Le Corbeau et le Pygargue

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Jeu 1 Mar - 16:51
Cela faisait plusieurs jours à présent que je passais mes journées entre mon QG à entraîner mes nouvelles recrues et l’école de Vÿ à partager un moment intime et également apprendre à maîtriser mon pouvoir avec son aide. J’avais fait des progrès considérables à ce niveau là et je commençais à prendre conscience de mon autre moi. C’était étrange, terriblement déstabilisant même. Était-elle moi ? Était-elle une autre facette de ma personnalité ? Était-ce une autre personne ? Ou bien était-ce mon reflet sombre, comme l’autre face d’un écu ? La seule certitude que j’avais, c’est qu’elle était devenue consciente, elle n’était plus une simple machine à tuer.

Les semaines passèrent avant que Vÿ ne retrouve le goût de l’aventure et parte pour Juier, s’occuper de sa nouvelle possession. Je l’accompagnai donc, suivie par Nihil, mon acolyte, au port où un navire fut autorisé par le Royaume à lever l’ancre et faire voile jusqu’à Kaïl. J’eus un petit pincement au cœur à son départ, mais j’étais heureuse que l’on puisse vivre chacun de notre côté. A présent qu’elle était partie, je devais également m’occuper d’un autre sujet très important : le Royaume.

L’assaut qui avait été lancé sur Zaï’Han par le Royaume avait coûté la vie à beaucoup de personnes, causé des dégâts importants, et mis sans dessus-dessous la ville. Ils avaient cependant réussi à rétablir un peu l’ordre et à se mettre d’accord avec le régent de la ville pour qu’aucune autre échauffourée n’ait lieu et que la nouvelle gouvernance se fasse en douceur et non dans un bain de sang. Je devais malgré tout mettre les choses au clair avec ces gens là, d’autant que mon autre moi était activement recherchée par le Royaume. Heureusement pour moi, personne n’avait pu donner de signalement précis me concernant d’autant que mon apparence changeait radicalement lorsque j’étais sous cette forme. L’on parlait juste d’une arcaëllienne aux cheveux d’argent, au teint pale et aux yeux rouges comme le sang. Par précaution j’avais tout de même changé de tenue et ne comptais plus jamais la reporter, au moins pendant quelques temps.

Alors que je continuais à suivre des yeux le navire qui s’éloignait à l’horizon, je m’aperçus de la venue de deux autres bâtiments, plus grands, plus impressionnants, portant les couleurs du Royaume. Il y eut beaucoup d’agitation autour de moi, les royalistes présents semblaient se préparer à un éventuel assaut, ce qui était étrange étant donné qu’il s’agissait vraisemblablement d’un navire allié. Je me dirigeai vers le capitaine de l’escouade d’un pas énergique sous les protestations de Nihil qui me demandait de me faire discrète et de ne pas chercher les ennuis.

- Hé ! Capitaine ! Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi vos hommes sont au branle-bas de combat ?
- Mais qui êtes-vous ? répliqua le tahora d’un ton méfiant.
- Une citoyenne inquiète ! Alors maintenant, dites moi ce qu’il se passe !
- Je ne peux rien révéler à une civile ! Écartez-vous du port, quittez les lieux sur le champs ! C’est une question de sécurité !

Il se tourna vers ses hommes, faisant mine de m’ignorer complètement, affichant un visage impassible. Le mage à mes côtés me souffla alors de laisser tomber, que ça ne vallait pas le coup de finir en prison pour ça. Je n’étais pas du même avis. Je saisis le capitaine par l’épaule et le tournai vers moi, le regardant avec férocité.

-  Je vous interdis de m’ignorer, Capitaine ! La ville a déjà été mise sans dessus-dessous, et cela ne doit pas se reproduire ! Vous nous l’avez garanti !
- Nous vous avons garanti la sécurité, et c’est ce que nous allons assurer ! Maintenant, fichez le camps ou je vous fais mettre aux fers !

Il se saisit de ma main et la dégagea de son épaule en me jetant un regard méprisant avant de retourner auprès de ses soldats. Nihil me foudroya du regard, m’implorant de ne pas insister.

- Tahiri, laisses tomber ! Tu vas finir en prison à le chercher comme ça !

Je lui fis signe de se taire ava nt de partir à la poursuite du royaliste.

- Avouez tout de même que c’est étrange de vous voir vous regrouper, armes en main à l’approche de deux de vos navires !
- Pour la dernière fois, Madame, veuillez avoir l’obligeance de quitter les lieux. La situation pourrait s’avérer dangereuse et je ne voudrais pas qu’il vous arrive le moindre mal !
- Et maintenant vous êtes aimable et inquiet pour ma sécurité ? m’étonnais-je. Non non non non ! Vous me cachez quelque chose capitaine !
- Je n’ai pas de compte à vous rendre, Madame ! Maintenant, veuillez m’excuser, mais le devoir m’appelle ! Si vous m’interrompez encore une seule fois, je serais contraint de vous mettre aux arrêts !

Il ne voulait décidément rien me révéler, pas la moindre bribe d’information ne sortirait de sa bouche. Il me fallait une autre solution pour apprendre ce qu’il se passait par ici. Si la situation était si urgente, il n’aurait pas le temps de me faire mettre aux fers.

- Ah oui ? Vraiment ? Et bien allez-y ! Faites moi prisonnière !
- Mais qu’est-ce que… Oh pitié ! Bon… Vous l’avez cherché… Sergent Longrim, mettez cette femme aux arrêts et surveillez la attentivement, nous déciderons plus tard de ce que nous ferons d’elle.
- Merci ! C’est gentil !

Le capitaine soupira et leva les yeux au ciel avant de se rendre compte de la présence de Nihil.

- Mais qu’est-ce que tu fais ? s’écria se dernier à mon encontre. T’es complètement barjot ! C’est ça ton idée de génie ? Te faire emprisonner ?
- Sergent… Mettez aussi son compagnon aux arrêts… soupira le capitaine.
- Quoi ? Mais… Non ! Je n’ai rien fait ! Hé ! Lâchez-moi ! J’ai une tête de criminel ? Est-ce que j’ai une tête de criminel ? s’écria Nihil. Je ne voulais pas venir ici en premier lieu ! Je n’ai jamais...
- Taisez-vous, et affrontez la situation comme un homme, Monsieur ! rétorqua le capitaine. Maintenant, vous m’excuserez, j’ai quelqu’un à accueillir avec le plus grand des intérêts !

Tandis que le sergent nous menottait, les yeux de Nihil se fixaient sur moi, exprimant la colère et l’incrédulité.

- Tu es sérieuse ? C’est quoi le plan exactement ?
- Assister à ce qu’il va se passer, répliquai-je.
- Vous avez le droit de garder le silence, prisonniers, et je vous le conseille vivement ! grogna le sergent.

Nous nous tûmes tous les deux, Nihil affichant une mine sombre tandis que je continuais de sourire. Nous attendîmes ainsi en silence l’arrivée des deux navires du Royaume.

***

Maître De Vulpère observait attentivement le port de Zaï’Han depuis le pont du Reanspell. Il voyait déjà les troupes s’y masser, attendant leur arrivée prochaine. Il ricana, affichant un sourire toujours aussi malicieux. La situation l’amusait énormément en réalité, il savait qu’il n’avait rien à craindre. Personne sur ce navire n’avait rien à craindre à vrai dire, car le Renard avait judicieusement averti les forces du Royaume de leur arrivée et de son implication dans la désertion supposée du Reanspell et du Prince d’Hytraz.

- Commodore, lança-t-il au Pygargue d’une voix enjouée, on dirait que l’on prépare notre accueil ! Ah ah ! Bien ! Avant que cela ne se complique, je vais vous donner quelque peu la marche à suivre. Voilà ce qui va se passer : Nous allons accoster ici, à Zaï’Han, j’ai informé, comme je vous l’ai dit tantôt, le Général Tullius du contre-ordre que j’ai exigé de vous. Il est clair cependant qu’il ne va pas nous accueillir à bras ouverts et qu’il se méfiera de nous. Quand nous serrons amarrés, ses hommes vont sûrement vouloir nous faire venir jusqu’à lui pour avoir quelques explications. Je me chargerai de le convaincre que tout ceci a été évidemment orchestré dans l’intérêt du Royaume et vous décharger de tout chef d’accusation qui pourrait vous rendre coupable de trahison, insubordination, et j’en passe des meilleures. Ils vont exiger de nous, tout naturellement, que nous montrions patte blanche, il faudra se montrer exemplaire, comme nous nous devons de l’être vis à vis de notre nation. Vous serez à nouveau sous l’autorité du Général Tullius. Mais ne vous y trompez pas, nous serons amenés à nous revoir très bientôt, et à ce moment là, j’aurai peut-être des missions spéciales à vous confier. Pour ma part, je vais devoir quitter votre compagnie un moment pour accomplir mes devoirs envers la Couronne sur le sol de Zaï’Lou comme j’aurai normalement dû le faire.

Le Renard sembla réfléchir un instant avant de se tourner à nouveau vers le Commodore. Pour la première fois, il put le voir sans le moindre sourire au visage.

- Encore une chose… Gardez l’existence du masque pour vous ! Personne ne doit savoir ! Il serait beaucoup trop convoité ! Mais je vous laisse seul juge de cette décision.

***


Lorsque les navires arrivèrent à quai, une armée les attendait. On mouilla l’ancre, on arrima les bâtiments, avant que l’on ne déploie les ponts de liaison. Nihil et moi étions tous les deux derrière, menottés et surveillés de près par le sergent à qui l’on avait confié cette tâche. C’est alors qu’apparut sur le pont un drôle d’individu, un xen pour être précis, avec une face souriante et les yeux plissés. Sa longue chevelure rousse, coiffée élégamment, était presque trop parfaite, on aurait dit celle d’une femme.

- Bien le bonjour, Capitaine ! De ce que mes yeux m’offrent comme vision, vous attendiez notre venue avec la plus grande des impatiences ! Quel accueil, c’est un régal et un plaisir de voir tant de fougue ! Oh ! Vous avez même sorti les armes, les uniformes et… serait-ce une odeur de poudre que je sentis à l’instant ?
- Oh non… Pas lui… soupira le capitaine en question. Maître De Vulpère… On m’avait signaler votre présence à bord mais je ne pensais pas que vous seriez le premier à vous présenter à nous.
- Si fait, l’ami ! J’aime les surprises, en particulier lorsqu’elles viennent de moi ! N’aimez-vous point les surprises ?
- C’est assez, Maître ! A présent vous allez descendre et nous suivre en compagnie du Commodore ! Le Capitaine De Klemmens est également invité à se manifester dans les plus bref délais !
- Il n’est pas à bord, Capitaine ! Il est…
- Oui, je sais ! Il est à bord du Prince d’Hytraz, merci !
- Alors pourquoi l’inviter à se manifester alors qu’il n’est point ici ?
- Je…

Le Capitaine eut une hésitation. Ce De Vulpère me plaisait bien en fait. Je ricanai tandis que mon complice soupirait de désespoir. Le regard du xen royaliste se posa sur nous avant de se tourner à nouveau vers l’officier qui retrouva finalement ses mots.

- Juste pour vous informer que le Capitaine De Klemmens va devoir autant s’expliquer que vous !
- A vrai dire, je ne crois pas, Capitaine ! J’ai expliqué au Général que l’absence de ces deux bâtiments étant entièrement de mon fait ! Le Capitaine De Klemmens et le Commodore De Everhell n’ont absolument rien à voir dans cette histoire et rien à se reprocher ! Je serais le seul à venir m’expliquer avec le Général Tullius ! Vous n’êtes autorisé, Capitaine, qu’à faire surveiller ces deux bâtiments. Tant que je serais là, personne ne mettra le pied sur le Reanspell ni le Prince d’Hytraz, et leurs commandants devront rester à bord.
- Vous n’avez en aucun droit un telle autorité ! Je…

Le nommé De Vulpère retroussa une de ses manches et présenta son bras au Capitaine. J’étais trop loin pour voir de quoi il s’agissait exactement mais je vis l’officier se figer avant de reprendre la parole d’une voix chevrotante.

- Je… Pardonnez-moi ! Je vais vous conduire au Général sur le champs !
- Bien bien bien ! Voilà l’attitude que je voulais voir ! Le Capitaine De Klemmens et le Commodore De Everhell viendront prendre leurs ordres d’ici peu, mais pour le moment, je serais le seul à me présenter au Général !
- Oui, Maître De Vulpère.
- Oh ! Encore une chose, Capitaine : qui sont ces deux individus ?
- Qui ?
- Les deux arcaëlliens que vous tenez menottés !
- Oh… je… De simples civils ! Ils n’ont pas voulu obéir quand on leur a donné l’ordre d’évacuer les lieux ! Je les ai tout naturellement mis au fer !
- Je vois…

Le xen resta un moment à réfléchir avant de se tourner vers nous avec un sourire qui me glaça le sang. Mais comment se type pouvait-il garder un sourire pareil dans une telle situation ?

- Faites les venir, Capitaine !
- Pardon ?
- Pardon, « Maître » ! rectifia De Vulpère.
- Heu…
- Ah… Vous êtes désespérant de gaucherie, Capitaine… Faites place !

D’un geste de bras, l’élégant xen fit s’écarter les rangs à son passage jusqu’à nous. Il afficha une mine réjouie et s’adressa à nous avec enthousiasme.

- Madame, Monsieur, bien le bonjour ! Je me présente, Maître De Vulpère ! À qui ais-je l’honneur de m’adresser présentement ?
- Tahiri Rösenwand, répondis-je, chef des Corbeaux de Zaï’Lou !
- Chef des Corbeaux de Zaï’Lou ? m’interrompit-il avec surprise. LA fameuse Tahiri Rösenwand !
- Heu… On se connaît ? lui demandai-je avec circonspection.
- Non ! Enfin moi, si, je vous connais ! Aaaah ! Tahiri Rösenwand… J’ai adoré votre duel avec Lilith Yakan ! C’était… éblouissant ! Prodigieux ! A l’occasion, vous devriez vous mesurer aux autres fines lames du Royaume ! Je connais d’ailleurs une personne fort habile dans le domaine et il se trouve juste à bord de ce navire ! Ah ah ah !
- Heu… Ouais ?
- On ne dit pas « ouais » mais oui, surtout en présence d’un gentilhomme comme moi, Madame ! Pourriez-vous m’éclairer sur votre présence sur le port et surtout… pourquoi vous a-t’on enchaînée ?
- Et ben… il se trouve que je venais vérifier que le Royaume n’allait pas encore déclencher la panique générale dans la ville avec sa chasse aux pirates…
- Ah ? Voyez-vous cela… Comme c’est intéressant ! Très intéressant ! Je dirais même que c’est la première chose intéressante que j’entendis depuis que je posai le pied à terre, ici même. Vous allez peut-être pouvoir nous éclairer sur certains points ! Mais voyez-vous, j’ai une affaire à régler avec le Général Tullius en premier lieu. Oh ! Je sais !

Il claqua des doigts et se tourna vers le Capitaine qui le regarda avec mépris. Il ne devait probablement pas apprécier que ce De Vulpère l’appelle comme un vulgaire toutou.

- Faites-moi libérer ces deux là, Capitaine ! Vous allez les faire monter sur le Reanspell !
- Quoi ??? s’écria le Capitaine scandalisé.
- Fit le crapaud !
- Hein ?
- … deux, trois, SOLEIL ! J’ai gagné ! Ahahah !
- Mais…
- Oh ! Arrêtez, Capitaine ! Ça devient laçant ! J’adore jouer mais ce n’est pas le moment ! Je viens de vous demander à l’instant de libérer ces deux arcaëlliens et de les faire monter sur le Reanspell ! Dois-je également m’habiller d’une robe de courtisane et de vous faire la révérence pour que vous eûtes décidé d’exécuter mes ordres ?
- Non… Mais… C’est insensé !
- Non, bien au contraire, Capitaine ! C’est parfaitement réfléchi ! Faites monter ces deux personnes à bord, et surtout… et bien laissez les tranquille ! J’aimerai que le Commodore puisse avoir leur version de ce qu’il s’est passé ici avant d’avoir celle du Général…
- Que… C’est de lèse-majesté !
- Je crois, au contraire, que nous avons tout intérêt à faire cela pour la Couronne ! Capitaine, faites les monter ! C’est un ordre !
- Heu… On peut donner notre avis ou tout le monde s’en fout ? demandai-je.
- Oui… On aimerait bien avoir notre mot à dire… soupira Nihil.
- Ah ah ah ! Je crains malheureusement que je ne puisse vous accorder ce privilège, Dame Rösenwand.
- J’en informerai le Général !
- Mais faites donc, Capitaine ! Avant cela, cependant, je dois vous rappeler quelque chose…

De Vulpère se pencha vers l’officier et sembla lui susurrer quelque chose à l’oreille. Le tahora devint tout pale et se raidit, le visage exprimant l’effroi.

- Comment vous… ?
- La question n’est pas comment ! La question est : Êtes-vous sûr de vouloir cela ?
- Très bien ! Très bien !! Sergent !!!! Enlevez les fers de ces deux personnes et faites les monter à bord du Reanspell !
- A vos ordres, Capitaine !

On nous défit de nos fers, et nous fit monter à bord du fameux Reanspell. Je ne savais pas si je devais considérer cette nouvelle situation comme pire que celle dans laquelle nous nous étions trouvé ou plus enviable. L’avis de mon ami magicien semblait cependant très clair à ce sujet.

- Un jour, ta curiosité nous tuera… grommela-t-il.
- T’en fais pas ! Je suis sûre que ça va bien se passer…

J’empruntais alors la passerelle pour rejoindre le bâtiment, suivie de près par Nihil et le sergent qui avait la charge de nous y mener. Je levai mon regard et aperçus alors un xen portant un uniforme d’une extrême finesse, coiffé d’un haut de forme qui couvrait de longs cheveux noirs, les yeux brillants d’un éclat bleuté envoûtant. Il était bel homme, le bougre !

- Fu fu fu ! Je crois finalement que les choses ne vont pas aller si mal que tu le penses !
- Pfff… J’abandonne… tu es incorrigible…
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Homme, femme... du moment que ça se baise...
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Lun 5 Mar - 0:27
Tu fermeras l'oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.

Rimbaud



Le Commodore De Everhell et le Capitaine De Klemmens:
 


Le Reanspell:
 


Le Prince de Hytraz:
 


Le Premier Lieutenant du Reanspell :
 


Le Premier Lieutenant du Prince de Hytraz :
 


Le Commandant Guysarmier de bord :
 



Le Pygargue aperçut attablé sur sa gauche Maître Eugène Matter, l'Officier Ministériel et Secrétaire Royal dépêché de Hytraz qui refermait son carnet de note. Lui-même venait de conclure la réunion privée qu'il venait de tenir en son bureau avec son état-major. Autour de la même table se trouvaient donc les supérieurs du Reanspell et du fier bien que plus modeste Prince de Hytraz. Le secrétaire Matter était présent ainsi que lui-même et le Capitaine Horace De Klemmens. Les Premier Lieutenant des vaisseaux se trouvaient à table également, Jonathan Drake, qui avait pris ses quartiers sur le Prince dès leur départ de Bazken, à Mar'Baal et Maître Sullivan De la Maison Mihanthesen. Ce dernier avait commencé ses services en tant qu'Officier confirmé à bord du Prince de Hytraz à l'époque où De Everhell n'était pas encore Commodore de la Marine Royaliste, puis il était monté en grade afin de passer Second du même bâtiment, avant de muter sur le Reanspell où, des ordres directs de Klemmens il était passé à ceux du Pygargue. Elève prometteur de l'Aristocratie Ailée de Hytraz, Sullivan De la Maison Mihanthesen avait tout d'un futur Capitaine au long cours pour le compte des Cités-Blanches. Le Commandant de la légion de Guisarmiers à bord du Reanspell était également présent, Andrea De Valyri, un Tahora aux exploits relatés dans tout Hytraz. Présents également les Major De Toulouze et D'Orjon, Quartiers-Maître Ailés des deux bâtiments et qui avaient leur mot à dire. La réunion de cet état-major, planifiée par Le Pygargue en lui-même avait simplement pour but de faire le point autour du voyage des deux vaisseaux équipés en course, partis de Hytraz il y avait de ça plusieurs mois afin de jeter les ancres tout récemment en Zaï'Lou, en la cité de Zaï'Han. Manquait à ce tableau plus que ce très cher Maître Godfrey De Vulpère, l'Ombre de la Reine et qui avait été le premier des deux bâtiments confondus à mettre pied à terre, allant d'enquérir de sa mission auprès du Général Tullius. Le soleil brillait par-delà les baies vitrées de la Cabine et sa chaleur se reflétait à travers le verre, inondant les bois du Reanspell. C'était une bonne après-midi qui s'annonçait pour tous ces marins de la Royale. Tous ces hommes, Xen et humain, à l'allure fière et au corps souple comme un roseau se levèrent et, après des hochements de la tête et des poignées de main, se dirigèrent vers la porte une fois la séance levée. L'état major du Pygargue pouvait se disloquer de nouveau, chacun prendre sa place à bord de tel ou tel bâtiment afin de s'assurer qu'y règne la discipline. Quant aux Capitaine, De Everhell et De Klemmens, ils avaient un rendez-vous plus qu'urgent à honorer en la compagnie de l'Auguste Général Tullius. Ce dernier portait sur ses épaules, et dans tout Arcaëlle, une réputation telle que ses amis le respectaient et ses ennemis le craignaient. On disait du Général Tullius qu'il n'avait pas son pareil pour tracer son sillon dans les rues insubordonnées à coup de mitraille. Sa prestance n'avait d'égal que son tempérament quelquefois excessif.

Mais, alors que Le Pygargue suivi de son cher Horace De Klemmens et, sur leurs talons, Maître Drake et De Mihanthese et le Commandant de Valyri ouvrait la porte de sa cabine et se dirigeait droit sur le pont, sous l'ombre du gaillard d'arrière, ils tombèrent nez à nez sur un petit groupe de civils qui n'avaient visiblement rien à faire là. Les guisarmiers du Commandant Valyri avaient déjà la main sur leurs armes et entourait ce drôle de cercle, impromptu qui plus était, informant la jeune femme et le jeune homme qui l'accompagnait, tous deux escortés d'un soldat aux couleurs du Royaume et des Blancs, qu'ils n'avaient aucune autorisation de se trouver à bord du Reanspell. Et cela, Mickaël Vinzent De Everhell pouvait l'approuver car une autorisation, il n'en avait délivré aucune. Le Reanspell et ses voiles rouges avait beau se jouer des vagues avec l'adresse d'un poulain espiègle, il n'en restait pas moins un bâtiment de guerre.

La femme qui se trouvait à bord face à lui avait tout pour plaire, songea-t-il en son for intérieur. Et si il était accoutumé aux mille teintes et coloris qui composaient les perruques très à la mode de l'Aristocratie Ailée (particulièrement Xen) des Cités-Blanches, il fut tout de même surpris de l'éclat émeraude qui serpentait sur les épaules de la belle à la peau hâlée, faisant la chevelure courant sur l'encolure. Le Pygargue ignorait si cette jeune femme, presque une femme enfant, était une native de Zaï'Han mais tout en sa personne démentait une quelconque appartenance au Royaume. Le Commodore Du Reanspell lui trouva un air légèrement fruste, presque sauvageon. Cependant, il ne la rudoya pas et se découvrit de son chef tandis que le Commandant Andrea écartait doucement ses guisarmiers. Très bien mis et repassé sur lui-même, Le Pygargue salua les trois personnes qui se trouvaient là en une révérence fort bien maîtrisée, puis il se présenta en des termes simples avant de leur présenter les trois hommes qui le suivaient, Maître Jonathan Edward Drake, De Mihanthesen et De Klemmens. A bord du Reanspell et du Prince de Hytraz, il était clair que le lignage des sang purs et ailés dominait. La voilure rouge du navire déployée dans l’alizé était d'une splendeur incomparable. Les voiles étaient neuves, Le Pygargue les avait faites remplacer à Hytraz juste avant leur départ.

« Malheureusement, s'excusa-t-il auprès de la femme et des deux hommes, je n'ai point de temps à vous accorder ; ceci car un rendez-vous fort pressant me réclame sur terre. Je me dois également d'aller enregistrer ma commission au greffe du lieu où je m'apprête à complémenter mon armement. Le Royaume ne manquera point de punir du dernier supplice les gens de méchantes qualités.

Il avança de quelques pas, s'appétant à enjamber la passerelle déployée, liant le pont du bâtiment au quai du port.

- Je ne veux point laisser tomber ma plume au vent chers visiteurs, ni vous paraître inconvenant, mais sans l'appui d'une commission signée de ma main ou de celle du Général, vous n'avez point l'autorisation de circuler à bord du Reanspell ou du Prince. Je suis donc contraint de vous demander de quitter le bord de mon bâtiment. Messire De Mihanthesen, qui est le Second à bord, va vous faire raccompagner. Le Reanspell demeure un bâtiment armé pour la course et il est interdit à la curiosité du public, vous m'en voyez navré.
- C'est que, Messire Commodore...commença le soldat qui accompagnait la femme aux cheveux émeraude et son compagnon.

Le Pygargue se retourna, à quelques pas de la passerelle, Klemmens sur ses talons.

- Me voilà incorrect et insolent Messire, j'oubliais de vous demander votre nom.
- Je suis Rubard Melville, Commodore. Au service du Royaume !
- Eh bien nous voilà Maître Melville. Que prétendez-vous faire en menant ces deux personnes à mon bord ? Le Royaume admire les visages riant comme celui de cette charmante Damoiselle qui semble se rire de la situation, mais me voulez-vous faire excéder aujourd’huy par vos actions impromptues ? De qui avez-vous reçu cet ordre de faire monter à bord des civils ?
- C'est que Commodore De Everhell, baragouina le jeune soldat, comme je tentais de vous l'expliquer, je n'ai reçu mes ordres que de Sire De Vulpère.

Il y eut un silence.

- Vous savez, reprit le soldat, c'est celui que l'on surnomme à la Cour le Sire Rena...
- Je sais qui est Godfrey De Vulpère, dit Le Pygargue en fronçant légèrement les sourcils.

Car si il y avait bien une personne, une seule, qui avait le pouvoir de faire naître à son propre bord un gouffre aux quatre vents, c'était Maître De Vulpère. Le Pygargue se demanda ce que pouvait bien signifier tout ceci et ce qu'attendait de lui l'Ombre de la Reine. Il y avait néanmoins des décisions qu'il avait peine à contredire. Conscient que le Général Tullius l'attendait et que la discussion qui s'annonçait entre eux ne serait point plaisante pour lui -tout dépendait de la défense que lui aurait concocté le Renard !- Le Pygargue se retourna complètement vers les civils. La Dame avait l'air de ne pas saisir tous les aspects de la situation elle non plus. Mais, à la différence de Horace De Klemmens et lui-même, aucun trait de son visage d'enfant ne paraissait indiquer qu'elle s'en inquiétait. Il n'avait point envie de faire attendre trop longtemps le Général, cependant les règles de la courtoisie le disputèrent à la ponctualité. Il ne pouvait se permettre de se retourner en laissant à son bord ces deux individus dont il ne savait rien.

- Le hasard nous fait bien perdre un temps qui nous est cher, dit Horace De Klemmens en fourrant entre ses lèvres un rouleau fin de tabac.

Le Pygargue soupira et son chapeau toujours en main offrit son bras à la Dame qui ne le lâchait plus des yeux. Un instant inquiet pour sa tenue, il se rengorgea en constatant que son uniforme, ses manchettes et les plis de son col étaient parfaitement lissés.

- Disons pour réplique, cher Horace, que le temps découvre les secrets ; le temps fait naître les occasions ; le temps confirme les bons conseils.

La jeune femme s'était pendue à son bras et Le Pygargue devina instantanément à ce toucher qu'elle n'avait rien d'une comtesse ou d'une marquise. Il restait cependant gentilhomme, et elle restait une femme.

- Parlez jeune Damoiselle, avança-t-il d'une voix qu'il voulait douce en gardant au creux de son coude son haut-de-forme. Voyez les sons et les parfums tournant dans l'air du jour. Je suis tout ouïe à vos désirs. Exprimez-les moi, et je les exaucerai du mieux que je le pourrai.

Il ôta ses gants qu'il enferma dans l'une des poches de son veston.

- Vous ne portez point la peau blanche, sourit-il à son hôte, mais je devine à votre visage que vous possédez tout ce qu'il vous faut pour être danseuse ou marquise. Me trompe-je jeune Damoiselle ? »
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Le masque de Kaliqua

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Mar 6 Mar - 10:15
Voilà un homme qui ne manquait ni d’élégance ni de bonnes manières. Pouvais-je cependant me fier à lui ? Difficile à dire, le Commodore De Everhell semblait aussi bon que courtois, mais j’avais appris à me méfier des apparences, elles sont bien souvent trompeuses. Je devais pourtant admettre que sans l’intervention du Maître De Vulpère, j’aurais été dans une situation plus que délicate. Mais bon… puisqu’il m’offrait à présent son bras, je n’allais pas me faire prier. Après tout, je n’avais jamais refusé une si charmante invitation.

Accroché à lui, je pouvais à présent le détailler avec plus de précision. Il était admirablement beau, j’avais déjà la tête pleine de situations qu’il aurait sans doute trouvé inconvenantes. Il me fallait cependant répondre à ses questionnements et nourrir  sa curiosité en premier lieu avant de songer à le mettre dans mon lit… ou dans le sien ! Un Commodore… Ça serait bien la première fois que je coucherai avec un officier si l’occasion m’en était donné. J’en jubilais d’avance.

- Exaucer mes désirs du mieux que vous le pourrez ? Voyez-vous cela ! A votre place, Commodore, j’aurai réfléchis à deux fois avant de me prononcer ces mots, mais vous n’êtes pas moi et vous ne me connaissez pas encore !
- Oh non… Il est clair que vous ne la connaissez pas… soupira Nihil.
- Silence, Nihil ! Maman est en train de parler avec des grandes personnes !
- Je te hais… susurra-t-il entre ses dents.
- Ne faites pas attention à lui, c’est un gentil bougre mais il a sale caractère ! Bref… Pour répondre à votre question…

Je me mis à pouffer de rire. Danseuse ou marquise… Si j’avais une seule fois été danseuse, c’était danseuse de charme, et pour ce qui est de marquise… et bien j’avais déjà couché avec une certaine marquise, mais cela n’en faisait pas de moi l’une d’elles pour autant que je sache. Alors que nous avancions bras dessus bras dessous avec le Commodore, je lui jetais un regard espiègle, affichant mon plus beau sourire.

- Je ne suis pas une marquise, non ! Je sais danser en revanche, mais ça n’en fait pas mon métier ! Non, je suis désolée de vous l’annoncer ainsi, Commodore, mais je ne suis qu’une simple roturière ! Rustre et pas forcément la mieux élevée d’Arcaëlle. Vous devez probablement vous douter que sur Zaï’Lou, la noblesse n’a pas vraiment cours. Et puis… Je ne viens même pas de Zaï’Lou à vrai dire, mais je compte bien en faire mon lieu de résidence dans un lointain futur. Pour l’heure, Zaï’Han reste mon foyer, là où je peux continuer de me réfugier si mes aventures se déroulent mal !

