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Le sanctuaire Elfique de l'Elban'Han [TERMINÉ]

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Lun 21 Mai 2018 - 15:43
Qu'elle pleure à présent sous les remparts ! l'haleine
des peupliers d'en haut est pour la seule brise.
Puis, c'est la nappe, sans reflets, sans source, grise :
un vieux, dragueur, dans sa barque immobile, peine

Rimbaud



Spoiler:
 


Spoiler:
 



« Pourquoi "Amda loë däz, loë han" ? demanda en ancienne langue Elfique Dazaën à Edlengwën.
- Cela signifie prompt esprit de puissance, lui répondit la créature à la chevelure de cristal qui lui faisait face.

Ils déambulaient tous deux à l'intérieur d'un immense sanctuaire au cœur de Nadili'in. Le nom donné au refuge du bout du monde dans lequel il avait été emmené. Après que sa sauveuse Elfe l'ait retrouvé à demi-mort dans les montagnes de l'Elban'Han.

- Je sais ce que signifie Amda loë däz, répondit calmement Dazaën. Je n'ai pas demandé la traduction, mais j'ai demandé pourquoi vous m'avez nommé ainsi, lors de notre toute première rencontre. Vous parvenez à lire dans les esprits des gens ?
- En quelque sorte,
lui confia Edlengwën.

Dazaën n'émit aucune surprise à cette réponse. Il s'y attendait. Un instant, il ne parla pas. Il suivait la reine de la Nadili'in, cette Elfe immortelle au visage magnifique, qui avançait pieds nus au milieu d'une allée de statues de glace gigantesques. Sous les regards de toutes ces figures anciennes immortalisées dans le givre, Dazaën n'osait plus parler. Il se sentait minuscule. Des statues de dizaines de mètres de haut le dévisageait austèrement.

- Je peux sentir ton fluide, reprit l'Elfe après un silence.

Elle ajouta, en flattant de la paume de sa main blanche la fourrure de sa louve :

- Et le fluide qui tourbillonne autour de nous ne ment pas. Il dit qui nous sommes.
- Qui suis-je, dans ce cas ?
- Tu le sais.


Et ce fut un nouveau silence qui s'installa entre eux. Edlengwën guida Dazaën vers une ouverture encadrée de nombreux pilastres sous la montagne bleue. Ils la franchirent et abandonnèrent derrière eux le sanctuaire des statues. A présent, Edlengwën l'avait amené dans une chambre mortuaire que rien ne rendait lugubre. Des flammes l'éclairaient de toutes part, et une odeur de fleurs de lys et de myrrhe entourait le lin qui dessinait de grands plis. Au centre de la chambre se trouvait un caveau sculpté avec toute la meilleure adresse d'Arcaëlle. Le tombeau représentait un personnage Elfique, l'air noble, sans doute un roi, qui reposait, son épée tenue entre ses mains.

- C'était mon père, dit Edlengwën. Fils de Saän. Il a été le Roi de Nadili'in durant de nombreux siècles. Il a participé aux premières guerres du monde, entre les Hommes, les Bêtes, les Ténèbres et les Elfes.
- Je n'ai pourtant jamais entendu dire que les Dieux avaient pris part aux guerres de la Génèse,
déclara Dazaën avec un souffle de respect.
- Les Dieux sont à la fois plus grands et plus mortels que tu ne peux l'imaginer. Sommes-nous leur reflet ou sont-ils le reflet d'Arcaëlle ? Même moi, je ne saurai le dire. Mais ce qui est certain c'est qu'ils sont à la fois incroyablement proches et loin de nous.

Dazaën laissa un silence passer.

- Je pense connaître un minimum les Dieux. Et je trouve ça dérangeant. Si ils sont tels que vous le dites et les décrivez, alors il n'y a plus d'idéal.
- Un idéal reste un concept abstrait de notre psyché, un fantasme. Les Dieux ne sont pas là pour s'y conformer. Ma sagesse ne me vient pas des Dieux, mais de l'observation. L'observation de mon esprit, de mes propres pensées. La connaissance naît de notre capacité à nous comprendre nous-même. L'éducation est essentielle, elle doit être originelle. Car elle nous indique le chemin, mais après, c'est à nous de poursuivre notre route.
- Pourtant, vous êtes la petite-fille de Saän.
- Je viens d'une autre époque, d'un autre âge. Aux pieds de l'aube incandescente. J'ai connu le baiser d'un ciel sans mystère.
- Qu'est-ce qui a changé, aujourd'hui ?
- Özan
, lâcha l'Elfe dans un souffle troublé.

Elle reprit après avoir cueilli une fleur de lys pour la déposer sur le caveau :

- Aujourd'hui, les ténèbres déchirent le monde.
- C'est vrai,
reconnut Dazäen. Le Maître de l'obscurité est partout. Ses armées avancent. Est-ce pour cela que vous avez abandonné ce monde, il y a des siècles ?
- Le cœur d'Arcaëlle est assez vaillant pour supporter tous les fardeaux de l'univers. Mais où ce monde trouvera-t-il le courage qui le libérerait de ces fardeaux ?


Ce fut une question qui resta sans réponse. Edlengwën murmura en son for intérieur une prière que Dazaën devina adressée à Gar'Haz. Puis ils firent demi-tour, côte à côte. Ils repassèrent au milieu des pilastres, des colonnades bleues et des statues gigantesques.

- Toi, tu es fils des Dieux.
- May'Veal est ma mère, oui.
- Amda loë däz, loë han.
- Vous pensez tout savoir sur moi.

Dazaën arrêta son pas, stoppant également celui d'Edlengwën et de sa louve qui vint se lover près de sa maîtresse.

- Mais vous ne savez rien, en vérité.
- Lorsque je t'ai recueilli dans les montagnes, tu étais presque mort. Pourtant, j'ai senti tous les Fluides d'Arcaëlle tourbillonner autour de toi. Ton ascendance divine t'illuminait comme un halo. Une telle puissance irradiait de toi, qu'il aurait été très difficile pour quelqu'un comme moi de ne pas te voir, même dans les Montagnes Elban'Han.
- Les Fluides d'Arcaëlle ? Hélas, je ne les maîtrise plus. Le Fluide a déserté mon corps et mon esprit en même temps que ces cornes m'ont poussé sur la tête,
fit-il en tapotant les excroissances qui émergeaient sur son front.
- Le Fluide a déserté ton corps, non ton Esprit. Tu les retrouveras. Tu réussiras à les embrasser de nouveau.
- Aujourd'hui, je parviens tout juste à toucher mon Ka. La foudre qui jaillit de mes doigts est ridicule. Avant, je faisais trembler les montagnes. J'ouvrais en deux les océans.
- Le Fluide est toujours en toi, Amda loë däz. Tu parviendras à le toucher de nouveau. Je t'apprendrais à t'en saisir.
- Vous maîtrisez tous les fluides ?
- Presque tous,
lui avoua Edlengwën. Les maîtrisais-tu tous, toi ?
- Environ.
- Je t'apprendrais à te saisir de ton Fluide
, répéta l'Elfe en reprenant son pas.

Ils quittèrent la cour sacrée de Nadili'in, le sanctuaire sous la montagne bleue, afin de gagner un jardin qu'un voile de neige et d'apaisement recouvrait. Une fontaine bullait doucement en son centre. Dazaën et Edlengwën s'y assirent. Un peu plus loin, deux Elfes à la peau et la chevelure blanche discutaient. Ils observèrent un instant Dazaën avec curiosité, après avoir salué leur Dame à la louve, puis reprirent doucement leur philosophie.

