ne se perd jamais, Roi Pirate... Tout finit par réapparaître. Ici ou ailleurs.

Franco écarta des siennes ses mains et, sans sourire, fit claquer sa cape sur ses talons en se retournant.

- Merci. »

L'on entendit alors un bruit. Le coup de feu porté par le pistolet de Franco. Á quelques pas du pirate, la jeune Saphyr tomba la main sous le sein d'où s'élargissait un point rouge. Et sa bouche de fraise se tordait ainsi qu'un serpent sous la braise.

Franco Guadalmedina, le Loup de la Passe, Roi Pirate, Capitaine de l'Alvaro de la Marca songea qu'il n'avait plus vu Lilith depuis qu'elle avait vaincu le Général Alorrän pour lui. Mais il n'avait pas le temps de penser. Il devait commander le départ de l'Alvaro de la Marca. Silencieux comme une pierre, il aurait voulu rugir dans le vide et les profondeurs de l'ombre. Au-dehors, la vague était écume et la flamme fumée.

À toi beau geôlier...


Sa dernière pensée fut pour le geôlier qui retournait dans sa cage.
Niveau 2
avatar
Je suis dispo pour : Tout RP
Identité : Fiche Perso
Groupe : Neutre
Race : Humain
Expérience : 71
Voir le profil de l'utilisateur
Niveau 2


Spoiler:
 




" Votre véritable nom, Loup, je ne le dirai pas. Car il est tout-à-fait impossible que l'on vous prenne pour un autre."
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
Revenir en haut Aller en bas
Page 1 sur 1
Sauter vers :

Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'Aube des Mondes :: Le monde :: Mers et océans-