Le xen m’invita à entrer dans sa cabine, accompagnés de tous les autres, avec la plus grande des courtoisies. Je l’en remerciais et alla m’installer sur un des confortables fauteuils qui se trouvaient là. Je me relevais finalement, interloquée par toutes les babioles qui se trouvaient là. Je n’avais jamais vu tous ces instruments que les marins utilisaient pour se repérer et naviguer sans se perdre. Je posais mes doigts avec délicatesse sur ce que l’on appelait un compas et en fit le détour.

- Intéressant ! Hum… Excusez-moi ! C’est la première fois que je vois ce genre d’instrument, je ne suis pas vraiment marin…
- C’est un compas, Tahiri… soupira Nihil.
- Un compas ! Fascinant… Bref ! Il me faut me présenter, je crois ! Je me nomme Tahiri Rösenwand, chef des Corbeaux de Zaï’Lou ! Je suis une mercenaire et une fine lame !
- Elle a oublié de préciser : « Une mercenaire ratée, qui n’a pas un sous en poche ! » répliqua Nihil d’un ton sarcastique.
- Roh, la ferme, Nihil ! Le Commodore se moque bien de ça ! Il est bien au-dessus de cela ! Non… Je crois que le Commodore souhaiterait savoir ce que nous désirions à nous trouver ici ! A vrai dire je voulais m’assurer que l’incident qui a eu lieu il y a quelques semaines de cela, ne se reproduise pas ! Non, parce que figurez-vous que la venue du Royaume a suscité l’inquiétude des pirates et malfrats de tout bord qui se trouvaient ici… Résultat ? La moitié de la ville a failli finir en cendre !! Je me doute que vous n’étiez pas là au vu de votre ressente arrivée et de ce que j’ai entendu dire, seulement voilà, le fait est que Zaï’Han a été le spectacle d’un massacre et d’un pillage sans précédent et je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour empêcher que cela ne se reproduise ! Entre les tirs de canons, le fluide qui a fusé, et l’acier qui a dévoré la chair…  la ville a subi de lourds dégâts, et je ne parle même pas des morts civiles et crimes qui ont été perpétrés à leur encontre… Alors s’il y a une chose que je désire et que vous pourriez exaucer pour moi, Sieur De Everhell, c’est de dire à votre Général d’éviter le massacre la prochaine fois…
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Sam 10 Mar - 4:31
Oh ! quand donc viendra-t-il, mon amour, mon orgueil ?
C'est lui qui me fait gaie ou sombre ; il est mon deuil,
Il est ma joie ; et je l'adore.
Il est beau. Tour à tour sur sa tête on peut voir
L'étoile du matin et l'étoile du soir,
Car il est la nuit et l'aurore !

Hugo


Reginald Thorn:
 


Triss:
 



« Des paroles nées de cœur empoisonné...lâcha la première voix masculine sans exprimer le moindre sentiment à l'égard de son interlocuteur.

Triss s'approcha un peu plus de la porte close. Elle colla son oreille au bois brun, afin de mieux saisir ce qu'il se disait à l'intérieur entre les deux Xen. Elle était inquiète pour l'un d'eux.

- Nous avions joué de nos âmes, Horace, répondit la seconde voix sans colère. Tu ne peux pas toujours accuser les miroirs d'être faux.

Triss tressaillit, le corps tendu comme un arc. Elle pressentait une catastrophe. La dernière vision de Baldassare ne prédisait-elle pas l'affliction, la douleur, le déclin puis la mort ? Il lui sembla que, au travers le trou de la serrure par lequel elle glissait son œil, les deux yeux rouges qu'elle adorait et qu'elle aimait brillaient comme des lanternes sur des ruines.

- Mickaël Vinzent comprendra lui-aussi, reprit la voix avec douceur.

Elle appartenait à ce visage rigide mais pourtant si bienveillant, à ses yeux qui appelaient à la paix et à l'amour. La voix poursuivit :

- Le moment venu. Tu lui expliqueras. Notre bruit est celui de la mer à l'assaut des falaises.

Tant de poësie. Triss voyait une main ouverte, tendue entre les deux Xen.

- Horace ?

Alors l'on saisit la main qui avait été tendue, les doigts, l'espace d'un instant se mêlèrent. Triss voyait mal. Elle entendit Baldassare Everhell amener à lui son nouveau partenaire, l'enlaçant avec affection. Parvenaient également aux oreilles de la jeune Ailée les bruits d'agitation du rez-de-chaussée.

Puis soudainement, sans crier gare, l'acier transperça la chair ! Baldassare Everhell s'effondra sur le sol, lentement ! La lame d'une dague enfoncée entre ses côtes ! Le Corsaire restait stoïque, droit comme un piquet, haut comme un gibet, tandis que s'écroulait le pirate aux yeux rouges en un heurt sonore. Ses ailes sifflèrent en s'affaissant. La dague avait été dissimulée dans la manche de Klemmens. Depuis le début. Triss, dissimulée derrière la porte, sursauta ! Elle porta les deux mains à sa bouche, et puis serra. Elle voulait s'empêcher de crier !

- Je sers le Royaume, lâcha simplement le Xen aux yeux bleus.

Ses mots brûlaient comme le givre, même à travers le bois et le trou de la serrure. Chacun des mots de l'assassin étaient rapides et farouches maintenant :

- La mort est le baiser de la bouche tombeau, monsieur. Vous ne connaîtrez jamais l'herbe odorante, sous les arbres profonds et verts, car vous êtes né pour les fructueux pâturages mais vous avez choisi la voie des ténèbres et de la perdition. Une putain avec des airs de marquise sera toujours une putain. Je suis fidèle à votre frère, Mickaël Vinzent. Je suis fidèle à notre Souveraine Amäly Tahora'Han. C'est pour cela que je lui ai proposé mon aide afin de couper une bonne fois pour toute cette mauvaise herbe. Même si cette herbe là qu'on doit couper à une tête. Vous devriez savoir, monsieur, que le loup chaudement fourré vient se jeter droit à la gueule de nos fusils. J'abjure votre nom. J'abjure votre histoire, que je connais en partie pour l'avoir partagée. J'abjure tout ce que nous avons vécu ensemble. Et je vous maudis.

Il se pencha en avant et, à l'aide de sa dague, trancha net la langue du pirate !

- Votre frère ne saura jamais. Pour nous deux.

Triss entendit nettement la sonorité du sang qui giclait sur les murs, sur les rideaux et sur le sol. Elle dévala les escaliers qui menaient au rez-de-chaussée en courant ! Des larmes noyaient ses joues et troublaient sa vision ! Son amant lui avait déjà dit un jour : "Tout en ce monde, même la mort, se déguise et nous ment."

Elle ne l'avait pas cru. Jusqu'à ce jour.


~



- Un compas ! Fascinant… Bref ! Il me faut me présenter, je crois ! Je me nomme Tahiri Rösenwand, chef des Corbeaux de Zaï’Lou ! Je suis une mercenaire et une fine lame !
- Elle a oublié de préciser : « Une mercenaire ratée, qui n’a pas un sous en poche ! » répliqua Nihil d’un ton sarcastique.
- Roh, la ferme, Nihil ! Le Commodore se moque bien de ça ! Il est bien au-dessus de cela ! Non… Je crois que le Commodore souhaiterait savoir ce que nous désirions à nous trouver ici ! A vrai dire je voulais m’assurer que l’incident qui a eu lieu il y a quelques semaines de cela, ne se reproduise pas ! Non, parce que figurez-vous que la venue du Royaume a suscité l’inquiétude des pirates et malfrats de tout bord qui se trouvaient ici… Résultat ? La moitié de la ville a failli finir en cendre !! Je me doute que vous n’étiez pas là au vu de votre ressente arrivée et de ce que j’ai entendu dire, seulement voilà, le fait est que Zaï’Han a été le spectacle d’un massacre et d’un pillage sans précédent et je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour empêcher que cela ne se reproduise ! Entre les tirs de canons, le fluide qui a fusé, et l’acier qui a dévoré la chair…  la ville a subi de lourds dégâts, et je ne parle même pas des morts civiles et crimes qui ont été perpétrés à leur encontre… Alors s’il y a une chose que je désire et que vous pourriez exaucer pour moi, Sieur De Everhell, c’est de dire à votre Général d’éviter le massacre la prochaine fois…

Le Pygargue se demanda quel était pour Tahiri cet important besoin l'ayant fait devancer le déjeuner de si loin ? Pourquoi donc cette jeune femme se préoccupait-elle de la sorte des affaires du Royaume et de Zaï'Han ? Et puis surtout, pourquoi Messire De Vulpère avait-il tenu à la lui présenter ? Car Godfrey De Vulpère, si il avait autorisé ainsi Dame Rösenwand et Maître Nihil à embarquer à bord du Reanspell avait forcément une idée derrière la tête. Une telle pensée n'était point faite pour tranquilliser le Commodore De Everhell. Le Pygargue regardait cette jeune femme, agitée en apparence, claire et directe dans ses propos. Il chercha à prendre sur lui lorsqu'il dut lui donner une réponse :

- Dame Tahiri Rösenwand, tout le plaisir est pour moi. Apprenez très chère Damoiselle ; ces deux vaisseaux que vous voyez-ci, chargés de dizaines de soldats Royalistes n’attendent point que les vents pour partir ou atterir sous nos lois. À ceci il faut une commission pour armer en course et un avis de départ, signé de la main du Général Tullius ou d'un Haut Secrétaire de Sa Majesté la  Reine Tahora'Han. Je vois votre trouble ; j'apprends ce qui le cause et le comprends. Cependant chère Dame, je me dois de vous assurer que mes ordres ne me viennent que du Général, digne représentant du Royaume. Je ne puis donc, à votre demande, intercéder en votre faveur ou quoi que ce soit en plus qui serait contre sa volonté propre, vous m'en voyez sincèrement navré.

Il employait avec Tahiri le même ton de détachement que s'il fut un adulte entouré de jeunes enfants.

- Je demeure néanmoins sans voix face aux agitations dont vous me contez le déroulement. En ma qualité de Commodore de la Marine Royale, je ne puis condamner ni les Dieux ni mes Généraux, toutefois je m'engage sur ma foi en cet instant et fais vœu sur mon cher Reanspell de me dresser face aux hurlements plaintifs, aux bêtes féroces qui entrent à pas furtifs dans les maisons, à l'aube cruelle et enflammée et de représenter dignement sur cette terre et l'honneur, et la patrie.

Face à lui, ses deux interlocuteurs paraissaient visiblement satisfaits quoique surpris, mais il ne fut plus en leur pouvoir de réclamer à ce Commodore qui les recevait quoi que ce soit de plus. Le Pygargue se leva de sa chaise, bien mis sur lui-même. L'entretien était court, il en était conscient, mais le devoir n'avait que trop attendu. Il voulait sur-le-champ congédier Dame Rësenwand et Maître Nihil. Il ne demeurait point l'ami des commérages et palabres qui donnaient beaucoup de jus mais bien peu de fruits. C'est à cet instant que l'un des Guisarmiers de bord frappa à la porte de sa cabine. Le Pygargue l'autorisa à entrer tandis qu'il s'apprétait à raccompagner ses invités avec l'enivrante sensation d'avoir damé le pion au Renard.

- Mon Commodore. dit le soldat après un salut respectueux pour Damoiselle Tahiri et Nihil.
- Je vous écoute, Monsieur Orde.
- Mon Commodore, reprit le prénommé Orde, je reviens tout juste des cales du bâtiment où la prisonnière m'a demandé de vous faire...

Le Pygargue l'arrêta d'un geste de la main. Sec.

- Je sais, je sais... Je n'ai point eu le temps de m'entretenir personnellement avec cette Dame durant la traversée.
- Elle ne vous l'impute point, Commodore. Mais elle souhaiterait vraiment vous voir, à présent. Maintenant que nous sommes arrivés en Zaï'Lou, dit-elle. Je crois qu'elle souffre un peu, Commodore.

Le Pygargue soupira. Près de lui, Dame Tahiri Rösenwand et Maître Nihil se dévisageaient en faisant de grands yeux. Son Guisarmier avait décidément la langue bien trop pendue. Les civils qu'étaient Tahiri et son compagnon n'avaient pas à savoir que le Reanspell faisait des prisonniers. Les yeux bleus du Xen volèrent dans le vague durant quelques secondes.

- Les cœurs enflammés par les obstacles se refroidissent dans les chaînes et les geôles, dit-il en levant fièrement le menton.
- Heu...Oui mon Commodore.
- Notre prisonnière souffre, disiez-vous monsieur ?
- Oh rien de grave. Un petit peu de fièvre je crois, voilà tout !
- Madame se figure probablement que le spectre de son échec ne lui collerait point à la peau !

Le Pygargue regretta que Horace De Klemmens ne se fut point trouvé avec lui en ce moment. Même si Klemmens ne riait jamais, lui aurait saisi la note d'humour. Il aurait sans doute souri, imperceptiblement, avant de tirer une latte sur sa cigarette. Mais Nihil et Tahiri ne sourirent point.

- Vous savez mon Commodore, avança le Guisarmier en hochant légèrement la tête, il y a une porte au bagne, mais il n'y en a point à la tombe.
- Belle phrase, monsieur Orde. Toutefois cette guerre que nous menâmes à l'Est de Zaï'Lou, selon toute apparence, aurait pu plus longtemps prolonger la souffrance de notre captive scélérate.
- J'entends, Commodore. Dois-je annoncer à la prisonnière que vous ne la visiterez donc point ?

Il y eut un silence, bien vite brisé par Dame Rösenwand qui paraissait presque s'extasier :

- Vous avez des prisonniers à bord ?
- Voila bien la raison pour laquelle le Reanspell n'est point un bâtiment destiné aux civils, s'expliqua Le Pygargue. Maître Godfrey De Vulpère devrait en être averti. Nous ne pouvons jeter par-ci par-là des décisions à l'emporte-pièce.
- Je comprends, dit Dame Tahiri.
- L'être abject que nous croisions au large il y a de ça plusieurs mois maintenant collectionnait les bonnes fortunes, des dames de la cour jusqu'aux filles du ruisseau. Moitié bonne volonté, le reste de force.Vous savez, Dame Rösenwand, notre métier n'est point de ceux qui sont faciles. En mer, le soleil et la mort se regardent fixement. Le soleil rôde et la mort attend son quart. J'ai combattu des navires buvant la mort en plein ocréan. Et il y avait des hommes, si l'on peut encore nommer ainsi de tels coeurs, pour barrer ces navires-là.

Sous cette grande haleine, il y eut un second silence. Les deux invités du Pygargue ainsi que le jeune Guisarmier avaient écouté ses paroles dont tous pouvaient saisir le fond lourd de vérité. Ce nouvel événement vint troubler les projets du Commodore De Everhell. Il ne fut plus question d'éconduire Tahiri Rösenwand et Maître Nihil à terre, mais de se racheter une image. Il se permettait qu'on le rende implacable à leurs yeux mais il empêcherait de se rendre cruel et abusif. Ainsi, Le Pygargue se coiffa de son chef et enfila ses gants.

- Conduisez-moi monsieur. Je vais visiter cette femme détenue à fond de cale, comme elle ne fait que le demander depuis les trois derniers mois.

Dame Rösenwand et Maître Nihil les suivirent de leur gré.

~



Ainsi, les deux invités de Godfrey De Vulpère purent visiter l'estomac sombre et inquiétant du Reanspell. De partout, de l'abîme profond où n'est pas la lumière, jusqu'au plafond où l'espérance allait se casser l'aile, l'obscurité s'était faite son antre. Deux gardes armés de guisarmes accompagnaient Le Pygargue et ses invités. Le Commodore et l'un des marins tenait à bout de bras une lanterne à l'intérieur de laquelle se consummait une bougie, seule source de lumière en cette prison sous-marine. Défilèrent alors sous les yeux de la jeune Elfe et de son compagnon des dizaines de cellules, entretenues mais humides et sombres ; et surtout vides. Une odeur désagréable empoissait les geôles du bâtiment, quand bien même l'écoutille qui faisait le lien vers le pont supérieur demeurait quelquefois ouverte sur ordre du Pygargue ou de Maître De Mihanthesen. On marchait donc, les yeux fixés sur la bougie et sur ses cauchemars, sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit. Là où les prisonniers du Pygargue subissaient leur sort. Cette nuit-là, qui régnait en maîtresse dans le cœur du navire, était sans écho et sans voix. En temps normal, dit Le Pygargue à ses invités, l'on entendait racler contre le sol le travail des pieds nus et meurtris des prisonniers. Puis il prononça enfin tout haut le mot fatidique :

- Des pirates.

Finalement, Le Commodore De Everhell arrêta son pas devant une cellule semblable aux autres, à ceci près qu'elle enfermait un prisonnier. Ou plutôt une prisonnière. Le Commodore leva légèrement sa lanterne, afin de discerner les contours du visage à qui il s'adressait :

- Vous qui vous approchez  et courrez à votre trépas, dit-il d'une voix autoritaire. Vous m'aviez fait appeler.  J'avais eu le bon sens sans doute de ne paraître devant vous que le moins souvent possible. Mais si fait ; me voilà donc.

Sa clairvoyance aristocratique discerna rapidement le mépris dans les yeux de sa prisonnière.

- Je voudrais vous parler seul à seule, dit la femme en faisant claquer les chaînes qui entravaient ses poignets et ses chevilles.
- Je n'ai point de temps pour ça, coupa court le Pygargue.
- Cela fait des semaines que je demande à vous voir, reprit la malheureuse d'une voix étouffée. Puis les semaines sont devenues des mois.
- Je vous ai dépêché un homme de lettres afin de prendre bonne note de votre confession.
- Je ne désirais pas me confesser.
- Alors je ne comprends pas, dit le Pygargue l'air véritablement surpris.

Tandis que la prisonnière aux longues ailes argentées s'entretenait avec le Commodore De Everhell, il y avait un homme qui écoutait non loin. Prisonnier également, entravé au niveau des chevilles et des poignets, le dénommé Réginald Thorn, ancien Second de l'Eradicate attendait son tour au bal des Cités-Blanches. Au bal et au tribunal. Cloîtré dans la cellule face à celle de Triss, Thorn ne perdait pas une miette de la conversation. Et ce qui l'avantageait ? Personne ne l'avait remarqué. La pénombre lui faisait comme un manteau et une seconde couverture. Épaissi d'un large collier de poils drus autour des joues et du menton, le pirate s'approcha doucement. Il ne fit pas tinter ses chaînes afin de ne pas trahir sa présence.

- Je ne suis pas une enfant gâtée par la nature Capitaine, dit la prisonnière, et je n'ai guère jamais été amie des batailles.
- Rappellez-moi votre nom, Damoiselle. Et appellez-moi Commodore.
- Je m'appelle Triss, Commodore. Je constate que vous m'avez déjà oubliée. Après les mille outrages que vous m'avez fais subir.
- N'exagérons rien. Voilà bien un air dont s'étonne celui qui ne sait plus prier !
- Est-ce vous qui me parlez de prières ? cracha presque la femme. Je ne suis pas une pirate. Je suis une barde, de mon métier !
- Vous aviez dans ce cas de fort mauvaises fréquentations, Dame Triss.
- Vous et votre Second m'avez rendu coupable de crimes que je n'ai jamais commis, Commodore ! Tout ça parce que j'abandonnais ma compagnie à celle de votre frère !
- Vous abandonniez votre esprit au libertinage, ce que je dis !

La voix du Pygargue avait claqué, nette et tranchante. Comme un coup de fouet. Il montrait ici, et sans le vouloir, sa haine, sa colère et sa rancune. Ses mots devenaient plus tranchants. Son poing s'était crispé autour de l'anneau de métal, à s'en faire bleuir les phalanges. Voilà bien des mois qu'il n'avait plus entendus ces deux mots là. Votre frère.

- D'ailleurs, reprit-il sec, je ne compte point de frère parmi mon entourage. Je suis fils unique !

Il se remémora alors cette fois-là, à Gran'Dez . Et la jeune femme, canaille comme l'on en faisait plus de surcroît, qui l'avait prise pour Bervers en le suivant jusqu'au Reanspell.

- Vous mentez ! surenchérit la jeune Elfine. Parce que vous savez que lui avait mille vertus que vous n'avez pas. Je plains votre orgueil, Commodore ! Je plains votre nom, vos galons, votre zèle et vos fureurs si mal contenues ! Vous, qui vous faites appeler Homme Juste, et qui condamnez au pire des supplices un...
- Je vous coupe ! Si vous vous apprêtez à dire un ''innocent'' sachez que l'homme duquel vous me parlez était tout sauf innocent !  Par Uoc'Thuy, jura Le Pygargue, se puit-il que venant d’un sexe si agréable votre appel depuis cette cellule m'ait fait perdre autant de temps !

Mickaël Vinzent De Everhell était réellement courroucé.

- Quels triomphes suivront de si horribles actions ? implora Triss. Car enfin, vous êtes un fanatique et un assassin !

Le Pygargue se recoiffa et, d'un pas assuré, exécuta un demi-tour sans un regard pour la petite troupe qui le suivait. Les chaînes de l'Elfine prisonnière criaient presque autant qu'elle lorsqu'elle tentait de l'atteindre !

- Vous vous dites civilisés, mais c'est vous le plus perfide ! Il faut être malade pour crucifier ainsi son propre frère ! Que sait le Royaume de vos crimes et de votre véritable titre ? Commdore, Capitaine au long cours, et Fratricide ! J'ai raison, vous le savez ! Vous le savez, n'est-ce pas ? Libérez-moi ! Je ne suis pas une pirate, je le jure sur May'Veal et sur tous les Dieux. Vous m'entendez, Commodore ? Je suis une barde, pas une pirate ! Une barde ! Et j'aimais votre frère ! Votre frère que vous avez fais tuer sous mes yeux !

Au milieu de cette agitation et de cette fureur, l'Elfine prisonnière ajouta, criant de plus belle :

- Commodore, je me souviens de ce que j'avais à vous dire ! Écoutez-moi, je vous en prie ! On vous a trompé ! C'est votre Second qui a mutilé votre frère ! Pour l'empêcher de parler ! Songez aux mensonges que ce traître vous dissimule ! Il a connu votre frère avant vous ! Commodore, écoutez-moi. Écoutez-moi !
- Aaaaah !

On n'écoutait plus Triss. Car pour cause, son voisin de cellule, Reginald Thorn avait aggripé Dame Rösenwand par le cou, et serrait de toutes ses forces ! Plaquée contre la grille de sa cellule, l'Elfe aux yeux émeraude avait beau s'étouffer et se débattre, le pirate avait bien pris ses appuis dans le sol et ne lâchait pas prise ! Il émit rapidement ses conditions avant que les Guisarmiers du Pygargue ne le percent de leurs armes à travers les barreaux de sa gêole ! Reginald Thorn, le visage crachant sa haine à celui du Pygargue, exigeait qu'il le fasse libérer sur l'instant, lui et la jeune Triss, autrement il briserait la nuque de Tahiri entre ses mains ! Voyant la jeune femme en difficulté, le Pygargue ordonna à ses hommes de jeter leurs armes ! Déjà, le forban qu'était Thorn affichait sur ses lèvres pâles et écorchés un rictus de fauve. Il ordonna à ce qu'on lui ouvre la porte de sa cellule. Le Pygargue s'exécuta personnellement, d'une main sure. Il ne serait point dit qu'une civile innocente périrait dans l'estomac du Reanspell ; et de la main de l'un de ses prisonniers qui plus était ! Maître Nihil était paniqué. Le Pygargue conservait son calme, en véritable gentilhomme.

- Libérez Triss également ! Ordonna Thorn. Faites ce que je dis, ou je la bute ! en parlant de Tahiri.

Le Pygargue frémit de l'intonnation mais la vie d'une femme était en jeu. Alors il ouvrit de lui-même la grille qui retenait l'amante de son frère captive ! Il maudit un moment Tahiri et Nihil, qui avaient eu la sotte idée de le suivre dans les geôles du bâtiment alors que personne ne les y avait invité ! Puis sa colère se reporta sur ses propres gardes. Les deux Guisarmiers qui n'avaient rien tenté pour leur barrer la route. Une simple erreur qui s'avérait à présent fatale ! La situation devenait désastreuse pour le Commodore !
L'ennui de la captive parut se modérer lorsqu'elle tendit ses mains au Pygargue et qu'il fut contraint, sous la menace de Thorn, de faire tomber lui-même ses fers sur le sol mouillé. Le petit groupe grimpa alors les marches menant au pont principal du Reanspell. Les prisonniers gémirent du bonheur de pouvoir enfin sentir la pureté de l'air dans le vent de Zaï'Han ! Bien évidemment, ce fut le branle-bas de combat à bord, mais au vu de Tahiri que Thorn gardait comme otage, le Pygargue réfrénait ses hommes ! Andrea De Valyri arma le chien de son arquebuse, mettant Thorn en joue mais le risque de toucher Tahiri était trop grand ! Alors, le Général Guisarmier fut contraint lui aussi d'abaisser les armes ! Déjà, tout autour du bâtiment la foule se pressait, et l'on poussait de grands cris quand on comprenait ce qu'il se passait à bord ! Le soleil et le grand jour paraissaient rendre Tahiri plus belle, Thorn plus sombre, son ombre plus imposante et la situation plus monstrueuse encore ! Déjà, les soldats Royalistes présents sur le quais s'étaient tous amassés, brandissant leurs épées ou leurs lances à bout de bras, prêt à cueillir le forban sitôt qu'il poserait un pied à terre ! Mais Thorn ne se dégonfla pas pour autant et, en étouffant Tahiri jusqu'à la faire suffoquer, il exigea deux choses. L'une était la parole du Pygargue, au nom du Royaume, qu'on ne tenterait pas de le rattraper, ni lui ni Triss, si il rendait Tahiri saine et sauve au Reanspell. La seconde était qu'on lui apporte sans tarder une monture, un cheval rapide afin qu'il puisse mettre le plus de distance entre lui et les gardes si d'ordinaire il n'avait aucune confiance en la parole d'honneur d'un Aristocrate Royaliste. Ce qui était le cas ! Alors, désireux de libérer la jeune femme aux cheveux verts de cette situation inconfortable, les soldats menèrent effectivement à Thorn une jument qui paraissait élancée ! Le Pygargue fut contraint de donner sa parole à Reginald. Oui, il serait libre si il acceptait d'échanger la vie de la civile contre la sienne. Triss prit son envol, déployant ses ailes meurtries par des mois de captivité ! Thorn, après une excuse glissée à l'oreille de Tahiri, usa de sa force afin de la jeter sur le pont du Reanspell où elle cogna la tête !

- Le scélérat ! clama le Capitaine De Klemmens en relevant la jeune personne tandis que le pirate fuyait au travers Zaï'Han au triple galop !

Déjà, les soldats du Général Tulius présents à quai avaient enfourché leur monture et partaient à sa poursuite, par les airs ou par la terre !

- Les prisonniers s'échappent ! cria l'un des marins du Reanspell bien qu'un peu tard !

Mais Le Pygargue avait l'esprit et le corps moins indolent que ses hommes, et il agit vite ! Rapide comme la foudre, le Commodore Ailé courut se saisir de son arc rangé à l'intérieur de sa propre cabine puis il prit son envol ! Avant que quiconque ne le remarque, ses doigts agiles avaient déjà décoché deux flèches en direction de Triss que l'on apercevait encore au-dessus des toîts des habitations et de la cime des arbres ! Et il n'y avait probablement  en cet instant pas de meilleur archer sur les quais de Zaï'Han que Mickaël Vinzent ! Il fit mouche, comme il s'y attendait, très calme lorsque ses doigts avaient lâche la corde tendue de son arc ! Triss, avec un cri, s'écrasa au sol ! Elle tomba à quelques pas du navire, non loin des quais. Le Pygargue alla la cueillir mais ce fut uniquement pour constater que la jeune Elfine venait de marquer la place de sa tombe. Autour d'eux, les soldats du Général restant se chargeaient d'écarter la foule en hurlements. Le Pygargue se retourna vers ses marins, descendant à toute allure la passerelle du Reanspell et du Prince de Hytraz. Le Pygargue vit alors plusieurs de ses hommes, des Ailés, munis eux également de leurs arcs, qu'ils laissaient tomber à bout de bras. Face à lui, cette Triss. La jeune femme n'avait laissé qu'un seul nom, et mourrait toute entière entre ses bras. Elle s'éteignit. Trois flèches resplendissaient à la lumière du soleil. Deux avaient pénétré son dos, paralysant ses ailes et provoquant sa chute, comme l'avait désiré Le Pygargue. La troisième, traversant le dos de part en part, avait percé en plein cœur. Il l'arracha d'un geste ferme !

- Á qui appartient cette flèche ! hurla-t-il à ses hommes pensant que l'un d'eux l'avait devancé ; et alors, avec une colère grondante, il brandit l'instrument de mort au bout de son bras levé !

Ce fut Horace De Klemmens, l'air particulièrement sinistre, qui lui répondit :

- Commodore... Vous êtes le seul à avoir tiré. C'est l'une des vôtres.

Le Pygargue eut la sensation d'un coup de poing en plein estomac. Il n'avait jamais désiré la mort de sa prisonnière ! Á bord du Reanspell, même Dame Tahiri Rösenwand paraissait ne point approuver les transports d’un tel geste. Le Pygargue resta sans voix, la flèche fatale toujours serrée en son poing. Le corps sans vie de la femme ailée posée contre ses genoux. Et la main qui venait d’ôter la flèche de la poitrine ensanglantée et nue semblait aux yeux de la foule interdite trop cruelle. Le Pygargue entendit le Second du Reanspell, Sullivan De Mihanthesen dire :

- Le Général Tullius ne cautionnera jamais ça... »

Lui se dit que même mort et damné, son frère trouvait encore la force, même enseveli dans la foule des morts, d'irriter son honneur de Royaliste. Le Pygargue détourna la vue du cadavre avec tristesse.
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Le masque de Kaliqua

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Dim 18 Mar - 19:32
Le Général Tullius toisait avec une mine plus que sévère le Maître De Vulpère, on put même en dire que son regard exprimait un profond et indéfectible ressentiment de haine à son égard. S’il n’avait été l’Ombre de la Reine, il l’aurait volontiers fait passer le reste de sa misérable vie derrière les barreaux d’une geôle puante et sombre sans le moindre égard à sa personne.

- Donc, si je comprend bien, de braves arcaëlliens au service du Royaume sont morts par votre faute ?
- Plaît-il, Général ? Je n’apprécie guère ce que vous pourriez insinuer par là, répondit De Vulpère, visiblement sur la défensive. Comment aurai-je pu me rendre coupable d’un tel crime ?
- Bordel, Maître De Vulpère ! Vous avez saboté notre opération en nous amputant de deux navires de guerre qui auraient pu faire toute la différence face aux flottes pirates que nous avons affronté pendant que vous étiez occupés à faire je ne sais quoi ! Des soldats et officiers, tous quasiment ayant une famille ou des amis, morts par votre absence !  
- Par tous les dieux, Général, vous faites, je le crains, une énorme erreur quant au coupable qui engendra la mort de ces pauvres âmes.
- Mille milliards de mille sabords ! Vous avez intérêt à vous expliquer espèce de cornichon, sinon je vous jure qu’Ombre de la Reine ou pas, je vous fait traîner, les pieds enchaînés, dans le sillage de mon navire.  
- De grâce, Général, je comprend votre colère et votre emportement, mais surveillez votre langage ! J’y viens ! Il s’avère, en réalité, que nous avons un traître haut placé dans la cour royale ! C’est dans l’espoir de trouver les preuves incriminant cet odieux personnage que nous dûmes faire voile loin d’ici !
- Vous n’auriez pas pu vous en charger à vous seul !?
- Je crains que non… Je l’aurai fait si cela avait été possible ! Le fait est que nous avons découvert que le personnage en question détient, ici même, des intérêts personnels ! Il était donc dans son intérêt de faire intervenir les pirates qui vous ont attaqué par surprise. Car il me semble, Général, que vous n’eûtes rien fait pour provoquer leur attaque. Comment auraient-ils pu être à se point préparé et prêt à faire déferler la poudre, le feu et l’acier s’ils n’avaient pas été en premier lieu avertis de votre venue ?
- Les flibustiers de carnaval !!! Les gibiers de potence ! Ils nous attendez en embuscade, les olibrius ! Qui est le zouave d’australopithèque qui est responsable de cette fumisterie ?
- Le Comte Walterion, j’en ai bien peur !
- Le Comte Walterion ? Vous voulez dire… le juge suprême de la cour royale ? Mais… C’est une sacrée accusation, De Vulpère ! Vous en avez au moins la preuve ?

