La cour des morts

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Sam 31 Mar - 18:46
Le froid, c’est ce qui avait envahi ton corps puis toute ton âme, Dazaën. Cette morsure de froid avait retiré la vie qu’il te restait jusque là. Après un long moment de perte de conscience, tu entends une nuée de corbeaux se mettre à hurler.  Tu quittes lentement ton sommeil sans fin pour prendre connaissance de ce qui t’entoure. Un silence inquiétant s’impose à toi tandis que tu te retrouve dans un lieu qui semble se trouver hors delà du temps et de l’espace. Tout est blanc autour de toi, il ne semble pas y avoir de sol, ni de mur, ni de plafond, pourtant tout est blanc et infini. Tu ne distingue absolument rien hormis l’infini de cette réalité dans laquelle tu te trouves actuellement.

Le temps s’écoule… tu ne sais combien de temps cela fait que tu es là. Tu ne ressens ni la fatigue, ni la faim, ni la soif. Le moindre essai pour t’endormir semble futile, c’est comme si tu étais dans un rêve sans fin. Il se peut que tu sois là depuis longtemps, ou très peu de temps. Tu ne sais pas, et tu ne peux pas le savoir, il n’y a rien ici qui puisse te servir de référence de temps et d’espace. Tu n’as rien pour t’occuper, tu n’as rien à faire, tu es seul avec tes pensées, tes souvenirs et ils t’assaillent de plus en plus. C’est à t’en rendre fou, complètement fou même. Tu n’as aucun endroit où t’enfuir, où aller, ton existence n’a même plus de but, et pourtant tu ne peux arrêter d’être dans cette endroit. Tu commences même à songer qu’il aurait mieux valu que ton existence soit complètement effacée plutôt que de vivre cela.

Alors que la folie commence à te submerger, quelque chose semble t’apparaître. Tu penses tout d’abord délirer, que ton esprit, donc ton être tout entier puisque tu n’es pour le moment plus que ça, te joue des tours. Mais soudainement, ce que tu discernais se retrouva face à toi. Un homme à la peau pâle et grisâtre se tenait debout devant toi. Toute ton âme se mit à tressaillir à la présence de cet être qui dégageait une aura puissante, plus puissante que tout ce que tu connus jusqu’alors. Seule une personne de ta connaissance avait un jour suscité en toi ce sentiment : May’Veal, ta divine génitrice. Les yeux rouges de l’être divin face à toi te fixaient d’un air glacial, dénué de toute compassion. Tu pouvais aisément deviner que pour lui, tu ne représentais rien, pas plus qu’une fourmille ne représente quelque chose pour un géant. Pourtant, son intérêt se porta pour toi. Sa voix était la plus sinistre que tu ais jamais entendu, la plus glaciale. La Mort émanait de tout son être.

- Ainsi donc, c’est toi, petite créature sans importance, que May’Veal m’a prié de venir juger en personne ? Quelle perte de temps… Si les portes de mon Royaume ne t’ont pas été ouvertes, c’est que tu ne mérites pas d’y entrer ! J’ai bien envie de te laisser errer ici jusqu’à la fin des temps… Car même le néant d’Özan serait une trop grande consolation pour toi.

L’homme se drapa de sa cape, faite de plumes de corbeaux. Il prit un air hautain et te jugea du regard, comme si ton âme était un livre ouvert pour lui.

- Au cas où tu ne l’aurais pas deviné, mortel à ascendance divine, je suis Gar’Haz, dieu du Royaume des Morts. Et oui, je te le confirme, tu es bel et bien mort… May’Veal a eu pitié de toi et m’a donc demandé de t’épargner… Mais avant toute chose, tu vas devoir passer devant la cour des morts ! Que commence ton jugement !!!

Suggestion d'écoute:
 

Soudainement, le dieu de la Mort disparu, la salle infiniment blanche devint une salle infiniment noire. Un rayon de lumière blanche venu de nulle part était à présent projetée sur toi tandis qu’apparaissait une immense estrade ou se dressa une table centrale, elle même gigantesque derrière laquelle était installé Gar’Haz. A sa gauche, se trouvait un squelette drapé d’une toge, une plume de corbeau à la main, prêt à noter les moindres détails de l’affaire tandis qu’à droite se dressait un autre, habillé très élégamment, portant une fraise à son cou et un manteau de velours rouge sur les épaules. Une assemblée de plusieurs crânes (et seulement de crânes) fixaient la scène en silence.

Le squelette au manteau rouge se leva et prit alors la parole avec une aisance indéniable.

- Veuillez décliner votre identité, ainsi que votre profession.
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Lun 2 Avr - 19:07
Seigneur, quand froide est la prairie,
Quand dans les hameaux abattus,
Les longs angelus se sont tus...
Sur la nature défleurie
Faites s'abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.

A.R



Dazaën se serait mieux plu partout ailleurs qu'au cœur de cet enfer blanc. Il pensait à quelque chose. Mais il ne savait plus quoi. Tout autour de lui, la morsure du givre le pénétrait, l'égorgeait et l'avilissait. Il ne se sentait plus d'âme, plus d'espoir, plus de pensées. À cette époque de sa vie, il avait déjà été atteint plusieurs fois par d'innombrables maux. Affection. Guerre. Rancune. Cruauté. Deuil. Amour.
Blanc.

Tout était blanc. Tout n'était plus rien. Rien d'autre, rien de plus que le froid. Il avait si froid. Eût-il fallu qu'il fut un monstre durant toute son existence mortelle passée sur Arcaëlle pour qu'il arrive ainsi, une fois mort, à la difformité. Un sursaut d'existence lui revint, rouge. Un éclair rouge frappa son regard, contrastant avec ce paysage qui lui faisait mal aux yeux. Il était nu. L'éclair était rouge comme le sang. L'éclair était un souvenir. Il voyait une lance, en un flash, lui transpercer et lui ouvrir les boyaux. Puis le froid. Puis la mort. Il avait vécu comme un colosse que les nœuds, les fers et les carcans rendaient plus beau. Il n'aimait pas les endroits fermés, comme les grottes ou les prisons, bien qu'il y allât en général fort peu de lui même. L'Elfe se sentait assailli de souvenirs, ses propres souvenirs mais qu'il observait en son fort intérieur comme s'il eussent été ceux d'une autre personne. Il buvait ses souvenirs jusqu'à l'ivresse. Jusqu'à la folie.