- J'ai servi Özan, lâcha Dazaën. Presque un demi-siècle.

Un trouble se créa dans l'air. Il avait parlé à voix très basse, presque un murmure.

- J'ai échoué dans la mission que m'avait confié les Dieux. Plus rien ne me rattache à la vie, ici. Je mérite la mort pour mes actes.
- Ce n'est pas ce qu'a conclu Gar'Haz, puisque le Dieu t'a renvoyé sur terre.
- Oui. Je dois éduquer sa fille, Tahiri Rösenwand. Vous savez où elle se trouve ?
- Tu m'as parlé de Zaï'Han.
- C'était il y a des semaines. Elle n'y sera peut-être plus lorsque je m'y rendrai.
- Je pourrai la localiser, dit Edlengwën. Mais ça ne serait pas te rendre service. Tu es encore trop faible.
- Je me sens beaucoup mieux, pourtant. C'est grâce à la llëvanha.
- Je parlais de ton Esprit, non de ton corps. Tu as besoin d'apprendre avant de t'en aller affronter le blizzard de l'Elban'Han.

Dazaën regarda autour de lui et, un instant, la quiétude des jardins de la Nadili'in le toucha.

- Vous allez m'apprendre à maîtriser mon Fluide ici ?
- C'est un très bon endroit pour cela, oui. Prend ma main.


L'Elfe maudit mêla alors ses doigts à celle de son interlocutrice. Yeux dans les yeux, ils joignirent leurs souffle dans un silence quasi religieux. Puis Edlengwën leva doucement la main, entraînant celle de Dazaën avec elle. Devant ses yeux, le fils de May'Veal put alors apercevoir un filet lumineux, bleuté, qui parut couler de la main blanche d'Edlengwën pour se fondre dans sa paume à lui. Le contact de ce Fluide ainsi partagé était agréable, palpitant et chaleureux. Doux comme de la soie.

- Tu le sens ? demanda la belle Elfe. C'est Ka.
- Ka'Ing...
- Tu le maîtrisais déjà.
- Vous venez de m'offrir un peu de votre cas ?
- Erreur,
répondit l'Elfe. Je viens de t'aider à révéler le tien.

Il sentait à présent tout ce Fluide, ce flot ininterrompu qui palpitait dans sa main comme un petit oiseau, embraser son corps entier. Il fut étonné que la quantité de Fluide répondant à son appel muet fut si élevé. Il se détendit sous cet océan de Fluide qui coulait à présent en lui, passant de la poitrine d'Edlengwën jusqu'à son cœur comme un vent léger.

- C'est comme autrefois...
- Autrefois, tu te servais de Ka'Ing pour faire le mal. Tu assassinais. Tu détruisais. Tu torturais.
- J'ai changé.


Edlengwën ôta alors sa main et, l'espace de quelques secondes, une vague de fond Ka vint frapper l'Elfe à la peau bleue. Il sentait son Fluide palpiter au creux de sa main, tapie là comme un lion, prêt à bondir sur un simple geste de lui.

- Vous auriez pu m'arrêter, dit-il à l'attention de l'Elfe. Vous auriez pu m'arrêter à cette époque-là. Si vous n'aviez pas abandonné Arcaëlle à son sort. Si vous ne vous étiez pas retranché derrière les Montagnes de l'Elban'Han.
- Ne nous juge pas si promptement, Amda loë däz, loë han. Nous nous sommes battus pour Arcaëlle et contre Özan, il y a très longtemps.
- Alors pourquoi cette retraite ? Vous faites partis de la première génération d'Elfes. Je ne comprends pas.
- Cette retraite n'est pas une mauvaise chose. Nous préservons ainsi la pureté de notre espèce. En cet âge difforme et écartelé, tous les peuples se sont mélangés. La race Elfique est devenue orpheline. La condition des mortels jamais ne les contente car la pire est toujours la présente.
- Il est dur de se contenter d'un monde où les Hayert'Vaäl et les Ténèbres se dressent parmi les vivants et la lumière, professa Dazaën.
- Toi tu es comme les grands chênes. Tu as la tête au ciel divin et les pieds qui touchent à l'Empire des Morts.
- Pourquoi dites-vous cela ?


Alors Edlengwën se leva, flattant les oreilles de sa louve avec la légèreté d'un fantôme. Le tableau actuel du jardin fleuri ne semblait plus pouvoir dissimuler ses peines.

- Les Dieux t'ont offert une puissance infinie, que tu as gaspillée. Tu ne peux souffrir nulle lumière, étant toi-même une ombre. Tu as vendu ton âme aux Ténèbres. Aujourd'hui, tu as fais la paix avec ta Mère et avec Gar'Haz, sans doute. Mais cela ne suffit pas. Tu sais pourquoi ? Car tu te désintéresses toujours du sort de ce monde.

Dazaën se leva de toute sa hauteur. Sa voix, très grave, comme un roc, résonna presque au milieu du jardin.

- Je trouve votre accusation un peu facile, venant d'un peuple qui a abandonné Arcaëlle lorsque les premières guerres ont éclaté ! Vous ne voulez pas que je devienne ombre et ruine comme ceux qui s'en vont du côté des Ténèbres, fût-ce avec un laurier entre leurs mains. Le sort de ce monde m'importe peu, il est vrai. Je laisserai Hayert'Vaäl et Prêtres se déchirer sans bouger le petit doigt si cela pouvait préserver mon âme de la décadence. Gar'Haz lui-même n'a émis aucune condition à cela, lorsque je le rencontrai dans le royaume des Morts.

Il ajouta :

- Je ne suis pas un héros et je ne suis pas fier de mes actes passés, il est vrai. Mais je préfère encore ma place à la vôtre, Edlengwën. Savez-vous pourquoi ? Parce que le plus grand fardeau, c'est d'exister sans vivre. Moi, je me suis rendu jusque dans le royaume des Morts afin d'expier. Vous, vous avez laissé les Ténèbres envahir Arcaëlle et n'avez gardé pour vous que l'Éternité.

La louve montra les crocs, mais l'Elfe la calma d'une caresse sur les flancs. Dazaën ne se décomposa pas.

- Tout se terminera bientôt, Amda loë däz. Et chacun d'entre nous aura un rôle à jouer dans cette histoire tragique. Le mien et celui de Nadili'in sera de repeupler Arcaëlle avec une toute nouvelle génération d'Elfes. Une race pure, immaculée, vierges de tous vices. Une race à l'image de nos Pères et des Dieux.
- Donc vous vous êtes retranché derrière les Montagnes de l'Elban'Han il y a des siècles car vous pensez qu'Arcaëlle est perdue ?
- Arcaëlle est perdue, assura d'une voix forte l'Elfe. Özan va gagner. Nous nous préservons des pires maux, le temps que passe la tempête sur le monde.
- Et moi dans tout cela ? Vous m'accusez de ne pas prendre part à un combat que vous pensez perdu d'avance.
- Tu te régales par avance d'une chose qu'Özan dévore, comme une termite. Le régal sera petit et sans beaucoup d'apprêts.
- Je n'ai rien à faire de ce monde,
lâcha Dazaën en croisant les bras sur sa poitrine.
- La chose dont je parle, ça n'est pas Arcaëlle. Mais celle que tu recherches avec tant d'avidité.
- Tahiri Rösenwand ? Je suis simplement mandaté par Gar'Haz pour...
- Ne joue pas à l'enfant, Amda loë däz. Je parle de Mary Fortune. La femme qui se glisse entre tes lèvres lorsque tu sommeilles, la nuit.