Le Renard soupira et prit un air faussement atterré. Il jubilait de l’intérieur en réalité tandis qu’il tendait un parchemin au Général Tullius.

- La voici… Des documents qui attestent de son implication dans la traite d’esclave à Zaï’Lou ainsi qu’à Mar’Baal.

Le regard glacial du chef des armées scruta les lignes écrites sur le papier dans les moindres détails. Au fur et à mesure que sa lecture se faisait, son visage se crispait de colère jusqu’à en devenir complètement rigide.

- Ah ! Le fils de sapajou ! Le scolopendre ! Un esclavagiste ??? A la cour des Citées Blanches ??? Mille sabords !!! Il faut en avertir la Reine !!
- Ne craignez rien pour la sécurité de la Reine, Général Tullius. Sa Majesté des Citées Blanches et des terres sous son divin règne est déjà au courant de l’éventualité d’un traître dans la cour. Il me faut simplement lui apporter les preuves qui inculperont le Comte Walterion et le confondront à son funeste sort !
- Cela ne prouve cependant pas l’implication des pirates dans cette affaire ! Rétorqua sèchement Tullius.
- J’en suis conscient, général ! C’est pourquoi, il me faudra enquêter sur ce territoire, interroger le plus de pirates possibles que vous ayez capturé, et collecter des informations essentielles ! Et mon petit doigt me dit qu’une certaine personne pourrait me donner de précieux renseignement quant aux esclavagistes.
- Qui donc ?
- Une personne qui est actuellement sous bonne garde, je l’espère. Je vais d’ailleurs aller la rejoindre de ce pas. Vous pourriez peut-être accueillir le Commodore pour…
- C’est exactement ce que je comptais faire. Ne me dites pas comment je dois agir, De Vulpère !
- Loin de moi cette idée, Général de la Marine Royale Tullius. Je vous sais parfaitement capable de votre métier.

Le tahora soupira, exaspéré par les boniments de cet aristocrate qu’il n’appréciait guère. Il se prépara à répartir quand soudainement, les cloches signalant une alerte sonnèrent.

- Bordel ! Qu’est-ce que c’est encore ? Une attaque ?

Le guerrier dégaina son épée courte et s’empressa de quitter la pièce, talonné par Godfrey De Vulpère qui semblait pour une fois sincèrement inquiet. A vrai dire, lui non plus n’avait aucune idée de ce qu’il se passait actuellement et il avait tout bonnement horreur de ne pas savoir. Le Général Tullius sortit en trombe sur le pont de son navire et jeta un regard scrutateur au loin. C’était visiblement le branle-bas de combat au dehors !

- Mille tonnerres ! C’est quoi ce cirque ?
- Général ! Général !!! C’est urgent ! Venez vite !

***

Cette situation ne me plaisait pas, mais alors vraiment pas du tout, ne fusse que la visite des geôles. Mais là c’était pire : prise en otage par un pirate ! Qui ne sentait pas très frais, soit dit en passant. Un prisonnier n’a pas vraiment le luxe de se payer une toilette tous les matins cela dit. Je m’égares cependant. Le dénommé Thorn a une force de monstre, impossible de lui échapper et l’enfoiré me plante les doigts dans la gorge. Je lui aurais bien envoyé une de mes remarques les moins délicates, mais avec le souffle coupé comme je l’avais, impossible.

C’est finalement quant on lui apporte ce qu’il demande qu’il me balance comme une vieille chaussette contre le pont du Reanspell et bim la tête ! Ma vue se trouble, mon crâne me fait horriblement mal, et je distingue à peine la silhouette de l’homme qui m’épaule pour me relever.

- Le scélérat ! s’exclama le xen qui me tenait debout.

Je finis par distinguer ses traits et eus un sourire hagard à son attention.

- V’z’êtes beau, vous ! lui dis-je, amusée.

Le Capitaine Klemmens n’était pas un vilain garçon, en effet, il avait plutôt de beaux traits. Le seul souci, c’était l’odeur de tabac qui se dégageait de lui, mais je n’en étais pas tellement incommodée.

- Vous devriez changer de parfum !
- C’est pas le moment de draguer, Tahiri ! s’insurgea Nihil. Tu vas bien ?
- Oh ouiiiiiii ! Hu hu hu ! Très bien même ! dis-je en m’accrochant au bras du Capitaine.

Horace De Klemmens soupira mais fit mine de ne pas avoir entendu mes avances. Il s’enquit de mon sort avant que nous ne voyons le Commodore De Everhell débouler de sa cabine, arc en mains. Il bondit du pont de son navire, toutes ailes déployées.

- Qu’est-ce que vous faites ??? Non !! Attendez ! m’écriai-je.

Il ne m’écoutait cependant pas. Je partis en flèche, bondissant sur le bastingage avant d’atterrir dans la foule de soldats du Royaume qui avaient à peine eu le temps de prendre les armes pour se mettre à la poursuite des deux fugitifs. Nihil ne pouvait suivre la cadence, ni le Capitaine De Klemmens d’ailleurs. Avec de tels poumons de fumeur, ce n’était pas si surprenant après tout.

Tandis que je devançais presque tout le monde, je vis deux flèches quitter l’arc du Commodore De Everhell et siffler dans les airs, l’une derrière l’autre. Je vis avec horreur la jeune fugitive ailée dégringoler du ciel. Il y eut de terribles hurlement, la foule de badauds qui traînait là semblait horrifiée. La tension était palpable. Avec ce qui s’était déjà produit ici avec les force du Royaume, un acte pareil sembla aux yeux de tous comme une exécution sommaire. Pire encore, c’est lorsque je découvris que la femme était morte, d’une flèche dans le cœur, que je me mis à me questionner. Il y avait là toute une ribambelle d’archers, et le Commodore s’emporta pour savoir qui avait tiré la flèche qui avait été fatale à la tahora. Personne… tandis que De Klemmens me rejoignait, il déclara :

- Commodore... Vous êtes le seul à avoir tiré. C'est l'une des vôtres.

Le Pygargue sembla déconfit, épouvanté. Avait-il vraiment était l’auteur de cette flèche tirée ? Tout portait à croire que oui, cependant j’en doutais très sérieusement. J’étais persuadée de n’avoir vu que deux flèches partir de l’arc du Commodore.

- Le Général Tullius ne cautionnera jamais ça… déclara le second du Reanspell, un certain De Mihantensen.
- Attendez ! J’aurai juré avoir vu deux flèches partir de l’arc du Commodore ! Commodore, comptez les flèches de votre carquois ! C’est sûrement une erreur… m’empressai-je de dire avant d’être interrompue par la voix puissante d’un tahora habillée d’une armure clinquante.

Ses yeux bleus étaient aussi incisifs que la glace de Mar’Baal en plein hiver. Son visage sec et ses sourcils anguleux, qui lui donnaient un visage trop sévère, se portèrent tour à tour en direction de feu la fugitive et du commodore.

- Par Gar’Haz, Commodore, qu’est-ce que vous avez foutu ?
- C’est lui !! Il l’a tué !!! s’écria quelqu’un dans la foule des habitants qui se faisaient repousser par les soldats du Royaume.
- Assassin ! hurla une virenpienne.
- Attendez, Général ! m’écriai-je avant que le Commodore n’ai pu prendre sa propre défense. Il s’agit sûrement d’un coup monté ! J’étais là ! Je vous jure que…
- Fermez-la, vous ! On vous a rien demander, la civile ! Embarquez-moi tout ça ! Mettez le Commodore aux arrêts… Et cette femme tant qu’on y est ! Et pas de cadavre derrière, nettoyez moi cette pagaille ! Capitaine Strauss ! Faites moi partir ces civils !
- De quoi ??? Aux arrêts ? Moi ? Mais j’ai rien fait !! m’emportai-je.

Des soldats se saisirent du Pygargue et d’autres de moi. Je me mis à me débattre avec violence, hurler, tout en les injuriant.

- Allez vous faire foutre, putain ! J’ai rien fait ! C’est de l’abus d’pouvoir ! Mangez vos morts, bande de dégénérés !

Je sentis un violent coup derrière la nuque, les cris de la foule se firent lointains, ma vision se brouilla. En très peu de temps, je perdis connaissance.

***

Lorsque je repris conscience, je me retrouvai dans un lieu sombre, sordide, éclairée par une simple ouverture en haut du mur du fond, un mur de pierre, froid. La seule issue qui se trouvait ici était une porte faite des mêmes barreaux qui bloquaient l’accès à l’ouverture dans le mur et au reste du couloir qui s’offrait devant moi. Je me trouvais sur une couchette de paille défraîchie. Je tournais alors lentement la tête pour découvrir une deuxième couchette où se trouvait le Commodore De Everhell, mon infortuné compagnon à présent. Sans doute avions nous été gardé emprisonné jusqu’à ce qu’une décision soit prise à notre sujet. Probablement y aurait-il une enquête. Pour une fois, c’était moi qui me trouvait sur le banc des accusés. Coupable de quoi me diriez-vous ? Probablement d’avoir essayé de défendre un xen royaliste.

- Ouah… le mal de crâne… J’ai l’impression d’avoir pris un violent coup sur la tête… soupirai-je à l’attention de l’officier royal qui partageait ma cellule.
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Ven 30 Mar - 0:27
Au premier arbre qu’il abat surgit un grand nombre de libellules !
Elle s’éparpillent dans des territoires de brindilles.
Au second arbre se brisent les premières vagues.
Au troisième arbre tu m’as dit :
« Dors dans mes bras. »

Desnos



C'était bien la première fois de son existence que Le Pygargue se trouvait en geôle. Il en demeurait peu fier et troublé. Captif sous le déroulement des choses nécessaires, le Commodore ailé commença par s'acquitter du bien être de sa compagne de cellule, cette Damoiselle Tahiri Rösenwand. Il ne voulut point regarder dans les ombres moroses de cette cellule qui sentait mauvais et le mettait en souffrance et se voulut ainsi une aide pour cette jeune personne inconsciente. Tandis que le Pygargue constatait avec soulagement que la demoiselle se portait bien malgré l'enchaînement des récents évenements, cette dernière papillonna des paupières, elle émergea de sa léthargie. Il eut d'abord peur, à son réveil, qu'elle soit fâchée contre sa personne, mais il n'en fut visiblement rien. Le Pygargue se confondit en excuse au vu de leur situation actuelle : l'on sentait palpiter derrière chacune de ses paroles les élans aristocratiques qui l'avaient vu naître, et ce même en dépit d'une cellule malodorante et de barreaux.

Et comme la charmante demoiselle à la langue fort bien pendue qu'était Dame Rösenwand commençait à jurer et s'agiter en débordements, le Pygargue se dit que d'eux deux, il demeurait l'homme pondéré et elle l'enfant. Il voulut l'inciter à la quiétude et la réflexion plutôt que l'emportement.

« Je crains qu'il n'y ait aulcuns cas de circonstance en cette place qui vous incite à un quelconque débordement, helas. Nous n'avons qu'une seule qualité pour nous aider, la patience.

Il avait voulu des accents de noblesse derrière chacun de ses mots, espérant amoindrir l'indisposition de leur situation.

- Patienter ? s'écria Dame Rösenwand. C'est d'un ennui !

Le Pygargue se rendit alors compte qu'il avait grande soif et rien pour l'étancher. Si sa compagne de cellule demeurait ici par sa faute et possédait dans quelques-uns de ses élans la candeur du berceau, Le Pygargue espérait néanmoins qu'elle saurait faire preuve d'autant de maturité qu'il le faudrait dans leur embarras. Mais déjà, Dame Rösenwand semblait avoir diminué la flamme de son courroux et ajoutait à mi-voix, en lui souriant d'un sourire bien étrange :

- Je connais bien des façons de faire passer le temps !

Le silence passa entre eux sans que le Xen trouva à y redire. Lui, des façons de faire passer le temps comme disait Damoiselle Tahiri Rösenwand, il n'en voyait point. Elle vint s'asseoir toute gentille à côté de lui, sur la passerelle de bois qui leur servait de banc.

- L'air est fraiz. Je pense que la nuit portera de toutes façons conseil, Dame Rösenwand. dit-il espérant couper court à la conversation, ne se sentant point l'âme à palabrer.

Mais alors Dame Rösenwand lança à son égard un regard tant couvert d'indécence que la nuée de ses pensées ne put lui échapper. Encore moins lorsque la jeune Elfe ajouta :

- Oh oui, les conseils se font tout de suite plus intimes, la nuit.

Il craignit alors de la hâter d'un geste et s'écarta autant qu'il le put de la sournoise personne qui s'était nonchalamment approchée de lui de façon à ce que leurs deux bras s'effleurent. Sans même lever la paupière, Dame Rösenwand avait des manières bien à elle de vous faire passer un message ! Le Pygargue fut bien obligé de défendre sa vertu.

- Hélas pour vous Damoiselle, vous ne pouvez ignorer que je demeure un homme marié. Fidèle à chascun de mes principes, de surcroît.
- Allons, allons ! lui répondit l'Elfe à la crinière émeraude. Ce qui demeure à Zaï'Han, reste à Zaï'Han. Je vous promet la plus grande des discrétion à ce sujet.

Et déjà, outrepassant d'un seul geste toutes les règles de l'étiquette, la Damoiselle avait entrepris de délacer les laçages de sa tuniques qui vint s'écraser à ses pieds, sans un bruit, légère comme une plume. La peau délicatement ambrée de l'Elfe ne faisait que s'accorder parfaitement aux courbes délicieuse propres à celles de sa race. Dans l'ombre et la nuit de la geôle, les seins de Tahiri Rösenwand admirablement fournis en chair semblaient pointer vers lui. Il n'y avait plus aucun tissu pour recouvrir cette gorge très belle et bien placée impudiquement dévoilée ! Un tel écart subjugua le Pygargue qui détourna le regard sur le champs, sec comme un coup de trique ! Il la sentait déjà bien sienne alors qu'il n'avait rien demandé. La situation l'embarrassait terriblement, et, tout Commodore qu'il demeurait, il s'était mis à transpirer quand bien même il ne se sentait pas de désir.

- Damoiselle, je demeure d'un sang aristocratique. Ne me confondez point avec un goujat encanaillé de Zaï'Han. trouva-t-il la force d'articuler avec fermeté.

Il remercia sa naissance aristocratique qui l'aidait à prononcer les mots voulus avec élégance et sans trouble. Tahiri Rösenwand s'était levée et se tenait à présent, belle petite Elfe à la poitrine nue, droite devant lui. Elle souriait de toutes ses dents avec ça, la maligne !

- Ah les aristocrates et leur grande naïveté... ou leur mauvaise foi, je ne sais plus... je connais bien des comtesses mariées qui ont rougi de mes excès !

Elle pouffa de rire avec la désinvolture d'une jeune colombe. Si Le Pygargue avait deviné une certaine légèreté dans les traits et les verbes de cette jeune personne à bord du Reanspell, il ne l'avait point pensé de nature aussi caressante ! La tempe sur son front palpitait à présent nettement.

- Des Comtesses mariées dites-vous ?
- Oh oui, des comtesses, le plus souvent mariées à des marins qui s'absentent durant des années...

Et la jolie Elfe vint s'asseoir sur ses cuisses à lui, posant ses mains sur ses seins aux senteurs de fleurs. Le Pygargue en sentant entre ses doigts les mamelons tendus et roses sentit surtout le commencement de sa perdition ! Il se redressa aussitôt, presque pâle !

- Dame Rosenwänd, apprenez que le sang bleu ne pratique point le libertinage. Vous ne ferez point naître en mon âme un vulgaire désir ! Sachez qu'un tel désir après un frisson devient cendre et l'arbre de la passion ne porte point de fruit !

Mais tandis qu'il parlait, se sentant davantage prisonnier qu'il l'était déjà, il sentait que sa compagne soutenait pour lui des désirs fort pressants ! Elle s'était levée elle aussi.

- Préservez-vous de cela, je vous en conjure !
- Me préserver de quoi ? répondit Tahiri Rösenwand avec une petite moue. Mais qu'est-ce qu'il raconte ? La cendre de quoi ? Je comprends rien à ton charabia.

Il y eut un instant où elle le regarda, tentant d’analyser ses pensées de Commodore Aristocrate et marié. Lui gardait obstinément les yeux rivés sur le sol. Comme si ça n'était pas assez de taquiner l'aphrodisiaque en compagnie de Dame Cornwall ! Le Pygargue regretta en cet instant que la jeune Elfe ne fut point la réservée bourgeoise. Elle ne l'effrayait point tant. En attendant, il mourrait de gêne et se cachait à sa compagne comme la lune cache à la nuit sa noirceur.

- Bon, en gros j'imagine qu'on va attendre là sagement, hein ?
- Que voyez-vous d'autre à faire ?

Il avait répondu vite et sans la regarder, le visage tourné ailleurs ! Il entendit Damoiselle Rösenwand se couvrir de nouveau et en fut réellement soulagé.

- Bon, ben puisqu'on en est là... autant discuter, non ? Comme je le disais tantôt, je suis quasiment sûre de ne vous avoir vu tirer que deux flèches, celles qui ne portèrent pas la mort à cette prisonnière, même si franchement, vous auriez pu éviter de lui coller une flèche... mais bon, je vais pas vous faire la morale. Je suis assez mal placée pour ça... bref... je suis quasiment sure que c'est une autre personne qui l'a tué.

Il fut surprit de sa désinvolture à passer d'un sujet à un autre et abandonner cette bataille. Elle qui avait tout pour rendre, visiblement, un pauvre homme fou.

- J'escomptais assurer la sécurité des civils en bandant ainsi un tel arc, poursuivit Le Pygargue comme sa compagne lui avait ravi son banc -l'unique de la geôle-. Cependant me voila tout désappointé aujourd'huy, je le gage. Ma mémoire sans doute me fait-elle défaut, on luy eust faict moult désordre. Je ne me souviens plus combien de flèches frôlèrent mes doigts trop pressés afin de viser cette évadée. Un arc en main, j'agis vite. Vouliez-vous qu'un adversaire également armé puisse triompher de moi ? Pour moi la cible était certaine tandis que le nombre de flèches que je tirai en un même temps le demeure de moins en moins.
- Et comme ils vous ont confisqué votre carquois, impossible de vérifier le nombre de flèches avant qu'on se fasse interroger, super... Et moi qui penser que l'opportunité de vous rencontrer était une aubaine... je me retrouve en geôle avec un beau Xen marié et fidèle qui ne bandera rien de plus que son arc... parfait! Super ! J'adore j'adore!

C'était pourtant la première fois qu'on le qualifiât de "beau Xen" mais le Pygargue s'en offusqua quelque peu.

- Veuillez surveiller votre langage. Demeurez-vous réellement plus fournie en désir charnel qu'une auberge de muletier en tiques et en punaises ? Allons ! Je ne veux guère y croire.
- Si vous saviez... vous en seriez probablement outré, Commodore. Mais bon... puisqu'on a du temps a tuer et que je ne me vois pas vous forcer la main, ou autre chose d'ailleurs, parlons d'autre chose que mes fantasmes de roturière mal éduquée. Si je comprend bien, vous êtes pas vraiment dans les bonnes grâces du général, j'me trompe ?
- Puisque ma liberté est avec la vôtre entravée, autant nous confier, si fait. J'ai bien peur que vous ayez raison, Dame Rosenwänd, concernant le Général Tulius. Le Prince de Hytraz et le Reanspell auraient dû être présents lors de la bataille opposant la Flibuste sans foi ni patrie à la flotte Royaliste. Mais ils ne le furent point.
- Je vois... donc concrètement, on est dans une belle mouise.... parfait... Bon, et c'était qui ces deux prisonniers exactement ? Des pirates ? Elle avait pas l'air bien farouche pour un forban, cette nana. Par contre, l'autre type... quel fumier.
- Des traîtres à la patrie que d'autres de moins complaisants que nous auraient offerts sans moult préoccupations à la corde de chanvre.
- Ça je vous crois sur parole. Et je préfère voir l'arrivée du Royaume en ce continent comme une opportunité malgré le saccage que cela a provoqué. Y a quand même pas mal de corruption à combattre par ici, et je ne parle même pas des marchés d'esclaves...
- Je demeure fort ravi de constater que vous paraissez ouverte aux idéologies nouvelles avecque leurs valeurs élevées. Les personnes comme vous ne demeurent point aisées à rencontrer. Le commencement de la perdition de cette terre vient de ses valeurs corrompues et de son immoralité.
- Après il n'y a pas que des mauvaises gens par ici, brailla Tahiri Rösenwand... bref... à choisir je préfère tout de même que les corbeaux de Zaï'Lou soient en bon terme avec le Royaume, autant que possible... ce qui ne va pas être évident vu la situation actuelle...
- J'ose espérer que vous me pardonneriez le fait de poser la question que maintenant, cela ne devrait point entraver les bonnes mœurs : dites-moi quelle est la véritable nature de cette organisation dont vous demeurez la meneuse, les Corbeaux de Zaï'Lou ?

Le Pygargue avait repris un peu de confiance après ces quelques échanges et, droit et bien en élégance sur lui-même, il parlait beaucoup encore dans le trouble des avances précédentes de sa compagne de cellule. Tahiri elle, n'en paraissait point outrée.

- Bah on est un groupe de mercenaires. Et en tant que chef de guilde, je peux vous assurer que nos intentions seront des plus louables. Hors de question de prêter nos services à des pirates ou marchands d'esclaves. Quant aux Hayert'Vaäls ? J'ai moi même éliminé le gourou d'un de leur maudits cultes.
- Les hérétiques et les fanatiques grouillent, helas, sur nos eaux.
- Et vous, alors, Commodore ? demanda-t-elle à son tour. Ça fait longtemps que vous naviguez ?
- Cela commence à faire longtemps, Dame Rösenwand, si fait. Plus de dix ans à ce jour, il est vray. La foudre ? Je l'ai bravée de l'œil. Et si certains courent la fortune ou la belle, moi je me suis fait chasseur de pirate.
- Chasseur de pirates, hein ? Hum ! Une vocation qui force l'admiration !  Je ne prétends pas me battre pour une cause aussi noble, mais ça m'est arrivé de combattre des pirates également. Mais bon... c'était surtout situationnel.
- Auriez-vous quelques qualités l'épée à la main ?

Il crut l'entendre chuchoter quelques mots mal digérés concernant une certaine épée qu'elle aimait particulièrement avoir en main, mais ne releva point.

- Je ne serais pas mercenaire, sinon ! J'ai entendu dire de... comment il s'appelle déjà ? Le type avec sa tête de renard, là. Bref... il m'a fait comprendre que vous étiez pas mal non plus dans votre genre, une lame à la main. Je suis plutôt douée pour ma part !
- Son nom demeure Godfrey De Vulpère. Il a forte autorité à la cour royale des Cités-Blanches. Quand à mes talents d'escrimeur...Apprenez que la Maison De Everhell est réputée dans tout Hytraz pour sa danse unique. Et nous brillons encore mieulx par notre ballet sur les eaux de ce monde où tout se paye un jour , avant, pendant ou après.

Damoiselle Rösenwand rit sur sa couchette.

- La Maison De Everhell, hein ? Une danse unique, dites-vous ? Danser une lame à la main ? C'est original ! Je ne dis jamais non à quelques passes d'arme. Si l'occasion se présente un jour, à défaut de pouvoir être plus intime avec vous, j'accepterai volontiers un duel à l'épée.

Il fut choqué de ce que ses oreilles venaient alors d'entendre. Sa lèvre pâlit sur sa bouche.

- Croiser le fer avec vous, Dame Rosenwand ? Cela semble tellement...

Il chercha ses mots mais Dame Rösenwand le coupa !

- Tellement quoi, Commodore ? Indescent ! Je vous en pries, je ne suis pas comme les aristocrates de votre nation. Je n'ai aucune manière et encore moins de délicatesse. Je suis une épéiste plus qu'une dame. D'ailleurs "Dame Rösenwand"... y a bien que les gentilhommes comme vous pour m'appeler comme ça !

Elle se redressa sur sa couchette, les jambes croisées.

- Rien de tel que de croiser le fer pour connaître la valeur d'un guerrier ! Après je ne parle que d'un simple duel ! Je n'ai pas envie de vous embrocher, si c'est ce qu'il vous fait peur. Quel gâchis... Madame De Everhell serait si triste si il vous arrivait quoique se soit de facheux. Hu hu hu !
- Une aultre folz, tenez votre langue même dans l'intimité d'une geôle, Dame Rösenwand. Ou Dame Tahiri Rösenwand. Enfin, comment voudriez-vous que je vous nommasse ? Quant à cette proposition de duel, j'ai toute confiance en l'escrimeuse de talent que vous vous vantez être, ayez foi en mes paroles, cependant il n'est point dans mon éducation de croiser le fer avec le beau sexe. Cela serait tant... Mon épée demeure trop aristocratique pour consentir à une telle action. Mes mœurs sur ce point là ressemblent aux grands palais des Cités-Blanches ; voulût-on les démolir, on n'oserait. Oserait-on, on ne pourrait.
- Tahiri, ça suffira amplement ! Et quant à vos manières... et bien elles sont peut être appréciées dans la haute strate des Citées Blanches, mais pour moi, il ne s'agit ni plus ni moins que de sexisme. Bon ben si je peux ni me faire de vous un compagnon de jeu, ni de duel, va falloir trouver autre chose... Ok, alors si on sort de là... On se fait une p'tite chasse aux pirates ! Ça, ça serait intéressant et vous ne pourrez plus me dire que votre éducation vous empêche quoique se soit contre ça ! Ah ! Bon après... c'est seulement si on sort d'ici un jour...
- Je viens d'assassiner une civile sous le regard de la population Dame. Vous, vous sortirez de ces geôles, je n'en doute point. Quant à moi, je m'apprête à comparaître devant le Général. Chanceux je me nommerai si je ne finis point destitué et à fond de cale pour une période plus grande encore.
- Vous avez "supposément" assassiné une civile ! Encore une fois, je suis sûre de ne vous avoir vu tirer que deux flèches et pas une de plus. Je ne sais pas d'où venait la troisième, mais ce n'était certainement pas la votre !

Croaaaaaa !

- AAAAAAAh !!! s'écria Damoiselle Tahiri en sursautant avant de se rendre compte que ce cri venait d'un oiseau aux plumes noires, un corbeau. Ah c'est toi ! Bon sang... il manquait plus que toi... Super... Fiche le camps, oiseau de malheur, y a rien pour toi ici !

Le volatile se posa sur la chevelure en cascade de la belle personne qui adopta alors une mine dépitée.

- Des nouvelles de l'extérieur. dit le Pygargue en pointant le rouleau de papier enroulé autour de la patte de l'oiseau.
- Non... juste un idiot de volatile... répondit l'Elfe sans comprendre. AÏE ! AÏE ! MAIS AÏE ! Arrête de me donner des coups de bec sur la tête ! Ça fait mal, abruti !

Le Xen trouva que l'on était loin de ce que les Cités-Blanches avait de plus sublime, de grand, de charmant et de beau. Le volatile tendit sa serre, exibhant fièrement un petit parchemin enroulé. Tahiri regarda l'oiseau avec stupeur avant de se saisir du message.  

- Finalement, il est peut-être pas si inutile que ça ! Voyons voir... Oh ! UN message de Nihil ! Qu'est-ce qu'il raconte ? hum... Général Tullius, bla bla bla, grande discussion avec De Vulpère, bla bla bla, arrive bientôt pour vous parler... bla bla bla... Ouais ! On s'en fout de la suite ! Bon, ben on dirait que Monsieur Renard va venir nous rendre une petite visite bientôt. »

Et l'on entendit aussitôt un bruit de pas remontant le long du couloir. Un sépulcre si triste, songea Le Pygarge en sa prison, ne pouvait devenir le paradis de son âme vertueuse. Et pour la première fois de son existence, il se surprit à songer à son épouse dont il avait vanté sans n'en rien connaître les vertus fidèles. Ainsi qu'à sa chère nièce qui lui manquait. Il espéra que Maître De Vulpère saurait, par sa position élevée au cœur de la pyramide Royale, préserver son honneur que les barreaux de la cage ombragaient.
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Le masque de Kaliqua

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Dim 8 Avr - 4:01
« C’est un combat terrible qui se produit entre deux loups. L’un est mauvais, il n’est que colère, envie, regret, avidité et ego. Alors que l’autre loup est bon, et n’est que joie, paix, foi, espoir et amour. Cette bataille intérieure est vécue par chacun d’entre nous sur cette terre.
- Lequel des deux loups va gagner ?

Il répondit :

- Celui que tu nourris. »






Spoiler:
 



C’est bien de toute son âme que Franco Guadalmedina se félicitait du triomphe dont il ne doutait pas qu'il soit digne. Pour la première fois depuis longtemps -trop longtemps a son goût-, l'Alvaro de la Marca, long de quarante-huit mètres, fort de soixante bouches à feu, était lesté d'or. La dernière entreprise du forban avait été payante. Bien qu'elle remonta à plusieurs mois maintenant, les marins qui travaillaient sous le noir pavillon saluaient encore l'or et les femmes. C'était bien à durs pas que la victoire se gagnait ! Le pillage de l'île qui avait eu pour ambition de se placer sous la tutelle Démart'Ban avait redonné aux pirates un souffle nouveau. L'Alvaro avait fait provision d'eau, d'alcool et de denrées. L'or coulait entre les doigts, comme le vin. Qui plus est, s'ajoutait à cela la rançon qu'il avait obtenu auprès de Kaïl en échange de la vie du Commandant Lorcq Allöran. Le prisonnier à qui l'on avait par mesure de précaution brisé les genoux à coups de canne et de trique avait été rendu à sa patrie. La patrie avait offert son or aux pirates et chacun repartait d'où il était venu. La Démocratie à ses affaires terrestres. Guadalmedina à sa course avec l'horizon. De nouveau repus et riches, les pirates, heureux d'avoir pu toucher leur solde, s'étaient enivrés lors de leur dernière escale. Vergues brassées, toile ferlée, carguée, les hommes de Franco se laissaient redescendre à toute allure le long des enfléchures ou des bastaques de l'Alvaro. On avait tâché les chemises avec la lie du vin puis tâché les femmes avec la luxure qui entravait les cuisses. Franco avait profité de cette escale afin de causer affaire, et il s'était reconverti négrier. Ainsi, l'ancien Roi Pirate de Grande Lagoon avait fait monter à bord de son Alvaro De La Marca une trentaine de têtes -des peaux noires- qu'il destinait à la vente sur Zaï'Lou. Les peaux noires étant rares sur ces terres-ci, Franco Guadalmedina était certain de tirer de ce commerce-là un bénéfice de plus de cent pour cent. Il s'était déjà rendu à Zaï'Han et s'était construit son propre réseau dans le domaine de la traite. May'Veal lui souriait, le vent et la mer étaient bons pour lui. La fortune également. Le Loup de La Passe, bien qu'il eût quitté la Passe, entendait bien ne pas laisser la roue tourner. Il avait donc pris le largue, bâbord amures, cap Nord quart-Nord-Ouest. C'est ainsi que comparut Franco Guadalmedina sur le port de Zaï'Han la nuit où eut lieu les récents événements ; debout sur le gaillard d'arrière de son bâtiment aux voiles et au bois noir, le front haut, le regard assuré, le maintien ferme, les gants aux doigts, la cape dans les alizés et plein de confiance.
Mais la situation du continent avait changé bien que Franco ne disposât d'aucun moyen afin d'en être mis au courant. La terre était passée à l'ennemi. Le Capitaine Franco Guadalmedina et son Alvaro De La Marca mirent en panne à quelques dizaines de mètres du port. Des dizaines de bâtiments de toutes tailles faisaient étalage de leurs voilures.