Il ne savait pas depuis combien de temps était-il ici. Il avait essayé de marcher, de partir. De s'endormir. De se réchauffer. Son torse large comme une armoire, glacé, au contact de ses bras qui le frictionnaient ne s'était pas réchauffé. Le monde avait de grands charmes cachés, songea-t-il, puis il oublia et bascula de nouveau dans la folie. Autres lieux, autres souvenirs. Sa terre natale, un doux bruit s'accouplant dans l'âme. Les jeunes poëtes allongés dans l'herbe émeraude scandant des vers sibyllins en contemplant les moulins et les Meyran. Les branches qui, dans leurs doux ébats, se jetaient les oiseaux les unes-aux-autres du bout de leurs raquettes. Encore une fois. Trop de blanc. Un autre souvenir le submergea. Il oubliait au fur et à mesure. Un autre Elfe. Ca ne pouvait pas être lui. C'était un autre. Plus vieux. Plus noir. Pas lui, cela c'était impossible. Un géant au poitrail large comme un tronc, à la voix d'outre-tombe, rauque et graveleuse comme un roulis de pierre dévalant une falaise. Le Gamin court après la balle. Il la suit du regard. Chaque fois que ses petits bras tentant de la rattraper, ses pieds nus la percutent. Et la balle roule encore plus loin. Toujours plus loin. Le Gamin court après la balle. Il la veut. Elle dégringole falaises, rochers, vals. La balle roule toujours plus vite à mesure que les doigts du petit Tahora essaie de se refermer dessus. C'est la balle qui joue avec le Gamin. Elle va vite, la balle. Elle dévale les à-pics, les combes, les récifs. Elle roule sur la plage, au milieu des langues de vagues qui meurent en roulant sur le sable. Gamin a enfin réussi à attraper sa balle. Il veut la soulever du sol et essuyer le sable collé dessus, mais il y a une botte qui retient la balle. Gamin lève les yeux. Devant lui se dresse un Elfe au regard en bec de corbeau, aux lèvres avec des lueurs de sang. Ses cheveux longs flottent dans l'azur. Il porte une armure sur sa colossale poitrine, ses bras sont aussi larges que des troncs d'arbres. Il était effrayant, cet Elfe là. Qui ne souriait pas. Qui semblait connaître le fond de toutes choses. Qui avait l'immensité de la mer dans les yeux. C'était un vilain animal, qui aimait faire bien le mal. La cruauté tordait ses lèvres. La luxure tâchait sûrement ses cuisses. Gamin reste sans voix. L'Elfe est très grand. Son ombre encore plus. Gamin le comprend, il le sait : il a l'image de la mort devant les yeux. Alors l'Elfe, qui est un pirate, qui est l'un des pires d'Arcaëlle, qui lève chaque jour un toast au Dieu Maudit, prend la poignée de son sabre qui pend accroché à son flanc. La tête de Gamin se détache du corps. Et la tête roule encore plus loin. Toujours plus loin. Le Gamin ne court plus après la balle. Les pirates se pressent derrière leur chef. C'est un Elfe Noir. Ce sont des Hayert'Vaäl. Elle va vite, la tête. C'est la tête qui joue avec les vagues. Le rouge et l'écume.

C'est un autre souvenir.

Qui le brûle presque autant que le froid car il sait, il a toujours su, que ce souvenir lui appartient.

« Veuillez décliner votre identité, ainsi que votre profession.

Dazaën savait à qui il avait affaire. Et il savait pourquoi il était ici. Lorsque lui était apparu Gar'Haz, le Dieu de la Mort, cette puissance indéfinie et indénombrable l'avait tout de suite contraint à plier le genou. Il prit conscience de sa petitesse, de sa nudité. C'était une de ces puissances, la puissance Divine, qui vous écrasait et vous accablait plus que les mots ou que n'importe quel fléau. Il répondit après un silence qui lui parût à lui-même comme éternel, d'une voix forte mais dénuée de tout orgueil :

- J'ai plusieurs identités tout comme j'ai plusieurs professions. J'ai été plusieurs personnes. Je suis de la race Élue et les siècles sont passés au travers moi comme la clameur passe au travers le bois des doubles portes. Les Dieux m'ont pourvu d'une bouche pour maudire ou pour bénir, et d'un cœur pour exécrer ou pour m'éprendre. Je naquis parmi l'écume, les perles et les vagues, fils de May'Veal. À l'époque de mes premières années, je portais le nom de Dazaën Thelazma, qui était celui de mon père. Car il faut que, lorsque la barque s'engloutisse, elle laisse derrière elle un sillage. J'avais la fidélité d'un jeune chien. Le jeu, l'audace et l'aube dans les yeux. J'étais le fidèle serviteur de ma Mère. Je le fus durant des années, qui devinrent des siècles. Puis les temps passèrent. J'avais peur d'un baiser comme j'avais peur d'une abeille. On m'appela alors Amour. Je refusais de traîner pour ma divine Mère au fond d'un chemin creux. Je parlais d'un air maladivement tendre. J'entretenais des feux torrides. Je renversais une coupe d'hydromel au visage de ma Mère, m'insurgeant contre Sa parole pour la première fois de ma longue existence. Je devins alors le Maudit. Les éclairs de Mère me rattrapèrent. Je fus le Paria. Le Traître. L'Affligé. Le Supplicié. J'appris que le bonheur tremblant ne s'offrait pas deux fois. Je devins Celui Que l'Oeil Ne Voyait Pas et que l'Oreille N'Entendait Pas. Je me rebellais pour offrir mes services à Özan. Chaque jour, je livrais une âme neuve au Royaume de l'Obscurité et j'échappais une journée de plus au courroux de ma Mère. Je me revendiquai hérétique, et je trompai ma Divine ascendance. Je m’appelais Ildezzeeth. Enfant Renaît. Elfe Noir. Le Maudit. Un fantôme aux noires pauses qui psalmodiait en tendant le bras. Je foulais Arcaëlle, et ses océans, et ses cieux, et ses rois de mon pied. Puis l'endurcissement de mon cœur plein de vices se troubla, et j'appris qu'on peut tout perdre en une fraction d'éternité. Je redevins Dazaën Thelazma, aussi chétif et aussi nu qu'au jour de ma naissance. Dépourvu de tout, captif de rien. Je redevins Dazaën Thelazma, et c'est ce nom-là que je portais lorsque je mourus. J'ai traîné ainsi ma carcasse aux confins d'un sommeil qui s'est achevé à Shin'Taï.