Dazaën Thelazma se figea, quelques secondes.

- Que peut vous faire mon intérêt pour cette femme que j'aime ? demanda-t-il.
- Il est inutile car Mary Fortune est condamnée à la perdition, comme tout ce qui erre encore en-dehors de l'Elban'Han et de Nadili'in. Tu es favoris des Dieux, Amda loë däz, loë han. Esprit de puissance.

La Dame de Nadili'in s'était approchée de lui avec des senteurs d'hiver.

- Fils de May'Veal, ne vois-tu pas que ta destinée est ailleurs ? Le tout premier caprice de ta vie a peut-être été de déchirer ta chemise, pour les beaux yeux de cette Fortune. Mais tu n'es plus à l'été de ta vie, désormais. Nous sommes la future génération d'Arcaëlle.

Tandis que Dazaën se troublait, l'immortelle Edlengwën lui tourna le dos, abandonnant les jardins, la fontaine et les ravages de flammes invisibles autour de ses pas. Il l'entendit lui parler mentalement, une dernière fois. Et cette fois-ci, sa voix n'était plus du givre, mais un véritable feu ardent qui parut l'embraser tout entier, un frisson à rendre jaloux tous les incendie de ce monde.

- Le rayon qui s'allume éteindra l'aile sombre du monde. Je peux te délivrer du sol où tu te rives et rampes encore. Si tu viens me retrouver dans ma couche cette nuit, nous serons tous les deux les créateurs d'une toute nouvelle génération d'immortels. »
Niveau 3
Dazaën Thelazma
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Identité : Héros Antique Fiche Perso

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"L'Amour véritable se distingue de l'or et de l'argile en ceci : diviser ce n'est rien enlever."

D.T
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Mer 6 Juin 2018 - 11:35
Oiseaux aux cris joyeux, vague aux plaintes profondes ;
Froid lézard des vieux murs dans les pierres tapi ;
Plaines qui répandez vos souffles sur les ondes ;
Mer où la perle éclôt, terre où germe l'épi ;

Hugo



Dazaën se dit qu'il aimait plus que tout voir, de ce corps blanc comme le lait, miroiter la peau comme de la neige. D'un geste fin, avisé, du bout de l'index, il suivait ainsi chacune des courbes de la Dame de l'Elban'Han. L'Amour, dans son cas, comblait tout. Les inquiétudes comme  l'hésitation ; la faim comme la soif. Mais il s'agissait d'un amour fait de chair, un amour de sang, et il manquait un cœur à ce sentiment là. Dazaën porta à ses lèvres la main d'Edlengwën afin d'en embrasser, lentement, chacun des doigts. L'espace d'un instant, les contours de sa bouche évoquèrent un sourire, et le fils de May'Veal se sentit simplement, sur le moment, heureux. Heureux de se trouver là, au bout du bout du monde d'Arcaëlle, heureux d'avoir passé la nuit entre les bras nus de son hôte, heureux de s'être débarrassé de son mal-être, de ses questionnements, de son lot de remords, heureux d'avoir réussi à soulager son âme en soulageant son corps. Puis, petit-à-petit, avec l'apaisement des flammes du corps vint l'apaisement de l'esprit, et il put de nouveau réfléchir.

« Puisque je dois m'en aller de l'Elban'Han, dit-il de sa voix grave comme la montagne, faut-il au moins que je m'en aille sans vous déplaire.

Dans le lit, Edlengwën s'était retournée et avait repliée sous son ventre ses jambes polies comme du cristal.

- Tu ne m'as pas déplu, Amda loë.

L'ombre du sourire que Dazaën avait cru discerner, flottant, sur les lèvres de l'Elfe à la louve avait disparu. Mais une clarté étrange auréolait son front, et elle lui sembla plus douce et mystérieuse encore que lors de leur première rencontre. C'était il y avait des mois, maintenant.

- Je sais ce que tu m'as fais, sorcière.

Dazaën, de nouveau capable de raisonner, s'extirpa des couvertures chaudes du lit et entreprit de se vêtir. Pourtant, il n'y avait nulle agressivité dans sa voix. Il se sentait pris d'un plaisir plus que coupable.

- Et j'ignore quel Dieu invoquer pour me protéger de l'Elban'Han, reconnut-il en enfilant son pantalon.
- Pour te protéger de quoi ?
- De cette obsession, cette soif de damné que vous êtes parvenu à insinuer en moi.

Dazaën tourna vers son amante des yeux luisant comme ceux d'une panthère. Près de la porte, à l'extérieur de la chambre du palais bleu, il savait que la louve d'Edlengwën attendait paisiblement, couchée.

- Je ne t'ai pas lancé de sort, se défendit Edlengwën en caressant doucement son ventre. C'est la vérité.
- Vous attaquez mon esprit, même lorsque mes yeux sont loin de vous. Vous exercez sur moi une attraction à laquelle aucun mortel ne pourrait échapper.
- Tu es un immortel, Amda loë. Tu as tendance à souvent l'oublier.
- Le plus prude, le plus loyal et le plus incorruptible des hommes restera toujours un homme,
lui fit l'Elfe pour toute réponse. Et moi, j'ai été maudit par ma Mère. Condamné à errer parmi les Hommes. Comment espériez-vous que je résiste à ce parfum que vous placez dans mon esprit ? La fleur qu'on ne voit pas à toujours des baumes plus fort. Vous pénétrez mon esprit avec une facilité déconcertante, et je me retrouve dépendant de vous. À la folie.

Alors, Edlengwën porta sur lui ses yeux d'un bleu si intense qu'aucun joyau sur Arcaëlle ne les égalait en beauté. Et Dazaën, tout d'un coup, regretta un peu ses paroles. Elle demanda sans hausser la voix :

- T'ai-je menti ? T'ai-je manipulé, loë han ? Ai-je jeté un sort autour de l'Elban'Han t'empêchant de partir, si telle est ton envie ? Ne t'ai-je point recueilli, nu et presque mort, dans les montagnes inhospitalières, avant de te rendre à la vie ? Où en serais-tu de ta tâche pour Gar'Haz, sans mon intervention ?

Il se sentit alors injuste.

- Je ne suis qu'un pauvre Elfe, ma Dame.
- Mais tu as fais de très grands progrès ici, avec mon enseignement.


Dazaën le reconnut. Il tendit le bras, appelant son fluide. Autour de ses doigts, le hurlement muet de Thâ'Ronae rugissait. L'air palpitait en un tourbillon minuscule de fluide, une tornade insignifiante qu'il écrasa sous sa paume d'une simple rotation du poignet. Thâ était venu à lui, -revenu, plutôt !- au cours de ces derniers mois d'entraînement avec Edlengwën. La maîtrise de son fluide avait redonné au fils de May'Veal une confiance et une sérénité qui apaisait son âme. Il ne pouvait que reconnaître qu'Edlengwën avait raison dans ses paroles. Il lui devait beaucoup. Il s'assit au bord du lit, le dos voûté. Dazaën réfléchissait, la poitrine vibrant de l'incarnation de tous ces fluides qu'il parvenait à de nouveau embrasser.

- Je dois m'en aller. Je suis missionné par Gar'Haz. J'ai passé trop de temps ici, prisonnier des montagnes bleues de l'Elban'Han.