« Que vois-tu ? demanda Franco à Wallace.

Le Second abaissa de son sourcil la longue-vue de marine qu'il tenait à bout de bras, fixée sur le port. Les deux se dévisagèrent un moment sans comprendre.

- Pavillon Royaliste.
- C'est aussi ce que je pensais.
- Et une barquette, poursuivit le Second de l'Alvaro la barbe et les cheveux au vent. Elle vient vers nous. Pavillon Royaliste aussi.
- C'est quoi ce putain de merdier encore ?

Et le putain de merdier ne faisait que commencer aux yeux du Roi Pirate de la Passe. La barquette transportait à son bord un Commissaire Priseur Royaliste à la petite perruque garnie de frisottis, ainsi qu'une demi-dizaine de soldats en uniforme réguliers, armés. Le Commissaire se présenta et demanda à "inspecter" la cargaison de l'Alvaro. Une question qui donna bien sûr vite de l'humeur à Franco.

- Je croyais que Zaï'Lou était une terre libre, dit Franco avec les mains en porte-voix.
- Le Royaume a investi Zaï'Han désormais. Demandez le Général Tulius sitôt à terre.
- Je ne demande jamais, répliqua Guadalmedina, je prends ! Demander est déjà un aveu de faiblesse !

Visiblement peu impressionné par le Jolly Roger qui battait l'air sur l'Artimon de l'Alvaro De La Marca, le Commissaire Priseur poursuivit :

- Il vous faudra désormais une autorisation pour armer en course si vous souhaitez vous équiper à Zaï'Han. Toute transaction de marchandises devra être validée auprès de la Capitainerie du Port. Le Royaume contrôle toute entrée et toute sortie du port. Vous devrez enregistrer votre éventuelle commission au greffe du lieu où vous souhaitez faire votre armement si d'ordinaire vous désirez conserver vos propriétés pour la course. Demandez le Général Tulius ! clama le Commissaire -ce qui eut le don d'agacer royalement Franco !
- Je n'ai pas à convenir de quoi que ce soit, et encore moins de ma marchandise, avec le Royaume ! s’énerva Guadalmedina.
- Alors vous paierez un import de sang, pirates. Le Général a le contrôle du Fort. Notre flotte est unie et nombreuse. Nous avons la possibilité de lever un blocus sur le port. Je suis ici pour inspecter votre marchandise afin de compléter le registre de la Capitainerie !
- Vous direz au Général Tulius qu'en tout marin de notre époque sommeille un aventurier, pour ne pas dire davantage. jeta alors Wallace les mains en porte-voix, ne désirant pas envenimer la situation.

Mais ce fut peine perdue et le Commissaire suivi de ses sbires montèrent à bord de l'Alvaro. Ils notèrent ainsi la nature de la cargaison et du fret sur leur registre, précisant néanmoins que la traite et la vente d'esclave étaient prescrites sur Zaï'Han depuis que le Royaume avait investi la ville.

- Je vais rester un petit moment à bord, dit le Commissaire, afin de dénombrer ce que vous transportez. Marchandises volées, j'imagine bien ! Mais avant toute chose, il me faudrait le nom du Capitaine, pour les registres de la capitainerie.

Il se tourna alors vers Franco.

- J'ai l'honneur de parler à...?

La réplique fusa, nette et cinglante comme un tir d'arbalète.

- Franco Guadalmedina, Loup de la Passe.

Le petit Commissaire blêmit soudainement et sa perruque sembla alors frisée davantage. La mine de sa plume grinça contre le papier de son registre. Guadalmedina, furieux, serrait la poignée de son sabre entre ses doigts gantés afin de ne pas commettre tout de suite un meurtre. Déjà, les pirates s'étaient assemblés autour des Royalistes, cet ennemi qu'ils avaient maintes fois combattu auparavant, et l'on sentait dans l'atmosphère se serrer des poings et grincer des dents. Alors, les Royalistes ne parurent point désirer rester très longtemps à bord du bâtiment noir. Mais comme le Royaume considérait le travail comme sacré, le Commissaire dut bien s'acquitter de la tâche pour laquelle il s'était embarqué et commença à noter tout ce sur quoi son œil se posait avec pondération.

- Capitaine, fit remarquer à voix basse Wallace à Franco qui ne perdait pas des yeux les clowns du Royaume, Jose me signale que le Royaume commence à bouger ses pièces sur la mer.

Guadalmedina hocha la tête en comprenant avant que son ami et Second ne termine. Il était peut-être le Loup de la Passe, mais en quittant cette même Passe, il devenait le chasseur chassé et le Royaume venait de bien le lui faire comprendre. Il était désormais l'agneau au milieu de la meute.

- Deux troisièmes rangs. Ils préparent un éventuel blocus si d'ordinaire on décidait de reprendre le large.

Le Royaume avait gagné.

- Nous ne pouvons repartir, concéda Guadalmedina. Les cales doivent être remplies de nouveau.

Les muscles de son cou se crispèrent puis se tendirent comme des cordes. Guadalmedina ordonna à ce qu'on mette à la mer le canot de rade de l'Alvaro de la Marca. Jose et Wallace superviseraient l'ordre à bord du navire et se chargeraient de surveiller les pantins emperruqués. Il n'était pas plus libre à bord de son navire qu'en plein cœur des Cités-Blanches, maintenant. Il allait tenter le tout pour le tout car, il le devinait, ça n'était plus qu'une question de temps avant que l'information remonte jusqu'à ce fameux Général Tulius. L'Alvaro De La Marca et son Capitaine étaient ici. Franco se surprit à penser qu'il était pour le Royaume un nuage. C'est quand il disparaissait que la journée était bonne.
C'est ainsi que débarqua le Capitaine Guadalmedina sur la terre ferme. Aux yeux des passants et des corps de gardes Royalistes qui surveillaient le port, il n'était probablement rien de plus qu'un Capitaine quelconque, naviguant sous le noir et qui venait déclarer son bâtiment et sa marchandise à la capitainerie avant de s'amarrer. Au moins jusqu'à ce que l'information recueillies par le petit Commissaire perruqué parviennent à une oreille un peu plus importante. Il dépassa un groupe d'arquebusiers en uniformes à la couleur du Royaume qui riaient entre eux, assis sur des bittes d'amarrage. Il y avait deux Elfins, un Mzékil et un Xen. Que des ailés. Voilà bien l'élite Royaliste. Cette étrange troupe de soldats, qui devaient être la terreur de pirates tels que lui, paraissaient avoir déposé leurs armes meurtrières pendant la pause déjeuner. Ils se partageaient, remarqua Franco, une outre de vin ainsi qu'une miche de pain et leurs arbalètes, pourtant fort bien entretenues, luisaient silencieuses sous le soleil de Zaï'Lou. Lorsque le Loup de la Passe les dépassa d'un pas assuré, les soldats cessèrent de parler et de rire entre eux. Il y eut dans l'atmosphère un échange de regards. Presque une morsure. Ils n'avaient aucun moyen de savoir qui était pour eux cet homme à l'oreille ravagée et mutilée, portant le chapeau à larges bords plumé et dont la cape noire claquait au vent à chacun de ses pas. Le fer qu'il portait en-dessous cliquetait à chacun de ses mouvements. Franco dépassa le groupe de Royaliste et s'éloigna du port en homme libre. Il prit grand soin, tandis qu'il déambulait dans Zaï'Han, à noter scrupuleusement dans son esprit les déplacements de chacune des patrouilles Royaliste qu'il croisait. Il erra ainsi en ville une bonne heure, sans destination précise. Il se familiarisa avec la situation de Zaï'Han. Le Royaume effectuait des gardes régulières dans chaque quartier et ils ne lésinaient apparemment pas sur l'équipement de leurs soldats. Guadalmedina jugea chacune des armes qu'il aperçut entre leurs mains de dernière technologie.
Il en était là, à se demander ce qu'il se passerait si jamais ce Général Tulius décidait subitement de se saisir de l'Alvaro De La Marca et de placer son équipage aux fers quand une balle roula à ses bottes. Bientôt, un jeune garçon chétif, au visage sale et souillon, pieds nus, s'approcha. Un instant, le pirate et l'enfant se dévisagèrent sans rien dire. Le garçon baissa alors les yeux vers la balle immobilisée aux talons du Roi Pirate. Guadalmedina fut interloqué par ce regard-là, et il se baissa après une hésitation. Il y eut un autre échange de regard, la balle qui passe des mains gantées de Franco à celle du garçon, les doigts qui s'effleurent. L'enfant disparut alors derrière la porte d'un bâtiment qui indiquait sur sa devanture "Le cuisseau bigre". C'est le dernier regard du garçon qui incita Franco à passer à son tour le pas de la porte. Un fumet délicat empli ses narines, bientôt agressées rapidement par l'odeur, plus âpre, du tabac chaud et de la fumée de pipe. Effectivement, on fumait et on mangeait au Cuisseau bigre. Guadalmedina s'accouda au comptoir et s'étonna de la soif qui lui tiraillait la gorge depuis des heures. Il commanda un verre de rhum et but le quart cul sec. Alors une silhouette drapée d'un long manteau, pourvu d'un chapeau, comme le sien, à larges bords qui lui couvrait presque les yeux s'approcha de lui. Guadalmedina reconnut en dépit de l'accoutrement les hanches qui révélaient féminin et la voix le réconforta dans son hypothèse. Le gamin avait disparu.

- La situation a bien changée, ici, lui dit la femme.

Franco fut bien heureux de trouver quelqu'un avec qui parler. L'accent le marqua également. Un accent qui sentait la coco, le sucre de canne et les corridas. Il remarqua la peau noire sous le manteau sombre. Il voyait monter dans l'atmosphère des fumées de pipe un nouveau souffle, comme un semblant de réponses à ses questions.

- Froide et raide comme un thon salé. lui fit-il pour réponse.

On ne rit pas à sa note d'humour. Il avait pourtant fait de son mieux mais ne se peina pas.

- Tu ne devrais pas plaisanter comme ça. En notre métier, se voir passer la corde au cou est une affection contagieuse. Surtout depuis que le Royaume a pris Zaï'Han.
- Je ne comprends pas, s'engagea Franco. Il n'y a pas eu de ripostes ?
- Il y en a eu.

La femme laissa un silence se poser entre eux deux, buvant une gorgée de bière dans une choppe abîmée.

- Il y en a eu, reprit-elle. La Flibuste régulière ou de passage a voulu se révolter. Il y a eu une révolte au cours de laquelle ceux que Hytraz voulait voir pendus rendirent l'âme. Les autres se tiennent tranquilles à présent. Ils plient l'échine sous l'autorité du Royaume. En échange, ce dernier ferme un peu les yeux sur leurs activités. Ils sont plus nombreux que nous, mieux équipés, leurs bâtiments mieux montés. Deux nouveaux navires de guerre à leurs couleurs armés pour la course sont venus jeter leurs ancres hier, dans notre port.
- Ils ont investi mon navire. Les leurs ont commencé à organiser le blocus du port.
- Et ça n'est que le début. Les Cités-Blanches ne comptent pas s'arrêter là. Le contrôle du port n'est qu'un commencement pour eux.

Guadalmedina se laissa le temps de la répartie, analysant, tournant et retournant chaque mot prononcé ou entendu dans sa tête. Il s'enfila une gorgée de rhum. Sec.

- Qui es-tu ? osa-t-il enfin demander.
- Tu le sauras bien assez tôt. Et toi ?
- Tu es de la Flibuste ?
- Tout comme toi.

Il laissa échapper un "mmh" entre ses lèvres.

- J'ai entendu le nom ''Alvaro De La Marca'', poursuivit la femme au chapeau. C'est ton navire ?
- Que j'ai dû laisser en arrière.
- Tu as bien fais.

Il leva un index savant au-dessus sa choppe de rhum.

- Temporairement, néanmoins. Ca va de soi.
- Oui. Amarré ?
- Non. Encore à l'ancre à quelques encablures du port.
- Le Royaume est au courant ?
- Au courant de ?

Le vent s'était levé, sifflant contre les vitres de la taverne. Un vent trop fort, songea Guadalmedina, pour qu'à bord de l'Alvaro, Wallace puisse envoyer davantage de toile et en tirer parti afin de forcer l'éventuel blocus.

- Que le Loup s'est perdu au milieu des chasseurs, en croyant trouver la bergerie.

Franco sourit de la comparaison.

- Que d'honneur.
- Je viens de Grande Lagoon, lui répondit son interlocutrice, et je navigue dans les eaux du Sud depuis des années. Je connais un peu les grands noms de la piraterie. Tu devrais t'inquiéter davantage de leurs Généraux. Leurs capitaines d'infanterie. Ou leur commandants d'artillerie. Eux ne te feront probablement pas honneur lorsqu'ils apprendront que Guadalmedina s'est jeté dans la gueule du loup. Ils essaieront de te harponner. Comme un poisson.
- On en revient au thon...
- Oui.

Ils burent tous deux une autre gorgée. Franco savait à cette inconnue un gré sincère d'avoir su le juger assez important pour venir jusqu'à lui pleine d'informations sur la situation actuelle de Zaï'Han. Quels obstacles pouvait-il bien y avoir entre lui et son Alvaro, se demanda Franco ? Et ses obstacles n'augmentaient-ils pas en nombre d'heure en heure ? Ils finirent par tirer un tabouret et s'accouder au comptoir afin de poursuivre leur conversation. Guadalmedina ne lâchait pas la porte du Cuisseau bigre du coin de l’œil. Ils discutèrent ainsi de longues minutes sur le sujet de l'occupation de la ville.

- Tu n'as plus que trois options maintenant, lui dit la femme mystérieuse en croisant sur sa poitrine ses bras. Abandonner ton bâtiment entre leurs mains et fuir Zai'Lou pour sauver ta vie. Mettre rapidement le plus de distance possible entre eux et toi.
- Hors de question que je laisse mon navire à ces truands qui se frisent la perruque au petit fer !
- Alors reste ici. Ils te trouveront et tu finiras aux mains du Royaume puis dans les geôles des Cités Blanches où ils t'enchaîneront bien. Les frères de la côte ont levé les armes pour Zaï'Han précédemment. Ils ne le feront pas pour toi.
- Tu as dis trois options, non ?
-  C'est vrai. La troisième option est la plus festive.

Franco se demanda si il avait bien entendu. Festive ?

- Tu ne leur abandonnes rien. Ni ton Alvaro De La Marca. Ni ton équipage. Ni ta peau. Et tu te joins à nous pour fêter le mariage du Capitaine Sélérini.
- Sélérini...Sélérini...Tu veux dire Jacquot Sélérini. Il est ici ?

L'interlocutrice de Franco ajusta les pans de son chapeau sur son nez au-dessus de sa bouche rose et pulpeuse. Elle se leva.

- Je te dis au revoir. Tu es invité. Sélérini se marie ce soir, et il le fête avec tous ses amis. Quand la lune sera visible, dans les sous-sols du Filet.

Elle fila sans demander son reste. Franco passa le reste de la journée comme un misérable. Il fit des catacombes de Zaï'Han sa cour des miracles. La femme noire lui avait dit que le Royaume ignorait encore la présence de ces réseaux sous la ville. Lorsque la nuit jeta son voile sur la cité, le Loup sortit de sa tanière à pas feutrés.

~



Franco n'avait aucune nouvelle de l'Alvaro De La Marca mais Wallace et Jose bénéficiaient de toute sa confiance. Eux savaient aussi que leur capitaine ne les avait pas trahis. Zaï'Han était une ville de très grande taille, et bien que Franco s'y fut déjà rendu précédemment, la disposition de cette dernière lui échappait. Il perdit de précieuses heures à chercher l'établissement que la Flibuste surnommait Le Filet. Lorsqu'enfin, il le trouva, la nuit demeurait fort bien avancée. Le Filet était en fait un vieux magasin de colifichets, spécialisé dans les hameçons, les miniatures de bateaux et le verre soufflé, tenu par un vieux flibuster Han. Ce qui faisait en réalité toute la richesse du minuscule entrepôt, c'était l’étendue de son sous-sol insoupçonné qui servait depuis peu de véritable quartier général à la Flibuste insoumise. En pénétrant dans cet endroit noyé dans la fumée de pipe et des narguilés, aux senteurs de pétun, de sueur et de bière, Franco Guadalmedina fut partagé entre le sentiment de se trouver de nouveau chez lui, au Saint Domingue, sur le Vieux Port de Puerto Blanco, et celui de se retrouver de nouveau prisonnier du siège de la mafia locale qui l'avait destitué il y avait moins d'un an. Près du mur, des dizaines de fûts et de foudres en bois de chêne laissaient vieillir la fameuse solution sucrée obtenue par la dilution de la mélasse. Sur le sol, moult filets de pêche et carapaces de tortues gisaient, au milieu de souliers divers et de choppes vides. Un homme jouait du violon dans l'un des coins de la galerie souterraine. Un peu partout des narguilés soufflaient mollement leur fumée vers l'azur invisible. Il y avait environ une vingtaine de pirates, remarqua Franco, qui buvaient ou fumaient à même le sol sur des coussins. On parlait fort, on criait, on riait afin de couvrir la voix guillerette du violon que grattait le musicien. Les marins étaient tous des mâles à l'exception de la femme à la peau noire qui avait abordé Franco plus tôt dans la journée. Elle était la seule de son sexe, remarqua-t-il, exception faite -il le vit plus tard, car entourées d'un voile de fumée de narguilés- d'un quatuor de petites filles toutes neuves qui dansaient pour les beaux yeux des flibustiers présents ce soir. À demi nues, seul un voile de tissu évoquant de la gaze transparente couvrait leur poitrine naissante et leur intimité. Des bracelets de poignets et de chevilles claquetaient gaiement au fur-et-à-mesure de leurs pas et déhanchements. L'ambiance, trouva Franco, était bonne et effectivement festive.
Naturellement son regard se porta alors sur le chef de cette petite compagnie. Sur le "marié" qui avait pour nom Jacquot Sélérini. Guadalmedina le connaissait de nom. Le Capitaine Sélérini, habitué de Port-Suppure, dans l'Est d'Arcaëlle, écumait tout comme lui les eaux du Sud et sa proie préférée demeurait les navires Royalistes. On lui servit un verre de vin et Jacquot Sélérini l'invita à sa table. Table qu'il partageait avec sa fiancée, devenant sa femme, Lila à la peau noire.

- Je suis née sur Porto Santo, dans l'Archipel de Grande Lagoon, l'informa-t-elle au cours de la conversation.

Le Capitaine Jacquot, borgne de surcroît, servait de copieux verres à Franco, qu'il ne se faisait pas prier pour descendre. Toutes les fois où Jacquot le regardait, le menton dégoulinant de rhum, de bière ou de cognac, Franco se sentait pour lui de l'inclinaison bien qu'il le trouvât fort jeune et inexpérimenté. Mais au moins, et cela nul ici présent ne l'aurait contesté, le Capitaine Sélérini avait de la gueule et, disait-on, un très bon coup de poignet ! Il fêtait effectivement ce soir son mariage avec Lila, celle qui devenait sa femme. Elle était déjà sa partenaire d'aventure et ensemble, les deux compères avaient écumé toutes les eaux du Sud d'Arcaëlle. Si Sélérini vivait beaucoup caché depuis que le Royaume avait investi le port et la ville, c'est parce qu'il était le dernier encore en vie parmi les rebelles qui avaient pris les armes pour s'opposer à l'occupation de Zaï'Han. Il avait vu ses compagnons, frères d'armes, connaissances, amis, membre de son équipage même, tomber sous la puissance de coups de l'armée des Cités-Blanches. À présent, il ne se montrait plus en ville le jour. Il craignait le Général Tulius qui lui avait pris son œil, disait-il. C'était Lila qui faisait ses yeux et ses oreilles en Zaï'Han. Elle était d'un naturel discrète, ce qui n'enlevait rien à son ingéniosité. Lila avait dans l'esprit une souplesse que beaucoup de forbans avaient dans le corps.

- Et ce mariage ? demanda Franco. Ça n'est qu'un prétexte pour vous réunir dans le secret ?
- Le mariage est sincère, lui répondit Jacquot Sélérini derrière un rictus malicieux. C'est pour ça que ce soir, l'alcool coule à flots ! Il n'est pas facile de nous en procurer maintenant, depuis que le Royaume à des yeux et des oreilles partout en ville. Il contrôle tout ce qui entre et tout ce qui sort du port.

Mais Guadalmedina avait du mal à croire qu'on l'ait invité au Filet niquement afin qu'il porte un toast aux jeunes mariés. Effectivement, bientôt les esprits s'échauffèrent. Jacquot Sélérini attirait tous les regards avec son écharpe de soie autour de la taille, sa veste et culotte de velours, ses bas à coins brodés, ses souliers à boucles et son gilet de soie. Bientôt, les danseuses cessèrent leurs déhanchés pour venir se reposer sur les cuisses de tel ou tel pirate. Alors Sélérini prit la parole, levant haut les bras dessus sa tête afin que tous le voient et puissent l'entendre. Acculés seul à seule au fond de la pièce, Franco et Lila écoutaient, bras croisés sur leur poitrine. Il avait beaucoup bu et sa vision n'en paraissait que plus accrue. Il remarque que la beauté noire avait ajusté bien ses bas afin de tenter le démon. Bien qu'elle soit vêtue mi-femme mi-garçon et à la diable, mi-figue mi-raisin comme l'on disait dans le Sud, elle dégageait des vapeurs à vous faire tourner la tête. C'était une femme modérée de langue mais vive d'esprit. Jacquot Sélérini, moitié ivre moitié fébrile du haut de ses trente ans entama un long discours sur la nécessite de chasser le Royaume de Zaï'Han sans plus tarder ! Franco sourit tandis qu'il s'exila doucement avec Lila par le petit escalier menant au magasin.

- Si il est bien aise dans ses paroles, il est aussi bien ivre, lui fit-il remarquer.
- Il va exposer son plan à l'assistance, lui répondit Lila en laissant son doigt courir sur une bouteille de verre emprisonnant un beau navire.
- Quel plan ? Pour arrêter le Royaume.

Elle se tourna vers lui et lui sourit. Il sentit alors qu'il la désirait, encore plus maintenant qu'elle était femme d'un autre. Cela faisait des mois qu'il n'en avait plus senti une. La dernière, prophétesse en date, lui avait laissé un goût amer derrière la langue.

- Pour arrêter le Royaume, répéta-t-elle avec le sifflement d'un serpent.
- Et que comptez-vous faire ?

Elle posa alors sur son poitrail une bouteille de rhum qu'il porta à ses lèvres.

- Rien de plus simple. Dissocier les patrouilles. Reprendre le Fort tombé entre leurs mains. S'en servir pour détruire leurs flottes qui tiennent le Port.

Il lui arracha alors un baiser, faisant tomber la bouteille vide qui se brisa au sol en un fracas entendu d'eux seuls. Dans le même temps, elle écarta les cuisses afin qu'il vienne y explorer.

- Tous ensemble, nous avons une chance de réussir, susurra-t-elle à son oreille estropiée et ravagée par le feu.
- Reprendre le Fort et détruire leurs flottes. Rien que ça ?

Elle serra les dents lorsqu'il la prit sur le comptoir du Filet.

- Et faire sauter sa putain de tête au Général Tulius ! »
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" Votre véritable nom, Loup, je ne le dirai pas. Car il est tout-à-fait impossible que l'on vous prenne pour un autre."
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Mer 25 Avr - 17:50
Comme annoncé par le corbeau de Tahiri, environ une heure plus tard, le sieur De Vulpère apparaît aux yeux des deux prisonniers, flanqué d'une escorte de deux royalistes ailés.

- Ouvrez la geôle ! ordonna-t-il avec autorité.

L'un des geôliers ouvrit la porte à clef et invita le Renard à entrer, toujours accompagné de ses gardes. Il affichait son sourire habituel, mais semblait cependant quelque peu contrarié par la tournure des événements. Il prit la main de Tahiri et la baisa délicatement avant de lever ses yeux vers l'elfe qui semblait perplexe face à ce comportement.

- Je vous pris de bien vouloir excuser, ma très chère dame, le Général Tullius et ses hommes pour leur... mauvaises manières à votre égard ! Il était très discourtois de vous assommer, encore plus de vous faire enfermer ici. J'espère toutefois que le Commodore fut d'une compagnie agréable et quelque peu réconfortante à vos égards ! Je ne supporte point l'idée de vous savoir dans cet endroit abjecte !
- Heu... Ouais ? Merci ? Enfin... je crois ? répondit l'elfe.
- Geôlier, faites accompagner Dame Rösenwand dans mes appartements ! Comme nous l'avons convenu avec le Général, vous êtes libre à certaines conditions, très chère.
- Mais...
- Je vous prierai de rester dans mes logements jusqu'à ma venue. J'aurais à vous parler, si vous n'y voyez aucune objection.
- Ben... c'est à dire que...
- Vous ne m'avez pas bien compris, je crois, Dame... Vous n'y voyez aucune objection, c'est un fait, sauf si l'humidité de cette prison vous convient !
- Pfff... J'ai pigé... Bon... ben à la revoyure, Commodore... on dirait que j'ai pas trop le choix...
- En effet... Maintenant, veuillez nous laissez, le Commodore et moi-même, nous avons une discussion importante à entretenir et il n'eut fallu que vous en troubliez les propos.

Ainsi l'elfe fut emmenée hors de la geôle, accompagnée de l'escorte et du geôlier qui semblait fort contrit de ce fait avéré.

- Commodore... Vous ne me facilitez vraiment pas la tâche... soupira le Renard.
- Je peux concevoir que vous buttiez du front sur votre travail, Maître De Vulpère. Mon cœur se glace en songeant aux récents événements qui eurent lieu sur le Port.
- Si fait, Sire De Everhell ! Le mien saigne à vous savoir dans pareille situation. Le Général Tullius, c'est un fait plus que probant, aurait voulu, s'il était de coutume dans notre nation, votre tête sur le billot. Pour reprendre ses mots, qui furent crus tout comme cruels : "Cet extrait de cornichon a flanqué en l'air mes efforts pour calmer la population !"

Le Renard se mit à rire en reprenant tout bas "extrait de cornichon" qui lui semblait être une insulte tout à fait saugrenue.

- De fait, les arcaëlliens de Zaï'Han sont tout de colère et en ce moment même, le général essuie quelques... mauvais mots avec les représentants les plus illustres de cette ville, qui se font les portes-voix du peuple.
- Maître De Vulpère, je vous implore. Laissez-moi m'entretenir avec le Général Tullius, je trouverai les mots afin de le convaincre de ma bonne foi !
- Il faudra, je le crains, plus que des mots. Cependant, je vais exaucer votre souhait. Je souhaite que vous sortiez d'ici au plus vite et que le Général Tullius entende votre plaidoyer ! J'aimerai toutefois savoir, Commodore De Everhell... Pensez-vous que ce que disait cette elfe au sujet de cette affaire soit vrai ? J'entends par là que ce ne fut point de votre main et de votre arc que s'envola cette flèche qui s'abattit sur cette criminelle en fuite ?
- Vous savez bien que pour rien au monde je n'aurai souhaité le trépas d'une Arcaëllienne, Maître.
- J'entends bien, Commodore, je vous sais incapable d'un tel acte, de sang froid qui plus est ! La question qui reste cela dit en suspens, c'est : "Qui aurait bien pu commettre un tel acte, en profitant de votre situation ?" Il n'y avait, aux yeux de tous, que vous... et les matelots qui vous suivez, arcs à la main. Un matelot qui aurait eut l'occasion de vous subtiliser une flèche, qui plus est ! Si vous le permettez, Commodore, j'interrogerai tous vos braves arcaëlliens ! Il me faut trouver le responsable... J'ai du mal à croire que cela puisse être du fait d'une quelconque gaucherie de votre part ! Enfin... vous êtes droitier, n'est-ce pas ? Sinon il eut fallut que je dise droiterie, non ? Ahahah ! Hum... mauvaise blague de ma part, j'en conviens, se rectifia De Vulpère.
- Je possède une totale confiance en mes marins. Dites-moi, que produirez, pensez-vous, vos interrogations sur mon équipage ? J'entends de là du bruit qui ne plaira point au Général Tullius, mais si votre investigation discrètement menée vous permettra l'éclat au grand jour de la vérité, dusse-t-elle me désigner comme seul coupable quand bien même mon action fut involontaire, je vous assure de tout mon soutien.
- Je vous promets une totale discrétion quant à cette investigation, Commodore. Il me semble que j'ai assez semer de zizanie au sein de votre équipage ces derniers temps... Je suis un incorrigible semeur de trouble ! Mais je saurais ne pas perturber ce si délicat équilibre.

Le Renard inspira et déclara finalement avec détermination.

- Venez, Commodore, il est temps d'aller deviser avec le Général. Vous avez assez fréquenté cette geôle pour l'heure ! Geôlier ! La porte !

Le geôlier en question, qui était de retour, ouvrit la porte aux deux royalistes et grogna à leur passage. Il semblait tout aussi contrarié par le départ du Pygargue qu'il ne le fut pour Tahiri.

Après avoir quitté la prison et rejoint le quartier général du Royaume, qui était constitué du seul bastion encore en état de la ville, De Vulpère et De Everhell, complices dans l'affaire, rejoignirent le bureau du Général Tullius qui venait de virer à coup d'injures un officier venu lui faire son rapport.  