Il y eut un silence qui aurait bien pu contenir l'Éternité de Gar'Haz.

- Si Mère a pour moi des projets secrets. Si elle m'a véritablement fait grâce. Si son cœur déborde pour moi de pitié et de compassion, pourquoi ne se trouve-t-elle pas ici, à vos côtés ? Afin qu'Elle et moi réglions enfin tous nos comptes...»
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D.T
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Mar 3 Avr - 14:28
Le dieu de la mort se le va de toute sa hauteur. Il était immense, bien plus que toi, Dazaën, qui pourtant es de très grande taille et d’une carrure impressionnante.

- Dazaën Thelazma, fils de May’Veal, sache qu’en ce lieu, nul autre dieu que moi n’a d’emprise. Si ma sœur des abysses, des mers et des océans d’Arcaëlle n’est pas là, en cette assemblée, c’est tout simplement car elle n’a aucune emprise sur le monde des morts. Tu te trouves actuellement, mortel, dans la Cour des Morts, et seront appelés à comparaître ceux que cette cour jugera bon de faire venir ! Qu’ils appartiennent au Royaume des Dieux, au Royaume des vivants… ou au Royaume des Morts ! acheva-t-il d’une voix soudainement gutturale. Maître Azraël, c’est à vous ! dit-il tout en désignant le mort drapé d’un manteau de soie rouge.

Le squelette se leva et de sa voix d’outre-tombe, il prit alors la parole.

- Mesdames et messieurs les jurés, maintenant que l’identité de ce mortel est vérifiée, nous allons pouvoir assister au jugement du dit mortel pour lequel nous sommes ici rassemblés. Ce sera Maître Netzach, si présente, qui sera chargée de votre défense !

De l’obscurité totale surgit le fameux Maître Netzach, une créature qui ressemblait fort à une lorcq dont la peau grise contrastaient fort avec ses yeux et cheveux orangés. Sa tenue semblait n’être qu’une carcasse, une sorte de tenue constituée de peau et d’os. La seule chose qui semblait rassurante chez elle, était son physique délicat et son regard compatissant. L’avocate qui t’es commise d’office, Dazaën, te lance un regard se voulant rassurant.

- Je suis Maître Netzach, et en tant qu’avocate à la défense, j’aimerai tout d’abord que l’on définisse pour quelle raison Dazaën Thelazma est ici présent.
- Mais bien évidemment ! s’exprima l’avocat général d’un voix d’outre-tombe. Nous portons ici plusieurs chefs d’accusations à son encontre. Les voici : vols avec agression, piraterie, viols de plusieurs arcaëlliens, violences aggravées, tortures, meurtres, assassinats et le pire de tous : blasphèmes. Blasphèmes envers May’Veal mais également envers Gar’Haz ! Également comptés dans les chefs d’accusation : hérésie et adulation du dieu Özan, consistant en de très nombreux sacrifices à son attention, dont un petit arcaëllien, un tahora jeune, pur et innocent !

Maître Netzach se lève et prend place à la barre tandis qu’elle t’appelle au banc des accusés, Dazaën.

- Avant toute chose, j’aimerai m’assurer de la personne que l’on juge actuellement ! Dazaën Thelazma, c’est bien votre nom, n’est-ce pas ? Vous avez dit, plus tôt dans cette cour, je cite : « j’ai plusieurs identités, comme j’ai plusieurs professions. » Nous sommes tous ici bien placés pour savoir que le temps est quelque chose qui change les êtres suivant les circonstances. La personne accusée si présente a néanmoins affirmé être, je cite « redevenu Dazaën Thelazma ». Si l’on en croit ses mots, seul Ildezeeth, l’Elfe Noir, Le Maudit, a perpétré les crimes dont vous accusez Dazaën Thelazma ! Confirmez-vous mes propos, Monsieur Thelazma ?
- KAKAKAKA ! Objection votre honneur !!! s’empressa de s’écrier Maître Azraël. Maître Netzach essaye d’influencer le jury !
- Objection rejetée, siffla la voix glaciale de Gar’Haz. Dazaën Thelazma, fils de May’Veal, veuillez répondre à cette question je vous pries !

Maître Netzach:
 
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Jeu 5 Avr - 12:59
Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous
Dispersez-vous, ralliez-vous !

A.R



Le Dieu de la Mort était véritablement gigantesque. Tant que sa puissance et sa taille écrasait Dazaën. Il avait tout-à-fait oublié sa question sitôt que Gar'Haz en eût fini avec sa répartie. Le Maître des limbes attendait sa réponse, le haut du corps légèrement penché -ce qui lui donnait l'air d'une falaise sur le point de l'ensevelir- et avec un air sévèrement orgueilleux. Dazaën Thelazma offrit de perdre cette bataille avec beaucoup de grâce. Personne ici ne semblait se réjouir de ce procès. Gar'Haz  compris. Dazaën voulut abréger. Il ne croyait pas lui-même en sa défense. Il acceptait muettement le sinistre sort qui le livrait en ce jour à la mort. Il resta un moment submergé par cette aura divine qui émanait de Gar'Haz, c'est ainsi qu'il se faisait apparemment reconnaître auprès des mortels Arcaëlliens, courroucé de ce que Dazaën demande la venue de sa Mère en ce tribunal post mortem.

« Je confirme vos propos, répondit-il simplement en baissant les yeux. Vous me soumettrez à vos divins pouvoirs car je ne tiens pas à m'enticher d'une défense. Finissons-en au plus vite, si vous le voulez bien.