Elle ferma les yeux à demi, croisant son bras sur son sein. Puis replia ses jambes. Elle caressait toujours son ventre blanc comme neige.

- C'est ainsi que tu honores notre hospitalité ? Tu te sens prisonnier ?

Dazaën réfléchit à quelle réponse donner.

- L'Amour, est comme un miroir. Où la femme belle aime à se regarder, et, gaie ou rêveuse, se penche. Puis, comme la vertu, quand il a votre cœur, il en chasse le mal et le vice et vous fait l'âme pure et blanche.
- Tu as encore cette Fortune dans le cœur,
articula Edlengwën.

Mais ça n'était pas une question. L'Elfe à la chevelure d'argent posa alors sa main sur celle de Dazaën, dans un geste qui se voulait empli de douceur.

- Je ne t'ai jeté aucun sort, Amda loë. Tu m'as plus et je t'ai plu. Et maintenant, le fruit de nos unions grandit dans mon ventre.

Cela n'était pas une surprise pour Dazaën. Il attendit simplement d'Edlengwën qu'elle lui pose la question fatidique qu'il attendait ; qu'il redoutait.

- Partiras-tu quand même ?
- Je le dois, ma Dame... J'ai promis à Gar'Haz.
- Gar'Haz a attendu quatre mois,
lui confia Edlengwën. Pour les Dieux, la notion du temps est différente de la nôtre. Lui et sa fille, Tahiri, peuvent bien attendre quelques mois de plus.
- Et après ?
s'enquit Dazaën.
- Après, tu seras assez fort, dans ton corps, dans ton fluide et dans ton esprit, pour affronter seul le blizzard des montagnes.

L'Elfe s'étonna.

- Vous n'êtes pas décidé à me garder ici éternellement ?
- Je te l'ai déjà dis, loë han, aucun sort, aucune chaînes ne te retient ici. Tu n'es pas, comme tu aimes tant injustement me le reprocher, ''prisonnier''.  En revanche, les montagnes de l'Elban'Han et le givre de l'hiver, eux, ne te feront aucun cadeau lorsque tu décideras de nous quitter.


Dazaën hocha la tête, silencieux, puis se releva. Une seconde fois. Il passa autour de ses larges épaules, de son corps mutilé, une tunique de lin blanc.

- Quels ennemis m'attendent, à l'extérieur ? Il y a quelque chose que vous ne me dites pas, je crois.
- Ce qui t'attend ? Tu te trompes, je t'ai tout révélé. Les ennemis qui te guettent, tu les connais pour les avoir déjà affronté. Ce sont le givre, le vent, le froid, la faim.
- Je dois partir, honorer ma parole faite à Gar'Haz. Les Dieux ne sont pas réputés pour leur patience. Je ramènerai Tahiri, sa fille, à l'Elban'Han. Ici, elle pourra apprendre l'enseignement de nos Pères, les Dieux.
- Nous sommes la race Elfique originelle,
souffla Edlengwën. Je suis petite fille de Déesse, et tu es toi-même fille de May'Veal. Notre enfant fera parti de la toute première génération, celle qui repeuplera Arcaëlle lorsque le chaos sera passé. Cette Tahiri, de sang divin, serait plus que la bienvenue ici. Nous possédons également des ouvrages sacrés, de la main des premiers prophètes, nos frères, qui dissimulent tous les secrets des Dieux d'Arcaëlle. Loin du chaos du monde, c'est ici le meilleur endroit où la fille du Dieu pourra s'instruire de la volonté de son Père.

Dazaën, au fil des mois, en était arrivé lui aussi à cette conclusion. Bien qu'il ne l'affectionnât pas beaucoup. Si Edlengwën avait foncièrement raison lorsqu'elle prétendait qu'aucun sort, qu'aucune chaînes ne le retenait prisonnier du sanctuaire Elfique, il ne pouvait expliquer cette sensation étrange en lui qui évoquait pleinement un emprisonnement. Et  les charmes de la Dame de l'Elban'Han, envahissant son esprit comme un baume de femme, ne l'aidaient pas à réfléchir. Il avait résisté à cette attraction, à ce philtre d'amour qui n'avait aucune consistance et lui rongeait l'esprit et le corps. Au début. Mais chaque jour qu'il passait à s'entraîner en la compagnie de son hôte qui le ravissait, Dazaën Thelazma sentait fondre en lui cette détermination à lui résister. Il s'était défendu et avait lutté contre Edlengwën soixante jours. Le soixante-et-unième, vaincu, il s'était invité dans sa couche, plein de ce sentiment qu'il n'arrivait pas à définir. Il aimait toujours Mary Fortune, plus que tout. Mais il était tombé sous le charme de l'esprit des premiers Elfes qui habitait en Edlengwën. Et elle avait achevé de le séduire en dévoilant son corps. Dazaën, après tout, avait bien peu de résistance, pour un Elfe. Il avait passé une grande partie de sa vie à vivre comme un homme parmi les Hommes, de tentations, de crimes et de péchés. Un instant, Dazaën trouva l'Elban'Han si dangereux, qu'il pensa perdre la vie en s'en éloignant.

- Quand je m'en irai, demanda-t-il à Edlengwën en lissant ses cheveux jais derrière ses cornes, votre charme aura-t-il toujours de l'effet sur moi ?
- Tu le découvriras bien assez tôt.
- Je partirai sans vous avoir déplu. Puis je reviendrai vous trouver, ici, avec la fille du Dieu.

Ses paroles sonnaient comme une promesse et il en était conscient. Les facettes de la femme à laquelle il venait de se lier lui paraissaient alors multiples, tout comme ses zones d'ombre. Dazaën la salua d'un hochement de tête et quitta d'un pas ferme la couche d'Edlengwën. Il songea que chaque jour en plus qu'il passait dans le palais sous les montagnes bleues retardait et ne rendait que plus difficile son départ. L'Elfe maudit se rendit alors jusqu'au sanctuaire de l'Elban'Han, la grande salle de givre dédiée aux Dieux. Il abandonna sa tunique et le reste de ses vêtements à l'entrée de ce temple mystique et prépara, à l'aide d'herbes, d'huiles et de parfums, un culte à Gar'Haz ainsi qu'à May'Veal. L'aube se leva tandis qu'il priait encore. Dans la prison où s'agitait son âme lui parût alors une force nouvelle, et Dazaën entreprit de fuir l'Elban'Han le jour même. Il fit part de son intention à Edlengwën qui ne tenta pas de l'arrêter. La Dame du sanctuaire lui fit préparer vivres, sacs et vêtement de rechange, et l'Elfe se mit en route.

- Ton entraînement n'est pas encore terminé, Amda loë, sonda l'Elfe à la louve d'une voix claire comme de l'eau de roche.
- Peu m'importe. Je pars quand même.
- Je ne peux pas te retenir, si telle est ta volonté. Mais n'oublie pas, le blizzard de l'Elban'Han n'est pas le seul ennemi.


Dazaën avait hoché la tête. Il visita le ciel d'un signe du visage. Blanc, immaculé. Des flocons de neige tourbillonnaient doucement dans le givre des montagnes silencieuses. Le paysage semblait briller, tout autour du sanctuaire Elfique.

- Vous savez ce qui m'attend, ma Dame.
- Oui.
- Mais vous ne voulez pas m'en dire plus.
- C'est ton choix de t'en aller si tôt. Ton initiation n'est pas finis.