- Général Tullius ? demanda timidement le Renard.
- Ah... c'est vous... entrez ! Mais que... Par tous mes ancêtres, que fait cet olibrius hors de sa cellule ?
- De grâce, Général, le Commodore ne souhaite que vous parler et je souhaite que vous l'entendiez !
- Hum... grommela le général. Très bien... Asseyez-vous Commodore et racontez moi ce que vous avez à me dire.
- Je vous présente tous mes respects, Général Tullius. J'escompte que par votre sagesse vous apaiserez mon trouble, qui nous jeta tous deux en de mauvaises relations. Voulez-vous que, d'une erreur si basse, nous présentions tous la tête au joug qui nous menace ? J'aime ma patrie, mon Général. J'aime ma Reine, j'aime Hytraz, j'aime nos bâtiments et nos Généraux. L'incident qui eut lieu sur le Port n'est peut-être qu'une déplorable méprise. Je gage que nous en aurons la preuve bientôt. J'entends de toutes parts les plaintes des populations, les pirates dangereux, cet homme, Reginald Thorn en pleine nature, les populations qui râlent et qui grondent ; nous devons prévenir les maux qui les ont entraînés. M'enfermer, mon Général, serait une noble issue à un tel imbroglio si tant est que je fus coupable de quoi que soit. Je vous assure donc, et répondrai de ses paroles sur ma vie, que si le résultat de l'enquête qui va être menée me désigne comme seul coupable d'un tel fléau, je viendrai par choix me rendre à vous, à votre verdict, à votre sanction, et je rendrai la rapière ainsi que les galons, l'écusson, à votre bon jugement. Je vous supplie cependant et dès à présent de me gracier, Mon Général, car je suis tout prêt à comprendre sur un mot de vous les populations belliqueuses de Zaï'Han. Et remettre à sa place ce forban notoire qu'une terrible erreur de ma part laissa filer en pleine nature.

Le Général Tullius grogna à nouveau et fixa son regard implacable sur le Commodore. Il ne savait pas si le xen était sincère ou si ses courbettes n'étaient que ruse et sournoiserie. Mais il avait assez confiance au jugement du Maître De Vulpère pour accorder quelque peu de crédit à ses dires.

- Commodore... J'aimerai vous accorder cette faveur, mais je suis dans une situation délicate. Ces zouaves de représentants du peuple de Zaï'Han son en train de me damer le pion. Je fais confiance à Maître De Vulpère cependant qui m'a fait comprendre que vous étiez quelqu'un de bien plus... droit qu'il ne l'est lui même. Par bénéfice du doute j'accéderai peut-être à votre requête.
- Général, s'exclama alors le Renard. Vous pouvez compter sur la bonne foi et surtout l'intégrité de cet homme ! Je vous pries de le considérer comme s'il n'avait jamais été absent lors de la prise de Zaï'Han ! Cela relève entièrement de ma responsabilité ! Accordez lui le bénéfice du doute et vous verrez qu'il est arcaëllien à respecter sa parole. Ce pirate en fuite sera ramené ici même et répondra de ses actes devant toute la population ! Cet animal en fuite est un danger comme le dit si bien le Commodore !
- Oui, merci, Maître, j'ai entendu ce que le Commodore à dit, pas la peine d'en rajouter, morbleu de merde !
- Votre langage, Général... s'offusqua le Renard.
- Pfff... Bon... écoutez Commodore De Everhell, mettons que l'on soit tous les deux partis sur de mauvaises bases... Ramenez moi ce gibier de potence en cellule et je m'arrangerai pour vous gracier. On trouvera bien une excuse à fourguer auprès des pécores du coin. Mais si jamais l'enquête vous désigne comme coupable, vous regretterez que le Royaume ne pratique pas la peine de mort, mon vieux !
- Votre langage, Général... répéta De Vulpère.

Le Pygargue fit une courbette à l’encontre du Général.

- Je vous remercie Mon  Général, je m'en vais sur le champs. Ayant chassé le pirate depuis de nombreuses années j'escompte parvenir à éloigner au plus vite de la population ce forban notoire.
- J'y compte bien, Commodore ! Votre expérience de chasseur de pirates joue en votre faveur, ne me décevez pas ! Maintenant foutez moi le camps, j'ai encore des civils à rencontrer et ça ne va pas être une partie de plaisir !
- Votre langage, Général...
- Oh et tant que vous y êtes, disparaissez, vous aussi ! Je soignerai mon langage quand vous aurez arrêté de me casser les pieds ! s'emporta Tullius à l'égard de De Vulpère qui s'en alla la tête haute.
- Mon Général, je ne vous salue point !
- C'est ça... Bon débarras... soupira le Général.
- Avec tout mon respect, Général Tullius, le salua le Pygargue avec déférence avant de prendre congé.

***

Je fus conduite aux quartiers de ce royaliste à visage de renard. Il fallait avouer que le xen devait avoir une sacrée influence pour se payer le luxe d’une telle suite. Il ne se refusait rien de toute évidence. J’en profitai d’ailleurs pour m’allonger sur le lit qui était bien plus confortable que tous les lits que j’avais pu connaître depuis ma dernière décennie. Il n’y avait probablement que deux ou trois comtesses avec qui j’avais couché qui eurent des couches aussi remarquablement moelleuses et parfumées. Une question toutefois me tracassait et fit en sorte que je ne ferme pas l’œil : « Que me voulait ce Renard ? »

Après une interminable attente à profiter du confort des lieux, j’entendis finalement la porte s’ouvrir, ce qui me fit me redresser d’un coup. Le xen à tête de renard était là, dans ses beaux atours, visiblement amusé par la situation. En tout cas je le sentais bien moins dans l’embarras qu’auparavant. Je m’apprêtai à quitter le lit quand il me fit signe de la main.

- Je vois que vous appréciez le confort de mes appartements. Agréables, ne sont-ils pas ? Mais je vous pries ! Vous n’êtes point obligée de vous lever, restez donc allongée si vous le désirez !
- Oh ? Bon… Ben faut pas me le dire deux fois, hein ?

Je me rallongeai quelque peu, me redressant légèrement avec les coussins pour fixer le Renard du coin de l’œil. Celui-ci se dirigea vers un fauteuil de riche facture avant de le saisir et de l’approcher du lit.

- Puis-je me permettre de m’asseoir prêt du lit ? me demanda-t-il avec courtoisie.
- Ben… vous faites bien ce que vous voulez… c’est chez vous, après tout.
- Pas exactement mais je comprends l’idée ! Laissez-moi cependant vous contredire sur ce point, ma Dame ! Je ne me permettrais point d’ainsi outrepasser mes droits et la bienséance en piétinant votre zone de confort. Un gentilhomme tel que moi ne pourrait vous déplaire en la matière au risque de se flageller lui même de toutes sortes de détresse morale et d’affliction. Aussi préférais-je vous demander si cela ne vous dérangez pas de…
- Roh la la ! On vous a jamais dit que vous parliez trop ?
- Si fait, Dame Rösenwand ! Le Général Tullius est le premier à me le rappeler fort peu cordialement…

Il installa le siège face au lit et s’y assit, s’assurant qu’il n’était pas trop près. Je soupirai face à cet état de fait. Était-il  vraiment obligé de se mettre aussi loin et de faire tant de manière ? Surtout pour une roturière telle que moi…  

- Bon… Vous vouliez quoi au fait ? Vous m’avez dit que vous vouliez me parler, mais je sais toujours pas pour quelle raison…
- Ah ah ! Oui, je vois que vous préférez aller tout droit au but ! Fort bien ! En ce cas j’ai quelque chose d’extrêmement important à vous demander : Vous qui êtes chef d’une troupe de mercenaire, dites moi… seriez-vous prête à louer vos services au Royaume ?
- Oula… ça dépend pour quoi ! On vend pas nos services à n'importe qui pour n'importe quoi...
- Oh ? Des mercenaires avec des principes ? Comme c'est intéressant ! Alors dîtes-moi, chère Dame Rösenwand, que diriez-vous de louer votre bras armé pour une noble cause ? Vous n'êtes pas sans savoir que la piraterie, le vice, et la corruption menacent les braves gens de ce continent. J'eusse espéré que vous nous donnâtes votre aide afin de débarrasser Zaï'Lou de ce fléau, en échange d'une riche compensation, cela va s'en dire.
- Soyez plus clair, M'sieur Le Renard... Vous voulez quoi exactement ?
- Votre aide pour appréhender la racaille de Zaï'Han ! Les pirates, les voleurs, les bandits ! Vous savez que le Royaume n'a pour coutume que d'affecter à ces criminels des peines de prison. La mort serait trop douce pour ces derniers.
- Pfah... Qu'est-ce que vous savez de la mort, Renard ?
- Je connais assez bien la vie pour savoir qu'elle peut être bien plus cruelle que la mort, très chère. Mais soyons clair, le Royaume ne punit pas les criminels par la mort, mais par l'expiation, le travail et la rédemption. Le pirate qui souhaite travailler pour le Royaume se verra devenir corsaire, le voleur un marchand, et la bandit... ma foi, on n'a jamais trop de bras dans l'armée ! Ce qu'il faut à ces gens là, c'est la discipline et l'amour d'une patrie.
- Beurk ! Arrêtez ça, vous allez me faire vomir...

De Vulpère ouvrit grand l'un de ses yeux plissés et me regarda avec celui-ci comme s'il était intrigué par mes mots. Son silence fut plus éloquent que n'importe quelle réprimande et il continua de me fixer. Agacée, je finis par préciser :

- J'ai rien contre votre loyauté envers votre Royaume, votre Reine, tout ça tout ça, mais honnêtement... je m'en cogne un peu de vos histoires... Cela dit... Si vous voulez un coup de main pour faire prisonniers les pires malandrins d'Arcaëlle... je pourrais en être. Je veux cependant être sûre que votre venue ici ne nous privera pas de toutes les libertés qui me sont chères.
- Avez-vous apprécié votre séjour aux Citées Blanches, Dame Rösenwand ?  
- Ah... Ça oui, pour sûr ! Quel ravissement que ces Citées... Hytraz est magnifique au Printemps...
- C'est en été qu'elle brille le plus cependant ! J'aurai aimé pouvoir vous les faire visiter en cette belle saison ! Mais trêve de galéjade, ma chère ! Le fait est que Zaï'Han jouira tout comme Ray'Bauz des merveilles du Royaume, de sa liberté et de sa grandeur !
- Ouais... C'est vrai que le Royaume est sympa... Mais justement, j'aime bien la diversité ! J'ai peur qu'à force, vous ne transformiez tout Arcaëlle...
- Est-ce cela que vous craignez, Dame ? Il est vrai que Ray'Bauz fut sous l'influence du Royaume, mais jamais on ne vit le continent se muter sous son règne ! Je puis vous l'affirmer, Zaï'Lou gardera sa beauté et son charme bien distinct... Seuls les malfrats auront à craindre notre nation ! Ne serait-ce point agréable que ce rêve ne devienne une réalité ?
- Possible... Alors ? A combien estimez-vous ce rêve ? Demandai-je.

Le Renard se mit à rire jaune. Il avait bien compris que je ne lui concéderai aucune ristourne, même pour un objectif qui n'allait pas contre nos principes.

- Je vois... Chaque chose à un prix, n'est-ce pas ?
- Non... la chaleur du soleil n'a pas de prix, ni le sourire d'un enfant...
- Ah ah ! Vous êtes philosophe avec ça ?
- Ça m'arrive parfois, avouai-je. Alors ? insistais-je.
- Et bien je suppose que vous aurez des frais de gestion, ajoutons à cela une prime de risque, de quoi vous acheter ce qu'il faut en nourriture et autres plaisirs décents... que diriez-vous de cinq écus par jour pour chaque mercenaire ? Oh ! Et également une prime en cas de blessures graves et incapacitantes, ainsi qu'une prise en charge des frais en cas de décès et une prime à la famille.
- Cinq écus ? Par jour ? Et... de quoi ?

Je restais silencieuse. Cinq pièces d'or, par jour et par personne... c'était un prix qu'on ne pouvait refuser en tant que mercenaire, surtout avec les avantages que venaient de citer ce Renard. Les soldats du Royaume étaient probablement mieux payés mais les avantages allaient de pair avec leur totale obéissance.

- Oh... Cela n'est pas assez ?
- Vous plaisantez ? C'est largement assez ! Y a pas beaucoup de mercenaire qui peuvent se payer le luxe d'avoir un salaire pareil !
- Ouf ! Me voilà soulagé ! En revanche, je vous serais gré de nous faire parvenir toute acquisition qui passerait entre vos mains et qui appartenaient aux forbans. Nous tenons à ce que ces possessions soient au mieux, rendues à leurs anciens propriétaires, au pire, redistribuées parmi la population ou confié au trésor publique du Royaume.
- Ouais... En gros un bon salaire mais pas de bonus, hein ?
- Vous avez déjà un bon salaire assuré, que vous faut-il de plus ?

Je n'aimais pas trop cet idée mais il fallait avouer que l'offre était plus que généreuse. Il aurait été idiot de ma part de refuser. Nihil n'aurait même pas réfléchi à ma place, il aurait tout de suite accepté, j'en étais persuadée. Je finis par porter un autre regard au xen qui se trouvait face à moi. Je me levais de mon lit, ou plutôt du sien en l’occurrence, et m'approchai de lui.

- C'est entendu, mais comme je suis le chef de ce Clan, j'aimerai bénéficier d'une petite faveur supplémentaire.
- Oh ? Vraiment ? Je vous en pries, ma Dame, je ne saurais vous refuser un privilège, quel qu'il soit, si tant est que celui-ci ne bouleverse pas la décence qui nous est propre !

Je me mis à ricaner. Si seulement cet aristocrate savait ce que j'avais en tête... Il n'allait de toutes façons par tarder à le savoir. Je me posais délicatement sur ses genoux et passais un bras autour de ses épaules avant de mettre une main contre son torse et d'approcher mon visage du sien. Je vis, avec un malin plaisir, son sourire disparaître tout comme son assurance. Il sembla soudainement tout déconfit de me sentir aussi près de lui.

- Laissons la décence de côté, mon petit Renard.
- Mais... Mais enfin... mais... Mais ma Dame... Je... C'est tout à fait inconvenant ! Balbutia-t-il.
- C'est justement ça qui est appréciable, ne croyez-vous pas ? Allez... accordez-moi au moins une fois cette faveur ! Cela fait si longtemps que je n'ai pas batifolé avec la noblesse du Royaume ! Et puis je n'ai jamais couché avec un xen !
- Couché ? Par tous les dieux... C'est encore pire que... Mais... que faites-vous ? Je vous en pries ! Lâchez donc ceci ! Vous allez défaire mes vêtements ! Protesta-t-il.
- C'est bien le but, justement ! Fu fu fu ! Et puis vous n'aviez qu'à pas être aussi beau et bien présenté ! Comment voulez-vous que je résiste à ça ?
- Parce que c'est ma faute, à présent ? Non... lâchez ce lacet... Je vous en conjure...
- Faites pas votre offusqué, vous en mourrez d'envie, je vous ai vu reluquer ma poitrine depuis tout à l'heure !
- C'est faux !! objecta-t-il.
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Mar 1 Mai - 20:31
Nous réglerons tout dans notre réduit.
Je protégerai ta vitre qui tremble ;
Nous serons heureux, nous serons ensemble ;
Nous réglerons tout dans notre réduit ;
Tu feras le jour, je ferai la nuit.

Hugo




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« Je veux que vous montiez des corps de patrouilles issus du Prince et du Reanspell, dit Le Pygargue à son fidèle Capitaine Horace De Klemmens. Je me suis moy personnellement engagé auprès du Général Tullius à retrouver le fugitif. Je ne pourrais point supporter un injuste reproche de la part de mes supérieurs.

Le Commodore De Everhell traça ainsi sur la carte déployée représentant l'immense cité de Zaï'Han plusieurs cercles à l'encre rouge.

- Vous patrouillerez tous ces quartiers. Je tiens à ce que des avis de recherche soient placardés à toutes les places de la ville. Chascun en Zaï'Han doit savoir que le Royaume n'est pas celluy contre lequel ils doivent lutter. Le véritable ennemi, il doivent nous le livrer. Distribuons de l'or en échange de ce criminel. Il est entre ces murs. C'est ce pirate, cet évadé, ce ruffian de que tous nomment Reginald Thorn.

Klemmens tira une large bouffée sur sa cigarette, tranquillement. Les propos du Pygargue ne semblaient point troubler le cours de sa réflexion intérieure. En même temps, il écoutait.

- Je peux monter en moins d'une heure une vingtaine de délégations contenant chascunes cinq hommes. Ils se chargeront d'avertir la population et de restaurer la gloire et l'honneur du Royaume en recherchant activement ce criminel notoire.
- Une bonne chose, consentit Le Pygargue tout en étudiant l'immense carte déroulée sur son bureau. Je distribuerai des avis de perquisitions. Vos troupes devront fouiller chaque auberge, chaque taverne et chaque relai de Zaï'Han. Équipez-les en conséquences, Maître Klemmens. L'ennemi que nous recherchons a sans doute rejoint d'autres pirates. Vous savez bien l'ardeur avec laquelle ces gens là se serrent les coudes. Ils se rient tous de l'ombre sépulcrale ! Qu'Uoc'Thuy aie pitié de leurs âmes damnées.

En écho à son Commodore, Klemmens se signa religieusement, abandonnant quelques secondes son mégot entre ses lèvres pincées.

- Qu'Uoc'Thuy aie pitié, répéta-t-il tout en réfléchissant à la supervisation de ses patrouilles.
- Le Royaume icelluy-même derva s'armer de courage, conclut Le Pygargue. Car enfin, au combat qui pour nous tous se prépare, c’est peu d’être constant, il faudra être brave.


Par delà le hublot du Reanspell à l'intérieur duquel se trouvait Le Pygargue et son Capitaine, la toute nouvelle lune s'incurvait et brillait comme un fin copeau d'or arraché à un lingot.

- Vous avez mon accord afin de capturer par l'espée, jusque dans les chasteaulx si ceulx-ci les abritent, les éventuels complices de ce pirate, Thorn. Les Dieux du Royaume sont des souverains inexorables, auprès d'iceullx il n'y a point de recours en grâce pour les hérétiques des mers et les blasphémateurs que nous poursuivons.
- Oui, Mickaël, répondit Horace en écrasant sa clope dans un cendrier. Les condamnés en enfer en ont pour l'éternité.

Le Pygargue se signa, rangea la carte de Zaï'Han et remit ses gants. Puis il quitta le Reanspell en direction de la prison de la ville d'où il venait de sortir, moins de douze heures plus tôt.

~



La bataille ayant opposée les pirates et les anarchistes de Zaï'Han aux soldats du Général Tullius avait été violente, comme le lui avait appris la mercenaire -ou préférait-il plutôt dire, la roturière- Tahiri Rösenwand. Heureusement pour le Royaume, la supériorité numérique de ses effectifs ailés, doublée de la qualité incontestable de leur acier, sorti droit des forges de Hytraz, avait eu raison des forbans que Mickaël Vinzent abhorrait. Parmi ceux-là, il y avait un homme, avait-il appris, qui s'appelait Sélérini. Aux côtés d'autres, aujourd'huy décédés, il avait mené le soulèvement de Zaï'Han contre l'occupation Blanche. Le Pygargue avait obtenu l'autorisation du Général Tullius afin de rendre visite en geôle, non pas à ce Sélérini qui avait pu échapper à la justice du Royaume, mais à un homme qui avait pour nom Regnard. C'était le Second de l'équipage de Sélérini. Et ce dernier croupissait en cellule depuis presque deux mois, à ce jour. Le Pygargue l'interrogea longuement. Remuant dans l'ombre et les brumes de son esprit torturé les moindres détails de cette bataille sanglante qui avait secoué la population entière, peu de temps avant son arrivée. Le Commodore écoutait le parler triste de cet homme sans visage, secoué de spasmes et de vermines, que l'on avait lié sur une chaise et qui racontait, la bouche tordue de poils rêches encadrant ses lèvres. La langue tordue de jurons et de franc-parler outrageux. Le prisonnier finit par implorer le Commodore de lui ôter ses chaînes, mais Le Pygargue trouva que ses plaintes n'avaient plus que le goût de l'habitude, et il le redescendit au fond de sa cage. Il savait tout ce qu'il avait besoin de savoir. Le Général Tullius avait déjà ordonné des perquisitions et placardé des avis de recherches dans la ville. Cela n'avait rien donné. Si l'on voulait que Thorn soit repris, et ferré de nouveau dans l'abîme de ses crimes en attendant que son destin soit confié au professionalisme du Juge Walterion, il fallait user autrement. Le Pygargue retourna ainsi sur le Reanspell. Il aurait dû, et le savait, prendre quelques heures afin de reposer son esprit des événements de ces derniers jours, mais la culpabilité qui le rongeait d'avoir lâché sur des civils un être aussi vil que celui qui s'était trouvé l'inclinaison de suivre pas à pas vers l'enfer son frère le rongeait. Il sortit de son étui le masque de Kaliqua. Et dès qu'il vit ces deux orbites vides armés de tous leurs charmes qui le contemplait, il se surprit à désirer pour tous ses ennemis des maux qui seraient insoutenables et sublimes. Quoique les lèvres du masque n'aient point la voix pour le corrompre, il sentit la bouche lui nuire. Et enfila l'artefact sur son visage serein avant de s'enfoncer dans les ténèbres de la ville qui dormait.

~

Une nuit fila sans qu'il ne se passa rien de remarquable pour Mickaël De Everhell. Sous les traits d'un autre, un homme barbu, plus massif mais plus petit en taille que lui-même, sale et de mauvaise vie. Au petit matin, las d'arpenter les quartiers malbâtis de Zaï'Han, Le Pygargue entra dans une auberge et commanda deux œufs au plat accompagnés d'un porridge aux flocons d'avoine. Il se rinça la gorge avec un verre de lait chaud. Il en était là, à se remémorer les rencontres miséreuses de la nuit qu'une silhouette encapuchonée vint prendre place à ses côtés. La femme avait de longues boucles ébènes qui retombaient sur sa poitrine, et ses mains à la peau noires affichaient de longs ongles taillés qui rappelaient au Pygargue ceux d'une chatte. Elle commanda à l'aubergiste la même chose, avec du bacon.

- Mes yeux et mes oreilles ne m'ont donc pas trompés, dit-elle en commençant à manger ses œufs.

Le Pygargue se crut démasqué. Le masque, fallait-il le préciser, le démangeait horriblement depuis qu'il l'avait mis. Bien qu'il se sentait pris d'une ivresse inexplicable, il n'avait point arrêté de se gratter la barbe qui le démangeait. Il choisit de ne rien dire. Sa bouche était vide. Il avait finit son déjeuner. Sa compagne poursuivit, car elle n'attendait visiblement pas de réponse de sa part.

- Dortain Regnard. C'est bien toi.

Elle sourit au Pygargue et aggrippa sa choppe de lait qu'elle souleva.

- De retour parmi nous. Jacquot sera tellement heureux !

Mickaël comprit ce qu'elle attendait. Il leva sa chope et trinqua.

- Santé, mon ami.

Alors qu'elle s'enfilait derrière la langue l'intégralité du lait encore chaud, Le Pygargue sentit sa main se glisser sur sa cuisse à la façon d'une vipère. Il en eut un haut-le-corps.

~



Ils commencèrent leur journée à l'intérieur du Filet. Le Pygargue, sous les traits de ce Regnard, apprit le nom de son interlocutrice. Lila. Il apprit également que ce magasin qui paraissait être une vieille boutique qui soldait des colifichets, des hameçons, des miniatures de bateaux et des bouteilles de verres soufflés n'en était pas un. Son sous-sol servait de petit quartier-général aux membres encore actifs de la rebellion. Mais pour l'instant, il était seul à seule avec Lila. Le Pygargue apprit d'elle qu'elle était en réalité la femme de Sélérini, le forban qui avait croisé le fer avec le Général. Une question le torturait néanmoins tandis que Lila l'assomait d'interrogations ; si lui était le second de ce Sélirini, qui était-il pour cette femme qui le dévorait des yeux ?

- Comment as-tu pu t'échapper de la prison ? lui demandait la femme. Le Royaume est en effervescence depuis qu'ils ont perdu l'un de leur prisonnier. Peut-être le connais-tu. Reginald Thorn, il a rejoint nos rangs. Sais-tu quelles sont ces nombreuses patrouilles qui fouillent chaque quartier de Zaï'Han depuis cette nuit ? Sont-elles à ta recherche ? Pourquoi n'as-tu pas dissimulé ton visage ? Es-tu armé ?

Sans même attendre la réponse, la femme sortit de sous sa jupe, accroché à sa cuisse -Le Pygargue détourna les yeux instinctivement- un pistolet de très bonne facture.

- Le Royaume n'a pas été trop dur avec toi, Dortain ?

Le Pygargue n'eut point à mentir.

- Le Royaume ne m'a point même vu quitter les geôles à l'intérieur desquelles il me jeta sans moults procédures.
- Nous ferons payer ces putains, cracha Lila.
- Nous ? demanda le Commodore. Comment ? Seriez-vous assez nombreux ?
- Nos effectifs sont peut-être faibles mais le vent nous pousse dans la bonne direction. Et t'avoir avec nous, Dortain, est un don des Dieux inespéré !
- Le Royaume ne manque pas de punir du dernier supplice les gens de méchantes qualités.
- Le Royaume, depuis qu'il a pris le Port, nous spolie de nos biens ! Ce Tullius s'octroie une taxe sur tous les produits qui entrent et qui sortent de Zaï'Han. La pipe d'huile de baleine est passée de trente à quarante écus. Le rhum est désormais a deux écus le gallon. Nos ennemis font désarmer nos galions pour équiper leurs frégates. La population râle, mais n'a plus le goût de se soulever.
- Combien êtes-vous pour la combattre ? insista le Commodore De Everhell sous son masque.
- Pour l'instant pas assez. Mais Jacquot a mis au point un plan d'attaque qui nous permettra de reprendre le Fort. D'ici peu de temps nous...
- Vous ne connaissez rien du Royaume. Tel le roseau, vos ennemis plieront mais ne rompront point.
- Putain, fulmina Lila. Tu causes comme eux ou quoi ?
- J'ai passé beaucoup de temps enfermé. Et les fièvres n'ont rien arrangées, mentit-il.
- Les fièvres ? Quelles fièvres ?

Elle prit alors entre ses mains celles de Dortain Regnard pour les poser sur sa poitrine. Le Pygargue sentit palpiter doucement entre ses doigts les mamelons durs de Lila. Comme Tahiri avant elle, songea-t-il. Soudain pris d'une frayeur muette, il n'osa alors plus rien faire.

- Aurais-tu oublié mes caresses languissantes ? chuchota la femme noire. Nos cris lorsque nous mêlions nos corps. Ce que je savais tirer de toi...
- Je...je...je ne...
- Je me suis mariée à Jacquot, Dortain. Mais cela ne changera rien entre nous. Je te le promets.

Le Pygargue n'eut le temps de ne rien promettre d'autre en retour car leur étreinte fut stoppée nette. Un homme entièrement vêtu de noir, gantée et dont la cape allongeait considérablement la silhouette venait d'apparaître, accoudé au mur du sous-sol du Filet, les bras croisés sur sa poitrine. Deux rapières pendaient à ses côtés et un large chapeau à plumes noires couvrait un visage rude encadré d'une épaisse moustache et d'un bouc taillé impeccablement.

- Je dérange, peut-être ?

Lila s'écarta avant d'allumer entre ses lèvres une cigarette. Elle jeta l'allumette aux pieds de Dortain.

- Dortain, je te présente l'allié de poids que nous nous sommes fait dans cette guerre. Franco Guadalmedina. Capitaine Guadalmedina, je vous présente Regnard. Le fidèle second du Capitaine Sélérini.

Le forban tapota son front de son index. Il lui manquait la quasi-intégralité d'une oreille.

- Une bonne lame, j'espère ?

Le Pygargue avait retrouvé un peu de couleurs sous Kalinqua. Il conserva son austérité habituelle en répondant :

- Capitaine Guadalmedina, vous n'imaginez même pas à quel point.

~



Lila conseilla à Dortain de prendre du repos au Filet tandis qu'elle repartait glaner des informations en ville. Elle paraissait fort douée pour cela. Guadalmedina étudiait des cartes marines et de la ville dans son coin, assis sur une table, les pieds par-dessus, un verre de rhum dans la main. Le gaillard n'était apparement pas très bavard. Le Commodore, épuisé, profita de la matinée afin de s'endormir sur un divan. Mais son sommeil ne fut que trouble, entrecoupé de rêves qui ne lui appartenaient point, et il se sentit au réveil encore plus fatigué qu'il ne l'était au coucher. Lorsqu'il rouvrit les yeux, il était seul. Le fameux Guadalmedina avait déguerpi et un silence pesant coulait dans l'atmosphère des sous-sol du magazin. Regnard sortit alors de son trou, usant de prudence. Il salua le propriétaire du magazin qui lui offrit un verre de rhum sous un « ravi de te revoir parmi nous Dortain ! » Le Pygargue trouva le rhum infect et ne but point. Alors qu'il allait interroger le propriétaire du magasin afin de savoir où s'étaient rendus ses deux comparses, ce dernier le jeta à l'intérieur de la trappe menant au sous-sol car une délégation Royaliste armée venait perquisitionner dans le quartier. Enfin, après lui avoir conseillé de ne point bouger d'ici, l'homme ferma à clé son échoppe et se retira. Le Pygargue aurait sans doute trouvé un moyen de s'évader de cette nouvelle cage si, avant de se retirer, son hôte n'avait point précisé que Jacquot Sélérini viendrait le trouver dans la soirée. Le Pygargue attendit donc, seul. Il se servit de ces heures libres afin de prier en son for intérieur Uoc'Thuy et les Dieux du Royaume.

La rencontre avec son ''Capitaine'', ce Jacquot Sélérini ne le déçut point ! Eborgné par le Général Tullius en personne, le bougre était plus jeune que le Pygargue l'imaginait. Alors que Guadalmedina paraissait plus vieux qu'eux-deux, ce Jacquot Sélérini était un indigne, que disait-il, un indignissime coquin ! Et cet homme là avait pris la tête de la Flibuste en colère de Zaï'Han ! Ils passèrent rapidement à table, Sélérini gratifiant son fidèle second de larges tapes dans le dos et de grands verres de rhum que le Pygargue se débrouillait toujours afin de les vider avec la plus grande discrétion dans le bac à plantes. Il apprit ainsi, de la bouche même du Capitaine Sélérini, que la Flibuste comptait plus de cent membres actifs, prêts à se battre pour elle. Tous se réunissaient au même endroit, un endroit qui paraissait évident pour Sélérini et pour Regnard puisqu'il ne le lui précisa pas. Un endroit qui ne l'était point pour Mickaël. Lorsque la soirée devint le plus insolite fut l'instant où le Pygargue vit ses deux compagnons, Lila et son borgne d'époux, se dévêtir pour l'inviter, lui, dans leur lit. Un silence gênant se glissa comme une pensée importune entre eux trois. Le Pygargue se voyait perdu au milieu d'un oasis d'excentricité et de débauches, et pour la première fois depuis deux jours il songea que, sûrement, sa mission le dépassait ! Tout se taisait autour de lui, trop prompt à se troubler, derrière Kaliqua. Car enfin, pour un tel homme d'honneur des Cités-Blanches, ne point détourner le regard des courbes dangereuses de Lila était déjà un supplice. Leur insistance de rattrapper, comme ils disaient ensemble, ''le temps perdu'' se mua doucement en trouble puis en soupçons. Car la gêne du Pygargue était plus visible qu'un âne dans un pré quand le désir de Sélérini, lui, ne rougissait point de s'afficher ! Lorsque Lila entreprit de délacer les lacets de la chemise du second de son époux, prenant les choses bien en main tout-en grimpant sur le poitrail de son amant, Le Pygargue se sentit véritablement choir ! Et elle passait une main à la fois douce et brûlante, une main de fer dans un gant de velours, sur le corps tremblant de fièvre du Commodore masqué ! Le Pygargue la renversa et courut sur sa chemise comme s'il avait de nouveau la pleine possession de ses ailes ! Il se revêtit en bredouillant des excuses !