Il releva la tête et se força à reprendre d'une voix forte :

- Oui, Seigneur, je confirme bien vos propos. Il faut périr, car du temps de mon vivant j'ai volé les biens des rois et du monde, usé de pillage, combattu sous le Jolly Roger, agressé, violé, torturé, tué. J'ai juré fidélité à Özan et j'ai pactisé avec le Dieu Sombre afin de me rendre invisible au regard de ma Divine Mère. Je me suis insurgé contre elle et contre l'une de ces créatures. Mon sommeil ne se peuplait plus d'aimables souvenirs, car j'entretenais une vie pécheresse. J'ai blasphémé en ployant le genou pour Özan. Et je l'ai fais en connaissance de cause. Je savais que je rendrais un jour des comptes à ma Mère, dans l'autre monde. Je peux tout confesser, Seigneur, et n'ai nul besoin d'une défense, veuillez prendre pitié de moi Maître Netzach, et non vous irriter contre ce cœur mortel. Si la Cour le permet, avant de passer au verdict, je souhaiterai néanmoins m'exprimer une dernière fois, après quoi je resterai coi jusqu'à la fin : il est facile pour vous autres, Seigneurs des Limbes, Rois d'Outre Tombe, Déité de l'Empyrée, de conduire les mortels que nous sommes à la barre des accusés. Faites-nous grâce de vos tendances orgueilleuses car vous possédez une âme inaltérable et sèche, indifférente aux tentations du monde et à ces maux. Il est facile de peser sur votre balance d'or et d’airain l'âme d'un malheureux qui a pêché. Vous qui êtes la voix sinistre de l'horizon à l'oreille des mortels ne devriez pas vous permettre de nous juger, en cause que vous ne nous connaissez pas. Que connaît l'Éternité des proscrits blessés rampant au fond des caves ? Si je n'ai pas voulu clore l'oeuvre que Mère me fit commencer, elle n'avait qu'à me la laisser, elle. Voilà donc ce que fait le veuvage à l'Elfe, tout Noir soit-il. J'ai finis, Seigneur. Je me tais donc, maintenant. »

Il crut voir frémir quelque chose dans le regard rouge de Gar'Haz qui le frappa au cœur. Peut-être un souffle d'Éternité.
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D.T
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Mar 10 Avr - 10:41
Le regard rouge de Gar’Haz se pose à présent sur toi, Dazaën. Le dieu des morts semble à la fois agacé par la tournure des événements mais également curieux de tes paroles. D’un geste de main, il fait disparaître toute l’assemblée et vous ne vous retrouvez plus que tous les deux. Le décors autour de vous a changé, l’obscurité infinie a fait place à une immense plage déserte, qui s’étend à perte de vue. Le sable tout comme l’océan semble pourtant dépourvus de leurs couleurs naturelles, comme si l’essence même des choses autour de vous avait disparu, vidées de toute vie. Le ciel, lui est vague, gris sans pourtant se voiler de nuage.

- Tu as raison sur plusieurs points, fils de May’Veal, et à présent il est temps de cesser cette mascarade. Toute cette comédie n’était là que pour remettre les choses à leur place, te faire reconnaître tes actes tout en éclaircissant des faits qui ne m’étaient point connus. De plus je dois avouer que cela m’a fort bien distrait !

Le dieu affiche à ton attention un sourire glaciale, avant de pointer son doigt griffu vers l’océan. Au cœur des vagues qui s’écrasent sur le rivage, se trouve la créature de tous tes cauchemars, le hideux triton qui n’avait de cesse de te suivre lorsque tu apparaissais encore aux yeux de ta divine génitrice. Il est cependant immobile, tout comme l’océan et les vagues qui sont figés dans le temps.

- Cette chose… Elle te suit à présent que le regard de May’Veal n’est plus masquée par le rituel qui te cachait à elle. Je ne comprenais pas pourquoi… Mais maintenant je sais ! Je comprend également beaucoup de choses à ton sujet à présent…  Dazaën, toi qui a réussi à te soustraire de la causalité, toi qui a échappé au jugement de la Déesse des abysses, j’ai de plus grands projets pour toi que le Royaume des Morts, ou même que l’errance éternelle dans cette enfer sans vie dans lequel tu as été enfermé avant de te retrouver ici.

Gar’Haz se détourne à présent de toi, faisant quelques pas sur le sable qui ne fit étrangement aucun bruit sous son poids. Il se met à fixer l’horizon glacé et croise ses bras derrière son dos tandis qu’un corbeau se pose sur son épaule.

- C’est au nom d’Özan que tu as sacrifié des milliers de personnes, mais toutes ces âmes me sont parvenues, car innocentes pour la plupart d’entre elles… A cet égard, tu es l’un de mes plus grands serviteurs, quoique l’on puisse en dire. Je me moque bien que les âmes qui entrent ici soient jeunes, vieilles, prématurément séparées de leur enveloppe charnelle… La mort, moi, est une causalité inéluctable, imparable. Personne ne se dérobe éternellement à mon emprise, hormis les fous qui vénèrent Özan et disparaissent à jamais dans le néant. Certains trouvent asile éternel en mon royaume, d’autres sont à jamais condamnés à errer sur Arcaëlle sans jamais pouvoir y trouver le repos. Mais tous, finissent inévitablement par mourir… La causalité est faite ainsi.

Le Dieu du Royaume des morts se tourne à nouveau vers toi, Dazaën, et encadre ton visage de ses mains glaciales, plongeant ses yeux cruels dans les tiens. Tu connais ce regard pour l’avoir si souvent imposé à d’autres, ce regard plein d’envie et d’avarice qui signifie : « Tu es à moi à présent ! »

- Cependant tu avais entièrement raison quand tu disais que je ne connaissais rien aux mortels ! Je ne les comprend absolument pas, comment le pourrai-je d’ailleurs ? Vous êtes si surprenant... Alors que nous vous avons créé, vous continuez sans cesse de nous surprendre, d’échapper à notre logique divine. Parfois, votre volonté, vos sentiments, sont si puissants qu’ils vous soustraient à la causalité. Le croirais-tu, si je te disais que je ne comprends même pas mes propres enfants mortels ? Évidemment, tu me croirais, tu as parfaitement saisi, que nous, divins, vous jugeons sans même vous comprendre !