Dazaën sourit presque avec innocence.

- Votre image à jamais, ma chère, m'accompagnera au cœur des Ténèbres du monde. Je saurai vaincre les ennemis qui m'attendent sur le chemin, quels qu'ils soient.

Edlengwën frissonna, avec douceur. D'un geste de la main, elle flatta les oreilles de sa louve.

- Que les Dieux éclairent ton chemin, Amda loë däz, loë han, sang de Dieu.

Alors, Dazaën Thelazma se sépara du Sanctuaire Elfique sous les montagnes et s'en alla affronter seul l'Elban'Han. Il entendit dans sa tête, alors qu'il s'éloignait, une dernière fois la voix de la belle Elfe qui portait désormais son enfant.

- Il y aura toujours une porte à l'Elban'Han pour la race Élue, il n'y en a pas à la tombe. »

Ses yeux se noyèrent de l'esprit de cristal d'Edlengwën comme d'opium, par le passé.
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Dazaën Thelazma
Je suis dispo pour : Demandez
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"L'Amour véritable se distingue de l'or et de l'argile en ceci : diviser ce n'est rien enlever."

D.T
Revenir en haut Aller en bas
Mar 3 Juil 2018 - 15:57
Elle disait en son langage
Les "serments du premier amour",
Votre cœur à moi pour toujours
Et toutes les choses d'usage.

P.V



C'était à peine si le souffle court de Dazaën ne l’étouffait pas lorsqu'il ouvrit soudainement les yeux. Il se découvrit le corps dénudé, la peau poisseuse de sueur, les tempes battantes et ses jambes le tiraillaient comme après une longue marche. Mais il était dans un lit, dans des draps qu'il connaissait bien. Dazaën reconnut immédiatement sa chambre au coeur de l'Elban'Han. Dans un geste convulsif, il se saisit du carafon de cristal dans lequel dormait une eau pure et la porta à ses lèvres. Il lui sembla qu'un marteau gigantesque martelait sans relâche l'enclume de sa tête. Il avait mal au crâne. Après s'être un peu calmé, Dazaën se sentit envahir par l'effroi. Les rideaux tirés sur les devantures ne lui laissaient apercevoir aucune clarté provenant des montagnes. L'Elfe se leva et les écarta d'un coup sec, espérant révéler dans sa chambre la lueur du jour mais il se trompait. Au loin, se dessinant blafarde au-dessus de pics bleus enneigés, l'aube se levait à peine. Le ciel, d'ordinaire blanc comme la neige, se tapissait de quelques points de couleur ça et là, et des notes de rose pâles laissaient leur sillage au travers des monts et des précipices froids. Le paysage était fait d'une terre semblant du granit, et des montagnes de verre. Mille question tournèrent dans la tête de Dazaën. Que faisait-il à l'Elban'Han ? N'avait-il pas quitté le sanctuaire elfique la veille, avec la bénédiction d''Edlengwën ? N'avait-il pas décidé d'affronter les montagnes et le blizzard afin de retrouver la fille du Dieu, Tahiri Rösenwand ? Dazaën se vêtit entièrement puis sortit de la chambre, troublé et bien décidé à obtenir des réponses à ses questions. Quelque chose de terrible était en train de se produire. Quelque chose clochait.
Il trouva la blanche Edlengwën dans ses appartements. De jour en jour, sa beauté le subjuguait. Fait étrange, nota-t-il, il ne la désirait plus comme il l'avait désiré tout ce temps à la fois invité et prisonnier des murs de l'Elban'Han. Comme si la belle Elfe avait choisit de dissiper ce sort attractif qu'elle avait lancé sur sa personne.

« Pourquoi je me retrouve ici ? demanda Dazaën en Haut-Elfe après avoir salué la Dame de l'Edlengwën.

Mais elle ne lui offrit en guise de réponse qu'un tendre sourire. Alors l'Elfe noir distingua la petite chose recroquevillée dans son berceau sur laquelle Edlengwën se penchait. Il s'agissait d'un bébé à la chevelure grise comme l'argent et aux longues oreilles, qui dormait du sommeil du juste, ses petits poings serrés. Un instant, Dazaën resta bouche bée. De qui était cet enfant ? Il se souvint qu'Edlengwën était enceinte de lui lorsqu'il avait décidé de l'abandonner pour retrouver la jeune Tahiri. Il osa la question qui lui brûlait les lèvres.

- Qui est-il ?
- C'est ton fils, Amda loë. Notre enfant. L'héritier des Dieux et des premiers enfants du monde.


Du bout du pouce, elle caressa le front de l'enfant qui, tel une statue, ne broncha pas. Dazaën se sentit désemparé et cela l'effraya.

- Dame, comment puis-je être ici ? Comment notre enfant aurait-il pu naître ? Je vous quittais hier afin d'affronter les montagnes de l'Elban'Han. Je vous quittais hier, et je me réveille ici aujourd'hui.

Edlengwën fronça un instant les sourcils, sans pour autant retirer sa main du berceau.

- Tu n'as jamais quitté l'Elban'Han hier, fils de May'Veal, lui annonça-t-elle alors d'une voix douce.

La volonté de Dazaën s'écroula quelque peu, désemparée.

- Si, insista-t-il. Hier, après avoir offert un culte aux Dieux, et avec votre bénédiction, j'ai quitté l'Elban'Han. Je me souviens m'être enfoncé dans les montagnes. Je me souviens du froid. Du vent. Du givre. Puis plus rien. Et lorsque j'ouvre les yeux ce matin, c'est l'aube et je suis ici.

Les angles du visage d'Edlengwën se tordirent un peu d'incompréhension puis elle finit par sourire à Dazaën.

- Tu te trompes, Amda loë däz, loë han. Tu as passé la journée d'hier avec nous. Avec moi, et notre enfant. Et celle d'avant-hier aussi. Ainsi que celle d'avant-avant-hier.
- Dame,
s'obstina Dazaën en se sentant perdre pied. Ne me mentez pas. Quelles raisons aurais-je eu de demeurer ici si longtemps ?

Il remarqua alors que l'enfant dans le berceau que câlinait sa mère était déjà grand. Il devait déjà avoir quelques années.

- Quelles raisons aurais-tu eu de fuir l'Elban'Han ? lui opposa l'Elfe à la louve.

Elle caressa le front de son enfant puis le prit au bras, avant de regarder Dazaën avec un sourire empli de bonheur.

- Veux-tu le prendre dans tes bras ?

Il sentit une petite boule se former dans son ventre, à la vue de cet enfant qu'on lui présentait comme son fils. Comment cela était-il possible ? Comment un père ne pouvait avoir aucun souvenir de son enfant ? Il refusa d'un signe de la tête et, un instant, eut l'impression de ne plus avoir sept-cent ans, mais sept.

- Je ne comprends pas. Si je n'ai jamais quitté l'Elban'Han, qui se serait chargé d'accomplir la volonté de Gar'Haz et d'instruire sa fille ?
- Tahiri ? demanda la Dame de l'Elban'Han.
- Tahiri Rösenwand, oui...
- Mais tu t'en es chargé. Tu as quitté l'Elban'Han, Amda loë. Il y a quelques années. Le temps qu'il t'a fallu pour retrouver cette Tahiri et affronter ensemble le blizzard des montagnes. Cela fait tu as pu conformément à la volonté de son père, la ramener auprès des Dieux, au sanctuaire. Entre temps était né notre enfant.