- Mais que t'as fait le Royaume ? lâcha Lila en se plantant droite comme un piquet face à lui.

Elle était nue, beaucoup trop. Nue comme le jour de sa naissance.

- Je ne..je ne peux point le dire ! Je dois m'en aller !
- Tu as perdu tes couilles dans les geôles du Général ? En même temps que ton honneur ?

Il la trouva folle à lier et voulut se retirer. Mais lorsque Lila le retint par le bras, alors un éclair fou traversa l'esprit de Regnard et il la saisit par la gorge de sa poigne, la cognant contre le mur du Filet !

- Je ne fornique point avec des femmes de petites vertus qui se retrouvent grosses sans personne d'honnête à qui l'imputer !
- Tu n'es pas...tu n'es plus Dortain ! s'etouffa Lila.

Une colère sourde et aveugle grondait dans la tête du Commodore. Une colère qui ne lui appartenait point. Et qui n'aurait jamais dû lui appartenir. Il détestait cette salope qui essayait de se libérer de sa poigne. Et il détestait ce Sélérini qui avait déjà bondit sur son sabre d'abordage, dans le plus simple appareil.

- Dortain...mon ami. Ils t'ont torturé ? demanda ce dernier.
- Vous ne savez rien !

La migraine qui avait prise d'assaut Regnard était telles que sa vision se troublait. Il lâcha Lila, se tenant la tête des deux mains. Le manque de sommeil ne justifiait point une telle douleur, il le savait ! Sélérini tendit une main vers lui.

- Dortain, merde ! Que s'est-il passé là-bas ?
- Je dois y aller !

Sélérini se jeta sur Dortain mais ce dernier fut plus prompt ! Il asséna au forban un coup de poing en plein visage qui le fit choir et, enjamba le corps en vrac, traversa les sous-sol du magasin à toute allure, la tête hurlante ! Il lui fallait de l'air pur ! Une fois à l'extérieur, il fut surpris par la noirceur de la nuit ! Il courut, loin du Filet, loin de ces ruelles tourbeuses, loin de ces putes aux chicots dégoûtants, il courut sous les étoiles hurlantes puis, une fois que ses jambes ne le portèrent plus, à genoux dans une allée déserte qui puait la pisse, il arracha de son visage torturé le masque de Kaliqua en hurlant comme un possédé ! Les images qui défilaient en flash dans son crâne le mettaient au supplice. Une fois le casque arraché, Mickaël Vinzent De Everhell se sentit tout-de-suite mieux. Mais, alors qu'il s’apprêtait à se redresser afin de reprendre le chemin menant droit au port, il sentit le canon glacial d'un pistolet que l'on braquait sur sa tempe. Franco Guadalmedina, les yeux brillants de vilenie, le tenait en joue.

- Je savais qu'il y avait quelque chose qui clochait avec toi.

On entendit alors un grand bruit, suivi d'une chute et le forban à l'oreille arrachée alla mordre la poussière, knock-out. Le Pygargue vit une main ouverte que l'on tendit vers lui.

- Mon Commodore !

C'était le jeune Jonathan Edward Drake, à la tête d'un escadron de cinq soldats, qui l'aidait à se relever. À leurs pieds, Guadalmedina gisait.

- Mon Commodore, reprit d'une voix inquiète le jeune homme, que faites-vous là, tout seul ? N'étiez-vous point en mission pour retrouver le criminel qui s'est évadé du Reanspell ?

Le Pygargue songea bien que le fer et les carcans iraient bien mieux à Guadalmedina que le chapeau et le pistolet. Il remercia sincèrement le Second du Prince de Hytraz que les Dieux avaient mis sur sa route.

- Venez vite, Maître Drake. Allons réveiller le Général Tulius immédiatement ! La Flibuste ne perds pas son temps. Une attaque contre le Royaume se prépare, et je manque encore cruellement d'informations à son sujet ! »
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Le masque de Kaliqua

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Mer 2 Mai - 0:30
Si tu le veux bien, divine Ignorante,
Je ferai celui qui ne sait plus rien
Que te caresser d'une main errante,
En le geste expert du pire vaurien,

P.V



Sitôt qu'il put enfin respirer, que sa vision redevint plus ou moins normale, il remarqua les deux personnages face à lui. Il y avait une femme aux longs cheveux verts émeraude ainsi qu'un Xen, roux, au visage en museau de renard. Guadalmedina sentait les mains des gardes du Royaume refermées sur ses cheveux et sur le large bâton de bois passé derrière son dos qui maintenait ses mains attachées de chaque côté de son visage. Il était encore tout dégoulinant d'eau, et ses poumons le brûlaient atrocement. Il avait horreur de cet exercice infernal auquel on le soumettait depuis trop de temps ! A savoir, lui maintenir la tête sous l'eau tourbeuse d'un large baril le plus longtemps possible. Il avait toujours respiré horriblement mal sous l'eau ! Franco crachait encore de cette eau par la bouche et le nez tout en suffoquant, le corps en flammes.

« Où est le Général Tullius ? clama le Xen impeccablement vêtu, mains-jointes derrière le dos, apparemment celui qui donnait les directives aux trois autres qui le maintenaient.

Franco cracha encore et encore des trombes d'eau avant de parvenir à entendre la réponse du Xen roux qui l'observait.

- Sont-ce les ordres du Général Tullius, Commodore, que de faire usage de la force sur ce pirate afin d'obtenir des renseignements ? 

Il y eut au sein du navire sur lequel ils se trouvaient un silence. Etaient présent dans la cabine, en plus du Commodore -ce Dortain Regnard !-, de ses trois hommes et des deux nouveaux venus, un autre Xen aussi impeccablement mis que le premier, les cheveux bruns coupés courts et qui fumait sur une cigarette le dos bien droit et les mains gantées.

- Non, ce sont les miens. répondit le Commodore d'une voix tranchante comme la lame d'un couteau. Et cet homme est désormais mon prisonnier. 
- Commodore, je ne crois pas que...tenta le Xen face à lui, le roux.
- La Flibuste a un plan en tête. le coupa le Commodore. Elle prévoit d'attaquer le Fort de Zaï'Han. Ses principaux dirigeants se planquent sous notre nez et ont pour habitude de se retrouver quelque part en ville, mais je n'ai point pu apprendre en quel lieu, et ceci en dépit de mes efforts. Croyez-vous que nous avons du temps à perdre, Maître De Vulpère ? 

Alors Guadalmedina cracha, tout prisonnier qu'il était. Il savait que ces salauds tenaient son équipage et son Alvaro. Vu sous cet angle, il avait tout intérêt à soutenir la Flibuste dans sa révolte.

- La Flibuste...souffla-t-il. Elle vous écrasera ! Vous autres les natifs des Cités-Blanches, vos...mères vous terminent à l'urine. Et ce sont...vos père...qui sucent...la mamelle !

Il y eut un silence qui tomba comme un voile sur la cabine. Franco sentit tous les yeux sur lui. Puis le Xen, très calme, claqua des doigts et il sentit qu'on lui maintenait de nouveau la tête sous l'eau.

- Faites moi plaisir et allez réveiller immédiatement le Général Tullius, car l'heure est grave. Et si cet homme ne parle point, nous ne serons jamais préparé à accueillir le piège que la Flibuste envisage de nous tendre dans un avenir plus que proche ! »
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" Votre véritable nom, Loup, je ne le dirai pas. Car il est tout-à-fait impossible que l'on vous prenne pour un autre."
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Mer 9 Mai - 21:01
De Vulpère avait le visage fixé sur le plafond de ses yeux exorbités, la respiration haletante, allongé et entièrement nu sur son lit. Il n'en revenait toujours pas de ce qu'il s'était passé quelques instants plus tôt. Des gouttes de sueurs perlaient sur son fin visage délicat, presque androgyne. Son corps, dont une partie, en particulier, était encore tendu d'émoi. Mon corps, lui aussi complètement nu, s'était collé au sien, entiché du désir de profiter encore un peu de sa chaleur. Les petites protestations et gémissements du Renard n'avait fait que renforcer l'extase que m'avait procuré ce moment charnel.

Ce n'est pour « point me décevoir » que le xen avait fini par céder à mes appels. Le coquin en avait tout de même fort profité, et comme je l'avais si bien déclamé, l'aristocrate n'avait eu de cesse caresser ma poitrine avec une douceur et une envie irrépressible. Il avait beau eu faire celui qui n'y touche pas, au final, il s'en était donné à cœur joie. Malgré ses manières délicates et caressantes, j'ai pu également déceler chez lui une certaine ardeur bestiale, un savant mélange que je sus apprécier à sa juste valeur. Le Renard, lui, était resté tout à fait subjugué par mon savoir faire en la matière et avait eu quelques bonnes surprises qui l'avaient tout à bord stupéfait avant de le charmer. Cela l'avait poussé à se dévoiler un peu plus et se montrer plus ardent en la matière.

Tout comme je m'y attendais d'un tel gentilhomme, il m'offrit même l'exquise expérience d'un plaisir unilatéral, qu'il partagea tout de même en me voyant me cambrer de bonheur. A la vue de mon corps aussi ondulant, il ne put s'empêcher d'espérer de moi la même faveur sans toutefois la demander. Il l'eut pourtant, malgré qu'il sembla s'en sentir horriblement gêné pour ma dignité. Cela n'y touchait pourtant guère et je lui fit comprendre que cela n'avait rien à voir avec la dignité ou la honte.

A présent, nous étions là, accusant le coup de nos folies éphémères mais au combien plaisantes. Le Renard soupirait à présent d'aise mais ne se sentait pas tranquille pour autant. Il avait l'impression d'avoir commis un impair et n'hésita pas à m'en faire part.

- Je vous pries de rester discrète à ce sujet...
- A quel sujet, Renard ?
- Au sujet de ce qu'il vient... de se passer entre nous !
- Oh ! Pour ça ! Ne craigniez rien ! S'il m'arrive de me vanter d'avoir couché avec l'aristocratie des Citées Blanches, je n'en ai jamais trahi les noms. Soyez tranquille, mon petit Renard ! Détendez-vous ! Profitez... susurrai-je à son oreille tandis que je flattais son torse d'une caresse de la main.
- Au moins vous avez ce respect là ! soupira-t-il.
- Et vous, celui de ne pas m'insulter ! Cela ne valait-il pas le coup ?
- Je... pardon ?

Je me mis à glousser comme une dinde avant de lui réitérer ma question.

- Le coup ? Je... Je ne comprend pas, Dame Rösenwand. Le coup ? N'était-ce que cela pour vous ?
- Oh... Oh je suis navré petit Renard. Y voyez-tu là... de la romance ?
- Et bien... je...
- Tu m'en vois navrée, Godfrey... Ce n'était pour moi pas de la romance ni une quelconque forme d'amour poétique... Je voulais juste que nous passions un peu de bon temps ensemble, dans la chaleur et la délicatesse de cette chambre.
- Je vois... Vous n'attendiez de moi que votre faveur...
- Désolée si tu pensais que c'était plus... profond !

De Vulpère quelque peu embarrassé se gratta la gorge mais fit mine que tout allait bien. Il se redressa légèrement et afficha l'un de ses sourires malins.

- Je ne vous en veux point, noble dame ! C'est moi qui ait cédé au jeu de la séduction et qui me suit laissé tenté à cette idée. Je ne pourrais vous en vouloir, ni vous faire porter quelconque tort en cette histoire qui nous liait tous les deux en ce lit et... hum... Je parle trop, n'est-ce pas ?
- Tu as deviné juste, oui !

Je posais mes lèvres sur celles du jeune aristocrate qui ferma les yeux en savourant ce moment, tout comme je le fis. Notre aventure était vouée à être éphémère et je préférais qu'il le sache dors et déjà.

- Je ne pouvais cependant pas te résister ! Ton doux visage des Citées Blanches, tes cheveux si soigneusement coiffés... si soyeux. Il ne m'est pas souvent arrivé d'avoir l'occasion d'échanger des caresses avec un homme si délicat.
- Et... Et bien... cela devrait sans doute m'honorer... je suppose ?
- Oui ! D'ailleur, tu devrais te trouver une femme qui te mérite, Godfrey ! Une femme bonne et douce, sous tout rapport.
- Ah ah ah ! C'est le cas... Hélas, elle m'est inaccessible... Si je la désire plus que tout, rien en ce monde ne saurait nous rapprocher l'une de l'autre. Je suis condamné à la fantasmer sans jamais que l'idée qu'elle soit mienne et que je sois sien ne puisse jamais se réaliser.

Je restais silencieuse un instant, cherchant intérieurement de qui il pourrait s'agir. Il y avait bien quelques nobles familles qui devaient posséder en leur sein des femmes qui lui plairaient  sans qu'elles ne lui soient accessible, quand soudain un idée saugrenue me traversa l'esprit. Je le regardai alors avec stupeur et émis un exclamation de surprise.

- Noooooon ??? Quand même pas ??? Le Renard aurait-il craqué pour sa souveraine ?

Il ravala douloureusement sa salive et tendit ses mains vers moi en me suppliant de parler plus bas.

- Je vous en pris, moins fort !! Cela... Cela ne reste qu'un fantasme complètement irréalisable. Eut-elle un quelconque intérêt en ma personne, la Reine est fiancée. De plus, qu'elle genre de souveraine voudrait d'un simple serviteur comme moi ?
- AHAHAHAH !!! Le p'tit Renard qui a le béguin pour sa Reine !! C'est trop adorable !
- Adorable ??? Non !!! C'est cruel !!! Ne comprenez-vous point mon tourment ? Il me faut à chaque jour, refouler mon amour si intense pour elle, afin de ne point la mettre dans l'embarras, moi, son Ombre. Je ne puis me permettre un tel espoir, ni même de telles pensées ! Mes mains sont tant souillées par le mal que je causais au nom du Royaume qu'il m'est indigne de ne serait-ce qu'espérer un bise de sa majesté.
- Ah, merde... tragique ça...
- Tragique, oui... c'est le mot, cher dame... Je vous pries de ne point le répéter.
- Je garderai ces mots secrets du moment que vous ne me jouez pas un coup tordu.

Le Renard se scandalisa et se tourna vers moi, le regard inquiet, comme si j'étais devenue sa pire ennemie.

- Vous... N'oseriez pas ?
- J'te l'ai dit, mon petit Renard. Si on fait comme avant, qu'on reste réglo entre nous, y a pas à s'en faire pour ça. Ton secret est le mieux gardé au monde...

Il resta silencieux et acquiesça d'un signe de tête. Je le pris dans mes bras et lui collais la tête contre ma poitrine.

- Je sais ce que c'est d'avoir des amours contrariés... Alors ne t'inquiète de rien, Godfrey. Tout ça, ça reste entre nous.
- Je vous ai prise pour une rustre, mal élevée, qui n'as aucune considération pour le romantisme et qui se moque bien des bonnes manières. Je suis forcé de constater que c'est le cas... mais que vous êtes aussi quelqu'un de foncièrement gentil et sensible ! Je vous remercie, Tahiri ! Vous êtes quelqu'un d'appréciable malgré vos mauvais côtés !
- On a tous des mauvais côtés, mon p'tit Renard ! Le tient, c'est de parler un peu trop.

Je le vis esquisser un sourire, franc pour une fois.

- Le votre, est de passer pour plus dure que vous ne l'êtes ! Je sens en vous comme la douceur d'une amante soucieuse de ses partenaires.
- Je ne te contredirais pas, si c'est comme cela que tu souhaite me voir, Godfrey... Il y a tellement de choses à mon sujet que tu ne sais pas, et c'est mieux ainsi ! Profite plutôt de cet instant...

Sans un mot, le Renard accepta son offre et apprécia mon visage avec un sourire adouci par ce moment de grâce. Je passais ma main sur sa joue avec compassion, songeant à son amour impossible et à ce point frustré qu'il s'était donné à moi. Je pouvais presque lire en lui, déceler ses plus grandes faiblesses, lui qui se cachait pourtant si bien derrière son sourire perpétuel.

- Le corbeau vous va si bien, belle elfe. Votre plumage est tout aussi majestueux.
- Et toi, Renard, tu parles comme l'un d'eux ! Rien que pour me plaire !
- Je suis démasqué, je le concède ! Je ne suis qu'un beau parleur !
- Ça nous fait un point commun...

Je l'embrassais tendrement sur la joue et commençais à glisser ma main vers son entrejambe pour un énième tour de piste quand soudain, l'on entendit frapper à la porte.

- Sire De Vulpère ! Sire De Vulpère !!! Permettez que je vous importune ! C'est d'une affaire tout à fait urgente ! Vous devez venir au plus vite ! s'exclama une voix derrière la porte.
- Je vous prierais d'attendre quelques minutes, le temps que ma charmante invitée puisse se rafraîchir. Son séjour dans les geôles ne fut pas des plus plaisants ! La décence voudrait que nous lui laissions un temps certain !
- Certes... Mais vous, Sire ?
- Il serait parfaitement inconvenant que je laisse mon invitée seule dans pareille situation. Je manquerai cruellement de savoir vivre à son égard si je devais la laisser souffrir de mon absence.
- Je... Je vois... Cela vous dérange-t-il en ce cas que j'entre ?
- Oui, cela me dérangerait fort ! rétorqua froidement le Renard.

Je me mis à pouffer intérieurement. Il est clair que se retrouver face à un officier dans son simple appareil, ça ne l'enchanterait pas vraiment. Nous nous vêtîmes donc tout deux et allâmes voir de quoi il en retournait.

***

Nous étions finalement de retour dans les cachots de la citée, et à mon instar, c'était un pirate qui se retrouvait à présent là. Le petit truc en plus, c'est que l'homme en question se faisait plonger la tête dans un baril rempli d'eau visiblement croupie par ailleurs. J'eus un léger haut-le-cœur à cette vue et voilà que le Renard se mit à discuter quelque peu les manières de faire du Commodore De Everhell que je reconnu assez facilement. Il avait toutefois l'air de plus mauvaise mine que la dernière fois qu'elle l'avait vu.

Le pirate, le dénommé Guadalmedina, malgré les mauvais traitements, ne cracha pas un mot sur la supposée flibuste qui se préparait à s'en prendre à la citée et surtout aux royalistes. Aussi le Commodore pressa-t-il ses subordonnées à aller chercher le général Tullius. Il ne dut pas prier longtemps, car un beau et grand jeune homme aux cheveux blond et à l'allure virile et noble venait de nous rejoindre, accompagné par le vieux et grincheux général.

- Morbleu de merde, Commodore, j'espère que c'est important, vous... Tiens donc... Mais qu'est-ce qu'on a là ?

Tullius cessa de jurer et s'approcha de Guadalmedina avec un sourire satisfait.

- Oh ben merde alors ! Je m'attendais pas à ça, tiens ! Alors, vieux Loup de mer, comme on se retrouve ! Ça faisait un moment que j'avais pas vu ta sale trogne de pirate ! Je te pensais déjà à la retraite, sur une île des contrées de Kaïl, à siroter du rhum. Et au lieu de ça, je te trouve là, ligoté comme un asticot à boire la tasse ! Ahahahahah ! Beau travail Commodore ! C'était pas celui qu'on voulait, mais quelle belle prise !
- Sans le concours du Lieutenant Drake qui se tient à vos côtés, je n'y serais point arrivé ! précisa le Pygargue.
- Vous m'accordez bien trop d'honneur, mon Commodore ! répliqua Drake.

Le Général sembla déjà agacé et les fit taire rapidement.

- Oh ! Bouclez là avec vos politesses à deux ronds ! Alors, dites moi, Commodore ! Avez-vous une raison de m'avoir fait venir ici, outre le fait que je peux savourer la captivité de ce rat de fond de cale que j'ai déjà maintes fois croisé en mer et dont je rêvais de le voir ainsi ?
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Dim 13 Mai - 1:36
Gastibelza, l'homme à la carabine,
Chantait ainsi:
" Quelqu'un a-t-il connu dona Sabine ?
Quelqu'un d'ici ?
Dansez, chantez, villageois ! la nuit gagne
Le mont Falù.
- Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou !

Hugo



« J'ignorais que vous vous connaissiez mon Général, dit Le Pygargue en hochant le chef, mains derrière le dos. Je quiers néanmoins par avance vos excuses à la vision de cette modeste prise. Ce gibier de potence là ne vaut peut-être point le premier, tout horrificques qu'il soit, celui que je me suis engagé à vous ramener. Quand je ferrais ce criminel-ci à l'ombre du Reanspell en tête-à-tête avecques tous ses crimes, je ne songeais guère que j’en dusse faire un ennemi du peuple par la suite. Cependant, si j'entrepris de vous faire lever en pleine nuitée, vous faire quérir de telle sorte jusqu'en ces geôles, sans pointe de gayeté de cueur, c'est que l'heure est grave. La Flibuste, mon Général, s'organise et s'agite sous nos murs. Une révolte, une seconde révolte j'entends, gronde sous d'odieuses avoutrures. Leur leader ne demeure aultre que le forban prénommé Sélérini, un certain Jacquot Sélérini que vous connaissez également. Si nous ne sommes point prêts à accueillir la centaine d'hommes, au bas mot, qui se prépare à déverser le feu, le fer et la poudre sur le Royaume, nous risquons fort de finir submergés. Notre espoir le plus direct, c'est ce pirate. Allié à la résistance, il connaît tout de leurs projets. Spécifiquement l'emplacement de leur Quartier-Général. Qu'il refuse avec arrogance de nous livrer depuis l'heur de sa capture.

Le Général Tullius prit la nouvelle avec un air on ne peut plus grave. Son regard d'acier se fixait alternativement sur le Commodore puis sur cette fripouille de Guadalmedina. Il jeta finalement un coup d'oeil à De Vulpère, attendant que celui-ci confirme ses dires.  

- Inutile de me regarder ainsi, Général ! Si le Commodore De Everhell prétend cela tout en vous apportant l'un des complices de cette alliance qui se fit à la barbe et au nez du Royaume, c'est probablement voir indéniablement une vérité que nous ne pouvons ignorer plus longtemps.

Le Général Tullius inspira alors profondément. Ses yeux sous ses sourcils grisonnants lançaient des éclairs. Des éclairs, noires comme des bouches d'arquebuses, qui frappaient Guadalmedina. Tout en gardant son sang-froid il déclara alors à l'attention du forban moustachu :

- Que l'on réveille tous les hommes qui sont en repos, je veux que tous ceux qui soient de garde se mettent sur le qui-vive. Ordre à tous de se préparer aux armes. Que ceux qui investissent les lieux pour trouver ces forbans doublent leurs efforts ! Personne ne dormira tant que nous n'aurons pas trouvé ces bandits ! Je vous charge d'en informer tous les services, Lieutenant Drake !
- A vos ordres, mon général ! répondit ce dernier après avoir salué son supérieur hiérarchique.

Puis il s'en alla d'un pas ferme et rapide, emportant avec lui son zèle habituel.

- Commodore, vous pouvez d'ores et déjà considérer que vous ne craignez plus aucun chef d'inculpation, reprit le Général Tullius. Si cette mutinerie s'avère exact, alors vous venez de nous éviter la plus grande des débâcles !

Le Général souffla du nez, furieux et contrarié.

- Et maintenant à ton tour, hareng saur ! dit-il d'un ton menaçant à l'encontre du pirate que l'on maintenait sur les genoux, la tête encore dégoulinante au-dessus du baril d'eau.. Tu vas parler, diable de pirate, où tu va regretter que le Royaume ne pratique pas comme tous les autres pays, la pendaison !

Le Pygargue se dit que ce Général-ci avait, au bas mot, un bel organe.

- Je crains ne rien avoir su éviter pour l'instant, mon Général, répondit Le Commodore. Du moins point tant que je n'aurai su convaincre ce pirate de partager son secret avec nous. Chaque nuit ses complices et forbans se réunissent afin d'apporter les derniers rouages à leur plan d'attaque. Je les imagine aisément psalmodier au milieu des étoiles, à votre nez et à votre barbe, Mon Général, comme des hiboux. Peut-être que la promesse d'une bonne décennie au bagne sous un hault verrou motiverait notre prisonnier et l'inciterait à davantage de prolixité.Pour moi, je trouve que votre bras a eult raison au cueur de la révolte de pousser les choses au-delà du vraisemblable.

Il y eut un silence à bord du Reanspell où ils se trouvaient. L'espace d'un instant, seul le cliquetis de l'eau contre la coque en bois du navire faisait écho aux paroles du Commodore Xen. Guadalmedina, trop occupé qu'il était à cracher et recracher de l'eau, et ce par tous les pores et les orifices de son visage, n'avait point trouvé l'ardeur de lever le visage par-delà la canne qui lui liait les poignets afin de soutenir le regard du Général, véritable armoire. Alors que ce dernier s'apprêter à le secouer derechef, enfin, le pirate parût se souvenir qu'il n'était plus seul dans cette pièce et qu'un monde existait en-dehors du baquet dans lequel il plongeait le menton depuis un bon moment déjà.

- Navré de vous décevoir, mais les Loups de la Passe ne sont pas les Chiens de la Reine...cracha-t-il presque aux bottes de Tullius.

Qui vit son visage prendre une teinte poivrinée purpurine.

- J'eus presque oublié vos noms, scélérats ! pesta le Général en renversant Guadalmedina d'un bon coup de botte qui vint lui chatouiller le flanc ! Les Loups de la Passe, quels noms ronflants pour des merdeux des mers comme vous l'êtes !
- Votre langage, Général... siffla De Vulpère entre ses dents.
- Soit ! Tu ne veux point parler, canaille ! C'est tout à ton honneur de ne pas vendre tes camarades... Mais honnêtement, combien vaut leur vie contre ta liberté, ton navire et ton équipage ?

Le Renard haussa les sourcils d'un air scandalisé et fixa le général avec stupeur et incompréhension.

- Vous plaisentez, Général ? Libérer ce forban contre des informations ?
- Et bien quoi ? Ce n'est pas cher payé... On libère cet espèce de zouave en échange des informations qui concerne ces maudits truands qui veulent attenter au Royaume et à la paix que nous avons installé ici !

Godfrey De Vulpère voulu protester mais Tullius l'ignora et se tourna vers Guadalmedina qui avait encore le visage dégoulinant d'eau croupie.

- Aller, Franco ! On sait tous les deux que tu te moques bien de ces forbans de seconde zone ! Je t'échange de l'or, des vivres et ta libération contre ce que tu sais sur eux. Et en primes, je te laisses partir avec ton équipage de fripouilles mal dégrossies ! Tu ne vas quand même pas me dire que tu vas refuser cela ?

Le Pygargue se permit alors d'intervenir, les bras croisés derrière le dos, entrainant le Général Tullius un peu à l'écart

- Mon Général, je loue votre observation. S'il est vray que ce criminel notoire est attaché à ses ignobles coquins qui composent son équipage, et s'il est vrai que vous les détenez, alors l'avantage est entre nos mains. Croiyez-vous qu’un pirate n’ait qu’à faire bonne chère, qu’à battre le pavé comme un tas de galants, courir la maquerelle la nuit, et le jour les brelans ? Avec tout le respect que je vous dois, veuillez prêter écoute à ma suggestion, car l'heur demeure fort grave. Mon Général ! Pour moi cela serait même trop peu que de pendre ces chiens-là. Les ailes du Royaumes leur font honte ? Qu'ils regardent dans la mémoire d'Arcaëlle et dans ses écrits. Les portraits des rois et des demi-dieux : tous ont porté les ailes ! Cet homme se moque de notre patrie et de notre bien aimée Souveraine ? Montrez-lui votre véritable poigne. Et montrez-lui qu'il en coûte de proférer de tels propos. Les informations que nous recherchons contre la vie de l'équipage de cet assassin-là. Voyons si il a quelque chose à nous sortir qui nous intéresserait, comme l'humeur d'un corps vicié. Menacez de pendre ses hommes sous ses yeux, mon Général, et ce Guadalmedina qui ose vous narguer parlera sûrement.

Le Général Tullius roula des yeux et un grondement guttural secoua sa gorge, comme celui d'un tigre.

- Pendre, Commodore ? Le Royaume ne tolérerait pareilles pratiques... Cependant... Vous marquez un point ! L'on m'a informé plus tôt dans la journée que le navire de Guadalmedina avait été immobilisé près de nos côtes et qu'il avait été mis à pied. Nous avons tout pouvoir sur son équipage, le chargement de son bâtiment, son armement même... Qui y a-t-il de pire pour un pirate selon vous, Commodore ?
- Je les chasse sur les mers depuis plus de dix ans. Dix longues années. J'escompte connaître cette vermine là un minimum. Cependant, le bâtiment de cet homme-là serait un précieux sésame aux yeux de notre souveraine. Songez-vous à le saborder ?
- Le saborder ? Oh non... Sabordez un navire à un pirate, il en trouvera un autre ! rugit Tullius ! Non non non ! Même si cela est rageant pour lui, cela ne reste pas une fatalité, non ! Par contre, le lui confisquer pour en faire un de nos navires et salir sa foutue réputation, ça c'est quelque chose qu'il ne tolérera pas ! Un officier quelque peu grimé sous les traits de Guadalmedina aux yeux de tous ces forbans qui comptent nous tenir tête... cela suffirait amplement à faire de lui le chacal le plus méprisé de tous les pirates ! On ira crier sur les toits que Franco Guadalmedina n'est qu'un toutou du Royaume ! Vous l'avez entendu vous même, non ? "Navré de vous décevoir, mais les Loups de la Passe ne sont pas les Chiens de la Reine !"
- Un officier quelque peu grimé, dites-vous ? Vous eûtes de vos pensées conservé tous les mystères. A quoi donc songez-vous ?
- Allons, Commodore... Nous pourrions bien trouver quelqu'un qui ressemble quelque peu à Guadalmedina et qui se ferait passer pour lui. Mettons également quelques uns de nos hommes habillés en forbans, prenons possession de l'Alvaro, puisque son navire se nomme ainsi, si j'ai bien compris, et faisons en sorte que tous les forbans du coin le voient en train de faire hisser le pavillon du Royaume ! Voilà l'idée ! Franco ne supporterait absolument pas cette idée ! Nous n'aurons qu'à ensuite le jeter -le vrai cette fois- dans la ville, et nous verrons bien qui lui tombe dessus ! Il ne manquera plus que de les suivre discrètement et tous les dénicher pour les faire tuer... heum... les faire prisonnier... dans la mesure du possible. A moins qu'il ne nous avoue ce qu'il sait et alors dans ce cas nous n'aurons pas à employer cette méthode.  

Le Pygargue ne parvenait point à offrir tant d'altruisme à ces hommes-là. Il tenta de modérer son discours.

- Je loue l'idée, il est vray, cependant...celle-ci implique la libération de cet homme que nous avons pu appréhender sans haulte aisance. Mon Général cela serait...imprudent j'escompte !
- Si nous le faisons parler, cela ne posera aucun problème, et puis, comme je vous le disais, si nous le libérons tandis que celui-ci passe pour un traître aux yeux des autres pirates, il ne vivra pas longtemps, croyez moi. Cependant, j'escompte que notre invité cédera à mon petit chantage. Il aura le choix entre la liberté, un navire désarmé, un équipage en vie, ou une sale réputation, une grande chance de se faire taillader les veines dans une ruelle crasseuse par des forbans, et l'impossibilité de retrouver son navire et ses hommes... qui auront malencontreusement rejoint les abysses de May'Veal au vu de mon ingénieux stratagème qui nécessite de prendre possession de l'Alvaro. Qu'en dites vous, Commodore ? Ne pensez vous pas que Franco aurait tout intérêt à cracher le morceau au vu de ce marché que je trouve tout à fait raisonnable ?