Il te relâche doucement, mais continue à te fixer intensément. Il semble véritablement fasciné par ce que tu es, ou ce que tu représentes à ses yeux en tout cas. Tu n’as pas même la force de t’opposer à lui, ni à son regard, ton âme toute entière est enfermé dans son emprise. Tu voudrais t’exprimer que tu ne le pourrais pas, Dazaën. Gar’Haz continue de te parler de sa voix morne mais pourtant si puissante, si envoûtante.

- Tu vas m’aider à vous connaître ! Tu vas m’aider à comprendre ce qui fait que certains d’entre vous arrivent à échapper à la causalité aussi surprenant que cela puisse paraître !

Il te tend alors sa main et dans le creux de sa pomme, apparaît l’image éthérée de Mary Fortune, celle pour qui tu t’es damné tant d’année, celle pour qui ta colère a explosé au point de faire de toi un être tout à fait différent en assistant à sa mort.

- Cette mortelle que tu affectionne tant… elle aussi s’est soustrait à la causalité ! Elle n’est plus que l’ombre d’elle même mais continue de fouler de ses pieds le monde des mortels ! Elle pourrait être à nouveau à tes côtés si tu acceptais toutefois de me rendre un service… Un tout petit service… et je ferrais en sorte que May’Veal ne t’en sépare plus jamais ! Qu’en dis-tu, demi-dieu ? Es-tu prêt à accepter le marché que je te proposerai contre cette faveur que je t’accorde ? Es-tu prêt à assouvir ce rêve au prix qui sera le mien ?
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Jeu 12 Avr - 13:54
Par milliers, sur les champs de France,
Où dorment des morts d'avant-hier,
Tournoyez, n'est-ce pas, l'hiver,
Pour que chaque passant repense !
Sois donc le crieur du devoir,
Ô notre funèbre oiseau noir !

A.R



Le monde de Dazaën s'écroula. Alors que l'empire que détenait le Dieu immense sur son âme le paralysait tout entier, un éclair parut le foudroyer sur place. Face à lui, flottant là, dans le creux de la paume du Dieu de la Mort, sa Fortune, devenue par la suite Mary Fortune, qu'il avait crut perdre une fois, puis deux. Une petite lumière semblait trembler à son front, quand bien même tout cela n'était qu'une représentation de la femme pour laquelle l'Elfe s'était damné tous ces siècles. Des pensées en cavale coulèrent des yeux de l'Elfe au regard flavescent ; son monde s'était écroulé.

« C'est impossible...dit-il en un tremblement. Elle ne peut pas être... Elle ne peut pas être...

Dans son coeur, si tant est qu'il en possédait toujours un, tout s'accordait à pleurer.

- Comment Fortune, ma Fortune peut-elle toujours être en vie ? Je l'ai vue mourir, sous mes yeux maladifs. Il y a des mois !

Le doute l'environna. Autour de lui la peur circula tandis que son pied maladif paraissait ne plus vouloir le porter. Son coeur s'était mis à battre la chamade. Dazaën craint alors une autre ruse mesquine de la part du Dieu.

- Comment puis-je être certain qu'il ne s'agit pas là d'une de vos tromperies cruelles ? Si tel est le cas, Seigneur, je préfère encore mourir et m'en aller. À quoi bon s'attacher à la vie, si elle est là pour séparer ce que la mort unit ? »

Il était tombé à genoux aux pieds de Gar'Haz sans même s'en apercevoir. Dans son âme où plus rien depuis longtemps ne passait, quelque chose se mit à chuchoter tout bas. L'amour en flambeau l'avait déjà embrasé tout entier. Fortune et lui seraient peut-être bientôt réunis. Pour toute l'éternité.
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D.T
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Mar 24 Avr - 13:38
Alors que tout n’est que froid, monochromie et espace figé dans le temps, l’horizon se met soudainement à s’empourprer tandis que l’océan de vagues gelées se transforme en une mer déchaînée de flammes. Ce lieu, tu le devines assez aisément à présent, Dazaën, semble être influé par ce que tu ressens.

- Tu n’es ici présent que grâce à ton dernier acte sur Arcaëlle. Je n’aurai pas autant eu pitié de toi, ni ta mère d’ailleurs, et aussi parce que je te dois énormément d’âmes qui se trouvent ici. Autrement, je t’aurai laissé rejoindre le néant d’Özan… La Mort ne vous aurait jamais réuni au final… JE ne vous aurai jamais réuni au final. Mais là je te donne une chance, enfant de May’Veal, une chance de défier la causalité, tout comme cette Aassila  l’a fait, probablement grâce aux puissants sentiments qu’elle te porte. Tu ne voudrais quand même pas la faire attendre ? La condamner à une non-existence à continuer de te chercher ?

Le dieu de la mort referme son poing sur l’image de Fortune qui se dissipe tel un nuage de vapeur. Les yeux rouges de Gar’Haz luisent fortement en comparaison de son visage baigné dans la contre-lumière provoquée par les flammes qui se trouvent dans son dos.

- Je n’ai aucun intérêt à me moquer de toi ou à te mentir. Ce que je désire par dessus-tout, c’est avoir un peu plus d’emprise sur ma petite Faucheuse dissidente. Vois-tu, je ne peux pas choisir moi-même de tuer tel ou tel Arcaëllien… J’ai un pacte avec Thäa, mais de temps à autre j’ai le droit de faucher des milliers d’âmes, que ce soit en déclenchant une catastrophe naturelle, ou en rependant la peste ou la guerre. Mais je suis las de ces choses là, et Thäa, dans son amour pour la vie, préfère que je fasse cela plus… en douceur. J’ai donc à ma disposition quelques Arcaëlliens, mes enfants directs, que vous nommez à raison : Faucheuses. Hors l’une d’elle n’aime pas trop son rôle… Elle préfère n’en faire qu’à sa tête et sauver des gens. Pfah ! Voilà bien le pire non sens que je n’ai jamais vu de toute mon existence. J’aimerai que tu lui fasses comprendre que pour sauver des âmes, il vaut parfois mieux tuer quelques personnes… et de se fait m’obéir.

Gar’Haz se masse légèrement le front, comme si ce problème était susceptible de lui causer une migraine, avant de rajouter.