L'information le gifla. Des années. Il avait quitté l'Elban'Han des années de cela, pour en revenir ensuite. Rien n'avait de sens ! Il ne se souvenait pas.

- Je ne serais jamais resté à l'Elban'Han en ayant déplu aux Dieux, avoua-t-il se sentant perdre pied doucement. Je ne serais jamais resté dans ce sanctuaire si j'avais échoué dans ma mission de ramener Tahiri. Ce que vous dites n'a aucun sens.

Tout en berçant l'enfant immobile et endormi contre son cœur, Edlengwen ricocha :

- Qui te dit que tu as échoué ? Tahiri est ici. Elle étudie la parole des Dieux depuis presque un an.

~



Comme Edlengwën lui avait promit qu'il pourrait trouver la fille du Dieu entre les murs sacrés de la bibliothèque du sanctuaire, Dazaën s'y rendit. Il avait déjà eu l'occasion par le passé, cela il s'en souvenait bien, d'étudier plusieurs recueils là-bas. Riche en savoir, la bibiothèque de l'Elban'Han était une véritable mine d'or de connaissances. Dazaën se souvint avoir songé qu'une part de l'étincelle originelle de la création et du fluide d'Arcaëlle dormait entre ses murs et ses étagères blanches. Les ouvrages religieux, les parchemins divinatoires, les registres de fluide et les recueils prophétiques étaient légion. Dazaën franchit de nouveau les deux larges portes en bois massif de la bibliothèque Elfe et y pénétra d'un pas assuré. Il lui fallait des réponses. Edlengwën le manipulait et il soupçonnait un sort qu'elle lui aurait jeté. Il la vit, là. Assise à une table, écrasée par les étagères massives et colossales, une jeune Elfe à la peau pâle comme Gar'Haz, aux yeux rouges, mais à la chevelure brune comme l'obsidienne était plongée dans un livre. Dazaën remarqua une lourde échelle anguleuse que l'on avait tiré au-milieu de la pièce, qui se trouvait entre lui et Tahiri. Sans doute, remarqua-t-il, afin d'attraper le recueil que la jeune Elfe était présentement occupée à lire, tout en haut de l'étagère. C'était là que se trouvaient les livres les plus rares, les plus difficiles et aussi les plus poussiéreux. Il fit un léger écart afin d'éviter de se heurter à l'échelle et son ombre se fondit sur Tahiri qui ne leva pas tout de suite les yeux de sa page. Dazaën eut ainsi le temps d'apercevoir le titre du bouquin : Le chant de la mort de la vallée. Le fils de May'Veal avait assez d'expérience pour reconnaître là le titre d'un livre de sortilège de l'Ancien Temps. De l'Aube du Monde, comme aurait dit Edlengwën.

- Daz' !

Tahiri mémorisa sa page puis referma d'un coup sec, clap, son recueil ! La demi-déesse paraissait heureuse de le voir. Comment cela peut-il être possible ? Quelle est la logique de cet imbroglio ? Je ne l'ai jamais vue pas le passé. J'en suis certain ! Ne sachant plus que dire, pris de court, l'Elfe muni de cornes opta pour un :

- Je vois que tu étudies sagement. Abjuration ? Transmutation, peut-être ?

La jeune Elfe rit un peu, faisant voler dans l'air ses fins cheveux bruns.

- Perdu ! Il s'agit de sorts d'illusion.
- Un savoir perdu depuis des millénaires
, dit Dazaën en Ancienne langue Elfe tout en hochant la tête. Une formule que plus personne ne maîtrise de nos jours, même les Premiers Enfants.
- C'est vrai, mais je trouve son étude passionnante,
argua Tahiri.

Dazaën décida alors de se confier et, en quelques phrases, demanda à Tahiri la raison de sa présence à l'Elban'Han. Comme il croyait à un mensonge de la part d'Edlengwën, il se trouva fort désemparé lorsque Tahiri lui confirma la version de cette dernière. À savoir que cela faisait bien un an qu'elle étudiait dans les montagnes de l'Elban'Han et que, réconciliée avec son père, c'est à Dazaën, ou Amda loë däz loë han qu'elle devait tout cela. Il se sentit presque fiévreux après cette information. Comment des années avaient-elles pu se dérouler entre hier et aujourd'hui ? Il ne se souvenait ni de son fils, ni de cette Tahiri qui pourtant semblait l'apprécier. Si Edlengwën avait menti, quel intérêt Tahiri avait-elle, elle, à lui mentir ? Si il s'agissait réellement de Tahiri qu'il avait en face de lui. Comment aurait-il pu le savoir ? Il aurait juré devant tous les saints et tous les Dieux n'avoir quitté l'Elban'Han qu'hier. Frappé par l'ampleur d'une telle incompréhension, Dazaën Thelazma se retira. Dans son trouble, il ne vit pas la large échelle de bois qui trônait au milieu de la salle et la heurta. Il empêcha l'échelle de s'écraser au sol de justesse mais reçut en grimaçant l'ecchymose qu'il s'était faite au genou en s'y cognant. Cependant cette douleur ne consola pas son angoisse. Dazaën se rendit alors d'un pas troublé jusqu'à la cour sacrée de Nadili'in, là où reposaient les colossales statues de glace qui représentaient les Dieux, et entreprit d'allumer des parfums afin de rendre un culte à May'Veal puis à Gar'Haz. Il se retira en fin de journée, lassé de ses prières restées sans réponses. Deux jeunes Elfes de l'Elban'Han entreprirent de le dévêtir le soir venu afin de lui donner son bain et il se glissa vite au lit. Si Tahiri était à ses côtés ici depuis un an, alors ça voulait dire que Gar'Haz n'avait pas tenu parole. Et sa regrettée Fortune errait toujours entre deux mondes, loin de lui et prisonnière des limbes. Dazaën Thelazma regarda ce moment de sa vie où il avait vu la femme qu'il aimait ouvrir son aile et s'envoler loin. Ils en étaient morts, tous les deux. Puis il s'endormit tôt, d'un sommeil sans rêves. Souhaitant qu'enfin la vie cesse de séparer ce que la mort pouvait unir.

~



Il s'éveilla le lendemain. Alors qu'il espérait presque les montagnes inhospitalières et la morsure du blizzard sur sa peau, il se découvrit dans son lit, dans sa chambre. Dazaën alla tirer les tentures et les rideaux. Au loin, à la même façon que la veille, l'aube rosée ondulait doucement sous les monts enneigés. Les premiers rayons du jour perçaient le blanc manteau de nuage dans l'azur. Exactement comme hier, songea-t-il, rien n'avait changé. Il se vêtit puis quitta ses appartements afin de se restaurer. Il chercha par la suite Edlengwën. Ce fut sa louve qu'il repéra avant elle. La belle Elfe était dans ses appartements, penchée sur ce berceau de verre qu'elle semblait ne pas avoir quitté depuis la veille. L'enfant, comme à son habitude, dormait à poings fermés, silencieux comme un roc.

- Il sera grand et fort comme toi, Amda loë, lui dit Edlengwën.
- Je lui souhaite force et grandeur, répondit avec respect Dazaën.

Il se sentait incapable du moindre signe affectif envers cet enfant dont il n'avait aucun souvenir.

- Quel est son nom ? tenta-t-il tout de même avec un intérêt à demi-feint.
- Loëhann. Cela veut dire Esprit de l'hiver. Petit-Fils de May'Veal et de Saän.
- Loëhann...répéta-il doucement.