Le Commodore dut admettre que le Général savait ruser. Son discours l'avait, du moins en partie, convaincu. A voir la mine résolue que tirait Tullius sous son visage en lame de couteau, il aurait été vain de tenter le faire changer d'avis. Le Pygargue s'accorda un instant de réflexion, puis se rangea à son idée.

- Raisonnable, Mon Général. Je n'aurai point mieux dit. Vous demeurez bien fort habile, je dois reconnaître les mérites de vos audaces. Cette vermine devrait savoir que s'attacher autant au même bien, c'est au final s'attacher à rien.
- Je vous apprécie de plus en plus Commodore ! Je regrette les mots durs que j'ai eu à votre égard ! Vous avez raison ! Il n'y a que trois choses auxquelles nous devrions nous attacher : notre amour pour notre famille,  patrie et notre Reine bien aimée, et rien d'autre ! Et ce ne sont pas des biens matériel pour notre plus grand salut ! Venez, Commodore ! Je vous laisse l'honneur d'annoncer à ce forban notre marché ! J'espère qu'il en pissera dans son froc, le truand ! reprit le Général en levant un index triomphant.

Ce que fit le Commodore De Everhell, sous un air fermé, grave, presque académique.

- Et si votre subterfuge ne fonctionne pas ? râla Guadalmedina après un silence. Si mes hommes se doutent de votre leurre ? Vous reviendrez me baigner le groin dans cette immonde bassine jusqu'à ce qu'une syncope s'impose ?
- Vos hommes ? Mais vos hommes, espèce de morrue dessalée, finiront dans les abysses de May'Veal si je décidais de vous faire remplacer sur votre navire ! s'emporta soudainement le Général, passant de nouveau du rose saumon au pourpre tempête ! Ce que je vous propose, c'est d'oublier votre venue ici, de déguerpir avec assez de vivre et d'or pour vous en sortir au lieu de quoi je vous ferais passer pour le pire pirate de toute l'histoire d'Arcaëlle qui aura vendu son honneur pour servir le Royaume et officieusement aura condamné son équipage à la noyade ! Car non content de vous remplacer sur votre navire, je compte bien en faire de même pour vos forbans ! Et non, Franco ! Je ne vous condamnerai pas à boire de cette infâme tisane jusqu'à ce que mort s'ensuive ! Je me contenterai de vous envoyer à fond de cale sur l'un de mes navires pour vous ramener jusqu'aux Citées Blanches. Vous n'aurez pas même le plaisir de mourir ainsi, dans l'honneur ! Je vous laisserai pourrir dans mes cales, jusqu'à ce que la justice du Royaume décide, et j'en suis sûr, de vous mettre les fers à vie et de vous jeter dans un cachot où votre misérable existence sera oubliée de tous.
- Crever le bec dans une écuelle, vous appelez ça de l'honneur, vous ? le piqua le forban.

Soudain, la jeune Tahiri Rösenwand se mit à pouffer de rire et à applaudir. Un applaudissement qui tomba au milieu de cet entretien comme un cheveu dans la soupe aux oreilles du Commodore De Everhell !

- Pouaaaah ! Alors ça c'est bien parler ! Wouw ! Ah non mais là, bravo ! J'admire la bonté du Royaume ! Wouw ! Longue vie à la Reine ! Ah c'est sûr, on se sent vraiment du côté des gentils avec vous !

Tullius resta estomaqué et jeta un regard courroucé à Maître De Vulpère que le Pygargue trouva moins loquace qu'à son habitude.

- Qui vous a permis de faire venir cette civile ! Foutez moi ça dehors !

En son for intérieur, le Commodore appuyait les propos du Général. Et il lui suffit d'un coup d’œil à son fidèle Horace De Klemmens pour deviner ses pensées. Le "clic" du briquet à silex du Capitaine Klemmens ponctua l'ordre du Général. Visiblement, Horace s'allumait une nouvelle cigarette afin de s'empêcher de dire un peu trop haut ce qu'il pensait. À savoir que ce qui se jouait ici et maintenant demeurait tout sauf un numéro de cabaret, et qu'il était intolérable que Damoiselle Rösenwand y assiste !

- Hors de question, Général, trancha Messire De Vulpère. Dame Rösenwand est ma protégée, et de plus, elle compte aider le Royaume avec son groupe de mercenaire. Elle a le droit de savoir ce que nous préparons. J'insiste !

Le "j'insiste" de De Vulpère tomba comme un caillou dans la mare. À cet instant, le Pygargue soupçonna la belle Elfe d'avoir su accomplir l'accomplissable : corrompre l'Ombre de la Reine. D'une façon...ou d'une autre. Le Général Tullius paraissait de son avis car il tonna, tel l'orage :

- Foutue Ombre de mes fesses...

Puis il se tourna vers le prisonnier, les poings sur les hanches.

- Alors, forban ? As-tu décidé ? Je perds patience !
- Envoyez votre leurre ! Vous sous-estimez grandement le lien qui m'unit à mes hommes, Général Tullius. À peine votre type aura-t-il posé le plat de son pied sur mon navire, que la maistrance de l'Alvaro lui tombera dessus !
- Si notre homme arrive à mettre un pied sur ton navire, canaille, je te garantis que ton bougre d'équipage n'aura pas le temps de dire "ouf" avant de faire "plouf" ! Et je compte sur le Commodore De Everhell ci-présent pour bien s'occuper de t'enfoncer de nouveau le bec dans l'écuelle, comme tu le dis ! Alors, que préfères-tu ? On commence par quoi, vermine des rivages !?

Les propos du Général parurent faire mouche. Franco Guadalmedina parut réfléchir.

- Commencez par me délier, railla-t-il enfin. Moi aussi je perds patience, croyez-moi. Et je vous dirai ce que vous voulez savoir contre votre promesse écrite de me libérer et m'équiper.
- Je n'ai qu'une parole...souffla le Général. Garde ! Déliez moi ce diable de saucisson ! Apportez moi de quoi écrire, de la cire chaude et de quoi éponger le visage de cet homme ! Il ne sera pas dit que le Général Tullius manque à ses principes !

L'Elfe à la petite vertu croisa ses bras devant elle, fixant le général avec une certaine férocité qui n'échappa point au Commodore et à Horace De Klemmens. Elle escomptait bien que le Général tienne sa promesse, autrement l'entente entre les Corbeaux de Zaï'Lou et le Royaume risquerait d'en pâtir radicalement.

- J'espère que vous tiendrez paroles, oui... siffla-t-elle. On risque de pas être copains...
- Je vous en prie, Dame Rösenwand... la supplia De Vulpère. Ne prenez point ombrage des paroles du Général. Il saura être homme respectable, j'en suis persuadé ! Vous n'avez pas à vous méfier ! Je vous le promets.

Tahiri jeta un regard sévère au Renard, un regard évocateur au point qu'on se doutait que la dame ne supporterait pas la moindre déception de leur part à tous.

- Je veux douze tonneaux de rhum, ainsi que douze tonneaux d'eau-de-vie pour le voyage. lança le pirate sitôt qu'il fut délia. Et de l'or, en lingots, comme vous me l'avez promis. En échange, je vous dirai où se réunit la Flibuste, quel est son plan d'attaque et quand a-t-elle prévu de vous tomber dessus.

Le Général resta silencieux un moment avant de ricaner doucement.

- Soit ! Si tel est votre prix ! Petite précision, cependant, nous vous donnerons l'équivalent en or de votre armement ! Nous ne tenons pas à ce que vous tourniez vos armes contre nous une fois votre liberté à nouveau gagnée ! J'estime que c'est un marché tout à fait raisonnable ! Quant au rhum et à l'eau-de-vie, le Royaume n'y tient pas particulièrement, aussi aurez-vous les tonneaux que vous demandez, voir peut-être même un ou deux de plus. Autre condition : une fois vos vivres embarquées, vous prenez les voiles.

Un soldat se rapprocha avec une plume, un encrier et une chandelle allumée.

- Parfait ! Merci... heu... machin !
- C'est soldat Melory, Général !
- C'est ça ! Merci ! Allez, oust, vous avez sûrement autre chose à faire !

Le Général commença à gratter la plume sur le parchemin après l'avoir trempé dans l'encre.

Franco hocha la tête, après un regard noir pour le Commodore De Everhell.

- Marché conclu, Général. Ma liberté, mon Alvaro et mon chargement contre votre domination totale sur Zaï'Lou.

Le Général Tullius passa ses doigts sur le fil de sa moustache et laissa échapper un sourire de triomphe sur ses lèvres. Il tendit le document une fois complété au forban ainsi que la plume.

- À votre tour, Franco Guadalmedina ! dit-il passant au tutoiement. Je veux tous les détails, écrits de votre main sur ce parchemin.

Le pirate regarda un instant la plume dans sa main, entre ses doigts bagués de pierres précieuses, puis le parchemin. Puis il tend la plume à Dame Rösenwand qui se trouvait à quelques pas de lui.

- Prend moi ça la belle.

Avant d'ajouter :

- Morbleu, non. Rien d'écrit, que de l'oral. Vous me croyez stupide ? Je n'ai guère envie de voir coller à mon cul une armada de forban de Zaï'Han que vous enverriez sur mes traces sitôt la révolte calmée !

- Il est malin, le bougre ! A sa place, j'aurai fait pareil ! commenta Tahiri.
- Morbleu de merde ! D'accord ! Alors parle ! Et tant qu'on y est, vous l'Elfe, notez !
- Qui ça ? Moi ? Vous m'avez prise pour votre larbin ou quoi ? objecta l'interloquée.
- Bordel, mais je vous demande juste d'écrire ce que raconte ce type !
- Faites le vous même ! Chuis pas votre bonniche !
- Le Royaume saura se rappeler de votre... manque de coopération, Miss Rösenwand !

L'on sentait en Tullius s'échauffer une bile.

- C'est ça... Cause toujours...

Messire De Vulpère posa une main amicale sur l'épaule de la jeune mercenaire à la chevelure émeraude et lui demanda alors gentiment :

- De grâce, Dame Rösenwand... Me feriez-vous cette faveur ?
- Roooh... Vous faites chier... ok ! Mais c'est vraiment parce que vous êtes un bon coup !

De Vulpère se mit à rougir des pieds à la tête avant de faire comme si Damoiselle Rösenwand n'avait rien dit. Des regards se tournèrent vers lui et l'Ombre de la Reine se mit à pâlir et esquiva tous les regards avant de nier tout d'un bloc.

- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler !
- Ouuuuh ! Le petit coquinou ! Il ose pas l'avouer, mais c'est un sacré petit coquin ! clairona l'Elfe.
- Bon... heu... vous nous le dites si on vous emmerde ! pesta le Général. Vous notez, oui ou non ?
- Oui oui ! Je note, je note ! déclara Tahiri d'une voix toute guillerette.  

Le Commodore De Everhell se dit en son fort intérieur qu'il devrait se méfier de cette Tahiri Rösenwand qui, désormais, sous ses faux airs de jeune candide, en savait beaucoup trop sur les affaires du Royaume. Soudain las de cette situation, de ce forban que l'on remettait en liberté, de cette femme de si petite vertu qui revendiquait avec un humour mal placé sa présence en ces lieux, de cette Ombre de la Reine qui s'abandonnait au libertinage, frappé par le soudain épuisement de son corps et de son esprit, le Pygargue, après avoir pris connaissance des informations vomies par Guadalmedina, s'excusa auprès du Général Tullius et se retira dans sa cabine, talonné par Horace De Klemmens qui jeta sa cigarette par-dessus le bastingage du Reanspell.

~



- Je te voyais déjà couché dans ton lit, Mickaël, fermés hublots et porte. Mais il n'en demeure rien. C'est que tu me veux sans doute parler. Ce pirate de nouveau libéré, je crois qu’à sa revanche contre nos flottes sur les mers, il fera, s’il ne meurt, venir tous ses alliés.
- Vous avez fort justement deviné mon très cher Horace, lui répondit le Pygargue d'une voix suave. J'ai à vous entretenir de fait qui, je le crois, vous causeraient peut-être bien de la frayeur.
- Tu n’as qu’à parler, c’est une affaire prête.
- Si fait. J'ignore quelle valeur le Général accorde-t-il à ses propos et quelle valeur accorde-t-il aux ennemis du Royaume. Je gage cependant qu'offrir la liberté à une telle vermine, un indignissime truand comme Guadalmedina, ne serait rien de moins qu'une erreur fatale. Mes ordres pour vous sont de suivre à bord du Prince de Hytraz ce parasite-ci. Vous demeurez excellent marin, chasseur de pirate expérimenté. Vous fûtes un brillant Capitaine, et toute ma confiance va en votre très humble personne, Horace mon camarade.

Un instant, le Capitaine Klemmens parut réfléchir aux arguments à opposer à cet ordre. Il sembla n'en trouver qu'un seul.

- Désarmé, le bâtiment de Guadalmedina serait facile à prendre pour le Prince de Hytraz, si fait. Nos hommes sont une majorité d'ailés, et bien équipés. Cependant Mickaël...le Royaume n'a qu'une parole.

Mickaël Vinzent De Everhell se débarrassa de son large manteau avant d'ouvrir le premier bouton de son gilet. Il découvrit ainsi le haut de son col et parut respirer de nouveau.

- Le Royaume s'abreuve du sang noir de ces gens-là avec l'avidité d'un pré. Le Général Tullius n'a qu'une parole, Horace, c'est un fait. Mais moi, je n'ai rien promis sinon élever le Royaume aux pilastres du monde. »

Au-dehors, la profonde nuit établissait son empire sur Zaï'Han. Le Capitaine Klemmens partagea un verre de vin avec la complicité de son Commodore puis prit son envol pour regagner le Prince de Palmyre. Dès l'aube, le forban nommé Franco Guadalmedina regagnait son Alvaro De La Marca que quatre sloops Royalistes à la ligne venaient équiper en eau et en vivres et lester en or pur.
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Ven 18 Mai - 2:32
"Penses-tu donc que je sois âme encline aux remords ?"

Franco Guadalmedina





La nuit se dessinait au-dehors, épaisse comme un voile à travers les hublots vitrés de l'Alvaro De La Marca. Son capitaine, Franco Guadalmedina, tenait à bout de main une chandelle qui se consumait doucement. Il l'approcha du lit, grand mais unique lit de la cabine, sur lequel dormait une Elfe, les poignets reliés et ligotés à la devanture. Si la jeune femme avait pu dès cet instant apercevoir cette silhouette coupée d'une cape noire qui s'élevait tout près d'elle, le regard alerte comme celui d'une bête, elle aurait sans doute vu l'extrême noirceur de la mise fort rigide de Guadalmedina. Et à cet instant précis ses yeux froids, gris, glacial comme l'hiver, s'occupaient à détailler le corps totalement relâché qu'il s'était lui-même offert à la contemplation. D'un geste il déposa la chandelle sur le chevet et tira une chaise, afin de s'y asseoir. Quel froid sommeil que l'existence, songeait-il sans doute !

« Rares sont les femmes à avoir navigué à bord de l'Alvaro De La Marca.

Sa voix sous le timbre, sec comme la lanière d'un fouet, n'était que froideur et autorité. Doucement, sous ses gants qui sentaient fort le cuir, il entreprit alors de déboutonner, un par un, les boutons de la chemise de sa prisonnière. Elle sentit le contact raboteux des doigts sur sa poitrine, ce qui la fit grimacer dans son sommeil, puis ouvrir les yeux.

- Putain... j'ai du trop faire la fête hier soir... Qu'est-ce que je fous là au juste ?

Le Capitaine élargit un sourire sous sa moustache pour cette gamine. Il se servit de ses doigts gantés afin d'étouffer la flamme des bougies qui se consumaient ça et là. Il n'en garda éveillée qu'une. La chandelle posée sur le chevet. Un voile d'ombre était tombé autour d'eux.

- Heiiiiiin ? Oh putain... ça doit être pire que ce que je pensais... J'ai vraiment du trop boire...marmonna la jeune femme en clignant plusieurs fois des cils.

Avant de reprendre, tirant sur ses liens :

- C'est pas que je m'emmerde mais j'ai une soif du diable moi... Heurf ! Et puis être attachée c'est sympa pendant qu'on fait des galipettes mais heu... J'vais être honnête, je m'en souviens plus !

Le sourire de Guadalmedina se traîna lentement. La bouche de l'Elfe était rouge et prête à être cueillie comme une baie de sorbier. Sans cesser de caresser les seins impudiquement mis à nus, flattant et déifiant les mamelons rosés et tendus, il reprit d'une voix très calme :

- Mais toutes demeuraient très belles. Pourtant, encore plus rares furent celles qui avaient des seins aussi beaux que les vôtres, Elfe. Je connais bien des hommes qui, en croyant parcourir des espaces inconnus se sont perdus dans les abîmes du chaos. Je ne parle pas de celui d'Özan, bien sûr. Mais des seins d'une jolie femme.
- Argh ! Putain ! Mais tu fous quoi là ? clama la captive infortunée. Heu... Enfin... Merci ! Mais heu... on se connait ? Désolé, j'ai du trop boire, mais j'me souviens plus qu'on s'était mis d'accord pour jouer à ce jeu !

Le Capitaine n'avait pas envie de retirer sa main. Il sentait en lui monter une légère vague de désir. Il se dit qu'après l'écuelle, il aurait volontiers cueilli quelques baies sur un corps de femelle Elfe.

- Un jeu dis-tu ?
- Heu... Ouais... Genre le coup des liens au lit, vous qui débarquez pour me peloter la poitrine... J'aime bien, hein, je dis pas le contraire ! Mais heu... J'me rappelle plus trop comment ça a commencé !
- Par un grand coup sur la tête, peut-être ? avança-t-il.
- Ah... C'est donc ça la douleur et la perte de mémoire... ok... Donc les liens... c'est pas pour jouer, hein ?

Il pressa légèrement entre son pouce et son index le mamelon dressé de sa proie soumise.

- Hélas non.
- Ok... céda la jeune prisonnière.

Avant d'inspirer un grand coup, calmement. Prenant un air serein puis finir par se mettre à gueuler tout en s'agitant avec un air de panique :

- A L'AIDE ! Au viol ! Y a un pirate vicelard qui me tripote !

Ce fut ce qui décida le Capitaine à abandonner les seins sur lesquels il jouait. Il se redressa droit sur sa chaise, un bras plié, main posée bien à plat sur sa jambe. La large cape noire tombant derrière ses épaule assombrissait sa silhouette et agrandissait sa taille.

- Je n'y suis pour rien si vous êtes de nature très caressante, vous les Elfes ! Demoiselle...?
- J'vais t'en coller des caresses ! Bordel ! Dis tout de suite que c'est de ma faute si tu me tripote ! s'emporte l'Elfe avant de se calmer pour réaliser : Ah mais attends ! J'te reconnais toi ! T'es Guadalmachin truc !
- Franco Guadalmedina, le Roi Pirate et Loup de la Passe, se présenta-t-il d'un œil sévère. Il y a peu, c'était encore moi qu'on avait saucissonné à une perche et à qui l'on obligeait à boire la tasse dans une écuelle. Mais je remarque que ça ne t'a pas trop outré, visiblement. Après tout, quoi de plus normal ?

Il se leva alors, lentement. Il se servit de la chandelle afin d'en allumer une autre puis ôta ses gant. Ensuite, d'un pas léger comme marqué d'une ombre, il écarta les deux portes en ébène d'une armoire vitrée qui trônait là, avant d'en sortir un verre de cristal à pied ainsi qu'une bouteille noire. Il se servit un verre de vin, très naturellement sans cesser d'observer ce tétin qui le tentait.

- Toi aussi, tu sers le Royaume.
- De quoi ? Servir le Royaume ?

Elle se mit à rire à gorge déployée.

- Non... Je suis mercenaire, je sers le Royaume parce qu'ils m'ont promis de l'or et qu'honnêtement, je préférais éviter un nouveau bain de sang comme le précédent. Ça s'arrête là ! Et si tu veux savoir, oui, ça m'a passablement énervé que des types du Royaume emploi de tels procédés comme la torture par noyade... Mais tu aurais voulu que je fasse quoi, exactement ? Que je me foute tout les royalistes à dos pour sauver tes p'tites fesses ? Sans dec, je suis sympa mais pas suicidaire...
- Mes p'tites fesses comme tu le dis, t'auraient honnêtement remerciées. Je respire très mal sous l'eau, l'Elfe. Et en plus j'ai horreur de ça. Je m'oppose à ce que le Royaume impose ses propres lois au milieu de mes mers !

Pour la première fois depuis le début de l'entretien, celui qui se faisait surnommer le Roi Pirate avait haussé la voix. Il donnait là l'image à sa détenu d'un personnage bien peu récréatif.

- Vos mers ? surenchérit l'Elfe. Vous êtes vraiment tous les mêmes... pirates, royalistes... vous pensez que tout vous appartient... Pas un pour rattraper l'autre au final...
- Ne me compare pas à ces emperruqués poudrés du Royaume, gamine ! D'ailleurs, tu as un nom à la fin ou merde ?

Ce disant, il porta le verre plein de vin rouge à ses lèvres, se les humectant du bout de la langue par la suite.

- Merde ! ricocha la prénommée Tahiri ! Et toi tu as un verre pour moi ? On n'est pas obligés d'oublier les bonnes manières parce qu'on n'est pas d'accord ! Donne moi un verre et j'te donne mon nom.

Il revint se poser près d'elle, la détaillant de la tête aux pieds un moment, puis observant longuement son visage fin et délicat, sa chevelure, crinière aux boucles émeraude cascadant sur l'encolure. Il se donna le temps d'une seconde gorgée de rhum et sa main, nue cette fois, vint de nouveau caresser les seins de la délicate Tahiri.

- Tu sais que tu es insolente, pour une môme ? Si j'oserai, je te corrigerai à coups de bâton...
- Fu fu fu ! De quel bâton tu parles exactement ? s'extasia-t-elle.

Avant de se mettre à rire sous ses liens, faisant fi des caresses de Franco qui ne paraissent pas la déranger plus que ça.

- J'dois avoir deux fois ton âge, Franco ! Alors je suis insolente ouais, mais une môme ? Seulement en apparence. Alors sois sympa, donne moi un truc à boire et moi... ben je serais sympa et je me présenterai comme il se doit.

Le Capitaine posa son verre, calmement sur la commode. Sans bouger de sa chaise, il tira alors un tiroir pour en extirper un couteau aiguisé. Qu'il bloqua sous la gorge de sa prisonnière.

- Un verre contre la réponse à ces quelques questions. Ton nom ?
- Sérieusement ? Le couteau, Francky ? Les menaces ? Bordel... Tahiri ! Tahiri c'est mon putain de nom ! Ok ? Ca te va ?
- C'est tout sauf un nom mélodieux, ça.
- Franco c'est moche aussi.
- C'est originaire de l'archipel de Grande Lagoon, les eaux turquoises du sud d'Arcaëlle.
D'ailleurs Tahiri, je te serai gré de ne pas m'appeler Franky, vu ?

L'Elfe se marrait tout en jetant un œil au couteau de temps à autre. Ce qui la faisait loucher.

- Ok, Franco, ok ! C'est bon !
- Moins fort la belle. Je n'ai pas envie que tout l'équipage de l'Alvaro sache que j'ai dérogé à mes propres règles.

Il remonta alors la lame, qu'il avait au préalable descendu sur la poitrine de sa proie, déchirant le reste de la chemise le long des côtes, puis de l'abdomen. Sans toutefois s'aventurer plus bas. D'un coup sec, le Loup de la Passe la libéra alors des liens qui entravaient ses poignets. Tahiri se frotta légèrement les poignets avant de s'asseoir et de s'étirer.

- Ah bah voilà ! On est raisonnable... Merci bien !

Sans la moindre pudeur ni la moindre gène, elle se saisit délicatement du verre de Franco pour y poser ses lèvre. Elle en cueillit une première gorgée.

- Pfff ! Ca fait du bien ! Pas mauvais ce vin !

Elle reposa le verre après en avoir bu une seconde gorgée.

- Tu te doutes de pourquoi tu as été enlevée au moins ou tu n'en as absolument rien à foutre ? avança-t-il.
- Heu... Aucune idée ! Quoique... ça serait pas un truc du genre : "pas envie que les royalistes me baisent et tiennent pas leur parole, alors je prend un otage" ?
-C'est l'idée. Tu as confiance en la parole de ces salauds, toi ?
- Moi ? J'attends de voir de quoi les gens sont capables avant de leur faire confiance ! Et tu sais ce que j'ai vu ? Des pirates, qui foutent un bordel pas possible dans une ville ! Qui pillent, qui profitent du chaos ambiant pour se tirer avec ce qu'ils peuvent... Et à côté de ça, j'ai vu des Royalistes... qui se privent pas d'être loin de chez eux pour tuer des pirates à tour de bras tout en dégueulant leurs belles paroles. Est-ce que j'ai confiance en eux ? Non... Des deux maux cela dit, j'ai préféré choisir le moins pire...
- Tout ce que je pense du Royaume ? Le Général Tullius pourra au moins s'en retourner ce soir au pieu sans le besoin d'un coup de main. Ils dorment sur leurs deux oreilles, tous ces pantins ailés, en s'imaginant déjà posséder Zaï'Han. Pour être mémoratif, j'aurai bien bombardé leur saleté de port avant de m'en retirer. Si ils n'avaient pas pris la précaution de m'ôter toutes mes pièces.
- J'me fous royalement de ce qu'ils pensent à dire vrai... Tout ce qui m'importe, en général, c'est ma petite gueule... et parfois celle de deux ou trois arcaëlliens qui ont mérité ma confiance et mon respect. Sinon la plupart du temps j'essaye de pas faire de vague, c'est tout. Après, pour ce qui est de mon groupe de mercenaires... D'une part, faut bien gagner sa vie, d'autre part, je peux pas blairer les Hayert'Vaäls. Quant aux pirates... ça dépend leurs motivations...
- J'espere que ce vin de premier crû que je t'offre annulera tous les maléfices dont tu m'accables. Apres tout, quelques nœuds et quelques tours de cordes n'ont jamais tué personne. Je ne demande en échange que ta discrétion. Cette cabine, la plus grande du navire, est désormais la tienne, que tu partageras avec moi. Je t'offrirai tout ce que tu voudras, en échange du secret. Vu ?
- Sérieux, Franco... Je m'en fous de tes secrets...

Tahiri lui choppa le verre des mains et en bus une très longue gorgée avant de le lui recoller entre ses doigts ornés de joyaux comme si de rien n'était !

- Tu pourrais me dire que tu couches avec la Reine, que ça me ferait juste marrer sans que j'aille le crier sur les toits ! Alors... ok, un peu de vin, de quoi pioncer confortablement et ça me va, tu peux compter sur mon silence. Mais y a juste un truc qui m'emmerde dans tout ça... Tu comptes me ramener sur la terre ferme quand ? Et où exactement ? Parce que je dois avoir un pauvre petit magicien qui doit se ronger les sangs à l'idée de me savoir disparue en haute mer avec un fringant et irrésistible capitaine. Imagine mon pauvre second, en proie au désarroi ! Le pauvre chéri sait à peine se débrouiller sans moi ! Il lui faut sa maman mercenaire elfe septuagénaire sinon il va plus savoir quoi faire de sa vie
- Pour le moment j'ai bien peur que tu doives te contenter de ce que tu sais. Pas d'informations en plus. L'Alvaro de la Marca continue sur son erre, le reste ne te regarde pas. Si tu restes sage, petite Elfe, je te déposerai sur un caillou quelque part, lorsque j'aurai décidé quand.
- T'abuses Francis... heu... Franco ! T'as bien un cap, non ? Aller, dis moi au moins dans quelle direction tu vas, et promis je serais sage comme une image ! Je te laisserais même rejouer avec mes mamelons si tu veux ! T'avais l'air de les apprécier !
- C'est visiblement pas la pudeur qui t'étouffe, la belle.
- La pudeur ? C'est quoi ça ? Ca se mange ? Bon, ok, j'avoue, mon père n'arrête pas de me le dire, que je devrais pas me montrer aussi impudique, que coucher avec n'importe qui ça le fait quand même moyen pour une demi-déesse, mais héééé ! C'est quoi l'intérêt d'être à moitié divine si on n'a pas des avantages avec ça ? Heu...

Elle venait de se rendre compte de sa connerie de langue bien trop pendue. Son visage par degrés imprimait cette erreur.

- Et merde... jura-t-elle.
- Une demi Déesse...Voyez-vous ça...
- Bon, ok... j'avoue ! Je suis une demi-déesse ! Mais c'est vraiment malgré moi ! Tu vois, j'aurai préféré avoir un papa normal et une maman normale encore en vie ! Mais il a fallu que mon potentiel père meurt dans une connerie de guerre et que Gar'Haz prenne sa place dans la couche de ma mère ! Et... et ça a donné ça ! Et maintenant je suis emmerdé tous les quatre matins par un putain de corbeau à la con qui...

Sur ces mots, on entendit des "toc toc" provenant de la baie vitrée tout au fond de la cabine révélant sous le plumage de la nuit un corbeau qui croissait. L'Elfe soupira avant de désigner le volatile qui tentait par toute l'étendue de ses moyens de trouver une ouverture. La lumière de la lune offrait aux yeux noirs de l'animal, ainsi qu'aux boucles vertes de Tahiri, des reflets de vif-argent.

- Non mais tu vois ce que je veux dire, sérieusement ? Il est toujours là à m'épier, ce con ! Alors niveau intimité c'est pas ça ! ... Ce qui expliquerait mon manque de pudeur du coup ! Bah oui... Si je devais attendre que ce con ne regarde pas, je tirerai jamais un coup !

Il haussa un sourcil. Puis, naturellement, il tira un pistolet de sa ceinture. Calmement, trahissant une expérience certaine, les doigts du Roi Pirate amorcèrent le chien en un "clic" sonore.

- Si tu veux en être débarrassé, ça peut s'arranger.

Il visa la lucarne de son navire.

- Ah ! Oui non mais ça... J'ai déjà essayé ! Y en a d'autre qui reviennent après ! Laisses tomber ! Le mieux ça reste de tirer les rideaux ! Enfin je dis pas qu'il faut tirer les rideaux maintenant ! Je dis pas non plus que je... Oh puis merde ! C'est ma première fois avec un pirate ! Alors pour une fois que je tombe sur un pirate bien foutu et beau gosse... Et si on tuait le temps, Capitaine ?

Lorsque le Capitaine reposa son regard sur la jeune femme, elle venait d'écartant légèrement les pans de sa chemise ouverte afin de dévoiler entièrement ses superbes seins.

- J'ai tendance à très vite m'ennuyer ! Autant profiter de ce que peut m'offrir cette captivité.