- Je ne suis en rien cruel… c’est la vie qui l’est. Tu t’en es sans doute rendu compte, Dazaën. Oh oui, ton discours fut largement explicite à ce sujet. Rejoindre mon Royaume est pour tous, une libération. C’est la vie et les souffrances qui en découle juste avant le trépas qui vous font craindre la mort, à vous, les mortels.  J’aimerai que tu partages ton expérience avec ma fille, Tahiri Rösenwand, chef des Corbeaux de Zaï’Lou. Si tu acceptes mon offre et que tu la convaincs, au moins en partie, qu’apporter la mort vaut parfois mieux qu’une vie de souffrance… Tu seras alors libre de retrouver ta douce et tendre, je vous promets même une mort douce si tu atteints mes espérance. Je vais même te faciliter la tâche pour cela ! Tahiri est une mercenaire. Je suis certain qu’elle pourra t’aider à retrouver cette… Fortune. Tu vois, finalement je ne te demande pas grand-chose et cela te mènera à elle.

Le dieu de la mort finit par s’asseoir posément sur le trône qui vient d’apparaître juste derrière lui et se saisit d’un violon pour l’accorder tout en te fixant, Dazaën.
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Mar 1 Mai - 13:33
Mais, saints du ciel, en haut du chêne,
Mât perdu dans le soir charmé,
Laissez les fauvettes de mai
Pour ceux qu'au fond du bois enchaîne,
Dans l'herbe d'où l'on ne peut fuir,
La défaite sans avenir.

A.R



Fortune et lui seraient peut-être bientôt réunis. Pour toute l'éternité. Voilà une pensée qui passait et repassait au milieu de son cœur affligé. Dazaën avait entendu tout ce qu'avait dit le Dieu de la mort. Il avait écouté avec une attention sincère. L'Elfe maudit n'avait plus peur d'offenser le règne de son interlocuteur divin. Tout autour de lui trempait dans une lumière mystérieuse et des flammes aveuglantes.

« Vous me demandez de transmettre vos enseignements à votre fille...répéta-t-il d'une voix d'outre-tombe. Tahiri Rösenwand, chef des Corbeaux de Zaï'Lou. Je saurai mener à bien cette mission.

Et Dazaën se redressa. Tous ses muscles le faisaient souffrir. Ses jambes répondaient à peine, son coeur était encore douloureux au milieu de son poitrail.

- Puisque je dois partir, car telle est votre volonté, je partirai au moins sans vous déplaire. Je retrouverai votre fille.

Et il ajouta, les yeux embués derrière un voile invisible qui n'appartenait qu'à lui.

- Et vous tiendrez promesse, n'est-ce pas ? Si je convainc votre fille de se plier à votre volonté, que le jour amène la nuit, le printemps l'hiver ; le chemin de la vie ne mène qu'à la mort. Alors Fortune cessera d'errer sur Arcaëlle comme une âme en peine, et vous nous réunirez de nouveau. Dans ce monde ou bien dans un autre ?

Dazaën hocha la tête, debout le dos bien droit face au Seigneur Gar'Haz qui accordait son violon de ses mains gigantesques et nacrées.

- J'accepte, Dieu Gar'Haz. Renvoyez-moi là-bas. Renvoyez-moi sur Arcaëlle, auprès de votre fille ! Et dites à ma mère, qui a tant eu pitié de moi dans ma mort, comme elle n'en a jamais eu dans ma vie, que son fils lui pardonne. Je lui ai pardonné ses cruautés comme on pardonne à l'amour qui fait tant souffrir. A elle d'accepter le mien, désormais. Mon pardon. Car je saura dorénavant me garder du Maître des Ténèbres, Özan. »
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"L'Amour véritable se distingue de l'or et de l'argile en ceci : diviser ce n'est rien enlever."

D.T
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Mer 2 Mai - 18:23
Gar’Haz a terminé d’accorder son violon et te fixe à présent de ses yeux rouges Dazaën. Son regard est froid, dépourvu de compassion, de haine, ou de toute autre sentiment. Il semble juste parfaitement serein et plisse légèrement les yeux à tes dernières paroles.

- Voilà de sages paroles… Très bien, il ne m’arrive pas souvent d’accéder aux requêtes d’un mortel, mais je ferais une exception cette fois-ci. J’en informerai May’Veal…

Le dieu de la mort approche son archet de son violon et se prépare à en jouer quand il se rend compte qu’il a omis quelque chose.

- Ma parole et tout comme le repos que j’apporte aux âmes : éternelle et immuable. Dans un monde comme dans un autre, Dazaën, si tu respectes ta parole, je respecterai la mienne et vous accorderai, à toi et Mary Fortune, la paix et l’union que vous désirez tant.


Gar’Haz se met enfin à jouer. Lorsque l'archer frotte les cordes du violon, tu sens la musique te prendre toute entière. L'air qui résonne et tout d'abord doux et mélancolique. Tu te sens plonger dans une sorte de flot, froid, comme le cour d'eau qui descend tout juste des hauts glaciers d'une chaîne de montagne.

Le rythme s'accélère peu à peu, tu sens le flot devenir plus rapide, plus intense, tu es emporté par un véritable ras de marée. Tout disparaît autour de toi et n'est plus qu'un couloir de lumière qui défile devant toi. Tu es comme dans un tunnel où tu es aspiré. Ton être entier peu sentir le mouvement de l'univers qui se déplace autour de toi, à moins que ce ne soit toi qui soit projeté à une vitesse vertigineuse. Tu ne saurais le dire, tu n'as absolument aucun repère visuel. Tu es perdu dans un torrent bouillonnant d'énergie.

Finalement tout se calme, la mélodie se fait plus douce, plus lancinante, et tu te mets, doucement, à tomber. Tu es comme une plume emporté par le vent, ton corps ne pèse rien, tu n'es qu'une âme après tout. Puis tu chutes, violemment, comme si tu avais retrouvé le poids de ta mortalité. La douleur revient, tu as une sensation désagréable de froid dans ta poitrine. Tu as du mal à respirer. Tu ouvres les yeux, cherchant désespérément ton souffle.