L'enfant ne bougea cependant pas.

- J'ai vu Tahiri hier, reprit Dazaën en observant dans les yeux la mère au regard de doux argent.
- Tahiri a dû te confirmer mes propos, siffla tendrement Edlengwën. Et comme ceux-ci ne te plaisent pas et que tu t'entêtes, te voila ici une nouvelle fois.

Elle soupira, comme un courant d'air.

- Que pourrais-je t'apprendre de plus que tu ne sais déjà, Amda loë ? Que tu ne veuilles croire ?
- Ne te rappelles-tu vraiment pas, insista Dazaën, avant-hier, m'avoir vu quitté l'Elban'Han ?
- Tu étais ici, avant-hier. Auprès de Tahiri. Auprès de moi.
- Cela n'a aucun sens ! Comment ai-je pu ellipser ainsi plusieurs années de ma vie ? Pourquoi n'ai-je aucun souvenir de Tahiri ?
- Tu as accompli ta mission pour Gar'Haz et c'est ce qui importe, Amda loë. Cette jeune Tahiri nous vient de loin. Elle ne savait pas lire la volonté des Dieux, nos hôtes des cieux mouvants. Cette jeune Elfe ne connaissait pas d'autres musiques que celles des grands bois et des vents sauvages. Son père, Gar'Haz, est fier de toi. Tu as su protéger cette jeune chercheuse du néant qui la captivait.

- Gar'Haz m'a trahi...dit Dazaën en se tenant la tête à deux mains dans un moment d'oubli d'ambition.

Il se sentait terriblement migraineux et fatigué, depuis deux jours. Ses jambes, très lourdes, le portaient avec douleur.

- Edlengwën, demanda-t-il, qui ici pourrait me vouloir du mal ? Pourquoi aurait-on intérêt à me jeter un sort ? Quelqu'un est-il au moins assez puissant pour cela ?
- J'ai réfléchi à tes migraines et à ton amnésie. Il se peut que la maîtrise de ton fluide ait exigé beaucoup de ton énergie. L'entraînement est rude et ton corps a dû relâcher la pression en effaçant de ta mémoire certains souvenirs. Tu es simplement désorienté. Mais cela passera, fais-moi confiance. Ce trouble naturel arrive parfois aux grands maîtres des Fluides durant leur apprentissage. Tu as énormément appris depuis ton arrivée à l'Elban'Han. Un jour qui sait, si les Dieux t'honorent assez, tu retrouveras ta puissance d'antan. Et plus encore.


Dazaën se sentit frémir sous sa tunique de coton. Edlengwën déposa un baiser sur le front de l'enfant qu'elle berçait et qui toujours, dormait, dormait, dormait. Elle le tendit à Dazaën.

- Veux-tu le prendre dans tes bras ?

Il accepta, espérant que quelque chose se produisit au contact du petit Loëhann. Mais rien. Le fils de May'Veal n'avait l'impression de ne bercer entre ses bras plus qu'un enfant mort. Il rendit l'enfant endormi à sa mère et s'en alla à la bibliothèque, espérant retrouver Tahiri.

- Toujours plongée dans la même lecture ?

La demi-déesse lui sourit et, mémorisant la page du chant de la mort de la vallée en ferma la couverture d'un coup sec, clap. Dazaën remarqua l'épaisse couche de poussière qui trônait sur ce recueil, vieux de sûrement plusieurs siècles. Les doigts fins de Tahiri imprimaient ça et là sur la couverture plusieurs sillages dans la poussière. On croyait voir des petits trous dans un nuage gris.

- Toujours rien ? demanda Tahiri à son visiteur.
- Mon esprit m'abandonne.

Dazaën se força à sourire.

- Est-ce la vieillesse ? Je deviens peut-être sénile. Sans doute devrai-je demander à ton père de se pencher sur le fil de mon existence afin de nous abréger à tous tant de peines.

Tahiri renonça à se taire et roula vers lui des yeux à la fois surpris, choqués et compatissants.

- Ne dites pas cela Daz' !
- La mort est infiniment plus fidèle qu'une femme.
- Vous m'êtes infiniment précieux, Dazaën. Ne dites pas cela
!

Il hocha la tête et tira une chaise afin de prendre place en face.

- Il faut toujours garder une bougie allumée en son cœur Tahiri, le sanctuaire de l'âme, c'est vrai. Mais tu n'en es pas même à ton premier siècle. Et moi j'ai presque sept-cent ans.

Il passa plusieurs heures à échanger avec Tahiri au milieu de la bibliothèque de l'Elban'Han. Mais l'ancien Ildezzeeth trouva la discussion creuse et comportant bien peu d'envergure. Sans doute les maux de tête qui ne le lâchaient pas lui rendaient le jugement acerbe. Dazaën Thelazma s'excusa auprès de la fille de Gar'Haz et se retira. Dans sa douleur et son désarroi, l'Elfe ne vit pas l'échelle gigantesque qui, depuis la veille, n'avait pas bougé, toujours placée là au centre de l'alcôve, et il la heurta une nouvelle fois. Ses réflexes lui permirent d'en empêcher la chute mais son genou tapa contre l'arrête de bois. Il grimaça à peine, âme habituée aux pires maux et à la torture, et se rendit dans ses appartements. Sa journée lui sembla terriblement creuse et un sentiment secret lui faisait songer qu'il en serait ainsi, au cœur de l'Elban'Han, jusqu'à sa mort. Les deux femmes de la veille vinrent, à l'heure des étoiles, le déshabiller puis le plonger dans son bain. L'eau chaude lui détendit les jambes comme après plusieurs jours de marche. Il se laissa choir dans la baignoire, les bras le long du marbre, la tête renversée en arrière. Elles entreprirent alors de laver, huiler et parfumer ce corps de colosse aux milliers de cicatrices. Un détail interpella Dazaën lorsqu'elles se penchèrent dessus. Au niveau de son genou, deux ecchymoses bleues-violacées, l'une quelques centimètres au-dessus de l'autre, et identiques, froissaient sa peau. Il se rappela sa confrontation un brin violente avec l'échelle de bois la veille, puis l'avant-veille. Il passa une tunique de lin blanche nouée autour de la taille par un turban fin et se rendit à table pour dîner empli de réflexion. La nuit tombée, Dazaën se dirigea à pas furtifs vers la bibliothèque. Assuré que tous les Elfes de l'Elban'Han dormaient à une heure aussi avancée, il alluma une lanterne et débuta ses recherches. Le chant de la mort de la vallée ne se trouvait pas sur la table où il avait laissé Tahiri plus tôt dans la journée. Avisant l'échelle vertigineuse, Dazaën entreprit de rechercher l'ouvrage. Il n'eut qu'à grimper toutes les marches avant de le retrouver. Le chant de la mort de la vallée était à sa place, dissimulé sous une tonne de poussière, parmi les rares recueils en Ancien Elfique datant de la Première Génération de l'Aube du Monde. Dazaën, toujours au sommet de son échelle, feuilleta rapidement le livre avant de le reposer à sa place, entre deux autres épais volumes nommés Le chant de l'Hydre et Charte des Enfants de Saän de l'An 324. Il descendit les marches, pieds nus, drapé de son ombre et invisible dans son silence, lanterne à la main. Aucun bruit ne le trahisit. Dazaën regagna son lit à l'insu de tous. Au loin, le silence des montagnes de l'Elban'Han l'oppressait comme une strangulation. Il avait froid aussi, en dépit du feu épais de cheminée qui se consummait dans sa chambre. Ses jambes étaient lourdes, sa migraine ne passait pas. Mais ce n'était pas cela qui tourmentait son esprit actuellement. Sur la couverture poussiéreuse du recueil intitulé Le chant de la mort de la vallée les traces laissées par les doigts de Tahiri en manipulant le livre avaient toutes disparues. Résonnèrent en son esprit avant qu'il s'endorme ses premiers échanges avec Tahiri, d'une voix intérieure lointaine rendue vibrante par l'écho contenue dans la bibliothèque :


'' Abjuration ? Transmutation, peut-être ?
Perdu ! Il s'agit de sorts d'illusion.'
'

~



Dazaën alla trouver la Dame de l'Elban'Han dès le lendemain. Cette fois-ci, il avait précédé l'aube s'élevant au-dessus des montagnes de givre. Son pas était lourd, audacieux et assuré. De sa voix impressionnante, grave comme la course d'un roc le long d'un précipice montagneux, il attaqua :

- Quel sort m'avez-vous encore jeté, Edlengwën ?