Il l'observa un instant, son verre de vin à la main. Une ombre parut passer dans son regard. Un instant, le Capitaine sembla pensif. Hanté par des fantômes connus de lui-seul. Puis il s'envoya le verre de vin derrière la langue et se leva de sa chaise, rapidement. Il posa pistolet et verre vide sur son bureau à quelques pas, tournant le dos à sa prisonnière, et se chargea de tirer les rideaux, écartant temporairement l'animal bruyant. Avant de déclarer, mains derrière le dos, tourné face à la lucarne recouverte :

- Je ne t'ai pas enlevée pour ça, Tahiri. En dépit de ce qui se dit, je ne prends pas beaucoup de plaisir dans les viols. Même si je suis parfois un homme impatient, avec le corps qui palpite.
- Qui a parlé de viol ? Bon... ok ! Le pelotage tout à l'heure, c'était pas très réglo ! Et ok ! D'accord ! Si ça peut t'aider, je vais faire semblant de faire la gueule deux ou trois jours ! Puis un soir, si ça te chante, on picolera comme des trous et on baisera comme des animaux ! Moi ça me va ! T'as déjà baisé avec quelqu'un en ayant assez bu de rhum pour dégueuler juste après ? Moi ouais ! C'était marrant... enfin sauf la partie où je dégueulais !

Après réflexion elle parut avoir comme un éclair d'illumination.

- Aaaaah ! Mais non ! D'accord ! J'ai pigé ! C'est à cause du bruit, c'est ça ? Tu as peur que je gueule trop fort quand on va niquer et du coup tu aimerais pas que tes hommes entendent ça et qu'ils se disent que tu me violes ! Non non Mais je comprend ! Et c'est vrai que je gueule quand je baise ! Roh la la ! Qu'est-ce que je gueule ! Tu aurais vu la gueule du Renard quand je me suis mis à gémir quand je l'ai pris à califourchon... Il savait plus où se mettre ! Ahahah !

L'homme en noir se retourna alors, observant cette étrange proie, un sourcil arqué plus haut que l'autre, en se demandant si elle lui tendait là du lard ou plutôt du cochon. Puis il lâcha, froidement, tranchant comme le revers d'une lame et avec autorité, sans élever la voix.

- Tu parles trop.

Sitôt que le dernier mot eût franchi la commissure de ses lèvres, le Capitaine sentit sur le duvet de sa peau la morsure du désir qui s'élargissait et le grattait tout-entier. À un endroit précis en particulier. Il dessinait encore mentalement sous sa griffe la courbe des mamelons dressés de l'Elfe.

- C'est ce que j'ai dit au Renard... Juste avant de lui arracher ses vêtements.

Tahiri n'était ni aveugle ni née d'hier. Elle acheva de déchirer sa chemise, ensuite elle l'envoya d'un geste à l'autre bout de la pièce. Il la saisit au vol. D'une seule main. Mais déjà, elle était sur lui, véritable lionne en chaleur. Qui l'embrassa farouchement.

- Le mât est dressé, Cap'tain ! C'est le moment de carguer les voiles ! Le vent va souffler fort. »

Déclara-t-elle en défaisant les bas de Franco et se mettant à genoux pour se mettre à l'action tandis qu'il agrippait ses cheveux d'une poigne mâle. L'Alvaro De La Marca continuait sur son erre.
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Jeu 31 Mai - 16:53
- Le fumier ! mugit le général Tullius. Le scélérat ! Le boit-sans-soif !!! L'analphabète !!  
- Du calme, général, du calme... soupira le sieur De Vulpère.

Le général Tullius faisait à présent les cent pas dans la cabine de son navire, « Dragonborn », un navire de ligne armé de cinquante gueules à poudre, toutes prêtes à cracher leurs flammes sur les pirates impies de Zaï'Lou. Connaissant ce fait qui l'avantageait grandement, le général était cependant dans une détresse certaine. Il avait obtenu ce qu'il voulait du capitaine Franco Guadalmedina... Tout même de l'avoir débarrassé d'une personne qu'il ne tenait pas particulièrement à traîner dans ses pieds. Seulement il ne l'avait pas voulu ainsi et il n'aimait pas qu'on se joue de lui.

- A mon nez et à ma moustache !!! Ce fumier a enlevé cette petite garce sans que je n'y puisse rien !
- Je suis le premier à en manifester un regret incommensurable... soupira à nouveau De Vulpère.
- Le fils de pute ! Tonna le général.
- Ah non ! Là, c'en est trop ! s'écria le Renard. Ça suffit ! On n'insulte pas les mamans !

Le général lança un regard inquiet au Renard, incertain face à sa réaction. Il ne savait pas trop s'il devait envoyer une nouvelle injure pour provoquer l'Ombre ou simplement laisser passer. Il soupira à son tour et tapa du poing sur son bureau.

- L'infâme canaille... S'il croit pouvoir s'en tirer ainsi...
- Que comptez-vous faire ? Tirer au canon sur son navire qui prend le large ?
- C'est ce que je devrais faire !!! Et vous le savez parfaitement ! S'insurgea Tullius.
- De grâce ! Nous ne sommes point le genre d'hommes à manquer à nos paroles et à mettre en danger la vie d'une femme elfe...  
- Vous ne comptez tout de même pas partir à sa rescousse ?
- Ah... Malheureusement, j'ai bien peur que les mots qu'elle prononça à mon égard ne signent sa destinée. Je ne peux point me le permettre au risque de passer à vos yeux pour un traître. J'eusse espérer que dame Rösenwand s'en sorte indemne et seule de cette périlleuse situation. Je regretta cependant de n'avoir pu rien y faire. Me résoudre à l'abandonner à son sort fut une triste décision à prendre. Hélas, tout comme vous, ma fidélité va, avant toute autre femme, d'abord à ma suzeraine, la Reine Amäly Tahora'Han, qui dirige notre si beau Royaume sur lequel toujours le soleil se lève et...
- Oui, merci, je pense qu'on a saisi la rengaine depuis le temps ! le coupa le général. Maintenant il nous faut nous concentrer sur notre prochain assaut contre ces moules à gaufres de pirates.
- Par tous les dieux... protesta une troisième voix. Allons-nous donc réellement abandonner cette femme à son triste sort ?

Il s'agissait du Lieutenant Drake qui venait faire son rapport quant aux ordres qu'il avait transmis à toute l'armée royale des environs de Zaï'Han. Il semblait quelque peu offusqué de voir que l'on allait laisser le destin d'une Dame aux mains de belliqueux pirates sans remord ni scrupule.

- Oh non... Ne me dites pas que vous aussi, vous avez couché avec elle... bougonna le général.
- Par Uoc'Thuy, jamais !! Mais mon âme me crie qu'il est injuste de laisser cette femme à son triste sort ! Nous ne pouvons laisser gagner le Mal !! Qui serions-nous alors, si nous ne le combattions pas !?
- Lieutenant... J'apprécie votre ferveur et votre vertu, mais il est un fait indéniable dans ce monde : le mal triomphe toujours ! Que vous le vouliez ou non, il y aura toujours des gens de peu de vertu, sans scrupule, sans remord, qui feront fi de toute loi. De tous les maux, je préfère donc choisir le moindre pour triompher du pire ! Ce qui arrive à cette femme est regrettable, j'en conviens, mais la vie de milliers d'innocents, ainsi que celle des arcaëlliens sous mon commandement, dépend de mes décisions. Je ne peux risquer de les mettre en péril pour sauver une personne. Zaï'Han sera bien plus sûre si nous mettons un terme aux agissements de ces pirates. Je ne peux permettre d'affaiblir nos forces en envoyant le moindre navire à leur poursuite. C'est ainsi ! Je dois faire des choix difficile tous les jours, Lieutenant ! J'espère que vous en êtes conscient !

Le Lieutenant Drake resta silencieux. Il acquiesça d'un signe de tête mais son âme entière lui criait que c'était pure injustice que cela. On n'abandonnait pas une Dame, eut elle été une roturière de peu de vertu. L'esprit chevaleresque de Jonathan ne pouvait le concevoir.

- Je comprend bien... mais tout de même !!!
- Cela suffit, lieutenant ! Vous pouvez disposer ! Je ne vous retiens pas ! Rejoignez votre commandement, votre présence n'est plus nécessaire.
- Oui, général...

Le Lieutenant Drake prit congé à regret et laissa ainsi le général et De Vulpère, seul à seul.

- Bien... Les choses ne se sont pas passées comme prévu mais nous savons ce que les pirates préparent et où ils se terrent. Nous allons les prendre de court, leur tendre une embuscade et en finir avec ces truands.  
- A ce propos, Général, qu’en avez-vous appris ?
- Assez pour savoir que ces enfants de p…
- Général… Je sens que vous allez être discourtois…
- Bref… ces pirates vont débarquer dans le fort de la ville. Ils comptaient nous avoir par surprise en passant par les souterrains de la ville. Je suppose qu’il doit y avoir une sorte d’accès dans le fort qui mène au souterrains… Je serais d’avis d’y poser quelques barils de poudre et de faire sauter tout ça !
- Vous n’y pensez pas, général !
- Bien sûr que non… cela serait bien trop dangereux, même si j’avoue que l’idée m’a caressé l’esprit. Non, à la place nous allons attendre que ces truands descendent dans les égouts et leur réserver une petite surprise qu’ils ne sont pas prêts d’oublier. Nous devrons nous montrer le plus discret possible ! Ils ne doivent pas se méfier que nous savons tout ! Pour ce qui est des éventuelles attaques dans la citée, je vais doubler les gardes et les patrouilles, renforcer les équipes, et donner l’ordre d’investir tous les lieux publiques ! Absolument tous ! Ce sera une opération éclair !
- Quel génie ! Vous êtes indubitablement un stratège hors pair. Maintenant veuillez m’excuser, mais je tombe de fatigue. Je n’ai pas votre entraînement pour supporter tant de fatigue !
- Faites, Sire De Vulpère ! Faites ! Je vais monter mon opération comme il se doit. Ces salopards vont regretter le jour où ils ont embrassé la piraterie.
- Votre langage, Général… soupira le Renard. Enfin bon… Je m’en vais alors vous pourrez bien proférer tous les jurons du monde que ça n’y changera rien ! Bonne nuit, Général…
- Bonne nuit, oui.

Le Général Tullius jubilait. Il avait déjà monté un plan dans sa tête et demain, il savait que plus un seul de ces pirates ne serait en liberté. Leur erreur avait été de se liguer contre le Royaume.

***

Le Renard était sur le chemin pour rejoindre la luxueuse suite qu’il occupait à Zaï’Han lorsqu’il tomba nez à nez avec le jeune second de Tahiri Rösenwand, le mage, Nihil. Celui-ci le regardait avec gravité et le pressa de répondre à ses question.

- Où est-elle ? Où est Tahiri ?  
- Ah… C’est vous Nihil… J’ai… comme qui dirait, une mauvaise nouvelle à vous annoncer, jeune homme…
- Commencez pas votre baratin des Citées Blanches ! Je veux savoir où est Tahiri, maintenant !!
- Il… Il se peut qu’elle se soit fait enlever par un pirate… avoua le Renard.

Une puissante bourrasque propulsa le xen contre le mur d’une des demeures environnantes. Un fluide d’air pressait le royaliste contre les pierres froides avec une telle force qu’il ne pouvait s’en défaire. Nihil avait les yeux luisant de fluide, d’une lueur verte.  

- OÙ EST-ELLE ???
- Argh… Vous ne devriez pas faire ça, l’ami…
- Je me moque de votre avis ! Qu’est-ce qu’il lui est arrivé !?
- Franco Guadalmedina… un pirate que nous détenions… Il a réussi à en faire son otage et à la faire monter de force sur son bâtiment avant de prendre le large.
- C’est une plaisanterie ???? s’emporta Nihil.

L’emprise magique que le mage avait sur De Vulpère s’intensifia et ce dernier sentit alors ses organes être pressé d’autant plus contre le mur, au point que cela lui coupait presque la respiration.

- De grâce ! Ne commettez point un geste que vous regretterez ! Je suis le premier à déplorer son enlèvement, mais le Général Tullius ne lèvera pas le petit doigt pour votre amie, et je n’y puis point grand-chose !
- Vous voulez dire que personne ne va partir à sa rescousse ???
- Personne, je le crains…

Nihil lança un regard plein de haine au Renard, mais il ne le pressa pas plus de sa magie, au contraire, il lâcha brutalement toute emprise sur lui, ce qui le fit tomber à terre.

- Je le savais… Vous n’êtes qu’une bande de lâche ! Vous… les gens du Royaume… Vous donnez envie de gerber…
- Argh…

De Vulpère se releva avec grand peine et son premier réflexe fut de s’épousseter pour paraître plus convenable, avant de se recoiffer.

- De grâce, Nihil ! Vous êtes une personne que j’aurai juré être raisonnable !
- Ah oui, parce que vous pensez que laisser Tahiri se faire enlever par des pirates, c’est raisonnable, peut-être ? Espèce de fumier ! J’devrais vous balancer au fond du port, les quatre fers ligotés. Vous avez de la chance que je sois « raisonnable » !!! Maintenant, hors de ma vue ! Je vais trouver un moyen d'aller la récupérer, et vous ne m'en empêcherez pas !

Nihil s'apprêtait à repartir quand le Renard lui adressa ces mots :

- Attendez ! Il y a encore de l'espoir ! Je commence à connaître le Commodore De Everhell et le Capitaine De Klemmens ! A tous les coups, ils vont envoyer l'un de leur deux navires, sûrement le Prince de Hytraz, poursuivre ce pirate ! Venez avec moi et je convaincrai ces messieurs de vous laisser monter à bord !

Nihil resta silencieux un instant, le dos tourné à De Vulpère. Il n'avait plus tant confiance en cet homme, il n'en avait pas vraiment eut a dire vrai, mais cela pourrait être une chance de retrouver Tahiri. Il se tourna et se précipita vers le Renard avec un air menaçant.

- Très bien ! Mais je vous préviens, si vous m'avez fait perdre mon temps, je vous balance moi-même au fond des eaux du port ! C'est compris ??
- C'est très clair... bredouilla le xen en souriant d'un air gêné. Suivez-moi ! Si Le Commodore et le Capitaine veulent partir, je suis sûr qu'ils vont le faire très prochainement.

***

Le jour s'était à peine levé quand les premiers cris de stupéfactions se firent entendre dans la citée de Zaï'Han. Dans toute la ville, l'armée Royale investit un à un les lieux publiques. Des portes furent enfoncées, la force fut employée, et l'on mata bien vite toute forme de résistance. Les plus curieux furent éloigné rapidement par l'intimidation tandis que les plus téméraires furent maîtrisés et ligotés avant d'être jetés dans un coin, de façon provisoire, en attendant que l'on ait terminé l'opération.

Ce fut d'abord l'hôtel de ville qui subit ces nombreuses perquisitions avant que se ne soit le tour des tavernes, auberges et boutiques diverses. On fouilla absolument partout et il y eut une grande résistance de la part de certains. On les accusa rapidement d'être les complices des pirates et on ne prit pas la peine de ménager toutes ses arcaëlliennes et arcaëlliens qui opposèrent résistance aux forces royalistes.

Sous le commandement du Commodore Birinius, un vieil ami du Général Tullius et tahora également, les troupes des Citées Blanches mirent petit à petit à jour des passages souterrains et autres caches. Bientôt, les coups de feu retentirent dans toute la citée et les morts commencèrent à s'amonceler. Les soldats ne firent preuve d'aucune clémence envers les pirates et leurs supposés complices.

Pendant ce temps, au fort principal de la ville, le conflit avait débuté. Alors que les pirates tentaient par tous les subterfuges possibles de rentrer dans la forteresse, notamment par les canalisations et tunnels de secours, des rangers de fusiliers les attendaient, prêts à faire feu, ce qui ne tarda pas. La poudre commença à parler et le Général Tullius, qui avait tenu à commander personnellement l'opération, beuglait des insanités aux assaillants du fort, se gaussant de leur stratagème qui venait d'échouer en beauté.

- Flibustiers ! Anthropopithèques !! Emplâtrés ! Venez donc bouffer du plomb et de la poudre ! Sauvages !!! Ca vous trou l'cul qu'on vous ait pris la main dans l'sac ?!
- Généraaaaaal !! Généraaaaaal !!! s'écria un messager qui venait d'arriver en courant avant de se voir prendre un tir perdu dans la jambe. AAAAARGH !!
- Oh bordel !!

Le général partit en direction du jeune homme, le pistolet à la main. D'un geste habile, il tira en arrière, dégommant au passage l'un des pirates qui tenaient encore tête à la royauté. Tullius se pencha vers le jeune xen qui hurlait de douleur et lui intima de délivrer son message.  

- Aller, c'est rien ça, petit ! Tu vas t'en tirer ! C'était quoi cette urgence ?
- Le Prince de Hytraz, il manque à l'appel... ARGH... ainsi que tout son équipage...  
- Bon dieu de merde !!! Je vais me le faire !!! Je le jure sur mes ancêtres, ce Commodore De Everhell va sentir la morsure de l'acier de ma main !! Trahison !!! Quand j'en aurai fini avec ces pirates... RAAAAAAAAAH !!!
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Dim 3 Juin - 1:19
Quelqu’un de vous a-t-il connu Sabine,
Ma señora ?
Sa mère était la vieille maugrabine
D’Antequera
Qui chaque nuit criait dans la Tour-Magne
Comme un hibou … –
Le vent qui vient à travers la montagne
Me rendra fou !

Hugo



« Commodore ! Je vous en pries ! Prenez place ! déclara le Général Tullius en plissant ses sourcils broussailleux d'un air contrarié. Vous aussi, Sire De Vulpère. Ne restez pas planté là comme une bite d'amarrage !
- Je n'aime point trop cette comparaison, Général...

De Vulpère prit tout de même place et s'assit aux côtés du Commodore. À son tour, le Général Tullius posa son céans sur le fauteuil haut de dossier qui trônait derrière son bureau. Ses larges ailes blanches, remarqua La Pygargue, le rendait bien plus large, à la limite de l'embonpoint, qu'il ne l'était réellement. Tous trois se trouvaient au sein du Dragonborn, le vaisseau Amiral du Général.

- Vous vous doutez probablement de la raison pour laquelle je vous ais fait venir, Commodore... bougonna Tullius d'une voix grave.

Comme un marteau cognant sur une enclume. Après une pensée pour le terrible combat qui s'était joué la veille sur les côtes de Zaï'Han, mettant une fin définitive à la rébellion flibustière, Le Pygargue croisa ses bras sur son torse, avec calme afin de répondre :

- J'imagine sans paine que la présence de nostre caravelle Le Prince de Hytraz à qui notre armada manque vous a causé bien du grief, mon Général.

Il se voulait dans la voix le plus débonnaire possible tout en restant sûr de lui.

- Assurément, Commodore ! Maintenant j'exige de savoir ce que c'est que ce bordel, Commodore !!
- Votre langa...
- Vous, fermez-la ! Ombre ou pas, si vous la ramenez, je vous fais enfermer pour trahison envers la Couronne !

De Vulpère jeta un regard assassin au Général avant de fixer ce même regard sur le Commodore.

- Alors Commodore ? reprit le grand Tahora moustachu. J'attends vos explications sur l'absence de ce navire qui est indirectement sous vos ordres.

Calmement, le Commodore croisa cette fois ses jambes, l'une sur l'autre. Avant de déclarer au Général :

- J'ai donné l'ordre au Capitaine De Klemmens de poursuivre celui-là mesme qui se fait nommer Alvaro de la Marca. Le Prince De Hytraz a ainsi quitté Zaï'Lou pour une mission capitale, mon Général, que j'estime être celle de délivrer de l'empire de ces forbans la jeune Elfe, Damoiselle Rösenwand.

Il ajouta en guise d'explication :

- Car il s'agit peut-être d'une jeune fille très-parée et à la langue fort déliée, à défaulte d'être délicate, mais, et ne vous faschez point, le forban du nom de Guadalmedina qui la détient fut libéré par le Royaume. Il ne sera pas dit que notre Reine bien aimée achète sur Zaï'Lou la paix au coust de la ruine de ses futurs sujets.

Sans hausser la voix, Le Commodore De Everhell hocha légèrement son chef avant de conclure.

- C'est pour ça, mon Général, que j'ai donné à Messire De Klemmens des ordres en ce sens.
- Au détriment des miens, Commodore ! faillit s'étrangler le Général.Dame Rösenwand valait-elle d'être sauvée au prix du sanglant sacrifice de nos soldats ? Tandis que nous donnions l'assaut sur Zaï'Han pour débarrasser la citée de sa vermine, nous nous trouvions amputés de la présence des forces constituant l'équipage tout entier du Prince de Hytraz ! Encore une fois !! précisa le Général. Et je suppose que le Sieur De Vulpère a à voir avec cette décision dangereuse !
- Ah ah ! Alors là, pour une fois, permettez, Général, que je vous déçoive un tant soit peu sur ce fait qui ne se trouve point avéré. L'initiative en revient uniquement au Commodore bien que je la soutins ardemment ! Nous ne pouvions ignorer la détresse de notre sujet, dusse elle été la plus vulgaire et la moins délicate de tous, il fut tout de même de notre responsabilité de lui venir en secours.
- Toujours au détriment de mes ordres et du bon sens ! Vous rendez-vous compte de la chose ?

Le Commodore tenta alors d'apaiser un peu les tensions. Son haut-de-forme sur la jambe, lotti contre son aine, impeccablement présenté, rasé de près et coiffé, il espérait faire entendre raison au Général Tullius. Le Royaume venait de mater la révolte Flibustière. Le Capitaine que l'on connut jadis sous le nom de Jacquot Sélérini croupissait dès lors dans une crypte qui avait la forme d'une cage de fer, accrochée telle une lanterne sur le port de Zaï'Han. Les pirates avaient perdus. La Reine avait gagné. Mais au prix de combien de vies ? Le Royaume avait, hélas, quelques pertes à déplorer.

- Si j'eusse été soldat, mon Général, mon âme se pâmerait de joie auprès d'Uoc'Thuy en apprenant que mon sacrifice eût permis le sauvetage d'une personne du beau sexe que d'ignobles scélérats ont fait leur otage. Ami de la justice et de la beauté, et en tant que De Everhell, je ne puis laisser pareille action se produire sans tenter une entreprise, aussi désespérée fusse-t-elle, afin de la contrer. Vous dites au détriment du bon sens, mon Général, alors laissez-moi, je vous en prie, vous poser une question. La vie d'une Dame Elfe vaut-elle moindre, à vos yeux, que celles de vos soldats habitués au carnage au cœur des choses funèbres et prêts à périr pour les valeurs du Royaume ?

Le Général Tullius grimaça de colère et leva un doigt accusateur avant de se raviser. Son courroux était bien réel mais celui-ci sembla s'apaiser face à la raison mais surtout face au cœur tendre. Il commença à grommeler et à pester dans sa barbe avant de se lever. Il se dirigea vers les imposants vitraux de sa cabine pour fixer de son regard d'acier la citée de Zaï'Han. Il resta silencieux un bon moment, ce qui sembla mettre De Vulpère mal à l'aise au point de ne plus trop savoir comment se positionner exactement. Le vétéran finit par reprendre la parole.

- Je vous comprends, Commodore... Il m'est arrivé, alors que j'étais tout comme vous sous les ordres d'un supérieur, de l'envoyer chier allègrement afin de faire appliquer nos principes. Le général sous lequel je prenais mes ordres, avait oublié nos valeurs... Il avait oublié que les Citées Blanches, malgré que cela puisse impliquer de lourds sacrifices, mettaient toujours un point d'honneur à protéger les civils.

Il prit un temps pour admirer Zaï'Han au travers le hublot de sa cabine, passant ses doigts le long de ses moustaches.

- Aurais-je oublié nos valeurs, Commodore ? Serais-je devenu un vieil homme aigri et sans principe ? s’essouffla-t-il alors.
- Mon Général, reprit Le Pygargue. Sur un ordre, un geste, un mot de vous je ceindrai l'épée pour abattre des armées, fussent-elles nées du chaos et des Ténèbres. Votre valeur demeure immense. Et nous savons tous deux, tous ici présent, reprit-il en hochant la teste en direction de De Vulpère, que le navire qui n'obéit point au gouvernail devra obéir aux écueils. Je me repends de vous avoir désobéi, mon Général. Mais si la chose était à refaire, croyez-bien que mon cœur saigne à prononcer ces mots devant vous, et bien je la referai, du fond de l'âme.  
- Et vous auriez mille fois raison, Commodore...

Le Général Tullius regarda au travers des carreaux, le drapeau du Royaume battre au vent, hissé haut sur le fort de la citée capitale de Zaï'Lou.

- Mille fois raison... répéta-t-il d'une voix d'outre-tombe.

De Vulpère se leva, et tout sourire qu'il était, prit la parole avec un ton qui se voulu rassurant.

- Allons allons ! Général ! Cela ne vous ressemble point d'avoir mine pareillement abattue ! Ne serait-il point préférable de nous admonester de vos injures avec le ton paternel qui vous est propre ? Au fond, je vous sais, comme nous tous, dévoué à la cause du Royaume et enclin au pardon puisque nous sommes de la nation qui pardonna mille fois aux autres nations, qui offrit aux bandits, voleurs et escrocs, la seconde chance qu'ils méritèrent. De grâce, faites nous donc les témoins de ces principes qui nous vont si bien.
- Morbleu de merde ! Commodore ! Par les pouvoirs qui me sont conférés, je vous condamne à vous dédommager du tort que vous m'avez fait subir par votre désobéissance. Cependant, en raison de votre grande vertu, je ne vous demanderai point vos galons ni vos armes. Je vous gracie ! Attendez-vous cependant à redoubler d'effort vous et vos hommes ! Je vous veux sur le pied de guerre, tous les jours sans permission ! Vous traquerez le moindre pirate restant dans les eaux de Zaï'Lou. Me suis-je bien fait comprendre ? demanda-t-il en se tournant avec férocité vers le Commodore.
- Vos ordres sont on ne peut plus clairs, mon Général. répondit De Everhell en se mettant au garde à vous.
- Vous pouvez disposer, Commodore. Et une dernière chose, avant que vous partiez : Quand le Capitaine De Klemmens sera de retour... Adressez lui tout mon respect, à lui, et je l'espère, à Dame Rösenwand.
- Au sujet de mon enquête... commença De Vulpère.
- Ah oui... L'enquête sur la mort de cette... prisonnière... Nous verrons ça à un autre moment, Sire De Vulpère... Pour le moment je ne me sens pas l'âme à en parler.  

Le Pygargue s'éclaircit la gorge.

- Qu'a donc révélé votre enqueste, Messire, si je puis me permettre ?

De Vulpère mena Le Pygargue en dehors de la cabine du Général, après avoir poliment pris congé et l'invitant à laisser ce dernier à sa réflexion.

- Messire De Everhell, j'ai bien peur de devoir vous décevoir au sujet de l'enquête que je menai. Il serait question que le Capitaine De Klemmens eut quelque chose à voir en la matière. Le maître d'oeuvre dirai-je, de cette tragédie sans que toutefois il en fut l'instrument. L'acte en reviendrait à quelqu'un d'autre de plus discret... mais tout cela aurait à voir avec ce qui s'est passé aux abords de Mar'Baal, l'affaire dont vous et moi ne pouvons parler à la portée des oreilles les plus indiscrètes.
- Maître De Vulpère, je vois ce que vous insinuez cependant je vous le dis sans détour, j'ai toute confiance en Messire De Klemmens et il ne saurait être perçu comme le responsable d'un tel crimne !

Comment penser ce que l'Ombre de la Reine lui vomissait ainsi en pleines oreilles ? Le Pygargue ne le pouvait ! Depuis qu'il avait pris la mer, et même avant cela, Horace De Klemmens avait été son ami de toujours, compagnon d'armes et de voyage !

- Je comprend que vous ne puissiez accorder de crédit à mes allégations, car à moi-même, cela paraît incongrue. Cependant, il faut bien admettre que son départ précipité lors de notre affaire, fut des plus singulières. D'autant que l'on a retrouvé votre fr... que l'on a retrouvé cet homme sans sa langue... Et vous savez parfaitement de qui je parle. Je ne crois pas aux coïncidences, Messire. C'est aussi pour cela que j'ai préféré nous faire quitter la compagnie du Général. Je voulus que vous en soyez en premier lieux informé... S'il s'avérait être la tête de cette machination... et bien à vrai dire je ne saurais quoi en penser. Probablement eut-il voulu faire garder un secret que cette prisonnière emmena dans sa tombe, tout comme son complice et concubin de pirate... Ce ne sont que supposition, mais le Capitaine Horace de Klemmens donna quelques ordres des plus... intrigants.
- De quel complice et concubin parlez-vous au juste ? s'égara Le Pygargue mains dans le dos.
- Votre frère ! Il était bien le complice et concubin de cette prisonnière qui est morte , n'est-ce pas ?

Le Pygargue se sentit alors la tête lourde et n'écouta plus que d'une oreille les propos de Godfroy De Vulpère qui n'avait de toutes façons aucune preuve tangible à apporter à ses accusations. Au-dessus de leurs deux tête, sur le pont du Dragonborn, le ciel mêlait aux ors le cristal et l’airain. L'Ombre de la Reine parlait, et toutes ses paroles accusaient sans accuser Horace De Klemmens. Ses mots, tels des flèches, paraissaient trembler doucement encochées dans l'arc par des doigts fébriles qui n'osaient les décocher. Le Pygargue accepta sans sourciller de donner l'illusion qu'il écouter avec un intérêt croissant les propos de son interlocuteur mais finit par se retirer sitôt qu'il eût terminé. Il était impossible, pour lui, que son plus-que-cher Horace fusse responsable d'un meurtre. Un meurtre que tout le désignait, lui-même, comme coupable ! Le Pygargue regagna le Reanspell le front nerveux et l'âme tournée vers le ciel. Alors il s'enferma dans sa cabine et pria Uoc'Thuy, le Dieu juste, de l'éclairer. Car si ce que disait Messire De Vulpère était vérité... Bien que cela ne pouvait être... Mickaël Vinzent De Everhell finit par s'endormir, plutôt calmement bien que tardivement.

Mais il se réveilla en sueur et presque en sursaut, sentant frissonner sur ses lèvres muettes. Car les propos de la défunte, cette jeune Triss qui lui avait confié être une barde et non une pirate, lui étaient revenues avec exactitudes lors de son rêve. Un rêve qui n'en était pas tout à fait un. La jeune femme, elle aussi, avait mentionné le nom de Klemmens avant que cette flèche fatidique ne fasse cesser son jeune cœur de battre.

''Songez aux mensonges que ce traître vous dissimule !''


disait la jeune prisonnière en faisant claqueter les chaînes qu'on lui avait serré autour des chevilles et des poignets. Le Pygargue se jeta hors de son lit, avec le soupir d'un damné. Il tomba à genoux sur le sol glacé de sa cabine et ses poings se refermèrent dans l'air. Si Triss dormait en cet instant de la mort la plus belle, Le Pygargue se trouvait en proie à la plus intérieure des tortures. Il pouvait presque entendre rire le fantôme de son frère, dont l'orgueil savourait le triomphe des Dieux.

- Horace...Pourquoi toi ? Pourquoi ?

Le Pygargue se releva, tremblant. Il cacha à tous le secret de sa récente découverte. Il devrait avoir une discussion avec son confrère et ami de toujours, le Capitaine Horace De la Maison Klemmens, sitôt de retour de sa mission. Le baiser amer de la vérité l’appelait et le brûlait à la fois.

''Il a connu votre frère avant vous...''


- Horace, Ô mon doux ami. Moi qui t'aimais tant. Ô, Horace...»



FIN
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Le masque de Kaliqua

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