Tu sembles avoir réintégré ton corps et commence à comprendre pourquoi tu n'arrives pas à retrouver de l'air : tu es enfermé dans une couche de glace qui fait le tour de ton corps. Elle se fissure petit à petit jusqu'à céder. A côté de toi se trouve le corps gelé de Nuëla qui semble dormir paisiblement, et à tout jamais. Au loin tu entends l'écho d'un violon qui joue une mélodie qui semble exprimer une certaine tristesse, mais aussi une grande beauté.


Le ciel est empourpré par le soleil couchant, tandis que d'étranges voiles de lumière zèbrent le ciel, teintés de vert et de rouge.


Alors que tu reprends vie, peu à peu, le jour, lui, se meurt petit à petit pour mieux renaître demain. L'écho de la musique se fait de plus en plus lointain, et finit par disparaître, ne laissant qu'un silence inquiétant.  

***

Alors que Gar'Haz joue ses dernières notes, lui apparaît le reflet de May'Veal dans l'eau calme et paisible qui semble l'entourer. Il pose son archet, puis son violon et jette un œil à la déesse.

- Bonjour, ma sœur, dit-il le plus calmement du monde.
- Bonsoir...
- Nous sommes déjà le soir sur Arcaëlle ? Déjà ? Tu m'excuseras, mais je ne fais pas vraiment attention au temps qui s'écoule là bas...
- Tu t'en moques bien, avoues-le !
- Je m'en moques, avoua-t-il froidement.
- Tout comme tu te moques de mes demandes !

Le dieu de la Mort posa son menton sur ses mains jointes et fixa attentivement sa déesse de sœur avec étonnement.

- Vraiment ?
- Je t'avais demandé de lui faire regretter ses choix.
- Il n'a pas eu besoin de moi pour cela. Il a déjà assez payé, ma sœur. Tu le sais fort bien, c'est pour cela que tu as eu pitié de lui, non ?
- Peut-être... Mais je ne t'ai pas demandé de lui faire retrouver cette sorcière...
- Si mes méthodes ne te plaisent pas, tu devras faire avec, ma chère sœur ! Mon rôle n'est pas de punir les gens ! Thäa se charge déjà assez bien de cela en leur offrant un monde où ils ont tout le temps de souffrir le martyr ! En comparaison, je suis un être doux et sensible ! Ton fils a compris cela, et rien que pour ce fait, il mérite toute ma reconnaissance !
- Alors, tu vas lui permettre de rejoindre ton Royaume ? Même après tout ce qu'il a fait ? Se scandalisa la déesse des profondeurs.
- Une promesse est une promesse, May'Veal. Toi même, tu sais qu'il n'est jamais bon de briser une promesse et que cela engendre plus de douleur qu'autre chose ! Le mieux c'est encore de ne rien promettre, pour ne pas décevoir. Mais il arrive un temps où il faut également pardonné ! Et ton fils, malgré tout ce qu'il a fait, malgré tout ce que TU lui as fait... te pardonne !

La déesse des abysses regarda le dieu de la mort, bouche bée, comme si elle avait du mal à croire ce qu'elle entendait.

- Tu m'as bien entendu ! Il te pardonne ! Malgré les malédictions, malgré que tu l'ais séparé de l'être auquel il tenait le plus, il t'a pardonné ! A ton tour de lui pardonné !
- Il m'a abandonnée... pour une mortelle... et il s'est parjuré à Özan... Je devrais lui pardonner ?
- Oui... Tu devrais même t'excuser ! Et le mieux que tu puisse faire, pour cela, c'est de ne plus te mêler de ses affaires !

May'Veal resta silencieuse tandis que Gar'Haz la regardait avec son air toujours aussi indifférent. La déesse soupira.

- Tu lui as déjà pardonné, n'est-ce pas ?
- Comment le sais-tu ? Rétorqua la déesse.
- Je sais, c'est tout. Sinon tu aurais déjà lâché le Triton à ses trousses.

La déesse resta silencieuse... Petit à petit, son image disparu dans le flot de vagues qui se levèrent. Gar'Haz se saisit à nouveau de son violon et fit danser son archet sur les cordes qui vibrèrent dans une mélodie douce et apaisante.

- Bonne nuit, ma sœur.

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Mar 8 Mai - 19:30
A quoi travailles-tu seul dans ton noir sentier ? -
Torquemada répond : - Je suis le charpentier
Et j'ai la hache au poing dans ce monde où nous sommes.
- Qu'est-ce donc que tu fais ? - Un bûcher pour les hommes.

Hugo



Comme un noyé, Dazaën Thelazma agonisait à cause du manque d'air. Tout autour de lui était plein de chocs et de hurlements. Le caveau de givre qui l'empêchait de respirer à sa convenance se fissura avant d'éclater tout entier sous la pression d'une immense main invisible. Le gel vola en éclat libérant le moribond qui inspira une large goulée d'air en criant. Dazaën sentait tout autour de lui palpiter les ombres, les forces, le fluide, les ondes. Et surtout le froid. Le blizzard hurlait, monstre sans visage, et ses cris se perdaient en écho entre les cimes grises de monts gigantesques. Dazaën ignorait où il se trouvait. Sa mémoire lui revint assez vite. Il était mort à Shin'Taï, tout au sud du continent de Kaïl. Ici, c'était le bout du monde. À ses côtés une seconde tombe bleue s'ouvrit. Nuëla se révélant à le gueule du vent, des cris et du givre. Elle était encore plus blanche que la neige. Ses lèvres aussi rouges qu'un sang fraîchement versé étaient une fine rose déposée sur une crypte de givre. Nuëla, cœur du cristal froid qui venait de se rompre, dormait de son dernier sommeil. Le monde douloureux semblait murmurer son nom dans les rugissements du blizzard en une ultime malédiction ; peut-être un dernier hommage. Le cristal de neige s'accrochant à sa chevelure d'ébène en faisait un cadavre de toute beauté.
Dazaën détourna le visage et se leva. L'Elfe se détourna du sommeil étrange de la belle. Il était nu et le vent en cavale arrachait des lambeaux de sa peau à chaque seconde qui passait. Il devait bouger, sinon il périrait. Les lueurs d'un monde plus lointain secouait son âme torturée. Car enfin, il ignorait même si il était vraiment sur Arcaëlle. Sans relâche, les hurlements du blizzard déchaîné au cœur des montagnes, légions de harpies agressives dont les froides ailes flottaient sur les ténèbres du paysages, le mordaient. Dazaën Thelazma trouva la force de percer les cristaux de neige de ses pieds nus. Il s'enfonçait dans le givre jusqu'au mollet. Un pas après l'autre, il avançait. Il avançait dans cet enfer pour ne pas périr de nouveau. Mais tout autour de lui n'était que froid et désolation. Il était seul, âme damnée au milieu de ces montagnes. L'alchimie implacable qui faisait éclore des fleurs de glace brillantes sous la plante de ses pieds n'eut pas pitié de lui. Ses muscles, petit-petit, se figèrent, se froissèrent. Bientôt, son corps l'empêcha d'avancer. La neige sur les pics arides, flocons par flocons, recouvrit cette âme perdue qui renonçait sous le gel et le blizzard. Dazaën s'écroula, raide comme une tombe, sans un dernier adieu pour ce monde. Il aurait voulu que Gar'Haz pardonne sa faiblesse physique.