Peu à peu, Dazaën Thelazma sentit le fluide crépiter en lui en même temps que s'alimentait sa colère. Le petit Loëhann au bras, l'Elfe à la louve écarquilla de surprise ses yeux sans âge.

- Encore cette idée fixe ?

Dazaën l’agrippa par le col, refermant son poing sur les pans de ses vêtements !

- Plus de mensonges !
- Amda loë däz, je t'en supplie ! Tu as six-cent ans, pas six ans. Je jure que je n'ai jamais voulu te faire du mal.
- Mes yeux me trompent depuis le début ! Soit l'un d'entre vous m'a jeté un sort, d'une magie ancestrale ! Soit vous dites la vérité...mais dans ce cas rien de tout cela n'est réel !


Il relâcha sa pression tandis qu'Edlengwen, le petit Elfe toujours endormi au creux du bras, reculait en toussotant !

- Tu n'es pas réel, ma Dame. trancha Dazaën en regagnant son calme naturel.
- Si j'avais voulu te retenir prisonnier de l'Elban'Han, se défendit Edlengwen tandis que sa louve grondait, j'aurai sans doute utilisé mon fluide afin de lever un dôme ou un mur autour du palais ! J'aurai fais appel à mon Khan'Bnudal ou Dën'Shwan. Tu sais que je ne mens pas.

Dazaën trouva du réconfort en se disant qu'il avait devant les yeux son ennemi. Il appela à lui son Fluide et très vite des éclairs aveuglants crépitèrent autour de ses poings massifs. Mais avant même qu'il n'ait pu attaquer, la louve lui bondit dessus, emportant dans sa gueule poisseuse de sang une bonne part de la chair de son épaule ! Utilisant la force de ses bras, Dazaën fit basculer l'animal sur le côté avant de générer une déflagration d'éclairs vifs qui percutèrent la poitrine de la louve ! Celle-ci cria sa souffrance avant de s'écrouler sur le marbre et l'or du palais. Morte.

- Amda loë, tenta une dernière fois Edlengwën au désespoir, tu t'égares de la voie du bien et des Dieux !

Ce dernier compressa d'une main le sang qui coulait de son épaule douloureuse. La louve ne l'avait pas manqué. Dans les bras de l'Elfe à la peau de nacre, l'enfant son fils dormait toujours, toujours, toujours.

- Qui pourrait bien vouloir me retenir prisonnier ici ? tenta une dernière fois Dazaën.
- Personne, par les Dieux ! Si j'avais voulu le faire, je te répète que j'aurai utilisé mon Fluide. Le savoir et les ensorcellements ancestraux sont perdus depuis des millénaires !
- Un moyen pour vous de ne pas être soupçonnée lorsque j'ouvrirai les yeux !
- Tu t'égares !
- Non, je me réveille ! »


Alors, dans une tornade d'éclairs, Dazaën lâcha la bonde à son Fluide ! Les murs, les pilastres, les toit, tout l'Elban'Han céda sous cette déferlante de magie ! Il s'attendit à une puissante riposte mais son Flulide ne rencontra aucun bouclier. Lorsque la poussière et la foudre s'endormit de nouveau entre ses mains, il régnait seul au sein du sanctuaire dévasté. Il dominait les appartements en ruine d'Edlengwën au sommet d'une montagne de décombres. Son crâne, ses jambes et son épaule le faisaient toujours autant souffrir. Un instant il se trouva seul et misérable. Rien n'avait changé. Se pouvait-il qu'il se soit trompé et que les Elfes de l'Elban'Han aient préféré se laisser massacrer plutôt que verser le sang ? Son regard se porta alors sur son fils. Le jeune enfant s'était réveillé. Il tournait vers son géniteur de grands yeux gris effrayés. Dazaën le prit au bras et, se convainquant que tout ceci n'était que mensonge, le balança au sol de toutes ses forces ! La tête du petit alla s'écraser contre les décombres et explosa en mille morceaux. Et, alors que le fils maudit de May'Veal s'attendait à être couvert de menus débris sanglants d'os et de cervelle, une porte lumineuse apparut devant lui et une onde de choc glacée le balaya ! Il sentit le souffle du blizzard de l'Elban'Han sur son corps et chuta ! Lorsqu'il se releva, il se trouvait la tête dans le givre, au cœur des montagnes bleues. Là où il les avait laissées. Dazaën regarda autour de lui, mais le décor comprenant le sanctuaire de glace, Edlengwën, Tahiri et même Loëhann petit-fils des Dieux s'était envolé. Tout comme la porte de lumière hors de laquelle il venait d'être projeté. Non loin de lui, il retrouva son sac à dos. Il était vêtu des même vêtements souples et chauds qu'il endossait lorsque, trois jours auparavant, il avait quitté l'Elban'Han. Il se trouvait dans ce qui semblait être une vallée glaciale, encadrée par les montagnes inhospitalières. Ses jambes le faisaient souffrir comme si, durant ces trois derniers jours, il n'avait pas cessé de marcher. Et le sillage dans la neige lui indiquait clairement qu'il n'avait fait que tourner en rond. Le vent, en s'engouffrant dans cette alvéole étrange au cœur des montagnes, sifflait d'une si étrange façon, se répercutant entre les parois gigantesque de glace, qu'on aurait pu le croire en train de chanter. Ou de psalmodier. Le chant de la mort de la vallée.
Son épaule le faisait toujours souffrir. L'incantation du vent qui remplissait sans faiblir toute la vallée le pressa de se mettre en route. Dazaën arracha un morceau de sa tunique afin de bander son épaule puis se saisit de son paquetage et se mit en route. Qui savait encore, de nos jours, de quoi était capable la magie originelle Elfique ? Le Fluide des tous Premiers Enfants ? Il ignora si l'illusion sifflée venait de la grande dame de l'Elban'Han ou bien des montagnes elles-même. Seule comptait désormais pour lui la fille de Gar'Haz : Tahiri Rösenwand. Car elle était la clé qui délivrerait Fortune de ses tourments.
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Dazaën Thelazma
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Identité : Héros Antique Fiche Perso

Fluide : Ka, Mez, Khan et Thâ
Expérience : 15

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Fluide(s)/Compétence(s): Ka, Mez, Khan et Thâ
Groupes: Neutre
Race: Elfe
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"L'Amour véritable se distingue de l'or et de l'argile en ceci : diviser ce n'est rien enlever."

D.T
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