~



Le fils de May'Veal ouvrit les yeux. L'on versait entre ses lèvres brûlées par le froid du vin comme un feu qui emplit la coupe ouvragé qu'était son corps. Une voix douce et qui le réchauffait parvenait à ses oreilles. Elle lui intimait de ne pas bouger.

« Vous vous sentirez mieux grâce à la llëvanha. Mais restez tranquille pour le moment. Vous êtes encore faible.

Une main tout aussi douce caressa sa joue. Un contact plein de chaleur. Celle de Dazaën, encore glacée et meurtrie, se posa au-dessus.

- Je dois trouver une certaine Tahiri Rösenwand...parvint-il faiblement à articuler.
- Vous devez à l'avenir vous préoccuper davantage de vous que de cette Tahiri, lui répondit la silhouette féminine penchée sur lui qui se dessinait doucement sous ses yeux. L'Éternité n'exige pas un nom plus terrifiant... amda loë däz, loë han...

Prompt esprit de puissance... Dazaën reconnut là du très vieil elfique. Sa sauveuse était une Elfe. Les traits de son visage étaient parfaits et sa beauté irradiait. Il s'exprima alors en Elfique, une langue qu'il n'avait plus utilisé depuis presque un siècle.

- Votre regard fait un paradis de tout ce qu'il contemple. Je vous dois la vie. Merci.
- Vos pieds sont chaussés et votre corps est vêtu. Le froid ne vous atteindra plus, ici.


La mystérieuse personne lui offrit un léger sourire, avant de s'écarter. Un loup blanc, une louve, marchait au rythme de ses pas. Dazaën reposait sur un lit dont les pieds semblaient taillés dans du cristal pur. Il se redressa sous ses couvertures.

- Je ne peux pas rester. J'ai un engagement à tenir auprès de Gar'Haz.
- Certains peuvent rester. Certains peuvent partir. Pour aller envahir l'abîme ténébreux. Tu as peut-être l'esprit de la force, la pensée, le souffle. Ces puissances qui domptent la mort. Mais votre corps lui, n'est pas immortel. Si vous nous quittez, les montagnes de l'Elban'Han auront raison de vous. C'est sans doute la région la plus inhospitalière d'Arcaëlle.


Dazaën songea qu'il était à l'autre bout d'Arcaëlle à l'instant de sa mort, percé en pleine poitrine par la Lorq Tiamat au cœur du palais en ruine de Shin'Taï. L'Elfe blanche flatta le sommet du crane de sa louve, de sa main délicate. Tout en elle respirait le calme, la beauté et la sagesse. Dazaën se saisit de l'outre de vin, llëvanha, que son interlocutrice avait posé à son chevet et en but deux gorgées.

- Qui êtes-vous ?
- Je me nomme Edlengwën. Bienvenue à l'Elban'Han.
- Je suis Dazaën Thelazma.
- Et qui est cette Mary Fortune ? Vous murmuriez ce nom durant votre sommeil. S'agirait-il de la femme-araignée dont nous avons découvert le corps non loin de l'endroit où nous vous avons ramassé ?
- Cette femme-là était une Aracnor du nom de Nuëla. Elle se battit avec ferveur avant de rendre les armes, définitivement.
- Je suis désolée.

Dazaën baissa la tête. En son cœur revint la solitude.  

- Je dois regagner le continent principal afin de trouver une femme, demi-Déesse, du nom de Tahiri, rapporta-t-il à Edlengwën.
- L'Elban'Han sont l'échine à la frontière du monde. Nous sommes très loin de tout. Vous êtes ici dans le palais Nadili'in, à l'abri. Au-dehors, tout meurt de froid avant même que le matin ne soit levé sur les montagnes de givre. Rien ne peut rassasier le blizzard qui est sourd au chant du monde, Dazaën.
- Je ne peux pourtant pas rester ici indéfiniment...souffla Dazaën..

Edlengwën ajouta avec douceur, en refermant la porte de la chambre de son convalescent.

- Le soleil point, et maints reptiles prolifèrent. Lorsqu'il se couche, chaque insecte éphémère est alors absorbé dans la mort sans connaître l'aurore. Les astres, eux, sont immortels. Restez à Nadili'in un moment, Dazaën. Nous sommes les premiers Elfes d'Yban. Nous serons sans doute les derniers d'Arcaëlle. Nadili'in est comme une rose blottie dans ses feuilles vertes, protégée des vents, ces voleurs aux ailes étourdies. Quand les ténèbres auront tout envahies sur Arcaëlle, tout reviendra à l'état ancien. Le monde sera de nouveau recouvert des vertes fleurs des mers, le printemps s'épanchera à nouveau. Un printemps d'espoir, d'amour, de joie, de jeunesse. Emblème sur l'aile du vent. Comme du temps de la Genèse. J'ai connu cet Âge-là. Et vous ?
- Je l'ai vu aussi, reconnut Dazaën.
- Je vous laisse vous reposer et vous rétablir entièrement. Vous en avez besoin. »

Edlengwën et sa louve blanche se retirèrent, laissant l'Elfe maudit seul. Le joyau rouge sang éteint sur son front lui rappelait pourtant que son âme, peu de temps auparavant, appartenait à Özan et aux Ténèbres.


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D.T
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